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OBSERVATION

Aphasie complète suivie de guérisoiij avec des spécimens de l'écrilure aux diverses phases de la maladie '.

Desforges de V... a mené, jusqu'à son entrée à l'hôpital, une existence excessivement accidentée. Appartenant, paraît-il, à une grande famille, il a reçu une éducation assez complète ; il possède des notions de mathématiques, de pharmacie, de médecine, etc. Il dessine très-bien, fait même de la peinture, est calligraphe de profession. Il a composé un très-grand nombre de vers et a fait successivement tous les métiers. Il a été officier en Afrique, infirmier à l'hôpital de Nimes, et garçon de pharmacie.C'est par un interne de l'hôpital de Nimes que nous avons recueilli ces renseignements et bien d'autres encore du même genre.

Il s'adonnait à la boisson journellement , et dans ces cas-là il perdait dans l'ivresse toute trace de son intelligence habituelle. Le vin était devenu pour ainsi dire le seul mobile qui lui fît entrejjrendre quelque chose de sérieux, et c'est en lui promettant quelques bouteilles qu'on obtenait de lui des dessins ou quelque travail de calligraphie.

II a eu, a-t-il dit lui-même, toute espèce de maladies : pneumonie, hématurie , fièvre intermittente , etc. ; il affecte même

* Extrait d'un travail publié dans le Montpellier médic, 1873.

peut-être un peu d'avoir traversé toutes sortes de vicissitudes dans sa vie.

Il se portait parfaitement bien au moment où a éclaté la maladie actuelle.

Le 15 novembre, il travaille toute la journée, et le soir il compose des vers jusqu'à 9 heures et demie ; il avait à ce moment-là sa pleine liberté d'intelligence. Il soupe bien ce soir-là et se couche. Dans la nuit, il a, dit-il, une indigestion. Toute la journée du lendemain 16 novembre, il se sent fatigué, mal à son aise, sans rien de précis; mais il parlait parfaitement et avait son entière connaissance. Le soir de ce même jour 16, il se prend de querelle avec un individu, et il entre dans une violente colère ; au milieu de la discussion il s'aperçoit tout d'un coup qu'il ne peut plus lui répondre ; à partir de ce moment, il n'a plus parlé, et il entre, le lendemain 17, à l'hôpital.

Ces renseignements ont été donnés par le malade lui-même, une fois qu'il a été guéri et avant qu'il sortît du service. Il se rappelle parfaitement tous les détails de cette maladie au début, ce qui montre bien la conservation de l'intelligence et de la mémoire des choses. Il affirme , du reste , avoir conservé son intelligence nette pendant toute la durée de sa maladie.

Il se présente à l'hôpital Saint-Eloi le 17; il est à ce moment dans l'impossibilité complète de s'exprimer ou de se faire comprendre, même par gestes; aussi le prend-on au début pour un aliéné ou un homme ivre. Il finit cependant parfaire comprendre qu'il ne peut pas parler; il présente son passeport pour donner ses noms et qualités, et il est admis dans le service de la clinique médicale, où il est couché au n" 21 de la salle Saint- Yincent.

Etat actuel le 17 novembre soir. — Grand, d'une constitution robuste, d'un tempérament sanguin, le malade présente un certain air d'anxiété dans la figure. Interrogé sur son mal, il commence immédiatement une série d'efforts pour répondre; tous sont infructueux. Il ne parvient même pas à articuler nettement quelques syllabes ou quelques fragments de mots ; il n'émet que des sons complètement confus et indistincts que l'on ne peut nullement comprendre. Une ou deux fois seulement, au milieu de très-longs efforts , il parvient à prononcer un peu mieux une syllabe que l'on saisit, mais qui ne se reproduit pas. Il a conscience de cette impossibilité où il se trouve d'exprimer sa pensée, et bientôt, au milieu de ces efforts, une vive impatience le prend; il porte la main à la tête d'un air

désespéré et tâche ainsi de l'aire comprendre qu'il ne peut pas parler.

On lui demande s'il sait écrire ; il fait signe que oui, et il se lève sur son séant pour le faire. Une fois assis en présence du papier, et un crayon à la main, il trace d'une main hésitante les traits confus de la fig. 1 (PI. IV). Il voulait écrire là son nom Desforges, et on voit les vains efforts qu'il fait pour figurer le D et Vf un peu plus loin. Il a conscience de cette incapacité autant que de la précédente, et bientôt il repousse vivement de lui avec impatience le papier et le crayon qu'on lui avait présentés.

