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OBSERVATION X

Hémorrhagie cérébrale des faisceaux blancs de la zone latente. — Pénétration sous les méninges : convulsions et paralysie unilatérales du côté de la lésion (E fig. 1, PL VI).

La femme Tli..., née en 1820, avait eu, en août 1877, une première attaque qui ne s'était pas accompagnée, paraît-il, de perte de connaissance, à la suite de laquelle elle avait été gênée pour parler ; puis un état de faiblesse progressive s'était développé dans les quatre membres, sans hémiplégie ni paralysie vraie d'aucun genre. — C'est dans cet état qu'elle est admise à l'Hôpital-Général.

Elle y était depuis quelque temps quand, le 27 avril 1879, à cinq heures du soir, elle est prise tout d'un coup d'une attaque avec perte de connaissance, convulsions et écume à la bouche. Cet état dure demi-heure.

Le lendemain matin, à huit heures, nous assistons à une deuxième attaque semblable à la première : perte de connaissance complète et stertor ; convulsions limitées au côté gauche : convulsions à faible amplitude dans le bras gauche, yeux et tête fortement déviés à gauche, traits de la figure tirés à gauche, commissure soulevée de ce côté, tremblement dans les paupières. Quelques contractures passagères dans le bras gauche et la moitié gauche de la face. La malade paraît ne sentir aucune excitation cutanée. Après dix minutes, les convulsions s'arrêtent, puis reprennent avec les mêmes caractères. — 38°; plus tard, 38", 4. — Sangsues ; purgatif.

Dans la journée, les convulsions se reproduisent, commençant par la bouche (à gauche), puis gagnant le bras gauche, avec déviation conjuguée à gauche ; quand les convulsions

s'arrêtent, il y a parésie du côté gauche et la déviation se fait adroite ;puis les convulsions recommencent avec déviation à gauche.

Plus tard, convulsions des deux bras et du tronc ; plus tard enfin, convulsions généralisées.

Puis coma, stertor et mort à sept heures et demie du soir, sans que la malade ait repris connaissance. . . La température s'était élevée successivement à41°,8 aune heure et demie après midi ; à 42°, 2 à quatre heures et demie (le thermomètre atteignant toujours très-rapidement son maximum).

Autopsie faite le 29, — Suffusion sanguine diffuse, surtout marquée autour de l'hémisphère gauche ; sur cet hémisphère, on aperçoit une ouverture (dont nous préciserons le siège tout à l'heure) entourée d'une zone fluctuante. En enlevant la duremère, on voit s'écouler beaucoup de sang noir ; le sinus longitudinal est rempli de caillots noirs. A la partie postérieure de la scissure inter-hémisphérique, adhérences de la faux et des deux hémisphères.

On enlève l'arachnoïde et la pie-mère.

Hémisphère gauche : ouverture du foyer sur le prolongement de la scissure de Sylvius ; elle est séparée du fond de cette scissure et située entre elle etJa scissure parallèle, sur la branche ascendante du pli courbe. En pratiquant les coupes de Pitres d'avant en arrière, on ne trouve encore rien sur la coupe pédiculo-pariétale ni sur une coupe faite à i centim. en arrière de celle-ci. C'est sur la suivante seulement qu'on trouve le début du foyer ; ce dernier est gros comme une grosse noisette et situé au-dessous du point extérieur de perforation. La coupe suivante est en plein foyer et la suivante en présente la fin.

Rien dans l'hémisphère droit qu'un léger état lacunaire (quatre petits trous comme une tête d'épingle) dans le noyau le plus externe du noyau lenticulaire sur la coupe pariétale.

Sur une coupe longitudinale antéro-postérieurede la protubérance, petit foyer ancien, gros comme un pois, situé sur la ligne médiane, au-dessous des tubercules quadrijumeaux,dont il est séparé par 15 millim.de substance intacte; il est plus rapproché de la face inférieure de la protubérance.

Dans le cervelet, foyer comme un pois dans le lobe gauche en pleine substance blanche.

Le foyer méso-céphalique ancien, signalé en dernier lieu, correspond évidemment à la première attaque de 1 8 77 ,

qui n'avait pas entraîné d'hémiplégie, mais des troubles de la parole et un affaiblissement des quatre membres.

Mais l'intérêt principal de l'observation est dans ce fait qu'une hémorrhagie cérébrale gauche s'était manifestée pendant la vie par des troubles moteurs (convulsions unilatérales et hémiparésie) du même côté.

Ce n'est même pas là la seule exception que paraît présenter ce fait. En négligeant la question de côté, on voit que l'hémorrhagie siège tout à fait en dehors des régions motrices de l'écorce cérébrale ; les circonvolutions ascendantes ou marginales et les faisceaux blancs qui en partent sont intacts ; la lésion est tout entière située en arrière , dans la zone dont les altérations doivent rester latentes.

Mais ces deux exceptions, au lieu de s'ajouter, s'entredétruisent et permettent de faire rentrer ce cas dans la règle classique.

En effet, ce n'est pas à la lésion du cerveau, mais à la lésion des méninges qu'il faut attribuer tout ce complexus symptomatique. La lésion cérébrale est restée latente : pas de troubles moteurs à droite. Mais la lésion méningée a entraîné des troubles moteurs à gauche, en vertu de ce principe, établi par Bochefontaine et Duret, que les irritations méningées peuvent se manifester par des troubles moteurs du même côté que la lésion. Nous avons cité dans la 2" partie (pag. 186) d'autres faits cliniques du même ordre.

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