‹ Des lois agraires chez les RomainsChapitre 15 sur 29 · SPOLETO · texte numérisé non relu

SPOLETO

MAGNA. SUORüM. CAEDE. REPULSU8.

INSIGNI. Fl'GA. PQRTAE. NOMEN. FECIT.

(2) Jbid.,\\\ 1, 8.— L’historien appelle ce» trois ville» i» micipa. On a prouvé que Lanuvium seule était une ville municipale, et que Cora et Sétia étaient des colonies (Comm. de I.ebas, 1, p. 920).

thaginoises dans l’armée des Gaulois. Les Gaulois sont obligés de lever le siège (1).

li° Les faits réfutent suffisamment la troisième assertion du savant Italien. Que dire de la quatrième ? Pilati de Tassulo n’a pas distingué les époques. Sans doute, à l’origine, Rome , loin de diminuer sa population , déjà si peu considérable, recevait dans son sein les populations vaincues. C’était une politique forcée. Machiavel a très-justement dit que Rome ne pouvait s’agrandir que de deux manières : un asile ouvert à tous les habitants de l’Italie , malheureux , fugitifs ou poursuivis : ou bien , la réunion à la république naissante des populations vaincues (2). Rome commença par le premier moyen ; puis , comme il était lent , insuffisant et dangereux , elle eut recours au second. Déjà, sous Romulus, Tatius amena dans Rome une partie des Sabins; Tullus Hostilius ruina Albe et transporta les Albains à Rome ; Ancus Martius y transféra les habitants de Politorium; Tarquin et Servius Tullius y introduisirent des Étrusques. Mais cette translation s’arrêta, lorsque la population de Rome put se suffire à elle-même et se développer par ses seuls efforts. Non pas , sans doute , que la république ait fermé , comme les Vénitiens plus tard , une sorte de livre d’or, et arrêté cette transmigration des vaincus et leur fusion avec les vainqueurs. Toute la Gens Claudia ,

(1) Ibid., XXXI, 10. — Tacite, en parlant de la prise et de la destruction de Crémone par les partisans de Vespasicn , à la suite de la bataille de Bédriac , rappelle, et la date de la colonie de Crémone, et le but que la république s’était proposé en la fondant : Condita erat... ingruenle in Italiam Annibale, propugnaculum advenus Gallos Irons Padum agentes , et si qua alia vis per Alpes rueret (Tac., Hist., III, 34).

(2) Discours sur Tite-Live, II, 3.— Cicéron l’a dit aussi bien clairement : • IIlud maxime nostrum fundavit imperium, et populi romani nomen auxit, quod Romulus fœdere Sabino docuit, etiam hoslibus recipiendis augeri hanc civitatem oportere. Cujus auctoritale et exemplo nunquam est intermissa a majoribus nostris largitio et communicatio eivitatis. » (Cic., pro !.. C. Italbo, 13; Coll. Leclerc, t. XIV, p. 194.)

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venue du pays des Sabins , eut le droit de cité et, bientôt, les dignités et les honneurs ; César introduisit des Gaulois à Rome , et , dans son célèbre discours au sénat , Claude n’eut pas de peine à prouver que telle avait toujours été la politique romaine. Mais il est évident aussi que ces droits de naturalisation, généraux à l’origine, c’est-à-dire s’appliquant à des populations entières , devinrent , plus tard , individuels , et ne s’appliquèrent plus qu’à des hommes isolés , ayant rendu des services à la république. En un mot , sous les rois, Rome avait souffert de l’insuffisance de la population ; depuis la république , elle souffrit de l’excédant d’une population indigente et turbulente. Dans le premier cas , elle s’était recrutée avec les populations italiennes appelées ou amenées dans son sein ; dans le second , elle transporta, sur les divers points de l’Italie , le surplus de ^population. En un mot , dans les premiers siècles , le mouvement s’était opéré des extrémités vers le centre ; mais , à mesure que Rome s’accrut , ce mouvement s’opéra du centre vers les extrémités.

Ainsi l’histoire contredit toutes les théories du savant Italien sur les colonies romaines. Elle contredit également cette autre opinion du même écrivain , que la politique romaine était de convertir les villes en villages pour mieux assurer sa domination , et non les villages en villes , ce qui aurait eu lieu , si l’on adoptait les opinions vulgaires sur les colonies romaines. Assurément, les ravages des légions changèrent plus d’une ville florissante en une bourgade obscure ; assurément , elles convertirent souvent en déserts de fertiles contrées. Nous l’avons dit plus haut en traçant, d’après Tite-Live , le tableau des dévastations opérées par les Romains. Mais la guerre, faite par un peuple aussi intelligent et aussi prévoyant que les Romains, était comme la lance d’Achille. Elle guérissait les plaies qu’elle avait faites. Dçs villes étaient anéanties dans les contrées qui faisaient

une longue résistance , chez lesVolsques, chez les Samnites, en Ligurie. Mais d’autres villes s’élevaient, à peu de distance, ou sur les mômes emplacements. Celles-ci recueillaient même une partie des populations vaincues, dans des colonies mixtes dont l’histoire parle souvent. Enfin j’affirmerais tout le contraire de ce qu’a dit le savant Italien ; je dirais volontiers que des villes s’élevaient là où il n’existait que des bourgades. Florence , Parme , Plaisance , Modène, Aquilée , furent des colonies romaines ; et , en dehors de l’Italie, Vienne, Aix, Narbonne, Lyon (1), ne doiventelles pas leur existence aux Romains? Véies disparut; les lucumonies étrusques disparurent; les villes des Volsques furent anéanties ; mais combien de villes nouvelles ne s’élevèrent-elles pas? Tout au plus pourrait-on dire qu’il y eut déplacement des peuples. Y eut-il aussi compensation? La question serait difficile , et je ne sais pas si nous pourrions avoir assez de documents pour la résoudre.

