OBSERVATION IX
Neuf kystes hydatiques du cerveau, tous situés en dehors de la zone motrice : aucun trouljle moteur « (G, G. . . fi(i. 1, 2 et 3, Pi. VI).
M .,., âgé de 66 ans, entre à l'infirmerie (Saint-Gliarles, 42) le 17 décembre 1878, pour une ijneumonie. Nous avons peu de renseignements sur ses antécédents.
Dans une observation prise il y a deux ans, nous trouvons qu'à une époque non précisée il avait été pris d'une attaque (?) sous le coup de l'émotion produite par la nouvelle de la mort de sa flUe. Mais on constate expressément à cette époque que la motilité et la sensibilité sont normales partout; Tintelligence est conservée, cependant la mémoire, surtout celle des dates, laisse à désirer. 11 entre à l'infirmei'ie pour une diarrhée accompagnée de dépression des forces et anémie marquée.
Cette diarrhée guérie, il sort de l'infirmerie et est perdu de vue jusqu'au 17 décembre 1878.
A cette dernière époque, il présente tous les signes d'une pneumonie, à droite : crachats sanglants, mêlés ; douleur dans le côté droit ; fièvre ; submatité et quelques râles sous-crépitants en arrière dans le tiers moyen. — Il ne peut pas préciser le jour du début de ces accidents. Il sentait une légère douleur dans le côté depuis quelques jours ; il a commencé à cracher du sang le 15 décembre. Mais il n'a rien dit; le 16 étant un jour de sortie, il est allé en ville, et pendant cette promenade la douleur du côté est devenue extrêmement vive, le malaise beaucoup plus grand, et il est entré à l'infirmerie.
A ce moment, nous constatons d'une manière formelle l'absence de toute paralysie. — L'intelligence paraît conservée. Cependant il parle un peu lentement, comme ferait un vieillard plus âgé que lui.
Le thermomètre marque 40°,! dans le cinquième espace intercostal droit sur la ligne axillaire, et 39°, 4 dans le point exactement symétrique à gauche; la température axillaire est de 39%5 des deux côtés^.
^ Observation publiée dans le Montpellier médic, 1879.
^ Nous mentionnons ici simi^lement ce résultat remarquable des mesures thermornétriques locales, sauf à y revenir quand nous 'l'aurons constaté dans d'autres cas analogues. — Notre réserve est d'autant plus formelle que les mêmes recherches faites le soir ne donnèrent pas les mêmes résultats.
On administre la potion alcoolique avec des bouillons et du vin. L'amélioration est rapide, et après une courte poussée congestive dans le poumon gauche le 20, il est, le 21, en pleine convalescence le matin à la visite.
Le soir de ce même jour, à quatre heures, il est pris tout d'un coup d'une attaque : il perd complètement connaissance et reste dans le coma jusqu'à sa mort, qui survient le lendemain matin à huit heures. M. Joullié, interne du service, constate à plusieurs reprises, pendant la durée de cette période agonique, l'absence complète d'hémiplégie et de toute paralysie.
Autopsie le 23, à huit heures matin (vingt-quatre heures après la mort). — A l'ouverture du crâne et après l'incision des méninges, écoulement d'une grande quantité de sérosité. L'arachnoïde et la pie-mère présentent des deux côtés de la scissure in ter-hémisphérique ^des opacités considérables ; les méninges sonttrès-épaissies sur ce point.
Après avoir enlevé la pie-mère, on voit apparaître de petites tumeurs kystiques transparentes ; elle font une légère saillie à la surface et sont toutes logées dans des scissures, entre des circonvolutions ; quelques-unes dans une petite dépression sur la circonvolution voisine. On les fait saillir en pressant un peu sur les circonvolutions voisines : les tumeurs sortent alors comme le cristallin dans l'opération de la cataracte. Elles ne paraissent avoir aucune adhérence avec le tissu cérébral environnant, qui semble sain, sauf dans un cas. Ces kystes ne se déchirent pas ; on peut les saisir avec les doigts ou avec une pince et les transporter ; ils forment une masse transparente, d'aspect gélatineux, un peu tremblotante. Presque tous de la même grosseur, ils représentent une petite noisette ; quelquesuns ont un collet qui sépare la partie faisant saillie de la partie cachée entre les circonvolutions ; ils prennent alors la forme de gourde ou de haricot.
Voici maintenant la description plus particulière de chacun de ces kystes et l'indication de leur siège exact. (Voy. G. G... fig. 1,2 et 3 de la pi. VI.)
A. Hémisphère gauche. — 1®'' kyste : logé entre les circonvolutions occipitales, de la grosseur d'un gros pois chiche, laissant derrière lui une dépression en cupule, dans laquelle il était logé ; 2*= kyste : à la partie postérieure des circonvolutions temporales, fait une légère saillie dans un petit sillon delà troisième circonvolution temporale; en pressant un peu tout autour, il sort tout seul; delà grosseur d'un haricot, il présente un étran-
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glement circulaire à sa partie moyenne (un peu en bouton de cliemise); 3" kyste: dans la scissure in ter-pariétalo, en avant du lobule du pli courbe et en arrière de la pariétale ascendante : de la grosseur d'un pois, il est enfoncé entre les circonvolutions et toujours entouré de tissu sain ; 4" kyste : dans le fond de la scissure de Sylvius^ en arrière de la pariétale ascendante ; 5" kyste : à la face interne du même hémisphère, au-dessus de la circonvolution du corps calleux, à la partie tout à fait inférieure de la face interne de la circonvolution frontale, dans un sillon.
