Des libertés de la Bourgogne d'après les jetons de ses états
Récemment encore , il n'y avait guère que les Grecs et les Romains qui eussent droit de pénétrer dans le sanctuaire de la Numismatique. Les esprits les plus é levés , les hommes les plus érudits passaient et repassaient dans des sentiers depuis longtemps battus. Les volumes s'entassaient sans qu'on vît éclore rien de bien nouveau. C'est aux efforts de la nouvelle école historique qu'il faut attribuer l'honneur d'avoir mis en lumière les types si barbares du monnayage gaulois. Les Mens mérovingiens firent un instant fureur et on leur devait bien une place, car la géographie du moyen âge les avait trop longtemps négligés. On passa ensuite aux deniers carlovingiens 9 puis ce fut un
engouement pour les monnaies baronnales. Enfin les pièces des époques les plus rapprochées captivèrent V attention; on ne négligea pas non plus les médailles modernes, mais toujours le jeton restait en dehors, honteux et dédaigné, quand vous êtes venu plaider sa cause et lui conquérir le droit de bourgeoisie.
Vous ne vous plaindrez donc pas , Monsieur , si je paie en jetons une dette de confraternité : je me sers d'une monnaie que vous avez mise en circulation.
W est-ce pas vous qui, en \S44et 1845, aviez convoqué le ban et V arrière-ban de l'espèce? Une foule de jetons se présentèrent alors et firent sous vos ordres une guerre de tirailleurs, qui a préparé vos succès. Mais, en 1850, ce fut une bataille rangée : les jetons politiques étaient en avant, soutenus par la chevalerie et les Cent-Suisses ; les jetons administratifs s'appuyaient sur ceux des églises. Chacun reconnaissait sa bannière et son rang : votre victoire fut complète.
Mes jetons des Etats de Bourgogne arrivent quand tout est fini : c'est une arrière - garde qui entre sans combat dans la place que vous avez prise. Ils passeront devant vous un à un, et t si vous voulez bien, en les voyant
défiler , nous causerons de notre vieille province qu'ils représentent, de ses Etats, de leur origine, mais surtout des libertés et des souffrances qu'ils accusent . Nous aurons fait ainsi, sans le savoir, une histoire abrégée de la Bourgogne depuis la Ligue jusqu'à la Révolution ; car, pendant cette longue période peu connue , la série de nos jetons est entière : pas de triennalité qui n'ait le sien
Cependant, arrivé en \1W1, vous trouverez une lacune considérable , mais elle n'est qu'apparente ; il m'eût été facile de la combler. Si, depuis cette époque, le bronze lui-même n'a pu être retrouvé^ nous en connaissons les types, que j'aurais pu vous offrir de trois ans en trois ans. A quoi bon? Vous savez qu'ils se ressemblent tous, il n'y a rien qui puisse intéresser dans une suite de portraits semblables. J'ai préféré le vide, puisqu'il existe en définitive, et que, d'ailleurs, dans cette lacune remarquée dans toutes les collections, il y a de l'histoire que j'ai dû respecter.
En effet, pourquoi la série des vieux jetons est-elle complète, et pourquoi sont-ils communs, tandis que les plus modernes disparaissent tout-à-coup ou sont devenus si rares , qu'il nous a été impossible, à vous et à moi, d'en découvrir plus d'un, celui de 1789, le dernier qui ait été
frappé? Le contraire devrait avoir lieu, plus le passé s'éloigne, inoins il en reste de vestiges.
Mais le 21 janvier 1793 a brusquement et violemment renversé l'ordre naturel des choses. Le meilleur des rois disparut, et lu terreur anéantit les jetons qui portaient son image. Les 100,000 jetons d'argent qui, depuis un demi-siècle, circulaient dans nos familles d'élus, furnil d'abord attaqués par les besoins de l'émigration. Ce qui en restait fut dévoré par Robespierre, avec les 1 70,000 jetons de cuivre répandus jusque dans les villages.
Ces morceaux de bronze à effigie royale pouvaient en compromettre les possesseurs. Les jetons modernes furent donc f on d ai, tandis que leurs aines, qui n'avaient pas eette tfjtfie, mtèrent sur le sot : le naufrage engloutissait tout ce gui portait l'image de la victime.
La Bourgogne n'était pas la seule province qui eût des Etats et des jetons. L'Artois, — comitia artësi*:.
Le Languedoc, — cohitia occitanl*;.
SAPFENTIA Y'ICTRIX FORTVNiK.
La Bretagne,