III. DÉVELOPPEMENT DES CENTRES CORTICAUX. NOQS
ajouterons, comme Appendice à cette étude physiologique, .quelques mots sur le développement des centres moteurs chez les nouveau-nés.
Rouget^ a signalé des premiers l'absence des centres psycho-moteurs chez les animaux nouveau-nés.
Développant ces recherches, Soltmann " a montré que
^ H. Rosenlhal ; Experiment. IJr.tersuch. ûher den Einfliiss des Grosshirns auf die Korperivàrme. Diss. Berlin, 1877. — Anal, in C en b^albl. f. medic. Wissensch., 1878, pag. 638.
- Vulpian ; Faits expirimenl. montrant que les sécrétions sudorahs abondantes ne snnt pas en rapport nécessaire avec une suractivité de la circulntion cutanée. {kG?ià. des Se, 30 sept. 1878, en note.)
3 Rouget; Soc. de. Biol., 1875.
'' Soltmann ; Experiment. Stud. ûher die Funclionsn des Grosshirns dcr Nevge'or.men. Jalir. f, Kinderheilk. u. phys. Erziehung., IX, pag. lOG, 1876.
chez le chien ces centres apparaissaient seulement du lO'' au 16® jour après la naissance; ce développement était sous la dépendance directe des impressions venues du monde extérieur par les sens ; le début se remarque deux ou trois jours après rétablissement de la vue. Ces résultats ont été obtenus par l'électrisation, la cautérisation ou l'ablation. Chez le nouveau-né, tous les mouvements sont donc d'origine réflexe, de type médullaire.
Plus tard, le même auteur* a montré que les hémisphères des mêmes animaux n'ont pas d'action modératrice sur les actes réflexes, et que le pneumo-gastrique n'arrête presque pas les battements du cœur. Il a obtenu les mêmes résultats chez tous les animaux naissant aveugles (chiens ou lapins).
Tarchanoâ"^ a refait ces expériences sur les cochons d'Inde, qui naissent avec les yeux ouverts et dont la locomotion est parfaite d'emblée; ils possèdent ces centres dès les premiers jours de leur naissance et même à la période finale de la vie intra-utérine. Chez eux aussi, les hémisphères ont une action modératrice sur les actes réflexes, et l'excitation du vague arrête le cœur.
Parallèlement, on constate que le cerveau de ces animaux contient moins d'eau et plus de phosphore que celui du lapin et du chien ; il présente aussi l'aspect extérieur d'un développement plus avancé : substance grise distincte de la substance blanche, qui est fibrillaire (deux choses qui n'existent pas chez le lapin nouveau-né) ; il y a de grandes cellules pyramidales et les tubes nerveux sont entourés de myéline (ce qui n'existe pas encore chez les autres animaux). Le diamètre général des fibres nerveuses du vague est plus grand chez le cochon d'Inde que chez les lapins nouveau-nés.
> Sollmann; JaJirb. f. Kinderlieilk., XI, pag. 101, 1877.
* Tarcharioff; Sur les centres psijciio-moteurs des animaux nouveavnés et leur développement dans différentes conditions. {Soc. de DioL, 29 Juin, 1878. Revue viemuelle, pag. 721.)
D'une seconde série d'expériences, Tarchanoff a conclu « qu'il est possible de régler par différents moyens le développement générai des animaux, de l'accélérer ou de le ralentir, et cela se rapporte principalement au développement du système nerveux. Ainsi, l'introduction du phosphore dans l'organisme et les hyperémies répétées au cerveau amènent l'ouverture précoce des yeux, l'augmentation de l'excitabilité des centres psycho-moteurs et réflexes... En même temps le cerveau de ces animaux contenait chez la plupart plus de matières solides et de phosphore que celui des animaux qui se développaient normalement et du même âge. Le régime alcoolique et les anémies répétées du cerveau amènent des résultats opposés. »
Enfin nous signalerons dans le même travail les deux conclusions suivantes, qui ont de l'intérêt.
« Il y avait une différence entre l'hémisphère gauche et droit des jeunes animaux, dès le moment de l'apparition des centres psycho-moteurs. Sur le premier, sont pour la plupart mieux développés les centres psycho-moteurs des membres; sur le second, les centres pour les mouvements de mastication...
