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Élévation de l'aile du nez et de la lèvre supérieure

9 et 10. Ouverture de la bouche et rétraction de la langue.

12. Ouverture des yeux, qui se dirigent du côté opposé. Pupilles dilatées.

13. Les yeux se dirigent du côté opposé, se portent en haut (13), en bas (13'). Pupilles contractées.

14. L'oreille se dresse, les pupilles se dilatent, la tête et les yeux se tournent du côté opposé.

Fig. 3 (Fermer).

Diagramme montrant les rapports des circonvolutions et du crâne (Turner). — R, scissure de Rolando, qui sépare le lobe frontal du lobe pariétal. — PO, scissure pariéto-occipitale entre les lobes pariétal et occipital. — SS, scissure de Sylvius, qui sépare le lobe temporo-sphénoïdal des lobes frontal et pariétal. — SF, MF, IF, subdivisions supéromédio et inféro-frontales de la région frontale du crâne ; les lettres sont placées sur les circonvolutions frontales supérieure, moyenne et inférieure. — SAP, région supéro-antéro-pariétale du crâne ; S est sur la pariétale ascendante, AP sur la frontale ascendante. — lAP, région inféro-an téro-pariétale du crâne ; I est placé sur la pariétale ascendante; AP, sur la frontale ascendante. — SPP, région supéro-postéro-pariétale du crâne; les lettres sont placées sur la circonvolution angulaire. — IPP, région inféro-postéro-pariétale du crâne ; les lettres sont sur la circonvolution temporo-sphénoïdale moyenne. — X, circonvolution de la bosse pariétale , ou gyrus supra-marginal. — 0 , région occipitale du crâne ; la lettre est sur la circonvolution occipitale moyenne. — SQ, région teraporo-écailleuse du crâne ; las lettres sont sur la circonvolution temporosphénoïdale moyenne. — AS, région aU-sphénoïdale du crâne; les lettres sont sur le bout delà temporo-sphénoïdale supérieure.

FLa.i.

Fl^.^.

ZitkJûshm J-M.

Pour obtenir des convulsions localisées dans un groupe donné de muscles, il faut employer des courants très-faibles. Règle générale, dit Ferrier, le courant n'est pas tro[) fort quand on peut le supporter sur le bout de la langue, mais il faut se rappeler cependant que l'excitabilité du cerveau varie énormément. Ainsi, quand on fait une série d'expériences sur le même animal , il ne faut pas employer le même courant à la fin qu'au commencement pour produire les mêmes effets. « J'ai dans plusieurs cas, dit Ferrier, parcouru toute la distance de la seconde à la première bobine , et on verra qu'il est nécessaire d'user de variations très-étendues dans l'intensité du courant pour produire les mêmes effets , à différents moments , chez le même animal ou sur d'autres animaux ; l'excitabilité du cerveau est excessivement variable suivant les conditions. »

Gela posé, voici quelques exemples des expériences dans lesquelles on produit des mouvements très-limités dans un groupe de muscles donné.

Observ. 1 de l'exp. IV. — Sur un chat, on applique les électrodes sur le gyrus sigmoïde de la division frontale de la circonvolution externe supérieure, juste en avant du sillon crucial à droite ^ : mouvement de flexion lent et facile à suivre des phalanges de la patte de devant du côté gauche, et élévation de l'épaule du même côté. —Expérience plusieurs fois répétée.

Observ. 2 de la même expérience. — Sur un chat, on applique les électrodes en arrière du point précédent,

1 Le cerveau du chat i)réseiite trois grandes circonvolutions antéropostérieures et superposées, que l'on peut comparer aux trois circonvolutions froatales de l'homme, seulement proloagées en arrière. On les appell(3 externe supérieure, externe moyenne et externe inférieure. On appelle gyrus sygmoïde la partie tout à fait antérieure de la circonvolution externe supérieure, en avant du sillon crucial.

toujours sur la circonvolution externe supérieure, en arrière clu sillon crucial. On détermine immédiatement la rétraction et l'adduction de la patte de devant du côté opposé si l'animal est enchaîné; et si on le délivre complètement de ses liens et si le membre est entièrement libre, on détermine l'élévation de l'épaule et l'adduction du membre, comme si l'animal voulait frapper une boule avec sa patte.

Chez le chien, on peut obtenir des résultats du même ordre.

Observ. 2 de l'exp. VI. — Electrodes à gauche sur la circonvolution externe supérieure, au niveau du sillon crucial : élévation de l'épaule droite, adduction de la patte droite avec extension des orteils. La patte de derrière du côté droit est aussi fléchie et portée en avant,

Observ. 5, même exp. — Électrodes à l'extrémité postérieure de la division frontale de la circonvolution externe moyenne : l'œil droit se ferme avec force et la tête est attirée à droite.

Ces exemples me paraissent suffire à montrer comment une excitation portée sur un point do l'écorce cérébrale détermine des mouvements limités dans un groupe de muscles donné.

Quand l'excitation se prolonge et s'accumule en quelque sorte dans le cerveau, il peut survenir au bout d'un certain temps de véritables attaques d'épilepsie : les convulsions ne restent pas limitées aux muscles dont on excite le centre; elles se généralisent d'abord à la moitié du corps correspondante et ensuite au corps tout entier.

Ces faits très-intéressants reproduisent en quelque sorte expérimentalement les cas cliniques dans lesquels une lésion limitée d'un point de l'écorce , une tumeur par exemple, produit de véritables attaques épileptiformes.

Ces attaques épileptiformes suivent le plus souvent une marche constante dans leur mode d'envahissement de tout le corps. Les convulsions commencent par le groupe de muscles dont on excite directement le centre; puis, de là, elles s'étendent aux centres voisins , gagnent toute une moitié du corps, quelquefois se bornent là et constituent alors Fépilepsie hémiplégique; d'autres fois se généralisent complètement à tout le corps et constituent une attaque d'épilepsie véritable.

Il y a dans cette marche progressive des convulsions une sorte de reproduction expérimentale de l'aura de certaines épilepsies symptomatiques.

Comme exemple de ces faits curieux, nous reproduirons toute l'expérience III de Ferrier.

Expérience III. — Chat grand et vigoureux. Seconde bobine à 5 centim.

Observ. 1 . — On applique les électrodes en un point donné pendant cinq secondes. Il survient, immédiatement après l'éloignement des pôles, une attaque qui dure trente secondes. Des secousses cloniques se manifestent d'abord dans la paupière droite et la lèvre du même côté, et envahissent graduellement tout le côté droit de la face. Bientôt la tête se tourne adroite, le nez répondant à l'épaule droite. Les convulsions atteignent la patte antérieure droite et l'épaule correspondante, puis la patte de derrière du même côté, et en même temps la queue se dresse et est agitée par des secousses. Les convulsions disparaissent dans l'ordre où elles sont venues.

Observ. 2. — Dix minutes après la première observation, on applique pendant cinq secondes les pôles en un point bien plus reculé, toujours à gauche. Un peu avant de cesser le contact, la tête se tourne convulsivement à droite. Les secousses gagnent ensuite la paupière et l'oreille droites, la tête étant agitée de convulsions cloniques. Pas de mou-

vements dans les membres. L'attaque entière dure trentesept secondes.

Observ. 3. — Dix minutes s'écoulent, et on applique les électrodes en un point voisin du précédent. La tète se tourne aussitôt adroite. Peu après, des secousses commencent dans la paupière inférieure droite et dans la lèvre du même côté; puis elles apparaissent dans l'oreille droite, et on observe en même temps de faibles mouvements de la paupière et de la lèvre du côté opposé.

Observ. 4. — Nouvelle application en un autre point, après dix minutes de repos, et toujours pendant cinq secondes. — Pendant l'application des électrodes, l'animal se roidit, et, immédiatement après leur éloignement, une forte attaque occupant tout le côté droit survient et dure une minute.

