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CHAPITRE II

PHYSIOLOGIE expérimentale'.

i Procédés d'expérimentation.

Certains physiologistes se sont servis, pour essayer^ de localiser les fonctions cérélDrales, de la méthode des injections interstitielles. Cette méthode a été appliquée d'abord par MM. Beaunis et Fournie, en France, et plus tard par Nothnagel, en Allemagne. A l'aide d'une aiguille de Pravaz, on injecte par un trou fait dans le crâne une trèspetite quantité d'un liquide caustique, qui détruit une région limitée du cerveau.

Cette méthode ne donne en général que des résultats très-complexes : le liquide diffuse toujours plus qu'on ne le voudrait et détruit souvent plusieurs circonvolutions. De plus, il y a toujours des phénomènes d'encéphalite qui altèrent les résuhats obtenus. Aussi ne trouvons-nous rien d'utile, au point de vue qui nous occupe, dans les expériences faites par cette méthode.

Hitzig et Fritsch ont été les premiers à employer, dès 1870, une méthode qui a réellement donné des résultats importants : c'est la méthode des courants galvaniques. Dans leur premier travail, publié dans les Archives de Reichert et de Du Bois-Reymond, ils ont démontré que,

1 Goasulter sur toute la partie physiologique les Revues suivantes ; Carville et Duret : Sur les fonctions des hémisphères cérébraux. Hist^ crit. et rech. expériment. [Arch.de Physiol. , 1875 , n^^ 3 et 4.) Vetter ; Ein Ueberblick icber die neueren Exp^Hmente am Grosshirmn Rûcksicht auf Physiologie und Pathologie. {Arch. far khn. Med. , tom. XV pag. 350.) - Rendu et Gombault; Rev. des Se. méd. , tom. VII, pag. 338, et tom. XIII pag. 312.

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contrairement à tout ce qui avait été dit jusque-là, les circonvolutions sont excitables, et ils ont commencé à décrire certains centres. Dans un autre Mémoire, en 1873, Hitzig a complété ses premières recherches, et a enfin résumé tous ces résultats dans un livre paru en 1874V — Les expériences ont été faites surtout sur le chien, et plus tard sur un seul singe. Nous en rapporterons les conclusions plus loin.

Hitzig a employé les courants continus ; c'est Ferrier ^ qui a employé le premier les courants faradiques. Le 26 avril 1873, il fît connaître ses premiers résultats, qu'il compléta ensuite dans une série de publications. Ferrier s'est servi, pour exciter les hémisphères, d'une pile de Stohrer (éléments zinc et charbon) et du courant induit de la seconde bobine de l'appareil magnéto-électrique de Du Bois-Reymond. En général, on emploie un courant assez faible pour être supporté sur le bout de la langue. 11 est bon de n'ouvrir qu'une portion restreinte du crâne et d'en-

1 Voici les titres exacts des publications de Hitzig : Fritsch et Hitzig ; Ueber die elehtrisch Erregharkeit des Grosshirns. [ReicheH's und Du Bois-Reymond' s Arch., 1870, 4, 3.) — Hitzig ; Untersuchungen zur Physiologie des Gehirns. (Même recueil, 1873, 43-44.) — Hitzig; Untersuchungen ûher das Gehirn ; Berlin, 1874. — Hitzig a, de plus, récemment publié, dans la collection de Volkmanu, une clinique sur l'étal actuel de la question des localisations cérébrales, dans laquelle il résume les résultats obtenus et répond à plusieurs des objections faites, notamment à celles de Goltz; Ueber den heutigen Stand der Frage von der Localisation in Grosshirn. (Samml. Klin. Vortr. de Volkmann, no 115, 6 juin 1877.)

- Les premières expériences de Ferrier sont dans The British med. Journal, avril 1873. — Un peu plus tard, parut dans The West Riding Asylum médical Reports un Mémoire complet que Duret a traduit en français et publié dans le Progrès méd., 1873, tir. à part : Recherches expérimentales sur la physiol. et la pathol. cérébrales. Delahaye, 1874. — Depuis lors de nouveaux travaux, et notamment les expériences sur le singe, ont para dans The Proceeding of the Royal Society, n° 151, 1874, et Path.ological illustrations 0/ Brains functioyi (Cit. Garville et Duret).