» Il doit exister des corrélations bien déterminées entre l'activité de différents groupes de centres psycho-moteurs ; l'état d'activité ou de repos d'un certain groupe, par exemple des centres de la mastication, aune grande influence sur l'excitabilité des centres voisins. L'état d'activité des centres de la mastication abaisse, par rapport à l'excitation électrique, l'excitabilité des centres du mouvement des membres. »
On peut rapprocher de ces faits les recherches de Parrot' sur le développement de l'encéphale chez l'enfant dans la première année. Ces recherches ont porté sur 96 autopsies d'enfants, dont la plupart avaient de 1 5 jours à 1 , 2, 3 et 4 mois, et dont quelques-uns étaient plus âgés.
^ Parrot; Soc. de BloL, 29 mars 1879. Anal, in Rev. des Se. médic, om. XIV, pag. 7. — Yoy. ■àus&iCharcot; Progrès médical, 1879, pag. 559.
DANS LES MALADIES CÉRÉBRALES. lil
a Lo cerveau a été examiné à Taide de coupes mélliodiques sur lesquelles il s'agissait de reconnaître, à l'œil nu, les différences de couleur qui correspondent aux diverses régions de la masse cérébrale, suivant l'âge de ces nouveaunés... Les parties grises, transparentes, peuvent être considérées comme les parties fœtales, embryonnaires, tandis que les parties blanches sont développées, adultes. La coloration blanche, en un mot , correspond à la structure achevée des tubes nerveux ( cylindre-axe recouvert de sa gaine de myéline). »
De la considération de ces faits morphologiques^ Parrot est arrivé à cette conclusion , qu'il y a dans l'hémisphère «comme un axe d'évolution qui part du pédoncule et s'élève vers le système de Rolande, qui en est comme l'épanouissement. C'est lui qui se développe le premier dans le manteau (ou partie périphérique) de l'hémisphère, d'une manière isolée et indépendante » . Ces faisceaux sousrolandiques sont marqués vers le dix-septième jour après la naissance.
La région post-rolandique se développe ensuite (au bout d'un mois) et la région antérieure encore plus tard, vers le cinquième mois.
Il faut compléter enfin cet exposé en rappelant certains points des travaux de Flechsig que nous avons négligés plus haut. Par la méthode que nous connaissons, cet auteur a montré qu'à la naissance les seuls points de la moelle non encore développés sont les faisceaux pyramidaux, c'est-à-dire ce que nous avons vu être les faisceaux directement émanés de la zone motrice corticale ^ .
' Nous négligeons ici à dessein un point sur lequel Flechsig et Parrot divergent, mais cfui est peu important au point de vue du fait lui-même. Flechsig admet que ces fibres pyramidales ont un point de départ unique dans la zone motrice corticale, d'où elles bourgeonneraient en quelque sorte de haut en bas. Pour Parrot, au contraire, ces mêmes fibres auraient un double point de départ : la zone corticale et les masses centrales. Deux
Il résulte de toutes ces observations rapprochées et comparées, qu'à la naissance le système cortico-moteur (zone corticale motrice, faisceaux pyramidaux directs, etc.) n'est pas développé comme chez l'adulte, ou du moins chez l'individu plus éloigné de l'époque de sa naissance. Chez le nouveau-né, la moelle proprement dite existe, la vie réflexe ou spinale existe ; mais le cerveau est encore unorgane indifférent en quelque sorte ; la vie volontaire, motrice, n'a pas encore commencé.
Ces données de l'anatomie et de la physiologie expliquent certains points de la pathologie cérébrale infantile, qui diffère extrêmement de la pathologie cérébrale ordinaire, au moins en ce qui concerne les localisations cérébrales.
Ainsi, «il est une chose bien connue de tous les auteurs qui ont particulièrement étudié la pathologie de cet âge, à savoir : que toutes les lésions cérébrales, même les plus graves, ne se traduisent par aucun symptôme spécial ; à proprement parler, elles restent latentes et ne peuvent être diagnostiquées... Ainsi s'exprime M. le professeur Parrot à l'occasion des lésions cérébrales, qu'il subordonne à l'athrepsie, stéatose en foyer ou diffuse , ramollissement blanc ou rouge du cerveau , hémorrhagie intra-encéphalique ou méningée, etc.
» Vous le voyez , conclut Gharcot , à cet âge le cerveau n'existe pas encore; au triple point de vue anatomique, fonctionnel et pathologique, c'est un organe indifférent* . »
segments bourgeonneraient ainsi à la fois et marcheraient à la rencontre l'un de l'autre dans le centre ovale. — On voit que c'est là un point d'importance secondaire et en tout cas hypothétique.
1 Gharcot; Progrès médical, 1879, pag. 360. — Ferrier admet également que les lésions corticales chez les enfants peuvent ne pas se manifester de lamême manière que chez les adultes {Localisât, des mal. cérébr., pag 122).