CHAPITRE VIII
Traitement
Deux modes de traitement s'offrent à nous pour pallier aux accidents de la luxation soudaine du début de la coxalgie : le traitement prophylactique et le traitement curatif.
A part le cas, assez rare, où la luxation est le phénomène initial et révélateur de la coxalgie et où les moyens prophylactiques n'ont pas trouvé à s'exercer, nous devrons, quand les symptômes nous auront fait diagnostiquer ou seulement appréhender la coxalgie, mettre l'enfant au repos absolu et exercer sur le membre malade une traction continue. Mais les faits nous ayant montré que ce moyen pouvait être inefficace (Obs. IT de Kirmisson), il nous paraît nécessaire d'y adjoindre un plâtre immobilisant le membre en bonne position. Ainsi il conviendra de combiner ces deux moyens. Par là, nous préviendrons, presque à coup sûr, les mouvements brus-
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ques que fait le malade pour changer de position dans son lit, la contraction musculaire plus ou moins violente, en un mot, tous les traumatismes légers, insignifiants le plus souvent, que nous observous au début de nos luxations.
Comme ces moyens prophylactiques pourraient sembler à l'entourage du malade disproportionnés à la gravité de la coxalgie au début, les symptômes en étant peu manifestes, nous devrons, au besoins, user de notre autorité pour imposer l'extension continue associée au spica plâtré.
Dans les cas, et ce sont du reste les plus fréquents, où la douleur, l'attitude vicieuse, la déformation, nous auront fait diagnostiquer une luxation, ou bien, lorsque celle-ci se sera constituée d'emblée et spontanément, nous déterminerons la position de la tête fémorale par l'examen direct sous chloroforme ou par la radiographie, et nous nous adresserons au
traitement curatif: Réduction sous chloroforme par
les manœuvres de douceur. 11 se recommande par trois qualités : Réduction et contention faciles et récidives rares.
En effet, comme le dit Berger : « Dans les luxations pathologiques (entendons par là les pseudoluxations de la période terminale de la coxalgie), les manœuvres de réduction en une seule séance sous chloroforme n'auraient aucune portée : il y aurait bientôt retour à la luxation ». Cela tient évidemment aux altérations de l'articulation, dans ses parties osseuses surtout, qui graduellement, ont permis à la tête fémorale de se séparer du cotyle. Comme
chez nos malades les altérations n'ont pas eu le temps de se constituer, que les surfaces articulaires sont probablement intactes, nous agirons comme si nous avions à réduire une luxation traumatique ; les manœuvres de réduction seront analogues dans leurs grandes lignes, à ceci excepté, que nous devrons éviter toute violence, toute traëtion sur la cuisse, si nous ne voulons pas avoir à craindre une fracture que faciliterait la tuberculose osseuse, même à son début.
Deux méthodes s'offrent à nous pour effectuer la réduction de la luxation de la tête fémorale dans la fosse iliaque externe. Cette forme de luxation étant la plus fréquente, nous croyons devoir décrire dans ses détails les procédés employés.
I. — a) Le malade étant chloroformé, le bassin immobilisé par un aide, le chirurgien fléchira lentement, doucement et sans brusquerie, la jambe sur la cuisse et la cuisse sur le bassin. Ce dernier mouvement poussé à fond aura pour effet de faire descendre la tête fémorale au voisinage de la cavité cotyloïde. On aura avantage, dans le cas où l’on pourra accrocher le grand trochanter, à chercher à l’abaisser directement par des pressions douces dirigées d’arrière en avant.
b} On placera la cuisse en légère abduction, ce qui aura pour effet d'amener la tète fémorale sur un plan plus antérieur, sous la cavité cotyloïde.
c) Par un troisième temps qui consiste dans un mouvemement de rotation externe très étendu, la tête fémorale prendra une direction propice à sa
réintégration : elle sera, en effet, dirigée en haut et en dedans. Il est nécessaire d’accentuer ce temps de façon à faire décrire au genou un quart de circonférence et à placer la jambe toujours fléchie à angle droit sur le plan du corps.
d) Ceci fait, il ne nous restera plus qu'à faire pénétrer la tète dans la cavité cotyloïde qu'elle avoisine. Ce résultat peut être obtenu par une extension lente de la cuisse sur le bassin et de la jambe sur la cuisse. Ce temps est décisif.
En résumé : flexion, abduction, rotation externe et extension pratiquées lentement et poussées à leur extrème limite, sauf l’abduction qui doit être restreinte.
Il. D'autre part, M. Kirmisson s'exprime sur le sujet de la facon suivante : « Le malade, étant en- « dormi jusqu'à résolution musculaire complète, on « commence par exercer des mouvements alternatifs « de flexion et d'extension, d’abduction et d’adduc- » tion ; puis on arrive graduellement à des mou- « vements de plus en plus étendus de circumduc- « tion, au cours desquels on sent habituellement la « tête glisser et réintégrer avec un bruit caractéris- « tique la cavité cotyloïde. Deux fois seulement, nous » avons du associer à ces manœuvres des pressions « directes exercées d'arrière en avant sur le grand « trochanter pour compléter la réduction. »
Ces deux procédés nous paraissent excellents et également susceptibles de conduire à la réduction de la luxation. Ils sont d’ailleurs analogues sur plusieurs points. Toutefois les difficultés rencontrées