Le langage mimique paraît lui-même atteint, quoique à un moindre degré peut-être. Il peut avec la tête faire les signes oui ou non, mais c'est tout. Quand on lui demande depuis combien de jours il est malade, il ne peut pas, comme il le fera un peu plus tard, lever deux ou trois doigts de la main. Quand on lui montre plusieurs objets et qu'on lui en demande le nombre, il ne peut pas l'exprimer non plus avec ses doigts.

La manifestation de la pensée est donc abolie, on peut dire, d'une manière complète dans ses trois grands modes : parole, écriture et gestes.

L'abolition va même au point qu'il ne peut pas répéter les expressions qu'on lui produit immédiatement. Ainsi, on a beau articuler nettement devant lui un mot simple et court : il lui est impossible de le répéter. Vainement on place devant lui son nom bien écrit, en lui disant de le copier comme un modèle : il ne peut y parvenir. On ne peut donc pas dire qu'il n'y ait là que des phénomènes d'amnésie.

Les organes destinés à exécuter les divers mouvements nécessaires à ces manifestations de la pensée sont d'ailleurs dans une intégrité relative bien suffisante pour qu'il faille chercher ailleurs la cause du mutisme. La langue est déviée à droite ; le bras du côté droit est légèrement paralysé ; la force de la contraction musculaire y est diminuée par rapport à celle de l'autre. Ces phénomènes d'hémiplégie droite, très-nets en euxmêmes, n'empêchent nullement les divers mouvements de ces organes, et par suite ne peuvent en rien amener l'impossibilité de parler ou d'écrire.

L'intelligence paraît aussi suffisamment conservée, quoique un peu diminuée. Quand on l'appelle et qu'on lui demande quelque chose, il montre très-clairement qu'il comprend la question, mais qu'il ne peut y répondre. On lui montre un objet : il le reconnaît très-bien, s'en sert au besoin, mais ne peut abso-

lument pas en dire le nom. Les phénomènes d'impatience qu'il présente à certains moments prouvent bien qu'il a même conscience de son infirmité. Cependant il ne doit pas posséder son intelligence à l'état tout à fait normal ; à certains moments il paraît absorbé par ses réflexions, et il faut une excitation assez forte pour le rappeler à la situation.

Ces données sur son intelligence, fournies par l'examen direct, ont été également confirmées par les souvenirs du malade pendant sa convalescence. Il a dit qu'à ce moment-là il avait sa complète liberté d'esprit : il comprenait très-bien ce qu'on lui disait, reconnaissait les objets qu'on lui présentait, mais était dans l'impossibilité absolue de manifester sa pensée d'une manière quelconque. Il a reconnu aussi lui-même qu'il n'avait cependant pas à ce moment toute sa puissance intellectuelle ordinaire, et, suivantson expression, il n'aurait pas pu concevoir un poëme.

Ainsi, les symptômes saillants sont : perte de la parole, de l'écriture, et en partie du langage mimique; hémiplégie droite ; conservation suffisante de la motilité générale pour manifester sa pensée ; conservation de l'intelligence.

Quant à l'état général, il ne paraît pas mauvais. Pas de fièvre ; le malade semble dire qu'il a mal à la tête, qu'il n'a pas d'appétit et qu'il est constipé. Le premier bruit du cœur est un peu rude à la pointe. Signes d'athérome aux deux radiales. La langue est blanche. Rien du côté des autres appareils. — Prescriptions : bouillon, vin; lavement purgatif.

18 novembre, Séjour de l'aphasie. — Une première amélioration est déjà notée dans son état : le langage mimique reparaît plus complet; non-seulement il fait signe oui ou non, mais encore, quand on lui demande depuis combien de temps il est malade, il lève trois doigts, et quand on poursuit en lui demandant si ce sont des années, des mois ou des jours qu'il désigne ainsi, il fait bien comprendre par gestes qu'il s'agit de jours. Et, en effet, les renseignements recueillis plus tard et déjà consignés en tête de l'observation confirment bien son affirmation.

L'écriture présente aussi une amélioration sensible sur la veille [fig. 2 et 3). Il esquisse très-bien le d et Ve, premières lettres de son nom; on reconnaît même assez nettement un projet de Vf et de Yr qui se trouvent plus loin dans le même mot : Desforges.

Enfin, la parole suit une marche tout à fait parallèle. Pour la

première fois, il a dit plusieurs fois le mot oui. Il ne le dit pas quand on le prononce devant lui et qu'on lui dit de le répéter ; mais il le prononce involontairement quand il s'efforce de raconter quelque chose qui l'intéresse, comme l'histoire de sa maladie. Il a prononcé aussi quelquefois d'autres syllabes isolées, comme tiens, rien, c'est ça.