(I) S'il fallait en croire plusieurs historiens lyonnais, et notamment le P. Menestrier, les Romains auraient agrandi Lyon, mais n’auraient pas fondé cette ville. (Hist. civile ou consulaire de la ville de Lyon, in-fol., Lyon, lü9G, r* dissert., p. SU et 81). Suivant lui (et cette opinion a été reproduite par quelques autres écrivains), il faudrait établir une profonde distinction entre Lugudmu m, ancienne ville gauloise, située dans la plaine entre le. coteau de la Croix-Rousse , le Rhûnc et la Saône, c’est à-dire dans l'emplacement qu’occupe réellement Lyon aujourd'hui, et Lugdimum, colonie romaine et poste militaire surtout, fondée sur les hauteurs de Lourvlèrcs. Il s’appuie sur un très-grand nombre de faits, de textes et d'inscriptions. La plus importante est la célèbre inscription gravie sur le tombeau du fondateur de Lyon, du moins suivant l'opinion générale, Munatius Plancus. Elle a été reproduite et discutée également par les auteurs de la dernière histoire générale de Lyon , MM. Clcrjon et Morin. On n’en finirait pas si l'on voulait énumérer les questions qu’a suscitées l'origine de la seconde ville de K rance. La dernière partie de son nom est facile à comprendre, par suite même du grand nombre de villes pour lesquelles cette terminaison a été employée: Dunum signifie montagne, colline, lieu élevé. Mais que signifie la première syllabe Lug ? Ceux que ces questions pourraient intéresser , trouveront Je ne sais combien d'hypothèses, quelquefois amusantes, dans la Gallia chrisliana (t. IV, p. 1): Lugdo, roi de Gaule; Lucidut mons ; Lucius mons;Lucii mon» ( Lucius Munatius Plancus) ; Xdyou, dunum, à cause des écoles romaines, etc., etc.

Ainsi , il nous paraît bien démontré que les colonies romaines étaient des établissements tout militaires, destinés à tenir en respect les populations récemment soumises, et à former, autour de Rome, un cercle, une ceinture de barrières qui s’étendit successivement , suivant les progrès et l’extension de la puissance romaine. Il nous reste à faire un résumé historique de la fondation de ces colonies; à indiquer, non pas le nombre des colons que nous avons déjà fait connaître plus haut, pour quelquesunes au moins ; mais , autant que nous le pourrons , la quantité de terres accordée aux colons envoyés dans chacune d’elles ; enfin les droits attribués aux habitants des colonies.

Nous avons vu que ces partages des terres conquises entre les citoyens , que l’aristocratie , oublieuse de son histoire , prétendit , plus tard , être de funestes innovations de tribuns turbulents et d’ambitieux démagogues, étaient aussi vieux que l’histoire même de Rome ; que les traditions en attribuent à Romulus, à Numa, àTullus, à Àncus, à Servius Tullius surtout ; que Spurius Cassius se bornait à généraliser une mesure partiellement exécutée dans de fréquentes occasions ; enfin , que les lois agraires , proprement dites , c’est-à-dire celles qui avaient pour but le partage des terres conquises , remontaient au berceau même de Rome. Il en est ainsi de la seconde forme des lois agraires, c’est-à-dire de celles qui attribuaient une partie des terres conquises , à des colons qui devaient aller fixer leur résidence loin de Rome.

Romulus, vainqueur des Crustuminiens et des Antemnates, deux populations sabines, opère le double échange dont je parlais plus haut. Il transporte à Rome une partie de ces deux peuples, et les remplace par des Romains qui Vont s’établir dans ce pays comme colons, volontaires sans doute, puisque l’historien ajoute qu’il se présenta plus

de monde pour Crustuminum à cause de la fertilité du pays (1).

Le système est déjà évident. Rome se fortifiait : Antemnes était à moins d’une lieue; Crustuminum (aujourd’hui Marcigliano Vecchio, sur le Tibre) à deux lieues de Rome. La ceinture de ces places fortes s’agrandit avec l’extension des armes romaines; elles servent de point de départ pour des conquêtes nouvelles et pour de nouvelles colonies, dans l’établissement desquelles le double but des Romains devient plus évident encore. On n’attribue de colonies ni à Numa, ni à Tullus Hostilius. Mais toutes les traditions attribuent à Ancus Martius l’envoi d’une colonie à Ostie (2).

Après les grands travaux qu’il a exécutés à Rome, Tarquin le Superbe envoie des colonies à Signia et à Circéi , chez les Volsques , et cela dans un double but : pour délivrer Rome d’une populace inoccupée , et pour étendre les frontières de l’État, en lui donnant des remparts du côté de la terre et du côté de la mer (3). Déjà , en effet, Rome étendait ses frontières. Segni et Monte-Circello , qui correspondent aux deux villes dont nous venons de parler, sont, l’une à 15 lieues environ de Rome vers le S.-E. , l’autre à environ 25 lieues vers le S.-O. 11 faut ajouter, toutefois,

(1) Tive-Live,I, II. — Utroque colonise missæ. Plures inventi qui, propter ubertatem terrce , in Crustuminum nomina durent. — Denys (l’Halicarnnsse attribue à Romulus un plus grand nombre de colonies. Suivant Tite-Live, Homulus en aurait établi deux; suivant Denys, il en aurait fondé six. Les deux colonies de Tite-Live se trouvent dans cette liste; les quatre autres sont : Medullla, Camerla, Cænina et Fidcnes. Nous n’avons rien à dire des trois premières de ces villes, tout à fait Inconnues. Quant à I'idènes* Tite-Live l’indique comme colonie romaine en 437, sans en avoir fait connaître la fondation. 11 est probable qu’il faut ici adopter l'opinion de Denys, c’est-à-dire rapporter au règne de Roinulus le premier envoi d’une colonie dans cette ville.

(2) Den. d’Hal., III, p. 183. - Cf. T.-L., I, 33.— XXVII, 38; XXXVI, 3.

(3) /lis laboribus exercila plebe , quia et urbi multiludinem, ubi usus non esset, oneri rebatur esse, et colonis mittendis occupari lalius imperii fines votebat , Signiam Circeiosque co’.onos misit, præsidia urbi futura terra manque (Ibid.. I ,

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que ces colonies ne furent pas définitives. Après la bataille du lac Rhégille , vers 495 , il fallut renouveler la colonie de Signia , et, quelques années plus tard , la colonie de Circéi ne fut pas, contre les armes de Coriolan, une barrière suffisante (1).