Cette attaque consiste en violentes contractions cloniques de la face, du cou, des mâchoires et des membres. La queue se dresse et s'agite violemment de côté et d'autre. Les mâchoires s'ouvrent et se ferment spasmodiquement , la langue est projetée en avant et souvent mordue ; une salive abondante et mousseuse coule de la bouche. La face et les mâchoires cessent d'abord de se convulser et les secousses cloniques abandonnent peu à peu les lèvres.

Observ. 5. — Sept minutes après la dernière observation, les pôles sont appliqués comme dans la première expérience, mais le pôle postérieur est porté un peu plus en arrière. A peine a-t-on cessé le contact, que des convulsions cloniques envahissent la paupière, la lèvre et le côté droit delà face; elles s'étendent bientôt à l'épaule droite et à la patte de devant, qui sont secouées très-violemment; puis ce fut le tour de la patte de derrière et de la queue : celle-ci resta rigide et eut des convulsions pendant dixneuf secondes, à partir du commencement de l'attaque. Pendant cette attaque , la tète est portée fortement en

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arrière et à droite, les mâchoires se heurtent violemment, la langue est projetée en avant et une salive abondante et mousseuse baigne la bouche; les pupilles sont largement dilatées. L'attaque dure une minute trente-neuf secondes.

Je n'ai pas craint de rapporter en détail toute cette expérience deFerrier, malgré sa longueur, parce qu'elle met bien nettement en lumière ce qui fait le principal intérêt clinique de ces recherches : la reproduction expérimentale des attaques convulsives les plus complexes par l'excitation limitée d'un point circonscrit de l'écorce grise du cerveau.

Ces données physiologiques nous seront bien utiles plus tard pour interpréter les faits pathologiques.

B. Paralysies. — Si l'excitation des centres corticaux produit des convulsions, l'ablation de ces mêmes parties détermine des paralysies : c'est là en quelque sorte une contre- épreuve. Quand on enlève, par exemple, les régions que l'excitation électrique a démontrées être les centres des pattes, on détermine une paralysie des mêmes muscles.

Seulement, les paralysies ainsi produites ont des caractères tout à fait spéciaux qu'il faut bien connaître pour donner aux faits physiologiques leur véritable signification et pour interpréter sainement plus tard les faits pathologiques. Ces caractères des paralysies corticales ont été bien analysés par Car ville et Duret.

Voici, comme exemple, le résumé d'une expérience fondamentale de ces physiologistes.

Expérience V. — 28 septembre. On endort par une

injection intra-veineuse de chloral un petit chien loulou;

on détermine par l'électrisationle centre des mouvements

d'extension. Quand on électrise ce point (la bobine étant à

0,08 cent.), on voit immédiatement des mouvements

d'extension survenir dans le pied et la jambe de devant, du côté opposé (gauche), ainsi que dans le pied et la jambe de derrière du même côté. Après avoir répété l'expérience plusieurs fois, à cinq ou six minutes d'intervalle, on enlève avec une curette toute la portion de substance grise dont l'excitation produit ces mouvements. En électrisant de nouveau, la bobine étant à 0,08, on n'obtient plus rien. En poussant la bobine à 0,06 cent., on obtient derechef les mouvements.

Quatre heures après la fin de l'opération, l'animal est revenu à lui-même. Il se lève sur ses pattes, mais il manque de tomber deux ou trois fois sur le même côté gauche. Il fait alors deux ou trois fois le tour de l'appartement. Au commencement, il ne peut se tenir debout qu'en s'appuyant sur le dos du poignet du côté gauche. Les doigts et le métacarpe sont fléchis dans leur articulation radio-carpienne , et l'animal appuie sur leur face dorsale : il y a donc paralysie des extenseurs.... Bientôt l'animal devient plus habile ; n'ayant plus de muscles extenseurs pour relever sa patte, il la jette en avant aussitôt que les ongles ont touché le sol, et retend par ce procédé ; puis, à l'aide des fléchisseurs, il appuie les doigts fortement sur le sol, mais, à certains moments, il oublie son procédé et marche involontairement sur le dos du poignet. En arrière, l'extension complète du dernier segment du membre n'est pas aussi nécessaire pour la marche. Aussi l'animal tient-il sa patte fixe, dans une position demi-fléchie, et il la traîne sur le sol; elle balaye la terre, entraînée légèrement en avant, à cause de l'action des muscles fléchisseurs.

Le lendemain 29 septembre, mêmes phénomènes: l'animal marche le plus souvent sur le dos du poignet et en avant, et traîne sa patte postérieure.

30. Amélioration sensible. Il s'appuie sans difficulté sur les deux membres du côté gauche ; seulement il gratte le sol avec le dos des ongles de la patte antérieure, surtout quand il exécute un mouvement brusque. Au moment où

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les orteils touchent le sol, il semble qu'il y ait un mouvement de détente subite par lequel il les applique tout d'un coup. La patte postérieure paraît aussi encore un peu lourde. Parfois il aune tendance à tomber sur le côté gauche, et, quand il se couche sur ce côté, il tombe tout d'un coup comme une masse sur le sol.

1®'' octobre. Il traîne encore sa patte, larejetteen avant, mais marche assez facilement. Cependant il tombe encore deux ou trois fois sur le côté gauche.

2. Il marche très-facilement, mais on remarque toujours une faiblesse générale du côté gauche et une tendance à tomber sur ce côté.

Cette expérience, très-intéressante, montre d'une manière bien nette que l'al^lation des centres corticaux entraîne des paralysies, et en même temps que les paralysies ainsi produites présentent des caractères tout à fait particuliers. Ces caractères sont les suivants : T elles sont limitées à un groupe de muscles hien déterminé ; 2» elles sont intermittentes dès leur apparition ; 3° elles guérissent complètement après quatre, cinq ou six jours.

Le premier de ces caractères est le corollaire de l'existence même des centres corticaux que l'exploration électrique nous avait révélés. Les deux autres établissent (ce que nous ne savions pas encore) que ces divers centres ne sont pas absolus et exclusifs, et qu'ils peuvent se suppléer mutuellement.

L'intermittence de la paralysie montre simplement les tâtonnements de cette suppléance; quand les extenseurs sont paralysés, l'animal marche d'abord sur le poignet, puis il s'ingénie à suppléer aux mouvements qui lui manquent. Il y réussit, mais d'une manière d'abord intermittente, qui se rapproche de plus en plus de la continuité. Etla guérison, complète au bout de peu de jours, prouve l'établissement définitif de cette suppléance.

Cette expérience montre donc que, quand un centre

cortical est enleyé, les autres parties de la substance grise corticale le suppléent.

Carville et Duret ont fait des expériences pour montrer que cette suppléance n'était pas faite par le centre homologue du côté opposé (comme on est porté à l'admettre pour l'aphasie).

Chez un chien, on enlève le centre des pattes sur l'hémisphère droit : paralysie motrice des pattes gauches, qui guérit complètement après six ou huit jours. Alors on enlève le centre des pattes de l'hémisphère gauche : l'hémiplégie gauche ne reparaît pas, comme cela devrait avoir lieu si la guérison n'avait eu lieu que par suppléance de l'autre hémisphère. Il se produit simplement une nouvelle paralysie droite, qui guérit comme la première. Quand on enlève d'emblée les centres des pattes des deux côtés, il se produit une paralysie des quatre membres, qui guérit aussi d'une manière complète.

R. Tripier * a refait les expériences de Carville et Duret, et a obtenu de plus les curieux phénomènes suivants : Chez les chiens presque entièrement guéris d'une paralysie de cet ordre, il fait reparaître la paralysie en faisant une injection hypodermique de morphine, en pratiquant une saignée abondante ; il l'a vue reparaître après une crise d'épilepsie. Ces faits sont analogues à ce que l'on observe en clinique, quand, chez un hémiplégique guéri, un accident, une maladie intercurrente, font reparaître l'ancienne paralysie. R. Tripier attribue ce phénomène à l'action de la maladie nouvelle sur les centres nouveaux qui ont suppléé les premiers. L'explication peut encore être réservée , mais le fait est à retenir.