Ainsi, il commence à faire des gestes, à dessiner des lettres et à articuler des syllabes.

L'état général est le même. — Prescriptions : 1 litre eau de veau avec 0,05 tartre stibié.

19. 4® jour. — Le malade a l'air beaucoup plus gai ; la figure est épanouie, et de fait il y a encore une nouvelle amélioration. Le langage mimique est à peu près complètement revenu. Il peut maintenant faire comprendre par gestes (ce qu'il n'avait pas fait encore) qu'il a mal à la tête et qu'il ressent aussi de la douleur dans le bras droit. Il analyse beaucoup mieux ses sensations ou plutôt fait mieux comprendre par ses gestes le résultat de cette analyse. On constate ainsi qu'il y aune certaine diminution de la sensibilité et aussi un peu de la motilité du côté droit, phénomènes plus accusés au bras qu'à la jambe.

Les fig. 4 et 5 montrent aussi un progrès très-net au point de vue de l'écriture ; le matin déjà il dessine bien le d et Vf, et l'après-midi surtout on reconnaît des linéaments de chacune des lettres de son nom ; toutes y sont incomplètes, mais toutes y sont représentées par quelque trait leur appartenant. Si on lui met sous les yeux un modèle à copier, cela ne paraît pas l'aider beaucoup. Cependant il semble lire mentalement ce qu'on lui représente et bien se rendre compte de ce qui est écrit.

Pour la parole, le nombre des syllabes qu'il prononce s'est considérablement accru ; mais le plus souvent les syllabes bien articulées en elles-mêmes sont incohérentes, ne se rapportent pas à ce qu'il veut exprimer ; on ne peut même pas en déterminer la loi de répétition. Quelquefois il parvient à prononcer trois ou quatre mots de suite avec un sens très-net, mais puis il s'arrête brusquement, cherchant vainement le mot qui lui est nécessaire. Ainsi il dira: « Je vais un peu.... » Il ne peut pas trouver le mot mieux. On prononce alors ce mot mieux à sa place ; il fait signe que c'est bien là le mot qu'il cherchait, mais malgré tous ses efforts il ne peut pas le répéter. D'autres fois, après avoir prononcé deux ou trois mots corrects, il termine sa phrase par un mot étranger à la question, bien articulé, mais qui n'est nullement à sa place. Ainsi, il dira en

montrant ses bras: «J'ai là... chien ^ chien, chien y), et il ne peut plus sortir de ce mot ; il s'impatiente, et Timpuissance n'en devient que plus forte.

Etat général toujours aussi satisfaisant. L'émétique en lavage a amené des selles dans la journée d'hier. — Prescriptions : deux pilules d'Anderson dans la soirée.

Dans la soirée de ce même jour survient une épistaxis assez abondante suivie d'une amélioration très-curieuse. L'infirmier qui vient m'appeler me dit que le malade a beaucoup saigné du nez, et que maintenant il parle. Quand j'arrive à son lit et que je lui demande de ses nouvelles, il me dit très-nettement : « Je vous remercie, Monsieur y> . Mais après cela, dès qu'il veut expliquer ou raconter quelque chose, il accouple toute espèce de syllabes bien articulées isolément, mais très-mal associées et ne formant aucun mot. L'amélioration est réelle et brusque, en ce sens qu'il articule beaucoup mieux les syllabes, seulement il ne prononce pas celles qu'il voudrait prononcer, il ne les met pas à leur place et dit l'une pour l'autre.

La figure est moins congestionnée, l'expression de la physionomie plus intelligente ; la langue n'est plus déviée.

20. Séjour. ■ — Les épistaxis ont continué pendant la nuit et se sont reproduites à quatre ou cinq reprises différentes.

Le matin, l'amélioration est des plus remarquables : il écrit très-bien toutes les lettres qu'il veut écrire ; on remarquera dans la fig. 6 que toutes les lettres sont parfaitement formées, seulement il ne fait pas toujours la lettre qu'il voudrait faire. Il met un e pour une r, une r pour une s : en d'autres termes, il forme très-bien les lettres, mais il ne peut pas faire la lettre qu'il voudrait, et substitue une lettre à une autre.