Malgré cet échec , les Romains n’en continuèrent pas moins à fonder des colonies comme moyen de défense. Après une victoire sur lesVoIsques, ils envoient une colonie à Yélitres (aujourd’hui Yelletri). C’était assurer leurs frontières vers le midi ; Yélitres complétait ce que Signia avait commencé. Aussi cette ville, importante encore de nos jours , reçoit-elle à deux reprises des colons romains , en 493 et en 492 (2). La même année, une autre colonie fut envoyée à Norba , située sur une montagne qui dominait tout le Pomptinum (3).

(1) U faut ajouter, sans doute, à res colonies de Tarquin, celles de SuessaPometia et de Cora chez les Volsques. Denys en parle, et Tite-Live lui-méme les indique peu après la révolution qui chassa les rois ( II, 10. — Cf., 11, 21 et 39.) Circéi et Vélitres se révoltèrent plus tard, et prirent parti pour les Volsques en 381. Le sénat les traita durement, plus durement même que les Latins et les Hemiques, avec les ambassadeurs desquels il consentait i traiter, tandis qu’il ordonna aux députés des deux villes rebelles, de quitter Rome sur-le-champ, parce que le droit des gens ne protégeait que les ambassadeurs étrangers et non les représentants d’un peuple rebelle et de citoyens révoltés. Ces deux colonies restèrent désormais lldèles. — (T.-L. VI , 12, il). Cependant Vélitres reçut de nouveaux colons en 335 (ib. VIII, 14).

(2) (Ibid. Il, 32 et 34.) Je ne sais comment Beaufort, si exact d’ordinaire, a pu dire (R. R. II , p. 242) que , en 335 , après la troisième révolte de Vélitres , cette ville fut entièrement détruite par les Romains. Le texte de Tite-Llve (VIII , 14) prouve tout le contraire, puisqu'il y est fait mention d’une nouvelle colonie envoyée dans cette ville.

(3) Beaufort {ibid.) cite, comme fondée en 493 , une autre colonie dans la ville d’F.cétra chez les Volsques. Cependant , malgré l’autorité de Slgonius , il ne considère pas les textes de Denys comme concluants. Il croit avec raison, ce nous semble, que cette ville resta indépendante; que les Romains se bornèrent à lut enlever une partie de son territoire , comme nous l’apprend Tite-Live (II, 25). Tout au plus conclurait-il du texte de Denys (VI , p. 3U6) , qu’on y plaça une garnison qui reçut une partie du territoire conquis. Tout ce qu’on peut aOirmer, c’est que cette colonie n'aurait été que temporaire, et que les Écétrans auraient recouvré, bientôt après ., leur indépendance.

En 665 , au moment où les propositions de lois agraires

se renouvelaient avec une force et une rapidité croissantes, Fabius voulut éluder la rogation de son collègue Æmilius; il proposa de donner des terres aux plébéiens , mais, en les prenant sur les conquêtes nouvelles et non sur les terres du domaine public. J’ai dit plus haut (4) quel fut le résultat de celte loi. Les plébéiens refusèrent de donner leur nom pour la colonie d’Antium. Ils aimaient mieux vivre misérables à Rome que d’émigrer au loin , même à la condition de trouver le bien-être dans un nouveau séjour. Aussi les Romains furent-ils obligés de compléter le nombre insuffisant de ces colons, par des Yolsques , c’est-à-dire des peuples vaincus. Ce fut le premier essai d’une colonie mixte (2). Cet essai ne fut pas heureux. Antium était une position militaire d’une grande importance. Son port , si déchu aujourd’hui sous le nom de Nettuno, était un des premiers de la mer Tyrrhénienne. C’était donc une colonie maritime. En outre , Antium était situé à l’ouest du Pomptinum. Ce pays riche et peuplé devait être, dès lors, environné par Antium vers l’ouest, et du côté de l’orient et du sud, par les colonies de Signia, de Vélitres, de Circéi, de Norba, dont nous venons de parler. Aussi, les anciens habitants, qui s’étaient réfugiés chez les Èques; les Volsques, et les Èques euxmêmes, réunirent-ils leurs efforts pour reprendre Antium. Du récit même de Tite-I.ive il résulte clairement que tous ces peuples s’entendaient avec les colons , du moins avec ceux que l’on avait enrôlés parmi les Yolsques et qui étaient les plus nombreux. Aussi, malgré l'affirmation de l’historien, est-il évident pour nous que ces hostilités arrêtèrent le développement de la colonie d’Antium. Fondée en 465 , rétablie après cette tentative de révolte , en 462, cette ville

(1) P. 161 et suiv.

(2) T.-L.III, t.

ne fut soumise que bien des années plus tard à la domination romaine, puisque plus d’un siècle après, en 335, pendant la terrible révolte des Latins qui suivit la première guerre contre les Samnites, nous voyons les habitants d’Antium se soulever de nouveau , et les Romains les punir de cette révolte , en leur enlevant leurs vaisseaux longs, et en leur interdisant la mer. Mais cette longue résistance contribua encore à mieux faire comprendre au sénat l’importance de cette position militaire. En 335 , nous voyons les Romains envoyer à Antium de nouveaux colons, permettre , encore une fois, aux anciens habitants de s’inscrire en cette qualité , et enfin accorder aux habitants de cette ville un privilège rare, exceptionnel , que Tite-Live mentionne spécialement , le droit de cité (1).

Dans l’intervalle , en AA5, il s’était élevé une discussion très-sérieuse entre les habitants d’Aricie et d’Ardée. J’ai déjà eu l’occasion de faire connaître la conduite que les Romains tinrent dans cette circonstance. Un vieux plébéien , nommé Scaptius, mit les deux peuples d’accord, en faisant adjuger au domaine public de Rome le territoire en litige (2). Mais les patriciens étaient honteux , (c’est Tite- Live qui parle) , de cette inique décision. Vers AAO (3) , ils firent décréter l’envoi d’une colonie à Ardée, sous le prétexte de rétablir la puissance de cette ville décimée par les Yolsques, et de la mettre à même de se défendre , de nouveau, contre eux , mais en réalité , pour éluder le jugement des tribuns et du peuple. En effet on décida que la plupart

(1) Tite-Live ne cite pas Antium parmi les trente colonies : mais il en parle plus bas, comme il’une colonie maritime. (Cf. III, H et 1 5. — VIII , 14. — XXVII, 38. — XXXVI, 3.)