Hitzig a fait aussi des expériences d'ablation, et il a obtenu des résultats analogues à ceux de Carville et Duret ;

' R. Tripier ; Rev. mens., 1877, 9.

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seulement il les interprète d'une manière particulière. Pour lui, la destruction de Fécorce sur une petite étendue entraîne la perte de la sensibilité musculaire, de la conscience musculaire ' ; les animaux placent activement leurs membres dans des positions plus ou moins bizarres et non habituelles : ils marchent, par exemple, sur le dos du pied, et ils laissent placer passivement leurs membres dans ces positions anormales sans les retirer.

Si l'on place ces chiens sur le dos, on voit en outre que les membres sont déviés, et du côté de la lésion. Chez les lapins, d'après Nothnagel, cette déviation des membres apparaît même dans la station sur leurs pattes, tandis qu'il faut mettre les chiens sur le dos pour la constater.

On n'obtient, ajoute Hitzig, de véritables troubles de sensibilité tactile que si l'ablation devient plus profonde".

Schiff est arrivé sur ce dernier point à des résultats différents : ce sont les troubles de sensibilité qui lui paraissent jouer le principal rôle dans toutes ces expériences ; les phénomènes d'excitation ne sont pour lui que des phénomènes réflexes, et les phénomènes de paralysie ne sont que la conséquence de l'anesthésie. Yoici les principaux arguments qu'il invoque.

Entre l'excitation et son effet, il s'écoule un temps relativement long, comme dans les mouvements réflexes. De plus, les centres cérébraux perdent temporairement leur excitation sous l'influence du chloroforme et de l'éther, comme les centres réflexes, tandis que les nerfs périphériques ne sont pas influencés.

Hitzig répond à cela que la lenteur d'excitation est une propriété de la substance grise en général, et n'a rien de

* Gelpke a récemment publié ua cas d'abcès du cerveau avec paralysie du sens musculaire. L'auteur, à l'instigation de Birch-Hirschfeld, rapporte ce symptôme à la pariétale ascendante. (irc/i.der/Teî/itMncZe, 1876, pag. 418. Anal, par Lépine, in Revue mens., 1877, pag. 389,)

2 Hitzig ; Klin. Vorlr. do Volkmann, pag. 971.

spécial aux centres réflexes ; que, de même pour les poisons, il y en a qui agissent plutôt à la périphérie qu'au centre, d'autres plutôt au centre qu'à la périphérie ; cela ne prouve rien pour l'hypothèse de Schiff .

Enfin, Schiff attribue à l'anesthésie les troubles moteurs constatés après l'ablation, mais il confond l'anesthésie avec la perte du sens musculaire. Et puis, la déviation des membres qui a été observée n'a rien à voir avec la sensibilité et est un phénomène bien réellement moteur.

Schiff est récemment revenu sur sa théorie au Congrès de Genève, à propos du Rapport de Broadbent, mais il ne paraît pas avoir fourni de nouveaux arguments^

Goltz a repris ce sujet des ablations de substance corticale, et il a trouvé des résultats inattendus qui ont semblé remettre en question toutes les conclusions tirées des expériences précédentes^ .

Goltz détruit une portion plus ou moins considérable de la périphérie d'un des hémisphères, au moyen d'un jet d'eau froide pénétrant par un trou fait au crâne avec une couronne de trépan. Une fois les animaux rétablis, Goltz constate des phénomènes de trois ordres : troubles de sensibilité, troubles de la vision et troubles moteurs.

Pour la sensibilité, les impressions tactiles de la moitié opposée du corps sont incomplètes et irrégulières. Pour les troubles visuels, on observe, du côté opposé à la lésion, une perte de la vue qui n'est pas durable. Enfin, les troubles de la motilité sont, les uns passagers, tels que la tendance à marcher sur la face dorsale de la patte, etc., les autres permanents : telle est, dès les premiers jours après l'opération, l'impossibilité, pour un animal préalablement

* Voy. notre Chronique mensuelle, Montpellier méd., novembre 1877.

2 Goltz et Gergeas ; Pflûger's Arch. , Bd. XIII , pag. 1. 4ual. in Rev. desSc méd., tora. IX, pag. 32. — 2«Mém., même recueil, Bd. XV, pag. 412. Anal, in Revue mens., tom. I, pag. 383.

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dressé, de donner la patte du côté opposé à la lésion ; tel est aussi le mouvement de manège.

Mais, et c'est là la conclusion principale que nous avons surtout en vue ici, selon Goltz, les troubles moteurs et sensitifs présentent le même caractère, quelle que soit la partie de l'hémisphère qui est détruite, l'antérieure ou la postérieure ; l'intensité des troubles produits serait en général proportionnelle au degré de la destruction, mais le siège de cette dernière serait sans influence.

Dans le second Mémoire, où il s'occupe des phénomènes consécutifs à l'ablation successive des deux hémisphères, Goltz revient sur cette proposition, qu'il maintient, touchant l'identité des faits observés, que ce soit la zone excitable de Hitzig ou la zone non excitable qui est détruite. Les troubles moteui's consécutifs aux lésions de la surface du cerveau seraient dus à une action d'arrêt retentissant sur des centres cérébelleux.

Hitzig n'a pas tardé à répondre à Goltz '.

Les expériences de Goltz, qui ont de l'intérêt à certains points de vue, ne peuvent pas servir du tout pour la question des localisations cérébrales. Il faut en effet, pour cette dernière question, produire des lésions peu étendues, trèsnettement circonscrites. Or, ce n'est pas du tout ce que fait Goltz. L'eau diffuse toujours ; il observe constamment de la rougeur plus ou moins étendue autour du point directement atteint, etc. Si au contraire on pratique des extirpations de très-minime étendue, les symptômes observés dépendent exclusivement du lieu où elles auront été pratiquées.

Ainsi, par exemple, Hitzig fait sur un chien une extirpation bilatérale, l'une sur le gyrus sigmoïde gauche, d'environ 14 millim. de diamètre; l'autre, d'étendue dou-

' Hitzig ; Untersuchungen ûber das Gehirn. Anal. Rev. mens., 1877^ pag. 386. —Klin. Vortr. cit., pag. 972.

ble, sur le lobe occipito-temporal de riiémisphère droit. La lésion du côté gauche a pour résultat que l'animal marche sur la face dorsale de sa patte droite, et celle du côté droit qu'il ne voit pas avec l'œil gauche. Mais il ne présente pas de trouble musculaire de ce côté, si ce n'est dans les deux jours qui suivent l'opération, où par moments (au plus pendant deux ou trois secondes) il laisse parfois reposer sa patte sur la face dorsale ; mais c'est là un trouble tout à fait passager, tandis que dans le cas de lésion du gyrus sigmoïde il dure des mois entiers.

La réponse me paraît péremptoire.

Nous croyons inutile d'insister surtout le détail de l'argumentation dirigée par Hitzig contre Goltz, et nous conclurons avec lui que les expériences de cet auteur ne sont pas de nature à ébranler la doctrine des localisations cérébrales.

Ferrier ^ a fait également des expériences d'ablation qui doivent être placées à côté des précédentes ; elles en sont la contre-épreuve et montrent le silence moteur qui accompagne les ablations portant sur la zone latente : il a en effet prouvé expérimentalement que l'ablation des lobes frontaux et occipitaux ne s 'accompagne, chez le singe, d'aucune paralysie du mouvement. L'ablation a été faite au moyen de l'anse galvano- caustique ou du fer rouge.