Pour la parole, le progrès est parfaitement parallèle. Il articule très-nettement les mots ; on comprend toujours très-bien les syllabes qu'il prononce. Il dit sans hésiter des phrases entières comme : a Ça va mieux » ; mais dans le plus grand nombre des cas il metun mot pour un autre et ne s'aperçoit pas toujours de son erreur. On lui présente une montre : « fa, dit-il, cest une soitpe»^ et il ajoute très-correctement : « Je sais maintenant ce que c'est » . On lui moQtre un verre ; il dit : « Centre ». On le reprend en lui disant que c'est un verre ; il répète : «Om, c'est un centre y). Il articule parfaitement tous les mots, comme il dessine très-bien toutes les lettres ; mais il met très-souvent un mot pour un autre, comme aussi il écrit très-souvent une lettre pour une autre.

DANS LES MALADIES CéRÉBRALES. 257

La figiifc est d'ailleurs beaucoup plus reposée, moins injectée ; il y a plus d'intelligence dans les yeux.

Le soir du même jour, l'amélioration a fait de nouveaux progrès.

Il parvient à écrire son nomà peu près correctement ; il n'onblie que l'e qui devrait se trouver après le (/ ; la formation des lettres est, à l'heure qu'il est, revenue complètement. Seulement, il n'écrit pas toujours ce qu'il veut écrire. Je lui dis de m'écrire la durée de sa maladie^ Je crois qu'il veut écrire trois jours, et il écrit : tors^ gos, os, os, os (fig. 7). On aperçoit là nettement deux phénomènes : d'abord il n'écrit pas ce qu'il veut écrire, puisqu'il dessine des inots incohérents pour exprimer des idées très-claires ; et en second lieu, une fois qu'il a un mot sous le crayon, il le répète plusieurs fois, quoi qu'il veuille exprimer. Telle est ici la syllabe os.

Mêmes phénomènes du côté de la parole. Il prononce des phrases assez complètes, mais au milieu il mettra cor ou cos à la place d'un substantif, et alors, à partir de ce moment-là, il répétera le même monosyllabe à la place de tous les substantifs. On lui présentera alors une cuillère, un verre, une chemise ; il dira : C'est un cos. — Non, c'est un verre. — Oui, c'est un COS. D'autres fois il a conscience de son erreur, mais il ne peut pas la corriger; ainsi, on lui présente une montre, et on lui demande le nom de cet objet ; il répond : « C'est nn chameau »; et à peine a-t-il dit ce mot, qu'il éclate de rire, comprenant qu'il vient de dire une bêtise, mais il fait de vains efforts pour la corriger, et à propos de n'importe quoi il répétera chameau. Pais au bout d'un certain temps, impatienté de ne pas pouvoir ainsi trouver le mot propre, il s'allonge dans son lit en s'écriant : « Oh! que c'est envoyé-» ! Il doit vouloir dire: Oh! que c'est ennuyeux 1 II faut encore noter, ce jour-là, que quand on lui demande s'il y voit bien, il répond qu'il a dans l'oeil droit.,. eur,eicr,eur. Il ne peut pas s'expliquer davantage, mais c'est le premier signe d'un phénomène qui se passait en effet dans l'œil droit et que nous verrons bien plus complètement développé un peu plus tard.

Etat général toujours bon ; l'appétit a augmenté ; les épislaxis se sont encore reproduites une ou deux fois dans la journée.

21. 6*^ jour. — Il dessine maintenant bien les lettres^ qu'il veut produire : ainsi, son nom est presque correctement écrit ; mais quand je lui dis d'écrire qu'il va mieux, il écrit : « Vieux

mouis is » ; d'écrire qu'il a mal de tête, il écrit mal d'étés tes. Les phénomènes de substitution de mots sont de la plus grande netteté ; ils se produisent également de la même manière dans la parole. Où vous est arrivé votre accident? — Je suis venu prés des..., tar. lar... J'étais à.... — Montpellier? — Oui Montloyer.

Il accuse un mal de tête assez violent au niveau de la bosse frontale gauche ; en même temps il dit qu'il n'y voit pas ; il est presbyte et aurait besoin de lunettes. Cette infirmité existait avant sa maladie. Pendant le cours de l'aphasie, il faisait des signes pour nous faire comprendre cela : mais nous ne l'avions pas encore saisi. Il faut mettre sur le compte de cette presbytie certaines particularités de son écriture et notamment la séparation des lettres.

