TAP CIEL
Déjerine (1) donne de la « paralysie eubitale » (car aucun auteur n'a vu, avant Ducosté, que cetle soi-disant paralysie était le plus souvent une contracture), une description surtout étiologique :
« Lorsque Le nerf cubital est atteint, la main, par suite de la paralysie des interosseux, prend une attitude caractéristique et se met en griffe, — griffe cubitale ; — mais ici la griffe est incomplète, l'index et le médius sont encore soumis à l’action des deux lombricaux externes non paralysés; par suite, leurs deux dernières phalanges, au lieu d'être fortement fléchies, comme celles du petit doigt et de l'annulaire, ont gardé leur position normale et peuvent s'étendre. En même temps, le pouce privé de son adducteur ne peut plus venir s'opposer à la base du peut doigt; de plus, la flexion cubitale et l'adduction de la main sont limitées par la paralysie du cubital antérieur.
Cette griffe cubitale est caractéristique des lésions du nerf cubital, soit qu'il s'agisse d'une section complète du nerf au niveau du poignet ou du pli du coude, soit qu'il y ait simplement compression comme chez certains ouvriers... » (Suivent des considérations éliologiques).
Après de pareilles citations, toute critique serait inutile. Les auteurs dont nous avons reproduit les descriplions ont une trop haute réputation de science pour qu'on puisse admettre qu'ils se soient ainsi trompés. Il reste donc qu'ils ont décrit les troubles des lésions cubitales sans jamais les avoir vus.
Si l'on compare ces notions obscures et mal digérées aux remarquables découvertes que nous omt révélées les deux communications reproduites et résumées ci-dessus, si l'on veut bien lire de bonne foi nos observations personnelles qui les confirment en tous leurs délails, nous espérons qu’on reconnaitra avec nous que toute la clinique des lésions du nerf cubital est l'œuvre du docteur M. Ducosté, et que nous ne nous avancions pas trop en disant, au début de ce travail, que le sujet que nous abordions était, en réalité, complètement neuf.
(1) Déjerine, Séméiologie des affeclions du système nerveux. Paris, 1914, p. 653.
Nous pouvons donc, à notre tour, laissant de côté les opinions classiques qui, dès aujourd'hui, ont vécuet ne méritent qu oubli, tenter une descriplion succincte de la UPS des lésions cubitales. |
Les lésions du nerf eubital sont totales ou incomplètes. Leur syndrome est tout différent, suivant que le nerf est touché au bras ou à l’avant-bras. Le syndrome de la lésion totale au bras se traduit par la paralysie de tous les muscles innervés par le cubital; les 4° et 5° doigts ne se plient pas; leurs mouvements sout nuls ou ne s'exécutent que par solidarité tendineuse avec le médius et l'index. L'écartement et le rapprochement des doigts est impossible; l'adduction du pouce est limitée. La flexion de la 1" phalange du médius et de l'index et l'extension de la 2° et de la 3° ne s'exécutent plus.
Le syndrome de lu lésion totale à l'avant bras se traduit par la flexion immédiate de la seconde phalange de l’auriculaire et de l'annulaire, la flexion légère de la main et sa torsion de dedans en dehors, par suite de la contracture des muscles cubital antérieur et fléchisseur profond en vertu de la loi de la contracture d'amont. Les interosseux, les lombricaux internes, les muscles de l'hypothénar sont paralysés, et aussi en partie l'addueteur et Le court fléchisseur du pouce. Les mouvements des doigts sont donc troublés au même titre et de la même manière que dans le cas précédent.
Lorsque la lésion porle au tiers supérieur de l'avant- bras, entre les deux groupes de filets que le cubital leur abandonne, les symptômes sont identiques, mais la flexion des 4° et 3° doigts irréductible au cas de lésion basse, se laisse ici facilement vaincre.
Toutes ces observations sont si exactes qu'il suffit de jeter un coup d'œil sur la main d'un blessé du eubital pour savoir où siège sa blessure.
Que le nerf soit lésé au bras ou à l'avant-bras, les troubles de la sensibilité sont constants. Ils frappent loujours la moitié de la main et de l'ayant-bras et sont une application de la règle du « 5 à 2 » qu'on peut formuler ainsi : « Tous les symptômes
DRE pa
des lésions cubitales, qu'ils soient moteurs, sensitifs, vasomoteurs ou trophiques sont à leur maximum au bord interne ‘de la main et de l'avant-bras et diminuent progressivement en se dirigeant vers les 2° doigt et métacarpien où vers le bord externe de l'avant-bras »..
Le syndrome de la lésion incomplète au bras se traduit par la paralysie incomplète des muscles dela main et de l'avant-bras: la flexion des 1** phalanges, l'extension des deux dernières, l'adduction du pouce demeurent encore possibles, bien qu'elles soient (rès diminuées: ce: qui est le plus atteint, c'est l'écarte- “ment et le Éipréchement dès doigts; généralement tout à fait impossible.
Le syndrome de la lésion incomplète à l’avant-bras se traduit par la contracture modérée du cubital antérieur et des deux chefs internes du fléchisseur profond entrainant la flexion également modérée des 4 et 5° doigts et par la paralysie incomplète des muscles de la main.
Dans les lésions incomplètes, on observe encore la dexalgie et le signe que Lasègue a décrit pour le sciatique : lorsqu'on tiraille le nerf, le blessé ressent une douleur plus ou moins vive au niveau de la partie même du nerf qui est atteinte.
Quelles que soient la hauteur ct la nature de la lésion, 1l se développe dans la grande majorité des cas un névrome sur le nerf atteint et presque toujours ce névrome devient douloureux et répond à son excitation mécanique par une sensation de courant avec les phénomènes d'arrêt et d'extension décrits pour la première fois par le docteur M. Ducosté. La zone SA notamment, à la région antérieure du thorax, montre la grande puissanse | d'extension des irritations cubitales et fait comprendre comment elles peuvent atleindre la substance grise de la moelle. À ce moment, les attitudes de la main cubitale se modifient; des contractures apparaissent qui obéissent à la Loi de la contracture névromaleuse. La griffe cubilale se constilue alors, non pas d'emblée, mais progressivement et en passant par des phases
‘qui témoignent de la progression lente des contractures. La griffe cubitale est due à l'extension des premières phalanges