T.-L. XXVII
(4) Il est évident que c’est par erreur que quelques éditions donnent le nom de Frigtlles.— Cette ville était située chez les Volsques, et nous avons eu déjà l'occasion d’en parler. Frégines était en Étrurie. Ce qui ne laisse aucun doute, ce
rapporter à la même date et mentionne également cette colonie dont , au surplus , Tite-Live parle , de nouveau , vers 192 , en indiquant les réclamations élevées par huit colonies maritimes pour ne pas fournir de soldats.
Yelléius Paterculus et les sommaires des livres perdus de Tite-Live continuent d’être généralement d’accord. Ils mentionnent également une colonie envoyée à Brundusium ou Brindes , dans la Calabre , dans le pays des Salentins , à la fin de la première guerre punique ou peu de temps après. L’un et l’autre citent aussi la colonie envoyée à Spolète , en Ombrie , vers la même époque (1).
Mais ici les deux historiens dont nous nous servons cessent de s’accorder. Yelléius Paterculus fixe à l’année 240 , c’est-à-dire un an après la fin de la première guerre punique , la fondation d’une colonie à Vibo Valentia , dans le pays des Brutiens. L’épitome de Tite-Live ne fait aucune mention de cette colonie. Bien plus, en 207 , dans les célèbres passages où l’historien indique les trente colonies romaines alors existantes, il ne fait aucune mention de celle-ci. A cette objection l’on a répondu que, sans doute, dans cette occasion , Tite-Live n’avait pas indiqué Yibo , parce que cette ville était située dans le Brutium , alors occupé par Annibal, et que, dès lors, il ne la considérait plus comme ville romaine. Il est possible qu’en effet Vibo ait reçu une colonie à l’époque indiquée par Yelléius, quoique lui seul en parle ; mais il est certain que Tite-Live en a ignoré l’existence. Il ne parle, en effet, d’une colonie dans cette ville qu’en l’année 191 , époque où les Romains y envoyèrent 3,700 fantassins et 300 cavaliers. Sur le territoire enlevé aux Brutiens, les triumvirs, nommés en vertu d’un sénatus-consulte et d’un plébiscite, distribuèrent quinze
n’est pas seulement le texte bien précis de Velléius (I, 15) , mais l’indication de l’Ëpit. XIX, et le rapprochement du ch. 3 du liv, XXXVI de Tite-Live.
(I) Épit. 1. XX.— Vell. Pat. 1 , 14.
jugères à chaque fantassin, trente à chaque cavalier (1).
À la suite des conquêtes nouvelles de Rome , dans l’intervalle entre la première et la seconde guerre punique (241-218), surtout à 'l’approche des dangers dont la menaçait l’invasion d’Annibal , la république sentit le besoin de se fortifier vers le nord , vers les Alpes , d’où les Carthaginois allaient se précipiter sur l’Italie septentrionale et centrale. Dans ce but, les Romains établirent, dans la “Gaule Cisalpine, deux colonies, l’une à Plaisance (Placentia), sur la rive droite du Pô , l’autre à Crémone , sur la rive gauche de ce fleuve, mais un peu plus bas (2). L’Épitome de Tite-Live (3) se borne à indiquer ces colonies sans aucun détail. Yelléius Paterculus ne donne pas plus de renseignements. Un ancien commentateur de Cicéron , Asconius , à propos d’un passage de la véhémente invective de Cicéron contre C. Pison (4), nous apprend que les colonies de Plaisance et de Crémone furent fondées en l’an de Rome 534 , c’est-à-dire 220 avant J.-C. Polybe nous apprend que ces colonies avaient été décrétées déjà depuis quelque temps. La nouvelle qu’Annibal avait passé l’Èbre, et, par conséquent , qu’il se disposait à marcher vers l’Italie , en fit hâter l’établissement (5). Le même historien nous dit que les colons reçurent l’ordre de se rendre dans ces villes dans
(1) Cf Vell. 1 , 15.— T. -L. XXVI, 3 et 38.— XXXV , iO.-Bcaufort , Rép. Rom. II, p. 251.