Le soir, l'écriture présente un phénomène nouveau : on le prie d'écrire le nom de la ville où il se trouvait avant de venir à Montpellier. Il veut écrire Nimes et il commence en effet VN qui est au commencement de ce mot ; mais bientôt il retombe involontairement dans son nom qu'il a l'habitude d'écrire, et écrit : Nesforges ; à deux reprises il essaie, et à deux reprises le même phénomène se produit. A la troisième et à la quatrième fois, il se trompe encore ; mais ici il s'aperçoit de son erreur, efîace lui-même et renonce à toute nouvelle tentative d'écriture pour ce jour-là.

La parole est presque entièrement revenue, seulement il fait toujours des substitutions de mots et répète souvent le même. Ce mot répété reste le même pendant quelques instants ; puis c'est le tour d'un nouveau mot qui est également répété pendant le même temps. Exemple : Vous n'avez mal tiulle part? — J'ai à la tête., peau. — Qu'est-ce que vous avez mangé aujourd'hui^ — J'ai mangé peau^ etc. 11 se met très-souvent à rire en s'apercevant qu'il vient de dire une bêtise. De plus, il prononce actuellement très-bien les mots quand on les lui épelle syllabe par syllabe, même les mots qu'il ne peut pas prononcer tout seul.

Les épistaxis se sont renouvelées dans la journée ; quelques vertiges.

22. 7^ jour. En cherchant à écrire Nimes, il retombe dans le même genre d'erreur qu'hier, mais il s'aperçoit bientôt de son erreur, efface lui-même ce qu'il vient d'écrire et écrit alors très-correctement Nimes. A partir de ce moment-là, les derniers temps du rétablissement complet sont assez rapidement parcourus.

23. Séjour. Il parle très-hicn. La mémoire paraît bien conservée; il se rappelle tous les détails de sou existence, dont lui parle une personne qu'il a connue antérieurement etj qu'il reconnaît très-bien.

25. 10^ jour. Il attire pour la première fois l'attention sur une sorte d'hémiopie de l'œil droit, qui existerait depuis sa maladie. Il n'aperçoit que la moitié interne des objets pjlacés bien en face de son œil. Dans la moitié interne de la sphère visuelle, la vision est normale, nulle dans la plus grande partie de la moitié externe. Cette infirmité n'existait nullement avant la maladie actuelle.

29. 14*^ jour. Il se plaint toujours d'une céphalalgie limitée à la région frontale gauche. L'hémiopie persiste. On constate que l'odorat est bien diminué, sinon complètement aboli, dans la narine droite ; il est conservé dans la narine gauche. Le sucre et le sel déposés sur la moitié droite de la langue ne donnent aucune sensation gustative, tandis que leur saveur est bien perçue quand on les place sur la moitié gauche. Il ne paraît pas cependant y avoir de différence notable entre les deux moitiés de la face, au point de vue de la sensibilité générale, que l'on apprécie avec le compas de Weber. Les mouvements paraissent également symétriques, et l'on n'observe aucune déviation dans l'acte de souffler, de sifELer, etc.

30. 15*= jour. L'expérience sur le goût est reprise avec la teinture de coloquinte : cette substance, mise avec un pinceau sur la moitié droite de la langue, ne détermine aucune sensation désagréable ; dès que le pinceau arrive à toucher la moitié gauche, il fait une atroce grimace et va se rincer la bouche en disant que c'est très-amer. Le bruit d'une montre ordinaire est perçu du côté gauche à une distance de 0",25 environ; il n'est perçu du côté droit que quand la montre est au contact de l'oreille même. L'expérience avec le compas de Weber, refaite, montre que les deux pointes sont perçues séparées à une distance de 0°*,03 à 0™,04, sur la joue droite comme sur la joue gauche.

5 décembre. 20'' jour. Amélioration dans l'état de la langue et de l'oreille. L'œil droit est dans le même état.

7. 22'= jour. Mêmes phénomènes à propos des sens. La parole est à peu près complètement revenue ; cependant, de temps en temps dans la conversation, il hésite devant un mot qu'il retrouve le plus souvent bientôt.

12. 21" jour. Le malade demande sa sortie, se trouvant suffi-

sammeuu remis. A ce moment, le goût et l'odorat sont revenus à leur état normal, symétrique. L'ouïe de l'oreille droite, bieD améliorée, est encore inférieure à l'ouïe del'oreille gauche. L'hémiopie de l'œil droit persiste, ainsi que la céphalalgie frontale gauche. Dans la parole, il y a quelques traces d'amnésie verbale, notamment des noms propres ; il fait quelquefois encore des substitutions dont il s'aperçoit rapidement. La lecture est parfaite et l'écriture entièrement correcte. — Il quitte l'hôpital ce jour-là, à midi.

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