B. Hémisphère droit. — 6^ kyste : à la partie antérieure du sillon qui sépare la première et la deuxième frontale, au fond de ce sillon ; ayant creusé une petite cupule à la face inférieure de la première frontale; 7" kyste: à la partie tout à fait antérieure du sillon qui sépare la seconde de la troisième frontale, avec cupule creusée dans la deuxième frontale. Ici (c'est le seul kyste qui présente cette disposition), la substance cérébrale ambiante est adhérente et ramollie ; il y a un petit foyer d'encéphalite autour de la tumeur; 8" kyste: à la partie postérieure du bord de la scissure inter-hémisphérique ; celui-ci est recouvert par une portion de méninges épaissies; 9" kyste : celui-ci échappe (sans que nous puissions préciser sa position) quand, après avoir fait toutes les coupes de Pitres, nous sectionnons le lobe occipital ; il appartient donc à cette région postérieure de l'hémisphère droit.
Beaucoup de liquide dans les ventricules. — Artères de la base athéromateuses.
Pour le reste du corps, nous mentionnerons simplement que nous n'avons pas trouvé d'autre kyste dans les organes examinés (poumons, foie, rate, reins).
Examen des tumeurs, fait (avec le concours de M. Bordone) au laboratoire d'anatomie pathologique et d'histologie de M. le professeur Estor. — On peut faire une description commune de toutes les tumeurs, très-semblables entre elles. Le kyste est de consistance gélatineuse, un peu transparent ; l'enveloppe jjrésente un petit point noir (très-net sur tous les kystes) qui marque comme un point d'insertion. De plus, on voit par transparence un petit corps blanc à Fintérieur de chaque kyste, présentant un certain degré de mobilité.
On ouvre le kyste avec des ciseaux au pôle opposé au point noir indiqué; la membrane otï're une certaine résistance. Examinée au microscope, elle présente la structure classique du tissu
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conjonctif. — 11 s'écoule du kyste ouvert un liquide séreux, transparent.
Il reste alors un petit corps blanc, un peu allongé, unique dans chaquekyste , inséré par une de ses extrémités sur l'enveloppe extérieure au point correspondant au signe extérieur décrit. Ce corps blanc, examiné à la loupe et au microscope de dissection, présente une extrémité libre convexe avec des saillies latérales un peu bombées (ventouses). Au-dessous de cette extrémité est une partie fortement plissée transversalement.
Pour apercevoir les crochets, il faut dilacérer cette tête, la comprimer et l'examiner au microscope à un plus fort grossissement. Il n'est pas toujours facile de découvrir ces crochets. Nous les trouvons cependant dans trois des kystes. Sur un premier, ce sont quelques crochets isolés, complètement détachés; ils ont la garde peu développée et les deux branches sont à angle très-aigu l'une sur l'autre. Sur un second, nous trouvons quelques crochets sortant d'une gangue granuleuse. Enfin, sur un troisième, M. Bordone trouve une extrémité céphalique entière, avec les couronnes de crochets ; seulement ces crochets émergent d'une gangue de pigment noir ; cette préparation est une reproduction complète de la fig. 12,2=* (pag. xxii) du Traité deDavaine.
Toutes les préparations faites pour rechercher les crochets sont du reste remplies de corpuscules ovoïdes, circulaires ou en haricots, gros comme deux globules sanguins environ, qui paraissent former, avec le tissu conjonctif, la masse principale du corps de l'animal.
Nous n'insisterons pas sur les réflexions que peut inspirer cette observation.
Au point de vue histologique, on voit que dansées cas-là il ne faut pas s'attendre à trouver les caractères saillants du parasite aussi facilement que dans les autres kystes hydatiques. Davaine a déjà fait remarquer que les cysticernues cérébraux sont souvent le siège d'altérations variées, et notamment le rostre se remplit de pigment qui rend l'exploration plus laborieuse ; ce qui est arrivé ici. Dans ces cas, il ne faut donc pas se décourager si les premiers examens ne révèlent rien de caractéristique ; il faut répéter les observations, et avec de la patience on arrive.
Au point de vue clinique, ces neuf tumeurs cérébrales étaient parfaitement silencieuses. Aucun symptôme ne pouvait les faire diagnostiquer du vivant du malade, qui n'a jamais présente de paralysie, qui est entré à Tinflrmerie pour une pneumonie, et qui est mort d'apoplexie séreuse (toujours sans paralysie). Sous ce dernier rapport, ce fait n'a rien de contradictoire avec les données récentes sur les localisations cérébrales. Toutes les tumeurs étaient situées en avant ou en arrière de la zone corticale motrice, et par suite devaient rester cliniquement silencieuses.