(2) Beaufort placerait ici la fondation des deux colonies maritimes de Castrom Novum et de Pyrges en Étrurie , citées l’nne et l’autre dans le passage célèbre de Tite-Live. Elles existaient en 207 , cela est évident. Mais à quelle époque avaientelles été fondées? Ni Tite-Live , ni Velléius ne nons l’apprennent.
(3) Épit. XX.— Vell. l’at. 1,14.
(4) In Pisoncm , 27.— (Coll. Leclerc, XIV.)
(5) Êtrxtuxav èit'. xéXo? dyayEtv xi xaxd xdç dxoodxç S? 8f| -rpdxtpov îjxav rit TaXaxfav dTioxxiX7.siv Ttpoxr^Eipixjicvoi (Pol. 111 , 40 ou 8.) - Tacite donne une date différente de celle que nous venons d’indiquer. Après avoir raconté l’incendie de Crémone par les Flaviens et la destruction momentanée de cette ville , il ajootc : Hicexitus Cremonœ, anno ducentesimo octogesimo sexto a primordio lui. (Hist. 111 , 34.) Il y a dans ce calcul une erreur de quelques années. Les ravages
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l’ espace de trente jours , Pt que chacune des colonies nouvelles M composée de 6,000 hommes. 11 est évident que ces colonies sont la conséquence de la loi agraire de Flaminius. Or nous avons vu précédemment que cette loi est de l’année 221 avant J. C.
Ici nous retrouvons le texte de Tite-Live qui nous a malheureusement abandonnés depuis quelques années, et les renseignements qu’il nous fournit jettent sur toutes ces questions une grande lumière. Ainsi , il nous apprend que , lors de l'arrivée des Carthaginois en Italie, les Boïens et les Insübriens prirent parti pour Ànnibal , non pas tant, ajoute-t-il, à cause de leurs vieilles inimitiés contre les Romains que parce qu’ils voyaient avec peine les colonies de Plaisance et de Crémone (1). Les Gaulois n’avaient pas un système scientifique arrêté et contraire aux faits; ils jugeaient, avec leur bon sens et leur instinct, et jugeaient très-bien, le but des colonies romaines. L’histoire de ces deux villés est très-importante pendant les guerres qui suivent. D’abord elles échappent aux Carthaginois, lors de l’invasion d’ Annibal; et, même après la bataille du Tésin , c’est à Plaisance , inutilement assiégée par les Carthaginois , que les débris de l’armée romaine trouvent un asile (2). Ces deux villes continuent de résister pendant
de Vitelllus et de scs ennemis en Italie, la bataille de Bédriac, et la prise de Crémone par Antonius, sont de l'année 69 de notre ère. Si Crémone n’avait eu alors , comme le dit Tacite , que 286 ans d’exislence , sa fondation remonterait à l’année 2i 7 av. J.-C.Or, en 217, Annibal était en Italie, puisque c'est la date des batailles du Tésin , de la Trébie et de Trasimène. Il faut évidemment rapporter à une époque, un peu antérieure, la fondation de cette colonie.
(1 ) Boii, tollicilalis Jnsubribus , defecerunt; nec lam ob veleres in prtpttlum Romanum iras , quam quod nuper circa Padum, Placenliam Cremonamgue colonias in agrum Oallicum deductas irgre patiebantur (XXI, 25).
(2) lb. XXI , 47 et suiv.— Plaisance et Crémone furent défendues contre les Carthaginois par M. Sergius, l’aïeul de Catilina, privé de la main droite, combattant avec une main de fer , comme I.anoue au XVI* siècle, couvert de vingttrois blessures, deux fois prisonnier d’Annibal et triomphant de la nature et de la fortune. (Pline, Hist. nat. VII, 29.)— Cicéron, au commencement de son premier discours , oppose cette conduite de Sergius à l’infamie de Catilina.