Ces expériences, dit Ferrier, « montrent qu'un animal privé de ses lobes frontaux conserve le pouvoir d'exécuter tous les mouvements volontaires, qu'il continue à voir, sentir, goûter ; qu'il peut percevoir et extériorer ses sensations tactiles ; cet animal conserve ses instincts de défense, ses goûts; il continue à chercher sa nourriture; il est capable d'exprimer ses émotions... On ne peut nier ce-

1 D. Ferrier; Experim. on the Brain of Monkeys (second séries). Exlr. froin. the philo sop II. Trans. of the Royal Soc, v. GLXV. —Cit. Giozel de Boyer, loc. cit., pag. 73.

pendant, en étudiant bien le caractère de chacun de ces animaux, avant et auprès l'opération, qu'il n'y ait un grand changement survenu en eux : ils restent bien, comme par le passé, sensibles et doués de puissance musculaire; mais au lieu d'être aux aguets pour savoir ce qui se passe autour d'eux, ils ne cherchent guère au-delà de leurs sensations intimes ; ils vont et viennent au hasard, passent leur temps à recommencer le môme mouvement, semblent avoir perdu la possibilité de l'observation judicieuse et attentive... »

«Ne dirait-on pas, ajoute Glozel de Boyer, que M. Ferrier décrit là les modifications de certains malades cérébraux et surtout de ceux qui sont atteints de lésion frontale étendue? Cet accord entre la physiologie et la clinique se maintient quand il s'agit de l'ablation de la partie occipitale de l'hémisphère cérébral chez le singe V»

En résumé, les expériences des physiologistes semblent bien établir que, dans l'excitation et l'ablation de l'écorce grise du cerveau, le siège de l'opération n'est pas indifférent, qu'il y a une zone plus spécialement en rapport avec tel ou tel mouvement musculaire. Cette conclusion, dégagée de toute idée théorique et de tout essai d'interprétation, me paraît avoir un très-haut degré de probabilité.

Il ne faut pas dissimuler cependant que l'unanimité des physiologistes est loin d'admettre les conclusions de Hitzig et de Ferrier. Onimus les a soumises encore récemment à une critique sévère^. Voici ses principales objections.

1. Il est étrange que l'excitation électrique réussisse seule à mettre en mouvement les prétendus centres psychomoteurs. L'excitation artificielle d'un nerf ou de cellules nerveuses se fait aussi facilement, et même souvent plus

1 Glozel de Boyer, loc. cit. pag. 75.

2 Onimus ; Des erreurs qui ont pu être commises dans les expériences physiologiques par l'emploi de l'électricité. {Gaz. hebd., 1877, n° 1 i , pag. 164.)

facilement, par les excitants physiques ou chimiques que par les courants électriques. Or, ici aucun des excitants autres que l'électricité ne peut mettre enjeu l'activité de l'écorce cérébrale.

Hitzig cherche à expliquer le fait en disant que le courant électrique excite simultanément un grand nombre d'éléments nerveux, tandis que l'agent chimique n'atteint certains éléments qu'après avoir détruit les premiers. Il cite aussi (Klin, Vortr.^ pag. 969) quelques cas où l'on a obtenu des résultats par des excitations chimiques et thermiques. Il reconnaît du reste que les conséquences ne sont pas toujours les mêmes.

2. Les courants continus, ajoute Onimus, sont plus favorables aux expériences de localisation que les courants faradiques; or, les premiers diffusent beaucoup plus facilement.— C'est par les liquides, surtout par les vaisseaux sanguins, que les courants diffusent; or, c'est précisément près des sillons, près des vaisseaux les plus volumineux, que sont localisés les prétendus centres corticaux. — De plus, si l'on détruit une partie de l'hémisphère, le vide est comblé par l'hémorrhagie : l'excitation électrique de ce caillot sanguin donne les mêmes résultats que l'électrisation de la substance grise elle-même.

On peut répondre à cet ensemble d'objections que tout cela n'explique pas pourquoi l'excitation électrique est efficace dans la zone excitable et reste sans effet au niveau du lobe occipital. Onimus ne peut pas nier le fait, et il cherche à l'expliquer par une diffusion s' exerçant en profondeur plutôt qu'en longueur. Ceci est de l'interprétation, de la théorie, et Onimus est obligé d'accepter le fait en lui-même de la localisation, en réservant l'explication.

3. Les paralysies produites par l'ablation sont des phénomènes passagers et portent toujours sur l'extension; les excitations au contraire portent sur la flexion. Or, c'est là ce qui se passe en général quand une cause quelconque influence des parties très-diverses du système nerveux.

Les paralysies observées par Hitzig et par d'autres observateurs sont parfaitement permanentes et peuvent porter sur différents groupes musculaires.

Je ne puis du reste qu'indiquer l'idée générale de la critique et le genre de réponse qu'on peut lui opposer.

Depuis la publication de notre deuxième édition, les recherches physiologiques ont été continuées de tous les côtés; nous devons donner une idée des travaux les plus importants.

Pour bien montrer que les circonvolutions de la zone motrice ne réagissent pas comme celles du lobe occipital, Bochefontaine et Viel ' n'ont eu recours ni à l'électrisation ni aux ablations. Ils cautérisaient le cerveau avec du nitrate d'argent solide, sur des animaux convenablement anesthésiés par une injection intra- veineuse de chloral. Voici les principales conclusions de leur travail :

«... 2 . L'irritation inflammatoire ainsi produite détermine des symptômes différents suivant les régions de la convexité du cerveau qui sont atteintes. — 3. Lorsque cette inflammation porte sur le tiers postérieur des lobes cérébraux , on ne constate aucun phénomène anormal. — 4 . Lorsque au contraire ce sont les parties antérieures qui sont atteintes, on détermine des troubles variés: paralysies, accidents convulsifs, troubles ataxiques, anesthésiés locales, perte ou affaiblissement de la vue, de l'ouïe, désordres intellectuels, troubles de nutrition, — L'anesthésie, les paralysies, les phénomènes convulsifs, les troubles des appareils sensoriaux, ont lieu du côté opposé à la lésion du cerveau, ou sont au moins beaucoup plus marqués de

t Bocheloalaiue et Viel; Méningo-encéphalite déterminée expérimentalement chez les chiens sur la convexité du cerveau-, sympt. différents suivant les points où elle siège (irav. du laborat. de M. Vulpian). [Acad. des Se, 24 décembre 1877; Gaz. méd. 1878, I, pag. 7.) — Voyez aussi sur ce point: Viel; Éludes clin, et expériimnl. sur les différences que peut présenter la symplomalol. de la méningo-encéphal. de la convexité du cerveau. Th. Paris, 1878.

ce côté. — 6. Les troubles de la sensibilité et des sens n'ont été observés que lorsque les lésions portaient sur les parties situées en arrière du gyrus sigmoïde ...»

Le sens général de ces conclusions confirme les localisations cérébrales. Cependant il faut ajouter que le procédé employé ne permettait pas une grande précision dans la localisation.

Au même moment, F. Frank et Pitres communiquaient à la Société de Biologie des expériences destinées à éclairer la grosse question de l'excitabilité de la substance grise elle-même ^ .

Ils mesurent et inscrivent le retard du mouvement sur l'instant précis de l'excitation, soit de la substance grise, soit de la substance blanche. Ils constatent ainsi que l'excitation de la substance grise est plus lente que l'autre. L'ablation de 0,002 millim. à peine de substance grise diminue d'un tiers le retard. Cette couche grise corticale constituait donc un obstacle puissant à la transmission de l'excitation. Or, c'est là un caractère des régions véritablement centrales du système nerveux. Ils concluent donc que la substance grise intervient, non comme conducteur, mais comme centre.

De plus, l'excitabilité de la substance grise est beaucoup plus grande que celle des faisceaux sous-jacents. Ils vérifient et prouvent ce fait, déjà annoncé par Putnam et Carville et Duret. — Cette propriété de renforcer une excitation est encore caractéristique des régions véritablement centrales du système nerveux.

Du reste, le retard du mouvement sur le début de l'excitation est constant, que les excitations soient fortes ou faibles, uniques ou multiples.

1 F. Fraak et Pitres ; Anal, expériment. des mouvements provoqués par l'excitation des territoires de la substance griffe du cerveau. ( Soc. de Biol., 22 décembre 1877. — Gaz. hebd., 1878, I, pag. 9.)

Huit jours après, les mômes auteurs communiquaient de nouvelles recherches relatives à l'épilepsie d'origine corticale ' .

