T.-L., XXXIX
n’est pas indiqué , mais Tite-Live nous apprend que chaque colon eut dix jugères.
Quant à Aquilée , son histoire présente , même dans les faits dispersés et les indications rapides de Tite-Live, un véritable intérêt. L’honneur d’avoir compris l’importance de cette position militaire et maritime n’appartient pas aux Romains. Dès 185, le sénat avait appris que des Gaulois de la Transalpine s’étaient jetéssur l’Italie, etqu’ilss’occupaient de bâtir une ville à l’endroit où s’éleva bientôt Aquilée (1). Cet établissement était inquiétant pour les possessions romaines en Istrie , en Vénétie, en Gaule. En 183, suivant Tite-Live , les Romains envoyèrent des ambassadeurs , et aux douze mille Gaulois qui bâtissaient cette ville , et aux peuples de la Transalpine. Ces négociations se firent avec des égards et une politesse réciproques , que l’historien ne peut se lasser d’admirer. Les Romains rendirent aux Gaulois leurs armes, leurs richesses, tout ce qu’on leur avait d’abord enlevé ; ils se plaignirent , avec douceur, de cette tentative d’établissement faite sans leur autorisation ; ils se plaignirent, avec la même douceur, au sénat des peuples de la Transalpine, et les vieillards qui composaient ces assemblées se hâtèrent, avec la même politesse, de désavouer, comme de misérables aventuriers, ceux de leurs compatriotes qui avaient causé quelque peine aux Romains. Mais les Romains surent exploiter cette bienveillante politesse des Gaulois. Ils prirent pour eux la ville commencée par les Gaulois, et résolurent d’y envoyer une colonie. Ce qui les embarrassa , ce ne fut pas de savoir si cette prise de possession d’ Aquilée était très-équilable ; ce fut tout simplement de décider si la colonie qu’on y enverrait serait latine ou romaine. On finit par décider qu’elle serait latine (2). Mais
(l)T.-L. XXXIX, 45.
(î) Ibid., 5* et 55.
cette colonie nouvelle ne fut pas vue de bon œil par tous les peuples voisins. Les Istriens s’efforcèrent de la détruire en 181 (1), et la colonie latine d’Aquilée ne put être solidement fondée qu’en l’année 1 80. Elle fut établie par des
triumvirs, et composée de 3,000 fantassins qui reçurent chacun 50 jugères, et d’un nombre de cavaliers que Tite- Live n’indique pas, mais dont chacun reçut 140 arpents; les centurions, c’est à-dire les officiers d’infanterie, reçurent chacun 100 jugères (2). Cette étendue du territoire, accordé à chaque colon , prouve clairement la justesse de l’observation de Beaufort que j’ai indiquée un peu plus haut. Jamais encore il n’avait été distribué une aussi grande étendue de terres pour aucune colonie. Remarquons, en outre , que c’était une colonie toute militaire , et fortement constituée. Cependant ces mesures ne suffirent pas , et, sur la demande des colons eux-mêmes , l’on envoya, en 169 , quinze cents familles nouvelles, latines sans doute , dans la colonie d’Aquilée (3).
En 183, suivant Yelléius, en 180, suivant Tite-Live , les Romains avaient fondé une colonie à Gravisca en Étrurie. Ni l’un ni l’autre ne nous dit de combien de colons elle se composa , ni si elle fut romaine ou latine. Tite-Live se borne à nous apprendre que le territoire de cette ville avait été enlevé autrefois aux Tarquiniens , et que chacun des colons eut seulement cinq jugères. 11 donne enfin le nom des triumvirs chargés de l’établissement de cette colonie (4).
En 179, une colonie latine est envoyée à Pise. Nous ne connaissons ni le nombre des colons , ni l’étendue des terres qu’ils reçurent. Mais l’établissement de cette colonie est remarquable par deux faits : d’abord deux frères sont