(2) Ibid. III, 11 et 72.

(3) licaufort rapporte cet événement h l’an de Rome 311, av.J.-C. 443. Mais il est évident que cette colonie n’a été fondée qu’après l’adoption des lois de Cnnuléius et l'établissement du tribunat militaire, événements qui sont de l’année 448. (Of. T. L. IV , les douze premiers chapitres.)

des colons seraient choisis parmi les Rutules ; qu’on ne leur partagerait d’autre territoire que celui dont une décision inique les avait dépouillés ; enfin qu’aucune portion de terre ne serait donnée à un Romain avant que tous les Rutules fussent pourvus. Cette mesure irrita le peuple ; les triumvirs, chargés de l’établissement de la colonie, furent en butte à tant de haines qu’ils n’osèrent rentrer à Rome. Ils s’établirent eux-mêmes dans cette colonie d’Ardée, l’ancienne capitale des Rutules , et qui, située sur les frontières des Volsques , augmenta encore les moyens de défense des Romains contre ce peuple, toujours soumis et toujours révolté (1).

(l)Tite-Live. — IV, 11 et 12.— Au sujet de celte colonie d’Ardée, M. Lebas (Comm. sur Tite-Live , I, p. 817 et 8 18) établit une distinction , qui ne me semble pas d'une très-rigoureuse exactitude, entre les colonies militaires et les colonies agricoles. Du moins le mot de militaires demande-t-il à être expliqué. Si l’on entend par colonies militaires celles qui ne reçurent pour colons que des soldats, des vétérans auxquels on accordait des terres, moins pour les récompenser des services qu’ils avaient rendus à l'État , que pour les attacher à la fortune de leur chef, il est évident que cette espèce de colonies ne date que de l'époque où l’autorité de quelques ambitieux l’emporta sur la volonté du sénat et du peuple, c’est-à-dire de la dictature de Svlla. C’est de cette troisième espèce de lois agraires que nous nous occuperons bientôt Mais si l’on désigne par le mot de militaires les colonies destinées à défendre Rome et à lui servir de barrières , cette épithète s’applique également à toutes les colonies. Je ne doute pas du tout que la distinction ne soit réelle , ni que les médailles ne la fassent parfaitement comprendre , en donnant pour type , pour emblème , aux unes , un bœuf avec une charrue , aux autres , un étendard et un aigle. Mais la distinction est moins dans le but que dans la condition des habitants : toutes les colonies eurent un but militaire , malgré l’étymologie de colere. Le texte même de Siculus Flaccus (de Cond. Agr. p. 2.), que cite M. Lebas, le prouve clairement : Coloniæ inde dicta surit quod populi romani in ea municipia mi se ri nt colonos, vel ad ipsos priores municipiorum populos coërcendos, vel ad hostium incursus repellendos. Seulement les unes, les colonies véritables, qu’on les appelle, si l'on veut, civiles , plebeiœ , logatœ , pagana, se composaient de femmes, d’enfants, de citoyens de toutes les classes. Les autres, celles qui datent deSylla, ne renfermaient que des soldats. A ce titre , qu’on leur réserve le titre de colonies militaires, je le veux bien. Cependant je ferai remarquer que ces dernières colonies ne furent d’aucune utilité pour la défense de Rome, tandis que les premières lui rendirent d’incontestables services. Cela, du reste, est naturel. A l’époque où les vraies colonies étaient fondées, tous les citoyens de Rome avaient l'habitude des armes. C’étaient de vrais soldats qu’on envoyait comme colons ;

En 437 , le lars de Véies, Tolumnius , se gagne les habitants de Fidènes qui lui ouvrent leurs portes et massacrent quatre ambassadeurs que Rome leur avait envoyés. La suite de ces événements est connue. Un tribun des soldats, A. Cornélius Cossus (1) tua le lars Tolumnius et put consacrer à Jupiter Férétrien les secondes dépouilles Opimes. Les Romains ne se bornèrent pas à ce seul souvenir. On éleva à Rome , dans les Rostres , aux frais de l’État, des statues aux quatre ambassadeurs qui avaient été victimes de la trahison des Fidénates , statues qui subsistèrent longtemps , puisque Cicéron les avait vues (2) , puisqu’elles existaient même encore à l’époque de Pline (3).

Ils transportaient dans leurs nouveaux établissements les habitudes d'une rigoureuse discipline militaire. Dans les derniers temps , nous l’avons vu , les urmées romaines ne se composaient plus de Romains, mais d'Espagnols, de Gaulois, de Baléares , de Numides. Ces soldats sans discipline , sans patriotisme , transportaient , dans les colonies , les désordres des camps où ils avaient vécu. Rien de moins militaire , dans la vraie acception du mot , que ces prétendues colonies militaires, quoiqu’elles fussent composées de soldats; rien, au contraire, de plus réellement militaire que les véritables et utiles colonies romaines , si improprement désignées par quelques commentateurs , sous le nom de colonies civiles ou agricoles.

(1) Il n'est pas bien important, je crois, de discuter la question agitée par Tite-Live , (IV, 20 ) si A. Cornélius Cossus était consul, comme Auguste prétendait l’avoir lu sur l’inscription qui se trouvait dans le temple de Jupiter Férétrien , ou , comme le pensaient les annalistes, tribun militaire. Ce passage n'a de l’importance que pour prouver que l’histoire romaine n’est pas sortie toute faite de l’imagination des annalistes, et qu'il restait des monuments de crtte histoire anterieurs à la prise de Rome par les Gaulois. C’est à ce titre , avec raison et succès , que plusieurs savants modernes se sont occupés de ce passage de Tite-Uve.

(2) Le témoignage de Cicéron est précieux : Lan Tolumniut, rex f'eientium , quatuor legatos populi Romani Fidenit interemit, quorum ttatuce in Rostris itéreront utque ad nostram memoriam. (Phllipp. IX, 2 et non X , 2, comme l’indique M. Lebas).