1. Si l'on détruit sur le cerveau d'un chien le territoire de substance grise dont l'excitation détermine des mouvements limités dans un des membres du côté opposé du corps et si, quelques jours après l'opération, on excite le faisceau de substance blanche privé de ses connexions avec la substance grise qui le recouvrait, on constate que le faisceau est devenu complètement inexcitable ( Albertoni et Michieli).

L'excitabilité diminue dès le lendemain et a disparu vers la 90" ou la 100^ heure. C'est le moment (4" jour) où le bout d'un nerf sectionné cesse aussi d'être excitable (Wal- 1er, Longet, Ranvier).

En même temps, la substance grise voisine devient turgescente, s'enflamme; son excitabilité augmente. L'épilepsie partielle se produit alors avec la plus grande facilité, par des causes incapables de provoquer normalement des contractions.

2. Quelquefois, par une excitation unilatérale du cerveau on produit des mouvements associés bilatéraux, et cela avec des courants suffisamment faibles. Trois explications sont possibles; la plus probable est la suivante : en dehors du cerveau, dans la protubérance ou dans la moelle, sont des centres d'association motrice dans lesquels l'excitation unilatérale se transmet au côté opposé ou se généralise.

Du reste, ajoutent les auteurs en terminant, ces explications laissent à l'épilepsie partielle toute son importance clinique et toute sa valeur diagnostique ; elles font seulement comprendre la complexité des éléments qui entrent enjeu dans sa production et ceux qui permettent sa généralisation.

1 F. Frank et Pitres ; Des conditions de production et de généralisation des phénomènes convulsifs d'origine corticale. (Soc. BioL, 19 décemhie 1877. Gaz. Iiebd., 1878, I, pag. 11.)

Tout récemment enfin, Frank et Pitres sont revenus sur la question * .

Ils ont présenté des graphiques destinés à démontrer : 1. L'épuisement graduel de l'excitabilité de la substance corticale du cerveau ; 2. L'absence d'attaque épileptique par l'excitation de la substance blanche.

Ils faradisent certains points de la substance corticale: les muscles qui sont sous la dépendance du centre moteur excité se contractent d'abord; puis l'épuisement se fait peu à peu, les muscles deviennent inertes. L'épuisement est limité au centre excité, les centres voisins conservant toutes leurs propriétés. — On suspend les excitations quelques minutes ; ce centre, momentanément épuisé, recouvre spontanément son excitabilité.

On connaît les convulsions produites par l'excitation de la substance grise. Des excitations de même intensité et même d'intensité beaucoup plus considérable appliquées sur la continuité des faisceaux blancs sous-jacents aux centres corticaux après ablation de la substance grise, n'ont jamais donné lieu à des phénomènes analogues : tant que dure l'application des électrodes induites, les muscles correspondants restent tétanisés; mais la contraction cesse brusquement aussitôt qu'on soulève les excitateurs. En d'autres termes, l'épilepsie partielle peut être provoquée par l'excitation de la substance grise et non par l'excitation de la substance blanche.

Luigi Luciani et Aug. Tamburini^ se sont livrés à un grand travail de contrôle expérimental sur des singes, des chiens, des lapins, des chats et des cochons d'Inde. Voici leurs principales conclusions.

< Frank et Pitres ; Soc. Biol, 19 octobre 1878.

2 Luigi Luciani et Aug. Tamburini ; Rech. expériment. sur les fonctions du cerveau. ( Rev. speriment. di Freniatr. e med. leg., 1878. Anal, iu Centralblat f. Nervenheilk., etc., 1878, 9, 232.)

î . Les points excitables de l'ér.orce cérébrale peuvent varier, par leur siège et leur signification, non-seulement chez des individus différents de la môme espèce, mais môme dans les deux hémisphères du môme animal. — 2. Chez le chien, il y a pour le membre postérieur comme pour l'antérieur deux centres distincts pour les mouvements antagonistes. — 3. Les limites de la zone excitable sont celles indiquées par Ferrier. — A. Ils n'admettent pas la zone épileptogène d'Albertoni. — 5. Ce n'est pas par la dure-mère qu'agissent les courants. La dure-mère laissée au contact du cerveau donne des phénomènes analogues à ceux que donne l'écorce ; mais séparée de l'écorce par une plaque de verre, elle ne donne plus rien de semblable. Ils réfutent ainsi la théorie de Bochefontaine, par laquelle les mouvements se produiraient par suite d'une diffusion du courant à la dure-mère. — 6. Ils réfutent également la théorie réflexe de Schiff: les mouvements produits n'ont aucun des caractères des mouvements réflexes. Chez le singe, par excitation corticale, du centre du membre antérieur par exemple, on peut produire certains mouvements qui ne peuvent pas être produits, par voie réflexe, par des excitations sensitives. — 7. Les troubles moteurs après destruction des centres sont de nature paralytique et non ataxique. — 8. Ces troubles sont passagers, mais durent d'autant plus longtemps qu'on s'élève davantage dans la série animale. — 9. Pour expliquer la compensation des facultés motrices perdues, on ne peut supposer ni une substitution fonctionnelle des circonvolutions voisines ou de l'autre hémisphère, ni le développement subit d'une action psycho-motrice dans les ganglions de la base. Nous devons, au contraire, admettre que ces organes présentent aussi des centres pour les mouvements volontaires et que les phénomènes paralytiques guérissent par le développement et l'extension de cette faculté des ganglions de la base. Plus cette faculté est déjà développée à l'état physiologique, plus rapide sera la compensation.

Ces dernières idées sur la suppléance sont tout à fait analogues à celles de Ferrier, que Rendu expose ainsi : ccS'appuyant sur le rôle respectif que jouent, d'après lui, les centres corticaux et les ganglions inférieurs (corps striés), il admet que ces derniers sont organisés de façon à suppléer au défaut de fonctionnement des circonvolutions de l'écorce, l'automatisme, en pareil cas, prenant le pas sur les impulsions volontaires. Ainsi s'expliqueraient les nombreuses différences que l'on constate dans les espèces animales, au point de vue de l'ablation des centres corticaux encéphaliques. Un singe auquel on fait cette opération devient hémiplégique et reste hémiplégique ; un chien n'est que passagèrement paralysé ; un pigeon ne l'est plus du tout, on peut même lui enlever les deux corps striés sans lui ôter la possibilité de se mouvoir. Le vrai centre des mouvements automatiques, chez les animaux moins élevés en organisation, est iemésocéphale'.»

Pour Goltz et Gergens, cette suppléance fonctionnelle serait le résultat de la mise en jeu d'excitations motrices émanées du cervelet. Gomme le dit encore Rendu, l'idée première de cette théorie a est assez analogue à celle de Ferrier. Dans les deux cas, il s'agit d'un centre automatique qui vient compenser la destruction d'un centre moteur volontaire et qui en atténue plus ou moins les effets ^))

Des recherches de LuigiLuciani et de Tamburini, qui ont expérimenté sur plusieurs espèces animales, on peut rapprocher celles de Arloing^, qui a fait des expériences analogues sur le cerveau des solipèdes.

' Rendu; Des localisations cérébrales corticales. ( Revue [générale, in Rev. Se. médic, XIII, 312.)

2 Rendu; Ibid., pag. 313.

3 Â.rloiag; Assoc. franc.: Congrès de Paris, août 1878. (Revue mensuelle, 1879, pag. 177.)

DANS LKS MALADIES CÉUÉUUAI.ES. 125

Obei'steiner* , au lieu d'exciter le cerveau, a procédé par ablation et a obtenu ainsi des résultats qui complètent ceux des observateurs antérieurs (Garville et Duret, Nothnagel, etc. ); quand il extirpe tous les points qui par une excitation électrique modérée produisent des mouvements donnés, il entraîne toujours une paralysie durable. Ainsi, trois lapins, un an et quinze mois après l'opération, présentaient eucore les phénomènes décrits par Hitzig.

A côté de tous ces faits confirmatifs des localisations corticales, nous devons citer les travaux contradictoires (en laissant de côté Brown-Sequard, dont nous parlerons ailleurs, et dont les affirmations actuelles sont trop paradoxales et trop révolutionnaires pour pouvoir être discutées).

