LOCALISATIONS INFÉRIEURES
OBsERvATION XIV
(Recueillie par M. Levet, interne des hôpitaux, dans le service de M. Roliet).
Appendicite à fistuhisation scrotale.
Il s’agit d’un malade âgé de vingt-cinq ans, entré le 8 novembre, 1898, salle Saint-Pothin, à l'hôpital de la Croix-Rousse, ne présentant rien à noter dans ses antécédants héréditaires ou personnels.
Le sujet s’est toujours plaint d’une constipation habituelle, et particulièrement tenace depuis deux ans. Les fonctions digestives ont été aussi fort troublées : le malade avait une anorexie assez grande, marquée surtout pour les graisses. En même temps, céphalées fréquentes, inaptitude au travail.
Il y a trois semaines, son état s'aggrave brusquement. Sans cause appréciable, surviennent de la courbature et des douleurs lombaires assez vives. Toutefois, il continue son travail. Mais, au bout de huit jours, il doit s’aliter. De vives coliques et des douleurs intenses localisées dans la fosse iliaque droite, éclatent dans la nuit du 24 octobre, Le malade essaye alors de lutter par des lavements
LES contre cet état de choses. Malgré des applications de glace, la douleur persiste. Neuf jours après s’être alité, le malade a une selle très copieuse; les jours suivants il y a une selle par jour, mais de faible quantité.
Le treizième jour, son état s’est aggravé. Les douleurs sont très vives dans le côté droit de l’abdomen. En plus, la bourse droite, tuméfiée depuis le début, augmente de volume et devient le siège de vives douleurs. La fièvre s'établit avec frissons.
La veille de l’entrée à l’hôpital, une fistule de la bourse s’établissait et par là s’écoulait une assez grande quantité de pus.
A l'entrée, on constate un très mauvais état général.
En outre, les draps sont mouillés de pus sortant par une ouverture située à la partie la plus déclive du scrotum droit. La fistule, à ouverture de la largeur d’une pièce de 50 centimes, a des bords violacés et même un peu noirâtres. (
La palpation de la fosse iliaque droite révèle de l’empàtement. Une fluctuation assez nette avec crépitation gazeuse se perçoit bien au niveau du canal inguinal. Pas de rougeur, pas de fistule. |
M. Rollet opéra le malade d'urgence. Il pratiqua une incision au niveau de l’orifice du canal inguinal. Il agrandit ensuite l’ouverture spontanée située à la partie inférieure du scrotum.
Une autre incision est enfin faite dans la fosse iliaque droite. On tombe sur un volumineux abcès rétro-péritonéal. Le pus qui en sort est très fétide et est mélangé à des gaz. Sans rechercher l’appendice, on place un drain dans cette dernière incision et une autre drain allant de
Ce
l’orifice inguinal à l’orifice scrotal. Au cours de l’opération,on peut se rendre compte que le pus de l’abces rétro-péritonéal avait atteint l’orifice interne du canal inguinal, puis l’orifice externe et avait ensuite dissocié les éléments du cordon. La vaginale était respectée.
A l'examen bactériologique, fait par M. Courmont, on constate que les cultures, qui fourmillaient de bacilles, prenaient, au bout de quelques jours, une belle teinte verte. On trouve, au microscope, de gros bacilles trapus, prenant le Gram et de petits bacilles ne prenant pas ce réactif. Il s’agit vraisemblablement de l’association d’un pyocyanique et d'un bacille indéterminé.
Les suites opératoires furent excellentes, et, le 24 décembre, le malade sortait de l'hôpital.
Il lui reste une petite fistule au niveau de l’incision iliaque.
Les autres trajets, scrotai et inguinal sont fermés.
L'état général est excellent.