(3) Hist. nat. XXXIV , 6 ou 1 1. - M. Leclerc a tiré habilement parti de ces témoignages pour prouver, contre les sceptiques français et allemands, la possibilité de connaître , par des monuments irrécusables , l’histoire de Rome avant l'invasion des Gaulois. (Des Journaux chez les Romains, p. Cl et 79.) Cependant il semble avoir raison de supposer que ces inscriptions, vues par Pline , n’étaient qu’une restauration analogue à celles de la colonne Duilienne. (Consulter aussi Lebas, eom. 1 , p. 7C4 et 818.)

Peu nous importent les difficultés de détail : que Cossus fût tribun militaire ou qu’il fût consul ; que ces événements se soient passés en l’an de Rome 317 (437 av. J.-C.), comme le prétend Tite-Live, ou en 335 (419 av. J.-C.), comme le pense Diodore de Sicile (1) , tout cela nous intéresse peu. Ce qu’il faut remarquer , c’est que Tite-Live indique la révolte ou la défection de la colonie de Fidènes, avant d’avoir dit que les Romains eussent fondé une colonie dans cette ville. La proximité de cette ville , et des colonies d’Antemnes et de Crustumerium , ferait supposer que ces colonies datent de la même époque, c’est-à-dire du règne de Romulus, et c’est comme nous l’avons vu, l’opinion de Denys d’IIalicarnasse. En tout cas, nous voyons que cette ville fut reconquise par les Romains , mais qu’elle ne resta pas longtemps fidèle. En 325 de Rome(av. J.-C. 429) elle se révolta de nouveau , ou du moins , plusieurs jeunes gens de cette ville , soupçonnés plutôt que convaincus, d’avoir pris part à des ravages exercés par les Véiens sur le territoire de la république , furent déportés à Ostie et remplacés par des colons romains dont Tite-Live a négligé de faire connaître le nombre (2). Dès l’année suivante, ces colons paraissent avoir été massacrés par les anciens habitants de Fidènes unis aux Véiens. Æmilius , créé dictateur, et son maître de la cavalerie Cornélius Cossus, le même dont nous venons de parler, remportèrent sur les Fidénates et les Véiens réunis une victoire décisive. Fidènes reçut une nouvelle colonie , et cette ville , située dans la Sabine , au confluent de l’Anio et du Tibre , à moins d’une lieue de Rome, fut désormais une barrière infranchissable pour les ennemis de la puissance romaine. Ces défections successives, et Tite-Live avoue qu’elles furent au nombre

(1) Bibl.un. XII. HO.

de sept , ne prouvent donc rien contre l’utilité des colonies. Fidènes devint, à la longue, une forteresse pour les Romains, après leur avoir été si longtemps hostile. D’ailleurs, on peut tirer du récit même de Tite-Live cette conclusion , que les révoltes de Fidènes commençaient toujours par le massacre des colons romains. Ce n’était donc pas la colonie qui se révoltait ; c’étaient les anciens habitants et les Yéiens qui s’unissaient contre la colonie. Les ennemis de Rome proclamaient , par cela même , l’utilité des colonies. La seule conclusion à tirer de tous ces faits, c’est que les premiers essais de colonisation avaient été insuffisants, et que les premiers colons, envoyés par les Romains , n’étaient pas assez nombreux pour résister aux attaques simultanées des populations hostiles qui les entouraient (1).

En 416, nous trouvons une nouvelle colonie mentionnée par Tite-Live, celle de Lavicum dans le Latium. Cette co*- Ionie est la première pour laquelle l’historien nous fait connaître le nombre des habitants qu’on envoya, et l’étendue des terres qui leur furent distribuées. Les Romains y envoyèrent 1500 colons à chacun desquels on donna deux jugères (2). Je ferai une autre remarque. Cette colonie fut

(1) T.-L. IV, 30-35.— Ce récit, comme tous les récits de Tite-Live, est plein de mouvement et d’intérét. Cependant on ne peut passer sous silence le trait qui le termine : Claui quoque ad Fi de nas pugnalum cum Veientibus quidam annales retulere. L’historien ne peut admettre qu'il ait été possible de livrer un combat naval prés de Fidènes , dans un endroit où le fleuve est très-resserré ; tout au plus admettrait-il qu’une rencontre aurait eu lieu entre quelques barques , rencontre exagérée par l'imagination des annalistes. Quelques commentateurs se sont, à leur tour, égayés sur le compte de Tite-Live qui aurait, par suite de sa Patavinité et de son ignorance du vieux langage, compris classes dans le sens de flottes , tandis que les annalistes lui auraient donné celui d 'escadrons. Mais il peut sembler bizarre que Tite-Live ait commis une telle bévue. Padouan tant qu'on voudra, il savait parfaitement le latin, et il l’a bien prouvé. On peut même assurer qu’il a compris les annalistes et qu’il a donné à leur assertion le seul sens raisonnable qu’on puisse lui attribuer. (Comm.de Lebas, I,p. 821 ) C’est également l'opinion de M. Daunou. (Cours d'études. Hist. — XIII, p. 173.)

(2) T.-L. IV, 47. — Beaufort llxc cette colonie à Tannée 335 de Rome. D’après Tordre même des faits racontés par Tite-Live, on voit qu’elle se rapporte à Tannée de Rome 338, c’est-à-dire à Tannée 416 av. J.-C.

envoyée à l’époque même où Spurius Métilius et Spurius Mécilius proposaient des lois agraires dont j’ai parlé précédemment. La fondation de cette colonie n’est-eile pas une nouvelle preuve de l’habileté des patriciens à éluder les lois agraires , en donnant aux plébéiens des terres lointaines , pour éviter de leur en donner dans le voisinage de Rome?

En 394 , une colonie est fondée dans le pays des Yolsques. Tite-Live n’indique pas la ville; il se contente de dire que cette colonie fut décrétée pour faire cesser des discordes intestines, qu’elle se composa de trois mille citoyens, et que chacun des colons reçut trois arpents sept douzièmes de terre (1).

En 392 , Tite-Live mentionne la prise de la colonie de Yitellia, chez les Èques, sans avoir précédemment indiqué la fondation d’une colonie dans cette ville (2).