Pour Lussanaet Lemoigne^ : 1 . L'écorce cérébrale ne renferme aucun centre d'innervation motrice, et ses lésions ne produisent aucune paralysie ; 2. Le système pédonculaire contient les vrais centres d'innervation motrice ; la lésion de ce système détermine toujours une paralysie. Si celleci se montre parfois à la suite d'une lésion de surface, cela dépend toujours d'une compression indirecte ou d'une contre-pression du système pédonculaire.

Un des arguments principaux de ces auteurs est que l'écorce cérébrale n'est pas excitable par les excitants mécaniques, tandis que les pédoncules le sont à la fois par les excitants électriques et les excitants mécaniques. Il en résulte que les centres corticaux ne sont pas des centres moteurs à la façon des nerfs moteurs, par exemple. Mais, comme le dit très-bien Rendu% Ferrier

' Obersteiner ; Die. motor. Leistungen der Groshirnrincle. ( M.d. Jahrbuch., 1878, II.) Anal, in Centralblat f. Nervenheilk., 1878, 7, pag. 158.

^ Lussana et Lcraoigae; Des centres moteurs encéphaliques. Rech. pliysiol. palholorj. {Arch. de Plujsiol., 1877, 1 et 2.)

•^ Rendu; lue. cit., pag. 309.

lui-même n'a jamais prétendu qu'il en fût ainsi, et il n'a eu nullement l'idée d'assimiler la substance grise encéphalique au tissu d'un nerf. Cet argument, en réalité, ne prouve rien contre l'existence des centres psycho-moteurs. Un autre argument invoqué par Lussana et Lemoigne est le caractère transitoire des paralysies produites par l'ablation de la substance grise. Mais les faits de paralysie permanente que nous avons cités d'une part, et les idées de Ferrier sur le rôle du système moteur automatique dans les différentes espèces animales d'autre part, rendent peu concluante cette seconde objection.

Dupuy ' a repris l'idée des phénomènes réflexes pour expliquer les contractions obtenues par l'excitation corticale. «Voici son expérience: Sur un chien chloroformé, il met à nu l'hémisphère gauche au niveau du sillon de Rolando et faradiseles circonvolutions adjacentes ; des mouvements manifestes se produisent à droite. Gela fait, avec un cautère chauffé à blanc, il touche les centres moteurs encore recouverts par la pie-mère, puisélectrise de nouveau les parties cautérisées ; il obtient les mêmes mouvements. L'animal reveillé ne présente aucune paralysie, sauf un peudeptosis de la paupière ; au bout de quatre semaines, il est absolument guéri, sans aucun trouble de lamotilité ni de la sensibilité ; à ce moment, M. Dupuy rouvre la blessure et constate la présence de l'eschare desséchée, adhérente avec les méninges. Or, l'excitation électrique de l'eschare et des fibres sousjacentes mises à nu ne provoque aucun mouvement, tandis que le même courant, appliqué autour de l'eschare, amène des contractions musculaires. Ainsi, l'électrisation appliquée quelques semaines après la cautérisation des centres psycho-moteurs est sans résultats, tandis que l'irrita-

1 Dupuy ; Physiol. of the Brain : an atteint to explain the mode of product. of movements fellowing electr. irritât, of the Cortex Gerebri. {New-York med. Joiirn., mai 1877). — Physiol. et Pathol. du cerveau. \Med. Times and Gaz., II, II, 488, 1877.) (Cit. Rendu.)

DANS i^ES MALADIES OÉHÉBRALES. 127

lion qui suit de près la destruction des mêmes centres n'empêche pas les mouvements de se produire. L'auteur en conclut que les mouvements sont d'origine réflexe et dus à l'irritation des nerfs de la pie-mère et de ses vaisseaux. Mais, continue Rendu, cette conclusion ne nous semble pas inattaquable. Dans la première expérience, en effet, Tirritationde la région cautérisée provoque des mouvements parce que les fibres sous-jacentes sont saines ; plus tard, celles-ci détruites, toute transmission de l'excitation périphérique aux parties centrales disparaît. Ainsi interprétée, cette expérience viendrait plutôt à l'appui de la théorie des centres moteurs corticaux, mais avec la restriction qu'y apporte M. Yulpian^ , restriction à laquelle nous avons de la tendance à nous rattacher^ . »

En somme, si l'on rapproche tous ces documents physiologiques sur les centres moteurs, on verra que les divergences ne portent guère que sur l'interprétation des phénomènes, la manière de concevoir ces centres. C'est là un côté encore obscur et en tout cas d'une importance fort secondaire. Mais les faits mêmes constatés par Hitzig et par Ferrier restent inattaqués, et c'est là le point capital.

(c Qu'importe , dirons-nous avec Rendu^, que certaines circonvolutions soient excitables par elles-mêmes ou par le retentissement qu'elles exercent sur les fibres nerveuses sous-jacentes ? Le fait important est que, dans certaines régions circonscrites, des excitations limitées réussissent

' Vulpiaa est tenté de croire que sur tous les points de l'encéphale, la substance grise jouit des mêmes propriétés physiologiques, et par conséquent est inexcitable -, mais comme d'autre part il a contrôlé les faits annoncés par Hitzig et Ferrier, il trouve rationnel d'admettre que dans les régions dites motrices viennent aboutir des libres exclusivement motrices, dont l'excitation à travers la substance grise produirait les phénomènes observés. — Les dernières expériences de Frank et Pitres que nous avons citées plus haut, sont en opposition avec cette manière de voir de Vulpian, que Rendu est tenté d'admettre.

2 Rendu; loc. cit., pag. 311.

•^ Rendu; loc. cit., pag. 310.

à produire des mouvements déterminés. Or, ce fait nous paraît acquis. Le contact d'un courant électrique faible sur certaines circonvolutions éveille des effets moteurs; sur la circonvolution voisine il est absolument indifférent. La destruction de la région limitée, dite moLrice, entraîne la paralysie, alors que des excitations encéphaliques expérimentales, plus profondes et plus étendues sur d'autres points du cerveau, ne se traduisentpar aucune diminution delà motilité. Il est donc rationnel de conclure que la zone des circonvolutions fronto-pariétales jouit de propriétés spéciales, et que, au point de vue des manifestations dont elle est le point de départ, elle doit être considérée comme un véritable centre moteur. »

Yoilà tout ce qu'il importe au clinicien de savoir, et rien ne nous empêche de terminer ce chapitre comme nous le faisions dans la dernière édition.

En résumé, comme conclusion de cette partie physiologique de l'étude de l'écorce grise, il faut soigneusement distinguer les faits de V interprétation. Nous réservons entièrement la question d'interprétation, et, sans prononcer les mots de centres psychomoteurs ou autres, nous dirons simplement, comme nous l'écrivions plus haut :

Les expériences des physiologistes semblent bien établir que dans V excitation et l'ablation de l'écorce grise du cerveau, le siège de l'opération n'est pas indifférent, qu'il y a une zone plus spécialement en rapport avec tel ou tel mouvement musculaire.

Cette conclusion, si elle est vraie, suffît au clinicien pour la question médicale des localisations cérébrales. Elle suffit à faire prévoir qu'une lésion d'un siège donné peut correspondre à un groupe donné de symptômes.

Il faut du reste reconnaître que la physiologie ne fournit sur tous ces points qu'un certain degré de probabilité , et que la clinique peut seule résoudre définitivement la question. Sur ce point nous partageons entièrement l'opinion exprimée par Schiff au dernier Congrès de Genève.

DANS LES MALADIES CÉRÉUnALES. 129

IL — Centres sensitifs et végétatifs. — Dans nos précédentes éditions, nous n'avions parlé que des centres moteurs. C'était une lacune. Quoique les données sur les centres sensitifs et végétatifs soient encore bien précaires et fort discutées, nous croyons devoir en dire un mot, ne fût-ce que pour indiquer aux cliniciens une nouvelle voie à suivre et des points à contrôler. Car c'est aux autopsies qu'appartient le dernier mot dans toutes ces questions.