toute la durée de la seconde guerre punique. Mais après la conclusion de la paix , en 200 , Plaisance est emportée par surprise et brûlée par les Gaulois unis , non pas à Asdrubal , comme le ferait supposer Beaufort , car ce général avait été tué sept ans auparavant , à la bataille du Métaure , mais bien à un général Carthaginois nommé Hamilcar, et qui avait rassemblé les débris de l’armée d’ Asdrubal dans ces contrées (1). Aussi le consul S. Élius consacra-t-il toute l’année 199 à faire rentrer dans Plaisance et Crémone les colons que les malheurs de la guerre avaient dispersés (2). Cependant la gloire de rétablir ces deux colonies ne lui appartint pas. Elle revint tout entière à son successeur C. Cornélius qui, à son triomphe, en 198, vit se presser autour de lui les colons de Crémone et de Plaisance le saluant comme leur libérateur (3). Mais telle était l’importance, tels étaient en même temps les dangers de ces deux colonies , au milieu de contrées sans cesse en guerre ou prêtes à s’insurger , que , huit ans plus tard , en 1 90 , les colons de ces deux villes se plaignent de leur détresse , et que le consul Lélius est chargé d’enrôler 6,000 familles nouvelles pour les distribuer dans ces villes. C’était une augmentation de 24,000 à 30,000 colons, qui les mirent désormais à l’abri de toute attaque (4).
Le désir de présenter en un seul tableau le résumé de l’histoire de Plaisance et de Crémone , nous a fait dépasser l’ordre des temps. En revenant sur nos pas, nous trouvons dans l’ordre chronologique , après la fondation de ces deux villes, le tableau tracé par Tite-Live de l’état des colonies romaines en l’année 207. A cette époque , suivant l’historien , la république comptait trente colonies. Dans ce
(1) T.-L. XXXI, 10.— Cf. Beaufort, II, p. 252.
(2) lb. XXXII , 26.
(3) Ib. XXXIII, 22 et 23.
0) Ibid. XXXVII, 46et4T.
nombre, douze : Ardée, Népète, Sutrium, Albe, Carséoles, Cora, Suessa, Circéi, Setia, Calés, Narni, Interamne , refusèrent de combattre plus longtemps en faveur des Romains. Les dix-huit autres : Signia, Norba, Saticulum , Brindes, Frégelles, Lucérie, Yénouse , Adria, Firmum, Ariminium, Pontia, Pæstum, Cosa, Bénévent, Ésernie , Spolète, Plaisance et Crémone, offrirent, au contraire, de donner aux Romains un nombre de soldats plus considérable que d’habitude, si les circonstances l’exigeaient, et, comme dit très-bien Tite-Live , le secours de ces dixhuit colonies fut le salut de Rome (1). Les mêmes colonies sont rappelées plus tard. Lorsque , en 204 , le danger fut passé, le sénat traita durement les douze colonies rebelles. Elles furent soumises à un recensement rigoureux des propriétés et de la population ; on augmenta leurs contributions d’un as par mille chaque année ; on calcula le nombre d’hommes qu’elles auraient dû fournir depuis l’entrée des Carthaginois en Italie ; on décréta qu’elles en fourniraient le double en infanterie , et, de plus, cent vingt cavaliers; enfin, que les plus riches citoyens de ers douze colonies seraient envoyés hors de l’Italie, pour servir partout où l’on aurait besoin de renforts (2).
(1) Harum coloniarum subtidio tum imperium populi romani stetit (T.-L., XXY11, 9 et 10).— A ce sujet, Tlte-Live met dans la bouche des consuls un discours adressé aux députés des douze colonies rebelles, et dans lequel l’étal de dépendance des colonies à l’égard de la métropole est parfaitement exprimé : Redirent itaque propere in colonial... admonerent non Campanos neque Tarentinot eos esse , sed Romanos ; inde oriundos , inde in colonial atque in agrum bello captum itirpit augendee causa missoi; qticp liberi parenlibus deberent, ea illos Romanis debere, etc.