En 386, les Romains s’emparent de la ville de Salricum chez les Yolsques. Deux ans après, en 384, ils y envoient une colonie de 2,000 citoyens Romains à chacun desquels on assigne deux jugères et demi (3). Mais, en ce moment même , Manlius Gapitolinus était accusé d’aspirer à la tyrannie. Le sénat prenait spontanément l’initiative d’une mesure populaire. Les plébéiens virent un piège dans cette mesure. Aussi est-il probable que les cadres ne furent pas remplis. De là sans doute, en 378, la prise de cette ville par les Yolsques et les Prénestins coalisés (4). Les destinées de Satricum continuent, pendant quelque temps, d’offrir de l’intérêt. En 377, nous voyons, de nouveau, cette villle ravagée par les Yolsques et les Latins ; en 343, elle est rétablie

(2) Ib. V, 29. — Cette colonie, pas plus que celle de Lavicum, n’est indiquée dans l’énumération des trente colonies.

(3) Ibid. VI, |«.

(») Ib. VI, 22.

par les habitants d’Antium, et devient ainsi, ce qui était trèscommun chez les Grecs , mais peut-être inconnu chez les Romains, colonie de colonie. Cependant la différence est grande. Antium était alors en guerre contre sa métropole. Aussi voyons-nous, dès 3ft2, les Romains prendre Satricum d’assaut et la livrer aux flammes. Y rétablirent-ils une colonie? Cela est douteux ; cependant nous voyons, par un autre passage de Tite-Live , que , en l’année 320 , à la suite du désastre des Fourches-Caudines, Satricum avait reçu une garnison Samnite. Papirius Cursor en tira une prompte et terrible vengeance; la colonie rebelle, intimidée, ouvrit ses portes, fut décimée et presque anéantie sans doute , puisque ni Tite-Live , ni Yelléius Paterculus ne la mentionnent parmi les colonies qui existaient lors de la seconde guerre punique (1).

C’est à cette époque qu’il faut probablement rapporter la fondation de la colonie de Sutrium en Étrurie. Tite-Live la mentionne lors de la seconde guerre punique , mais sans indiquer à quelle époque elle avait été fondée. Diodore en parle comme ayant existé, même avant la prise de Rome par les Gaulois. Mais Yelléius dit qu’elle ne fut fondée que sept ans après cet événement. Elle se rapporterait donc à l’année 383 ou 382 (2). Dans la même année, 'aurait été fondée la colonie de Népète en Étrurie (3). En 377 , renouvellement de la colonie de Sétia, sur la demande des habitants eux-mêmes (4). En 337 , renouvellement des deux colonies

(1) Les faits résumés dans le texte se trouvent dans les passages suivants de Tite-Live : VI , 3 , IG , 22 , 36 VII, 27 IX , 16.— La première colonie indiquée par Velléius Paterculus est celle de Sutrium. Quelques commentateurs ont proposé de lire Satricum; mais Sigonius (De ant. Jure It., II, S.) a rejeté ce changement, et Ruhnkénius a suivi son opinion. (Coll. Lemaire, p. 33.)

(2) Cf. T.-L. XXVII, 9 et 10. — Diod. Sic. XIV, c. 117. — Vell. Pat. I, 14.— Beaufort, II, p. 248.

(3) Ib.VI, 21.- Neuf ans plus lard, suivant Velléius (1,14).

(4) 1b. VI , 30. - Setiam, ipsis querenlibus pmuriam hominum , novi coloni aicripti.

de Vélifcres et d’Antium (4). Cette dernière colonie nous fournit un nouvel exemple de ces colonies mixtes déjà mentionnées , à propos d’Ardée, un siècle auparavant. En effet les habitants d’Antium peuvent , s’ils le désirent , s’inscrire au nombre des colons. En 336, colonie à Calés, dans le pays des Ausones; elle est composée de 2,500 hommes , et le partage des terres est fait par des triumvirs (2). Vers 330, colonie à Anxur ou Terracine; 300 colons avec deux jugères pour chacun. En 328 , colonie à Frégelles , aujourd’hui Céprano ou Ponte-Corvo sur le Liris,

La situation des dernières colonies que nous venons d’indiquer est un nouveau témoignage en faveur du but réel des colonies romaines. La république soutient, depuis 343, une lutte terrible contre les Samnites d’abord, et bientôt contre les Latins. Pour contenir ces peuples, Rome fonde à Vélitres, à Ànlium , à Calés, à Anxur , à Frégelles, des colonies qui ferment aux Samnites toute communication avec les peuples Latins, et qui , d’un autre côté, environnent tellement le Latium , que ce pays , fidèle depuis la bataille du lac Rhégille , révolté un moment , mais vaincu à Véséris, ne pourra plus remuer, pressé qu’il devra être entre Rome et les colonies que l’on vient de fonder. C’est toujours dans leinême but que les Romains, en 315, envoient une colonie de 2,500 hommes à Lucérie, dans l’Apulie (3); quatre autres , de 4,000 hommes chacune , en 314, à Suessa, dans le pays des Aurunces; dans File de

(J) T.-L. Vlil , >4.

(2) Ib. VIII, IG; 21 et 22. — Vellcios Paterculus rapporterait celle colonie à l’année 335, puisqu’il pense que les ville* de F’ormies et de Fundi reçurent le droit de cité trois ans après l'établissement de la colonie de Calés et l’année même de la fondation d’Alexandrie : Fodem anno Cales deducta coloniu. Inter jeelo deinde triennio, Fundani et Formiani in civitatem recepti, eo ipso anno, guo Alexandrin condita est (Yell. Pat. I, 14). La fondation d’Alexandrie est de l’année 332.

Pontia , 9ituée, uon comme dit Beaufort, sur les côtes de la Lucanie , mais bien du pays des Volsques ; à Gasinum et à Interamna (1). Enfin ce serait à la même année qu’il faudrait rapporter , suivant Festus , une autre colonie fondée à Saticula , ville des Samnites (2) , colonie placée par Velléius deux ans plus tard , et dont Tite-Live a négligé de signaler la fondation , quoiqu’il en parle lors de la seconde guerre punique. Vers la même époque , une première colonie avait été envoyée àSora, chez les Volsques (3). Mais cette colonie ayant été détruite par les Èques , qui ne pouvaient souffrir que celte ville fût établie sur leurs frontières comme une forteresse menaçante , Sera reçut * en 304 » 4,000 colons nouveaux qui la défendirent et contre les Èques et contre les Samnites (4). La même année, toujours pour le même motif , 6,000 colons sont envoyés à Àlba Fucentia, dans le pays des Èques , et 4,000 à Carséoles, dans le pays des Marses, dit d’abord Tite-Live ; plus exactement , comme il le dit lui-même un peu plus bas, dans le pays des Èques (5). Toutes ces colonies produisent un double avantage pour la république : les ennemis extérieurs sont contenus ou effrayés ; puis Rome est paisible à l’intérieur, la partie turbulente de la population ayant été envoyée dans les colonies (G). Aussi les colonies se multiplient-elles dans ce double but. En 301 , une colonie est envoyée , pour contenir les Ombriens , à Néquinum , qui

(l)T.-L. IX, 28 et 29.

