OBSERVATION XVI
Ancienne hémorrhagie occupant une portion de la couche optique, du noyau caudé et des parties qui les séparent : hémiplégie persistante. — Deuxième hémorrhagie dans le point à peu près symétrique de l'autre hémisphère, inondation \eatriculaire et sous-arachnoïdienne. Mort.
Dans l'hôpital depuis deux ans environ, la femme P.., née en 1804, était hémiplégique du côté gauche depuis longt(3mps. Son étatgénéral était satisfaisant et elle maugeait beaucoup jusqu'au 2 janvier 1879. Ce jour-là, à 6 heures du soir, elle vomit abondamment et perd connaissance. A partir de ce moment, elle est ploDgée dans l'état apoplectique absolu jusqu'à sa mort.
Pendant cette période , on constate une hémiplégie droite : la malade fume la pipe du côté droit ; de plus, le bras soulevé retombe inerte, tandis que le bras gauche est le siège de contractures qui préexistaient à cette dernière attaque d'apoplexie.
1 Nous avons également mentionné dans l'Observation vu une lésion du noyau lenticulaire ayant entraîné une hémiplégie permanente. C'est donc, en somme, huit cas de lésions de la région opto-striée que nous pouvons présenter ici.
332 DES LiJCALISATIONS
Respiration stertoreiise, etc. — Etat fort difficile à analyser symptomatiquemcii t.
La malade meurt le 3, à 9 hem-es du soir.
Autopsie le 5, à 8 heures du matin. — Raideur cadavérique dans le bras droit et pas dans le bras gauche.
Encéphale. — Après avoir enlevé la dure-mère, on aperçoit une vaste teinte rouge qui persiste malgré le lavage, trèsétendue, principalement à la partie inférieure des deux lobes sphénoïdaux (plus marquée à gauche), à la face externe du lobe sphénoïdal gauche, dans toutes les parties déclives, très-marquée au niveau du bulbe et de la protubérance : le liquide qui produit cette teinte rouge paraît logé entre l'arachnoïde et la pie-mère. Quand on a enlevé toutes les méninges, cette couleur a complètement disparu ; il reste à peine un peu de sérosité sanguinolente (rosée) entre les circonvolutions, et un très-léger piqueté disséminé en quelques points de la substance cérébrale.— Athérome absolument généralisé de tous les vaisseaux de l'encéphale. — A la face inférieure du lobe droit, au niveau de la scissure de Sylvius, épaississement méningé.
En séparant les deux hémisphères, on aperçoit un vaste foyer hémorrhagique occupant tous les ventricules; gros caillot dans le ventricule moyen; sérosité sanguinolente dansla partie postérieure des ventricules latéraux. Le point de départ est dans l'hémisphère gauche : vaste foyer dans la couche optique, l'occupant tout entière, ayant éclaté dans le ventricule. — On pratique les coupes de Pitres pour déterminer les limites de la lésion. Rien sur la coupe pré-frontale. Sur la coupe frontale, le foyer a détruit la couche optique, infiltré le noyau caudé et la partie supérieure de la capsule interne. Sur la coupe pariétale, même disposition; la capsule interne esttoutà fait intacte. C'est là que s'arrête le foyer.
Dans l'hémisphère droit, ancien foyer. Dans le ventricule latéral, sorte d'ulcération cà fond jaunâtre (surtout sur les bords) , à bords très-arrêtés comme àl'emporte-pièce, située sur la surface ventriculaire du corps strié à sa partie postérieure, empiétant sur le sillon qui sépare le corps strié deîa couche optique et un peu sur la couche optique elle-même; lésion étalée, mais peu profonde. — Coupes de Pitres : Rien sur la coupe pédiculo-frontale. Sur la coupe frontale, la lésion apparaît occupant la partie supérieure de la couche optique, le noyau caudé et le faisceau blanc qui les sépare. C'est de là que le foyer s'étale sur la face ventriculaire du noyau caudé et du sillon qui
le sépare do la couche optique dans le ventricule, comme nous l'avons dit. A la coupe pariétale, on ne retrouve plus rien sur la coupe même, mais sur la tranche ou trouve la terminaison postérieure de la lésion de la face ventriculaire. Dans ce même hémisphère, bouquet de petits kystes appendus à la toile choroïdienne.
Il y a deux temps dans cette observation, entièrement distincts l'un de l'autre et présentant chacun leur intérêt.
D'abord le premier foyer hémorrhagique (l'ancien, celui de l'hémisphère droit) peut être très-nettement défini : il occupait la face ventriculaire du corps strié, un peu de la couche optique et le sillon qui les sépare ; en profondeur, il occupait, au niveau de la coupe frontale de Pitres, le noyau caudé, l'extrémité supérieure de la couche optique et le faisceau blanc qui les sépare. — Cette lésion avait entraîné une hémiplégie du côté opposé.
En second lieu est survenue une nouvelle hémorrhagie, celle-ci dans l'hémisphère gauche et beaucoup plus abondante, qui a entraîné la mort.
Une chose à remarquer, c'est la symétrie de ces deux foyers. Quoique les limites du second soient difficiles à préciser, à cause de l'étendue de la destruction, il est certain néanmoins que dans les deux cas la rupture s'est produite en dedans de la capsule interne, dans la couche optique et le noyau caudé. Ce fait de symétrie dans les hémorrhagies cérébrales a déjà été noté dans l'Observation ii.
En outre, ce n'est pas là le siège le plus fréquent de l'hémorrhagie cérébrale : à ce point de vue, il est intéressant de noter le fait en le rapprochant de l'hémiplégie qui en a été la conséquence.
Enfin il y a un dernier point intéressant dans l'apoplexie terminale : c'est l'inondation ventriculaire et méningée qui s'est produite par éclatement de la substance cérébrale et a entraîné rapidement la terminaison fatale.