A. Ferrier a développé l'histoire des centres sensitifs dans son dernier livre ' .

D'après ce physiologiste, le centre de la vision d'abord serait dans le pli courbe. Quand on excite cette circonvolution, on observe «des mouvements des yeux auxquels s'associent souvent des mouvements de la tète en sens opposé et très-souvent de la contraction des pupilles... Ces phénomènes semblent être des mouvements purement réflexes consécutifs à l'excitation d'une sensation visuelle subjective. La destruction du gyrus angulaire (pli courbe) d'un côté provoque la cécité dans l'œil opposé. La perte de la vision est complète, mais non permanente, si le gyrus angulaire de l'hémisphère opposé demeure intact, la compensation se produisant rapidement, de telle sorte que la vision est de nouveau possible des deux yeux. Toutefois, après la destruction du gyrus angulaire dans les deux hémisphères, la perte de la vision estcomplète et permanente, aussi longtemps du moins qu'il est possible d'observer l'animal. Quand la lésion est exactement circonscrite au gyrus angulaire, la perte de la vision est le seul effet que l'on puisse observer, tous les autres sens et les facultés de mouvement volontaire restant intacts^.»

* D. Ferrier ; Les fonctions du cerveau ; trad. de Varigny. Paris, 1878, pag. 263.

2 Fùrstner a montré récemment qu'après l'extirpation d'un globe oculaire on pouvait constater l'atrophie du centre de la vision indiqué par Ferrier sur l'hémisphère du côté opposé. {Wander. Versamml. d. Sud.-

Le centre de l'ouïe serait dans la première temporale (circonvolution temporo-sphénoïdale supérieure). «L'irritation de cette circonvolution chez le singe est suivie de certains effets définis, à savoir : l'oreille du côté opposé s'abaisse ou se dresse soudain, les yeux sont grands ouverts, les pupilles dilatées, les yeux et la tête se dirigent du côté opposé. Ces phénomènes ressemblent au tressaillement brusque et à l'air d'étonnement ou de surprise qui se manifestent quand un bruit considérable est produit dans l'oreille opposée à l'hémisphère excité... Quand les circonvolutions temporo-sphénoïdales étaient détruites, le pli courbe étant attentivement respecté, l'animal continuait à y voir comme auparavant et conservait toutes ses facultés de mouvement volontaire. Quandla lésion était limitée à un seul côté et comprenait la circonvolution temporo-sphénoïdale supérieure, l'animal continuait à répondre aux excitations auditives, tournant la tête quand on l'appelait; réactions qui toutefois n'avaient pas lieu quand l'oreille du côté de la lésion était bien bouchée avec de la ouate... Quand la lésion siégeait des deux côtés et qu'elle était produite de façon à provoquer la destruction des deux circonvolutions temporo-sphénoïdales supérieures , en même temps qu'on observait certains autres effets qui ne dépendent pas de la lésion locale de cette circonvolution, l'animal, bien qu'en pleine possession de sa conscience et bien que prêt à faire attention à tout ce qui attire les yeux, ne répondait pas aux excitations auditives , qui excitent ordinairement une vive attention et une réaction sensible. »

westdeutsch Neurologen uncl Irrenârzte, in Heidelberg, mai 1879. — CentralUat f. Nervenheilk., II, pag. ^45. — Comparer encore les expériences de Musehold, qui a montré que l'ablatioa des portions plus ou moins restreintes dans la moitié postérieure des hémisphères a pour conséquence constante des troubles visuels du côté opposé ; ces troubles ne sont jamais persistants et la suppléance se fait, uou par l'hémisphère opposé, mais par les parties voisines du même hémisphère. {Diss. Berlin. 1878. — Anal, in Rev. des Se, méd., tom. XIV, pag. 429.)

DANS LES MALADIES CÉRÉnRALES. 131

Le centre de la sensibilité générale ( sensibilité tactile, sens musculaire , etc. ) serait clans la région de l'hippocampe \ « Le terme de région hippocampale est ici employé pour signifier V hippocarrqyus major ail'à circonvolution unciforme , puisqu'il est impossible de les séparer expérimentalement l'un de l'autre.» Les phénomènes produits par l'excitation sont peu précis ; ils indiqueraient, d'après Ferrier, l'irritation du centre de la sensation tactile. Les faits d'ablation seraient plus concluants. « Dans plusieurs cas, la sensibilité tactile fut atteinte ou absolument détruite quand la lésion destructive avait compris la région hippocampale. C'est ce qu'établissait l'absence de réaction aux excitations cutanées , et peut-être , d'une manière plus concluante, le fait que l'animal cessait de se servir des membres du côté affecté pour le toucher ou la préhension, bien que les symptômes de la véritable paralysie fissent défaut... Bien différents des effets de la destruction du pli courbe, les effets résultant de la destruction de la région hippocampale sont, autant que l'observation a pu être continuée, d'un caractère persistant. »

Dans le suhiculum cornu Ammonis" et son voisinage seraient les centres de l'odorat et du goût, sans que Ferrier ait pu déterminer avec exactitude les limites respectives de ces centres. Les relations anatomiques entre le subiculum et la circonvolution olfactive font déjà prévoir cette localisation. De plus, après l'irritation de cette partie on observe: « une torsion particulière de la narine et l'occlusion partielle de la narine du même côté.. Le fait de la réaction du même côté concorde avec la connexion anatomiquedes tractus objectifs avec leurs hémisphères respectifs, sans entre-

1 La circonvolutioQ de l'hippocampe est la portion temporale de la circonvolution du corps calleux ; la circonvolution unciforme ou en crochet est l'extrémité antérieure de la circonvolution de l'hippocampe.

2 Le suhiculum cornu Ammonis est la partie de la circonvolution de rhippocami»o correspondant à la corne d'Ammon ; c'est ce que Sappey appelle : « lame blanche ou médullaire de la concavité de la corne d'Ammon. » (M. Duval.)

croisement. » La lésion unilatérale du subiculum entraîne l'abolition ou la diminution de l'odorat, non des deux côtés ni du côté opposé, mais du côté même de la lésion.

Cette dernière observation est en contradiction avec les idées de Meynert sur l'entre-croisement olfactif et avec ce que l'on constate dans l'hémianesthésie d'origine cérébrale (par lésion de la capsule interne), dans laquelle l'odorat est altéré, comme les autres sens, du côté opposé à la lésion. Pour expliquer ces faits, Ferrier invoque, avec Magendie, le rôle du trijumeau dans l'exercice de l'odorat et du goût.

En dehors de ce fait particulier, on voit que les recherches de Ferrier confirment la localisation dans la capsule interne de la lésion dans l'hémianesthésie complète (générale et sensorielle). Ce carrefour est en effet le seul point où sont réunis tous les conducteurs sensitifs qui vont en s'éparpillant, du côté de Fécorce comme du côté de la périphérie.

La fonction des lobes occipitaux est encore plus obscure. Ferrier a remarqué que les singes perdaient l'appétit après la destruction de cette région ; il est tenté d'admettre que ce seraient là les centres des sensations viscérales, en exceptant cependant l'appétit sexuel.

Hermann Munk' a également étudié les centres corticaux sensoriels ; ses recherches ont fait un grand bruit en Allemagne. Seulement elles ont encore besoin de contrôle , car l'analyse physiologique y a été poussée jusqu'à la subtilité, un peu aux dépens delà précision scientifique.

Sur chacun des hémisphères il y aurait d'abord, suivant ce physiologiste, un point du lobe occipital où viennent se déposer les images commémoratives des impressions

1 H. MuQk; Zur Phijsiol. der Grosshirnrinde. Verhandl. d. physiolog. Gesellsch. zu Berlin, 1877, 16 et 17. — Berl. Klin. Wochenschr., 1877, 35. — Verhand. d. physiolog. Gesellsch. zu Berlin, 1878, 9 el 10 ; 3 et 5. — Anal, de J. Bex, in Rev. des Se. méd., XXT, pag. 35, eL surtout Anal, de Duret, in Progrès médical, 1879, 9, 10, II et 12.