(îj Festus ; b. v. Saticula.— Vell. Pat. (1. cil.) La chronologie de Yelléius est difficile à suivre; il a un système à lui.

(4) Æqui... coloniam oegre patientes velut arcem suit fiai bus impositam , summa vi expugnare adorti , ab iptis colonie pelluntur. (T.-L. X, I.) Est-il besoin d’un autre texte pour réfuter Pilati de Tassulo , et pour faire comprendre le but et les avantages des colonies romaines ?

(5) Cf. X, 3 et 13.

(6) Romce quoque plebem quietam et exoneretam dedueta in colonia $ multitude prfpstabal (X , 8).

reçut dès lors le nom de Narnia, aujourd’hui Narni (1).

A mesure que les succès des Romains deviennent plus décisifs dans cette longue et terrible guerre du Samnium , ils préparent de nouvelles conquêtes par la fondation de nombreuses colonies, et consolident ainsi leur domination sur les peuples qu’ils viennent de conquérir. En 298 , nous trouvons, en effet, deux nouvelles colonies d’une grande importance, Minturnes et Sinuessa. Ces deux villes transportaient la puissance romaine plus loin vers le midi que toutes les colonies précédentes. En effet, Minturnes était sur le Liris, fleuve qui séparait le Latium et le pays des Volsques de la Campanie. Située sur les deux rives de ce fleuve , elle devint bientôt une barrière redoutable contre les peuples voisins , et ne tarda pas , par sa position même , à acquérir une grande importance , comme le prouvent encore ces vastes ruines d’aqueducs et d’amphithéâtres qui couvrent son emplacement , et qu’admirent tous les voyageurs qui se rendent de Naples à Rome , par les marais Pontins, en regrettant que ces imposants débris aient été mutilés par la direction en ligne droite imprimée à la route moderne. Le Liris ou Garigliano, sur les deux rives duquel Minturnes était située , est une grande ligne militaire. On sait que ce fut sur ses bords que se décida, au commencement du xvi' siècle , la question de la possession du royaume de Naples par, les Français (2). En fondant Minturnes sur ce

(1) Colonia eo advenus Umbros missa , a flumine Narnia appellaia (T.-L. X , 10).

(2) Défaite de la Trémoille au Garigliano, par Gonialve de Cordoue , le 27 décembre 1503. — Brantôme , si insouciant d'habitude, ne peut s’empêcher de s’émouvoir & la vue des lieux témoins d'un si grand désastre , et la description naïve qu’il en donne fait bien comprendre l’importance stratégique de ce fleuve : « Hélas I j’ai veu ces lieux-là derniers, et mesmes le Garillan; et c’estoit sur le tard , à soleil couchant, que les ombres et les mânes commencent à se paroislre comme fantosmes plustost qu’aux autres heures du jour, où il me sembloit que ces âmes généreuses de nos braves François, là morts, s’eslevoient sur la terre et me parloient, et quasi me respondoient sur mes plaintes que je leur faisois de

fleuve , ou plutôt en envoyant une colonie dans cette ville dont ils augmentaient la force et la population (car Tite- Live en parle même avant cette époque), les Romains assuraient la soumission du Latium et prenaient leurs mesures contre les révoltes possibles de la Campanie (1). Dans le même but, et la même année, les Romains établirent la colonie de Sinuessa, située dans les gorges de Yescia , près du territoire de Falerne si célèbre par ses vins. Tite-Live prétend que cette ville fut fondée sur l’emplacement de la colonie grecque de Sinope, et Cluvier, dans son savant ouvrage sur l’Italie ancienne (2) , adopte cette opinion. Un fait certain , c’est que Sinuessa était plus au midi que Minturnes, entre le Liris et le Vulturnum , à peu de distance de la petite ville actuelle de Santa-Agata. Le résultat de cette tentative de colonisation ne fut pas cependant trèsheureux. Les triumvirs nommés pour l’établissement de ces colonies trouvèrent peu de citoyens disposés à se faire inscrire , parce que les plébéiens étaient convaincus qu’on les envoyait dans des postes militaires , où ils auraient toujours les armes à la main , et non dans des champs à cultiver (3). Tous les Romains comprenaient parfaitement le but des colonies; n’est-il pas bizarre que des écrivains modernes n’aient pas été convaincus par l’évidence d’un si grand nombre de témoignages (4) ?

leur combat et de leur mort ; eux accusans et maugréons par millions de fols les endroicts de là , couverts de marels mal advantagcux pour la cavallerie et gendarmerie françoise qui ne peut là si bien combattre , comme elle eust falct ailleurs. » (Vies des Grands Capitaines , IX , Gonzalve de Cordoue).

(1) Cf. T.-L. VIII . 10. -IX, 25.— X, 21.

(2) Cluverius, It. Ant. p. 1002.

(3) Nec qui nomina darent facile inveniebantur , quia in stationem te prope perpetuam infestai regionit, non in agros, mitti rebantur (T.-L. X, 21).

(4) A l’année 294 se rapporte, suivant Yelléius, la fondation d’une colonie à Vcnusia en Apulie, destinée à surveiller la Campanie et la Lucanie. Tite-Live n’en parle pas. Cependant il cite cette ville parmi les trente colonies qui existaient lors de la seconde guerre punique, et il nous apprend qu’elle reçut de nouveaux colons en 201 (XXXI, 49).