Aujourd'hui on a l'exposé complet, en français, des expériences et des dées de Ferrier dans les deux livres suivants : Les fonctions du cerveau, trad. de Varigny. Paris, 1878. — La localisation des Maladies cérébrales, trad. de Varigny. Paris, 1880.

lever toujours soigneusement la dure-mère, qui, à cause de sa sensibilité, trouble tous les résultats.

Les expériences ont été faites, toujours après chloroformisation, chez le chat, le chien, etc., et chez le singe. Elles ont donné des résultats très-concordants, que nous résumerons tout à l'heure.

Enfin, à titre de contre-épreuve, on a extirpé avec le scalpel les divers centres que l'exploration électrique avait révélés, et l'on a pu ainsi déterminer dans certains cas la paralysie des muscles que l'électrisation avait excités. Cette méthode a été employée par Nothnagel, parHitzig et surtout par Garville et Duret.

Quand les expériences de Hitzig et de Ferrier furent connues, on fit immédiatement à la méthode employée des objections qui parurent mettre ea question la valeur des résultats obtenus ; on se demanda si l'excitation électrique portait bien réellement sur l'écorce grise de l'encéphale, ou s'il n'y avait pas diffusion du courant, qui pouvait ainsi aller, à travers la substance blanche, exciter le corps strié ou les pédoncules.

Garville et Duret instituèrent des expériences pour étudier cette diffusion, et ils démontrèrent qu'elle existait d'une manière incontestable. Un galvanomètre très-sensible mis en relation avec une région éloignée de celle qu'on excitait directement était dévié, qu'il fût éloigné en surface ou en profondeur. Donc le courant diffusait. Dupuy fit des expériences du même ordre en se servant d'une patte de grenouille en guise de galvanomètre, et il montra que, quand on excite les lobes antérieurs, la patte de grenouille mise en rapport avec les lobes postérieurs entre violemment en contraction. Donc, le courant diffuse.

Garville et Duret arrivèrent alors à formuler ces conclusions, qui renversaient les résultats obtenus par Hitzig et par Ferrier : la couche périphérique des hémisphères est inexcitable ; elle est insensible et ne contient point de

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centres moteurs spéciaux ; les effets obtenus par la faradisation, qui pénètre jusqu'aux corps striés et aux pédoncules, sont ceux de l'excitation directe de ces organes*.

Ces propositions ne découlaient pas naturellement et nécessairement des expériences instituées par Garville et Duret. La diffusion des courants existe : voilà ce que démontraient leurs observations et ce qui est incontestable aujourd'hui, même pour Hitzig et Ferrier ; mais de là à nier l'action locale et l'existence des centres corticaux, il y a loin. Y a-t-il une action locale, ou l'action à distance lausse-t-elle entièrement les résultats de l'action locale? Yoilà la question qu'il fallait résoudre avant de se prononcer.

C'est tellement vrai, qu'à la suite de nouvelles expériences Garville et Duret sont revenus complètement de leurs premières conclusions, et, tout en démontrant la diffusion des courants, ont admis l'existence des centres corticaux.

Deux choses mettent en effet hors de doute qu'il y a une action locale, et que l'action à distance ne suffit pas à fausser l'action locale. D'abord l'excitation électrique de certaines régions, des lobes occipitaux par exemple, ne produit aucun mouvement, tandis que l'excitation des lobes pariétaux en produit ; la diffusion jusqu'aux corps striés devrait être la même dans les deux cas. En second lieu, quand on se maintient dans la zone excitable, si l'on déplace un peu ses électrodes, on produit des mouvements différents: dans le premier cas, dans la patte antérieure, par exemple ; dans le second cas, dans la patte postérieure , et la localisation est constante quand on répète l'expérience.

Il est parfaitement démontré aujourd'hui que, à la condition d'employer des courants suffisamment faibles, la diffusion du courant peut être néghgée et ne fausse pas sensiblement l'observation.

Gela posé, nous pouvons indiquer les résultats obtenus.

1 Garv-ille et Duret; Soc. de BioL, déc. 1873 et janv, iSli. — Rcv. des Se. inéd., tom. III, pag. 493.

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