(2) T.-L., XXIX, 15 et 31. — Il est à remarquer que, dans ce passage, Tite- Live dit Duodecim colonial latinas . Cette épithète a beaucoup embarrassé les commentateurs. (Voir Ilcyne, Op., ac. 111, p. 90, note). Il me semble qu on peut l'expliquer de deux façons. D’abord Tite-Live a dit précédemment que, pour plusieurs de ces colonies, on avait permis aux anciens habitants de s inscrire parmi les colons. En outre, ces douze colonies étaient dans le Latium. Colonial latinas ne voudrait-il pas dire les douze colonies du Latium? Enfin, ne seraitil pas possible que cette épithète fût méprisante, et que les Romains voulussent
Ce passage est précieux , et nous nous en sommes déjà servis plus d’une fois. Cependant il donne lieu à de trèsr grandes, à de très-sérieuses difficultés. Je ne parle pas de celle que Beaufort a suscitée en disant que , au lieu de Cora, ville du pays des Volsques, citée dans ce tableau, il faudrait lire Sora, parce que Cora avait été détruite aussi bien queSuessa Pometia (1). C’est une conjecture gratuite et malheureuse , puisque Suessa elle-même figure dans ce tableau. Ce qui est plus embarrassant , c’est que Tite-Live n’indique dans ce résumé que trente colonies; tandis qu’en faisant le relevé des livres précédents , et en le complétant par les indications de Denys et de Velléius Parterculus, Asconius dans son commentaire, déjà cité, du discours contre Pison , Sigonius et Beaufort , sont arrivés à compter cinquante-trois colonies , et que nous croyons même en pouvoir compter cinquante-huit. Nous trouvons donc une différence de vingt-huit villes. Mais on n’a peut-être pas assez remarqué que la différence n’est pas aussi considérable. En effet, Tite-Live distingue deux classes de colonies : les colonies situées dans l’intérieur des terres, obligées de fournir des soldats pour la défense de Rome, comme nous venons de le voir ; les colonies maritimes qui avaient le privilège, garanti par serment ( sacro-sanclam vacationem ), de n’être pas astreintes au service militaire. Pour quel motif avait-on établi ce privilège? On a fait à ce sujet plusieurs conjectures dont la plus probable me parait être celle de M. Lebas (2). D’abord ces colonies maritimes devaient renfermer beaucoup plus de matelots que de soldats , et cette distinction dans le genre de services était considérable, quoiqu’elle eût dans l’antiquité moins d’impor-
ainsi indiquer que, par leur refus de services, les habitants de ces colonies avaient renoncé au titre glorieux de citoyens romains?
(t) Rép. rom., II. p. 247.
(2) Comm. sur T.-L., II, p. 778, col. 2.
tance qu’elle n’en a chez les nations modernes. En second lieu, et ceci est plus grave, les pirates menaçaient continuellement les côtes de l’Italie, peuplées de villes riches et capables d’exciter leur convoitise. Les colonies maritimes veillaient à la défense des côtes; la perpétuité du danger ne leur imposait-elle pas l’obligation de ne jamais se dégarnir de leurs troupes pour les envoyer dan» l’intérieur ? Quoi qu’il en soit de la cause, la distinction et le privilège étaient incontestables. Aussi , dans deux occasions, en 206 et en 192, ces villes implorent-elles les bénéfices de ce privilège. Mais elles sont, dans l’un et l'autre cas, obligées, par une dérogation qu’expliquent les dangers ou les besoins de l’État, à fournir des soldats aux Romains. Dans ces deux circonstances , Tite-Live indique dix de ces villes : Ostie, Frégènes, Castrum Novum, Pyrges, Antium , Anxur ouTerracine, Minturnes, Sinuessa, Alsie, Sena (1). Il est vrai, d’une part, qu’il y aurait encore dix-huit colonies indiquées précédemment et non rappelées dans ce tableau. Mais on peut répondre que , sans doute, plusieurs colonies, surtout parmi les plus anciennes, avaient disparu; enfin, que Tite-Live n’a indiqué , dans cette circonstance , que celles des colonies qui avaient réclamé. A quoi bon parler de celles qui avaient paisiblement obéi? Il y a enfin cette autre difficulté plus grave, c’est que, dans son relevé, Tite-Live cite des colonies dont il n’a pas précédemment indiqué la fondation. Nous verrons, tout à l’heure, comment on peut la résoudre. En attendant , nous croyons utile de placer ici deux tableaux qui serviront à faire connaître, à la fois, et les difficultés que le résumé de Tite-Live peut susciter, et l’histoire même de3 colonies fondées par les Romains jusqu’à la seconde guerre punique.
(1) Cf. XX VII, 38, et xxxvi, s.
I. — Tableau des colonies indiquées par Tite-Live , Denys d' Halicarnasse , Felléius Paterculus, comme ayant été fondées depuis l’origine de Home jusqu’à la seconde guerre punique.
Nota. L'aslérique (*) indique celles de ces colonies non comprises par Tite-Live dans le second tableau.
No.
COLONIES