A la lin de la guerre du Samnium , les Romains passent pour la première fois l’Apennin. Dans le but de contenir, en même temps, l’Ombrie et le Samnium ; pour empêcher la communication entre ces deux contrées, la république envoie des colonies‘dans trois villes situées sur 1 Adriatique ; à Castrum , près d’Ancône (aujourd’hui Torre di Palma); à Adria, ancienne colonie sicilienne qui avait donné son nom à la mer sur laquelle elle était située; enfin à Sena Gallica, qu’il ne faut pas confondre avec Sena Julia ou Sienne, et qui est aujourd’hui la ville de Sinigaglia. Cette dernière ville était située sur le Métaure, si célèbre par la défaite d’Asdrubal. Ces colonies datent de l’année 289 (1).

La perte, à jamais regrettable, de la seconde décade de Tite-Live ne nous permet pas de suivre avec la même exactitude, que pour la période précédente, ces progrès de la puissance romaine par le moyen des colonies. Cependant nous trouvons , dans l’Épitome des livres que nous avons perdus, quelques indications utiles sur les lieux où ces colonies furent fondées, et nous pouvons même tirer de ces indications, quelque courtes qu’elles puissent être, de nouvelles conséquences sur le but stratégique des colonies romaines. Ainsi , après l’expulsion de Pyrrhus de l’Italie, et la soumission de l’Italie méridionale, conséquence des victoires sur le roi d’Épire, les Romains veulent tenir en respect la Lucanie qu’ils viennent de soumettre; avoir un poste fortifié pour surveiller la Grande-Grèce , trop récemment soumise pour ne pas songer à reconquérir son indépendance ; et enfin, empêcher la communication entre ces contrées d’acquisition nouvelle et la Campanie, lâche sans doute, comme les Capuans l’avaient prouvé quatre-vingts

(i) T.-L. opit. i. xi. — Cf. XXVn , 46. — Vclléius n'en parle pas; ni Sena, ni ria ne^ fuient dans son tableau des colonies. 11 ne cite la colonisation de CascomrT'cncement de la première guerre punique. Tite-Live lui-même, *.ns sou énumération , ne parle que d'Adria (XXVII , 38).

ans auparavant, mais toujours remuante, et prête à se soulever contre le joug qu’elle avait imploré comme un bienfait. Ce fut pour obtenir ces résultats que, après la retraite de Pyrrhus, en 275 ou en 274 , la république envoya des colons dans la ville de Posidonia, sur les frontières de la Lucanie et de la Campanie. Posidonia était une ancienne colonie grecque, longtemps célèbre et importante, citée pour la beauté de son ciel, de ses eaux, de ses fleurs et surtout de ses roses , et dont il existe encore des ruines si imposantes au milieu de terrains fangeux et inhabitables (1). La môme année, les Romains se fortifièrent sur un autre point, en envoyant une colonie à Cosa ou Cossa, ville de l’Étrurie. Mais l’Épitome de Tite-Live ne nous apprend ni le nombre des colons envoyés dans ces deux villes, ni l’étendue de terrain qui leur fut assignée (2).

Environ cinq ans plus tard , vers 270 ou 269 , deux autres colonies sont fondées , toujours dans le même but , toujours aussi dans les mêmes directions : l’une vers le midi , dans une ville du Samnium , dont le nom de Malévent fut changé en celui de Bénévent, par suite de la victoire remportée, devant ses murs, sur le roi d’Épire, et Gomme un heureux présage pour l’avenir ; l’autre à Àriminium ou Rimini , sur le territoire qui , à la suite de la guerre du Samnium , avait été enlevé aux Gaulois Sénonais , alliés aux

(1) Épit. T.-L. XflV.-VeB. Pat. I, 14. — Posidonia est la même ville que Pæstum. Les ruines, si longtemps ignorées, de cette grande cite, ont été reconnues et décrites au commencement de ce siècle. J'ai vu au Musée Rourbon, à Naples, dans la collection de S. A. R. le prince de Salerne, de très-belles copies, en jreliet, des ruines des temples de cette ville, ruines que peu de voyageurs ont le courage d’aller étudier. M. Ramonti a écrit un curieux ouvrage intitulé : Antiquités de Pæstum.

(2) Ce nombre devait être considérable. J’ai déjà cité plus liant ce passage de Tite-Live dans lequel 11 nous apprend que , vers 197 , les habitants de -Cosa se plaignirent dn petit nombre de leurs colons et qu’on envoya dans cette ville mille colons de plus (XXXIH, 24).

Samnites et aux Étrusques , dans leurs dernières luttes contre la domination romaine (1).

Tite-Live, ou du moins l’Épitome de Tite-Live, ne mentionne pas , parmi les colonies fondées dans cet intervalle , celle de Firmum , située également sur le territoire des Gaulois Sénonais. L’historien en parle, plus tard, dans ce tableau des colonies romaines sur lequel nous reviendrons tout à l’heure , mais sans en avoir fait connaître la fondation. Velléius Paterculus, si précieux pour l’histoire des colonies romaines, nous apprend que la colonie de Firmum fut fondée au commencement de la première guerre punique , par conséquent vers 264.

L’année suivante, c’est-à-dire vers 263, nous trouvons une autre colonie fondée à Æsernium ou Æsernia , ville du pays des Samnites. Tite-Live et Velléius la citent également (2). Vers 241 , suivant Velléius, une colonie aurait été fondée à Æsulum ou Æsula chez les Latins ; une autre à Alsium en Étrurie. L’Épitome de Tite-Live ne parle ni de l’une ni de l’autre de ces colonies. Cependant, lorsque en 207 , pendant le séjour et les ravages d’Annibal en Italie, les colonies maritimes invoquent le privilège sacré de ne pas fournir de soldats , Tite-Live énumère parmi ces colonies maritimes , celle d’ Alsi dont il n’a pas fait connaître la fondation (3). C’est un témoignage àl’appui des précieux renseignements que nous donne Velléius Paterculus. Vers l’année 240 , Velléius place la fondation d’une colonie à Frégènes en Étrurie (4). L’Épitome du xixc Livre paraît se

(1) T.-L. XY. — Vell. Pat. I. c — On a contesté ce changement du nom de Malévent en celui de Bénévent. Festus l’atteste bien positivement : Colonia quum deduceretur , appellari cæptum melioris ominis causa; namque eam urbem antea MaXdevca appellarunl.

(2) Vell. Pat. 1. c., Épit. T.-L. XVI.

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