OBSERVATION II
Hémichorée préhémiplégique et Hémianesthésie. — Foyer hémorrhagique dans le noyau lenticulaire et la capsule interne du côté opposé. — Foyer symétrique ancien dans l'autre hémisphère (PI. V, fig. 1,2,3,4,5 et6).
Le nommé Boud.., Achille, né à Paris, âgé de 59 ans, est depuis quelques années à l'Hôpital-Général ; depuis son entrée à l'hôpital, on n'a jamais constaté chez lui le moindre signe d'hémiplégie ancienne.
Le 17 janvier 1879, il se lève comme d'habitude (il ne couchait pas à l'infirmerie) à six heures du matin. Il monte un petit escalier en portant une fiole à la main ; un moment il veut mettre la fiole dans sa poche, perd l'équilibre, tombe et se blesse grièvement à la main gauche : rhémorrhagie est assez abondante.
1 Gazette hebdom. . 1878.
- Ce malaflo est encore dans notre service, à l'Hôpital-Général.
^ Déjà pulMié dans la Gazette hebdom., 1879, 8, pag. 120.
A huit heures, l'hémorrhagie a été arrêtée avec de l'amadou et du perchlorure de fer; il est assis à l'infirmerie et me raconte lui-même l'accident qui lui est arrivé ; il ajoute qu'il s'est donné en tombant un coup à la tête ; ou n'eu trouve aucune trace extérieure. Il n'a à ce moment aucune espèce de paralysie.
A deux heures après midi, pas de paralysie encore ; il répond comme d'habitude aux questions. Il s'est mis au lit parce qu'il s'est senti un peu fatigué.
A deux heures et demie, on le trouve tout couvert de sang ; l'hémorrhagie de la main gauche s'est reproduite et il est rempli de sang. En même temps il a l'air ahuri, la bouche ouverte, ne répond pas aux questions qu'on lui adresse, et a le bras droit paralysé.
Bientôt après, mon collègue le D' S. -H. Serre pratique avec un succès complet la ligature de deux ou trois artérioles de la main ; à partir de ce moment, l'hémorrhagie ne s'est plus reproduite. A ce moment et pendant toute la soirée, la jambe droite n'est pas paralysée ; elle est, au contraire, animée de mouvements incessants, dans un état d'instabilité constante ; le reste du corps reste immobile : 38" et 38°, 4 de température. Le lendemain 18 (matin), nousle trouvons allongé sur ledos, la bouche ouverte, le regard fixe, la tête fortement étendue en arrière. Il ne peut pas tirer la langue ; quand on l'invite à le faire, il fait de vains efforts pour obéir, mais sa langue ne peut pas dépasser les arcades dentaires. Le bras droit est complètement paralysé ; la jambe est aussi paralysée, mais d'une manière moins absolue ; il n'y a plus de trace de mouvements choréiformes. L'anesthésie est complète dans tout ce côté. Pas de déviation marquée de la face; le malade ferme bien les deux yeux ensemble et isolément : 38°; 37°, 7. — Une bouteille eau de Sedlitz ; lavement purgatif.
Le 19, troisième jour, l'état s'est aggravé ; la paralysie est complète dans le bras et la jambe gauches ; la tête tombe à droite. Le malade ne répond pas du tout aux questions adressées, est complètement affaissé : 370,8 ; 38°.
Le 20, quatrième jour, la tête, qui jusqu'alors avait eu de la tendance à tomber à droite, est tournée à gauche ainsi que les yeux. On peut, en le lui ordonnant, lui faire porter les yeux jusqu'à la ligne médiane ; ils no la dépassent pas, et tant qu'ils gardent cette position ils sont animés de mouvements oscillatoires peu rapides dans le sens vertical ; ils reviennent ensuite dans l'angle gauche de l'orbite. La paralysie et l'anesthésie
sont complètes dans le bras et la jambe à droite ; pas de contractures ; pas de déviation de la face. Le malade va sous lui ; il ne répond pas du tout et avale difficilement.
Le 21, cinquième jour, un peumieux ; il comprend ce qu'on dit et parle un peu. Même état des membres. Avec la connaissance plus complète qu'il a aujourd'hui, on constate plus nettement que jamais l'anestliésie du côté droit. Quand il fait effort pour soulever le bras droit , il contracte un peu le biceps et le grand pectoral.
Le 22, sixième jour, même état; quelques mouvements obscurs dans le bras droit ; il parle un peu, demande de la tisane. La tête est toujours fortement étendue en arrière et dirigée à gauche, mais, quand on l'y invite, il la ramène assez bien à la ligne médiane ; quelques mouvements dans la jambe droite. L'anesthésie est la même, moins accentuée à la jambe qu'au bras et à la face.
Le 23 , septième jour, de nouveau plus mal, affaissement complet; prostration absolue. Même état de la tête. Il succombe le 24 au matin.
Autopsie, faite le 25, à 8 heures du matin. — Arachnoïde un peu dépolie; aspect très-légèrement laiteux le long de quelques vaisseaux, sur la convexité. Rien à la surface du cerveau dépouillé de ses méninges. Athérome généralisé, très-intense, de tous les vaisseaux de la base. Rien dans les ventricules ni dans le mésocéphale.
On pratique les coupes de Pitres.
Hémisphère gauche. — Coupe préfrontale : rien. — Coupe frontale { PI. Y, fig. \ ) : le couteau traverse un foyer hémorrhagique récent; vaste caillot qui remplace tout le noyau lenticulaire, sauf sa partie tout à fait inférieure; la capsule externe etl'avant-mur sont également détruits. La capsule interne n'est pas détruite, elle présente seulement, tout à fait en haut (partie lenticulo-s triée), une teinte rosée résistant à l'eau et semble soulevée par une lésion sous-jacente.
Coupe pariétale ( fig. 2 ) : le foyer a détruit tout le noyau lenticulaire ; il occupe de plus toute la partie de la capsule interne qui sépare le noyau lenticulaire du noyau caudé, sans atteindre ce dernier noyau lui-même ( qui est intact ); la capsule externe etl'avant-mur sont détruits, sauf à leur partie tout à fait inférieure. De plus, sur la couche optique, près du bord externe de ce ganglion, affleurant la capsule interne (dans sa partie lenliculo-optique), petit foyer gros comme une lentille
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