DANS LES MALADIES CÉRÉnRALES. J 33

visuelles. Si l'on extirpe (;e point des deux côtés, on rend l'animal aveugle psychiquement, c'est-à-dire qu'il a perdu les images commémoratives des objets qu'il a vus autrefois ; mais il peut acquérir des notions nouvelles, il est obligé seulement de refaire son éducation. Si un seul hémisphère a été lésé, la cécité psychique [Seelenblindheit) n'existe que pour un seul œil, l'œil du côté opposé. — Ce point est le centre de la sphère visuelle qui occupe le lobe occipital tout entier. — Si l'on enlève à un animal toute l'étendue de la sphère visuelle, il devient alors complètement aveugle (Rindenhlindheit) . — • Chez le singe, les mêmes expériences donneraient des résultats analogues ; seulement on déterminerait l'hémiopie au lieu de la cécité croisée.

Duret discute avec beaucoup de sens ces expériences. Gomment se fait-il que les chiens ainsi opérés ne reconnaissent pas leur jatte de lait ? L'odorat n'est-il pas un instinct chez eux, à défaut de la vue ? — Ferrier a vu, après la lésion des lobes occipitaux, des phénomènes analogues à ceux qu'a observés Munk ; seulement il les a interprétés tout différemment et y a vu la perte des sensations viscérales (faim, soif, etc.). — Sans insister beaucoup, on voit combien il est difficile d'interpréter avec rigueur des faits d'une observation sidéhcate.

Il y a de même, dans le lobe temporal, un point dont la destruction produit une sorte de surdité psychique : c'est à peu près le siège du centre auditif de Ferrier.

A côté de cela, Munk détermine la sphère sensible, et ici ses idées diffèrent complètement de celles de Ferrier, pour se rapprocher des interprétations de Schiff et de Hitzig. On sait que pour ces derniers auteurs les troubles de mouvement observés après l'extirpation des centres dits moteurs seraient dus uniquement à la perte de la sensibilité et spécialement à l'abolition de la conscience musculaire. Munk cherche à établir par ses expériences que dans la zone motrice il y a une sphère sensible divisée en six

régions (pour les membres, la tête, etc.), chacune de ces régions pouvant être exactement superposée à la région motrice correspondante de Ferrier.

Ainsi, une lésion incomplète de la sphère sensible du membre antérieur produit la perte partielle des notions œsthésiques pour la partie du corps afférente ; une extirpation plus étendue produit la perte complète des notions œsthésiques de la même partie, c'est-à-dire sa paralysie psychique, paralysie consistant dans une perte des mouvements et des sensations psychiques. — Enfin, la lésion totale de la sphère sensible d'une moitié du corps doit produire la perte complète de toutes les sensations et de toutes les notions œsthésiques du côté opposé : c'est alors ce que Munk appelle paralysie corticale [Rindenlâhmung) du côté opposé, c'est-à-dire perte des mouvements et des sensations corticales.

Mais, comme le fait très-bien remarquer Duret, il n'y a d'originalité et de nouveauté que dans l'interprétation ; les faits observés sont les mêmes qu'ont décrits Garville et Duret, et tous ceux qui ont pratiqué des extirpations de la zone motrice ; seulement les uns expliquent tout par la perte partielle du mouvement, les autres par la perte de la sensibilité. — La clinique pourra seule décider en matière si délicate.

Ajoutons à ces données quelques notions anatomiques récemment proposées sur les connexions centrales des nerfs optiques.

D'après J. Stilling^ (de Cassel), on peut, en faisant de grandes coupes à travers la couche optique et les parties voisines de l'hémisphère, se convaincre que de nombreux tractus vont directement de la couche optique {SehMlgel),

* Stilling ; Ueber die Bedeutung der OccipitaUappen des Gehirns fur das Sehen. (Gentralhl. f. pr. Augenheilk., févr. 1879, pag. 33. Anal. ÏQ Gentralhl, f. Nervenheilk., Il» 30.)

dans la substance blancliu du lobe occipital ; cette partie du cerveau serait donc le centre de la vision. En outre, Stilling a trouvé que les terminaisons d'une partie des fibres du nerf optique se font dans le pont, et qu'un certain nombre de fibres des nerfs optiques tirent directement leur origine de la substance grise du tuher cinereum.

B. L'action des circonvolutions sur les muscles de la vie organique a été étudiée pour la première fois par deux élèves de M. Vulpian, Bochefontaine et Lépine*. Schitf, une année auparavant , avait cru voir que le cœur accélérait ses battements et que la pression sanguine ne se modifiait pas '^. A la même époque, M. Kiilz ^ niait l'action des centres encéphaliques sur la salive, de sorte que les droits de MM. Bochefontaine et Lépine à la priorité de cette découverte importante sont indiscutables. Il faut noter cependant que Danilewsky, dans une communication de la Société de Médecine de Charkow, aurait dit, en novembre 1874, que l'excitation de l'écorce cérébrale provoque un léger accroissement de la tension artérielle avec ralentissement du pouls ; mais l'impression de son Mémoire * est postérieure à la communication de MM. Bochefontaine et Lépine*.

Les premières recherches de Bochefontaine ont spécialement montré que l'excitation électrique de la partie antérieure, gyrus sigmoïde, produit une augmentation générale appréciable au kymographion. Cette élévation considérable de la pression sanguine survient assez tardivement, augmente et persiste alors même que l'excitation a depuis

1 Bulht. de la Soc. de BioL, 5 juin 1875, pag. 230, 257. — Bochefootaine ; Etude expérimentale sur l'influence exercée par la faradisation de l'écorce grise sur quelques muscles de la vie organique. (Arch. de Physiol., 1876, pag. 140.)

2 Arch. f. experiment. Pathol., 1874, 15 déc, pag. 178. '■'' Centralhl. f. medic. Wissensch., juin 1875.

* Experiment. Deitr. zur Physiol. des Gehirns. PflUger's Arch., XI, 1875, pag. 128.

^ Richet, Th. d'agrég. citéo, pag. 119.

longtemps cessé. Il y a aussi un changement notable dans le rhythme des contractions cardiaques, qui deviennent d'abord extrêmement fréquentes, pour se ralentir ensuite beaucoup.

M. Danilewsky a ajouté à cela un fait important : c'est que l'excitation directe, soit des couches optiques, soit du corps strié (à l'exception peut-être du noyau caudé), ne donnait pas une élévation de pression analogue ; par conséquent, les effets ne sont pas dus à la diffusion des courants, mais résultent de l'excitation même, soit de la substance grise périphérique, soit des vaisseaux sous-jacents (Richet).

L'excitation de certains points du cerveau a encore donné l'hypersécrétion considérable des glandes sous-maxillaires, des mouvements de la pupille, de l'intestin grêle et du gros intestin, des contractions des trompes utérines, de la rate, de la vessie, et une sécrétion plus abondante du suc pancréatique. — Tous les centres des mouvements artériels ou autres sont placés dans les points mêmes qui provoquent des mouvements des membres, c'est-à-dire autour du sillon crucial \

Gouty^ a employé une autre méthode pour étudier la même question : il injectait des poudres fines (spores de lycopode) dans les artères du cerveau, et mesurait la tension artérielle générale. Il n'observe d'accroissement de tension qu'après les embolies du mésocéphale.

Eulenburg et Landois ' ont spécialement étudié l'action de ces excitations sur la température, qu'ils mesuraient avec des appareils thermo-électriques. Ils constatent des

1 Richet; loc. cit., pag. 124.

2 Gouty ; Influence de l'encéphale sur les muscles de la vie organique (Arch.de Physiol., nov. 1875). — Dastre ; De l'innervation des vaisseaux {Revue génér., in Rev. des Se. méd. XII, 296.)

^ Eulenburg et Landois ; Rev. des Se. méd., VIII, 49, X. 437.

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