AVANT-PROPOS
Parmi les diverses variétés de luxations de la hanche, la variété ovalaire, désignée encore sous les noms de luxation obturatrice, ischio-pubienne, sous-pubienne, est une des plus rares. Les observations de luxation ovalaire de la hanche publiées sont peu nombreuses. Les observations avec autopsie, et surtout avec autopsie de luxation récente, sont tout-à-fait exceptionnelles ; à peine en compte-t-on quelques cas dans la science.
Notre ami M. le docteur Sourdille, actuellement professeur à l'École de médecine de Nantes, ancien interne des hôpitaux de Paris, a eu l’obligeance de nous communiquer une observation avec autopsie d’un cas de luxation ovalaire de la hanche, recueillie dans le service de notre maître M. le docteur Polaillon, à l’Hôtel-Dieu. Ce qui fait le principal intérêt de cette autopsie, c’est qu’il s’agit d’une autopsie de luxation récente, n'ayant subi aucune tentative de réduction.
Le blessé, qui fait le sujet de cette observation, était tombé de la hauteur d’un troisième étage, et avait été immédiatement amené à l’Hôtel-Dieu. A son arrivée à l'hôpital, il était dans le collapsus le plus complet, et avait succombé environ une demi-heure après, sans avoir repris connaissance, par suite de lésions viscérales multiples. Outre diverses plaies contuses de la tête et du corps, il présentait une luxation ovalaire de la hanche, qu'il était facile de diagnostiquer, mais pour laquelle, bien entendu, il ne fut fait aucune tentative de réduction, en raison de la gravité de l’état général. Aussi
l’autopsie, pratiquée le surlendemain de l'accident, permit-elle | ®
RO
de se faire une idée exacte des lésions, qui caractérisent ce traumatisme rare de la hanche.
Cette observation constitue une véritable rareté chirurgicale, et, en matière de luxations aussi peu fréquentes, on a bien ‘arement l’occasion d'étudier les lésions produites par un
traumatisme récent. Aussi avons-nous jugé intéressant de pro-
fiter de cette observation exceptionnelle, pour faire ressortir
les caractères principaux de cette affection, et essayer d'éclaircir les quelques points, qui sont encore en litige. Nous n’envisagerons que les luxations de cause traumatique. La première partie de ce travail sera consacrée aux luxations récentes. La description des lésions anatomiques nous occupera tout d'abord. La question de la longueur du membre a été longtemps l'objet d'opinions les plus contradictoires de la part des divers auteurs qui se sont occupés de cette question : nous verrons, dans le chapitre consacré à la Clinique, ce qu'il faut penser, selon nous, de ces contradictions. Nous n'insisterons pas sur l'étude détaillée du diagnostic différentiel, qui est en général facile, ni sur les descriptions des différents procédés de réduction, qui ont été successivement employés par les chirurgiens: il nous suflira de déduire, de l'étude anatomo-pathologique, les principes rationnels qui doivent présider à la manœuvre.
Enfin, élargissant le cadre de notre modeste travail, nous verrons, dans une deuxième partie, ce que deviennent, au point. de vue anatomo-pathologique et clinique, ces luxations, lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes. À l'époque où nous avions l'honneur d'être attaché au service de notre maître M. le professeur Tillaux, à l'Hôtel-Dieu, nous avons eu l'occasion d'observer un cas de luxation ovalaire ancienne de la hanche. Nous avons pu constater l'état d'infirmité considérable dans lequel se trouvent ordinairement les blessés, lorsque cette affection n'est pas traitée à temps, et nous avons été vivement frappé des résultats absolument parfaits, obtenus à
la suite de l'opération pratiquée par notre maître. Les luxa-
EPS M AE ES
tions ovalaires anciennes, irréductibles, en raison des troubles
profonds qu'elles apportent dans la fonction du membre, sont en effét justiciables d'une intervention sanglante.
L'intervention chirurgicale dans les luxations anciennes de la hanche est une question à l'ordre du jour. Nous n'avons pas la prétention de traiter ici, d'une façon aussi rapide, cette importante question. Qu'il nous soit permis seulement, à propos de l'étude des luxations ovalaires anciennes, de faire, dans un dernier chapitre, un rapide exposé des résultats obtenus par quelques-uns des procédés opératoires, qui ont été successivement employés dans le traitement de cette variété rare de luxation ancienne,
Avant de commencer notre travail, nous tenons à adresser l'hommage de nos remerciements à nos maîtres dans les hôpitaux.
M. le professeur Tillaux, dont nous sommes heureux d’avoir été l'externe, en nous faisant l'honneur d'accepter la présidence de cette thèse, nous donne une nouvelle marque de la grande bienveillance qu'il nous a constamment témoignée au cours de nos études médicales, Nous lui adressons l'expression de notre profonde reconnaissance.
M. le docteur Polaillon, nous a fait l'honneur de nous confier les fonctions d’interne dans son service à l’'Hôtel-Dieu ; nous le remercions vivement de nous avoir honoré de sa confiance, et nous sommes heureux de pouvoir lui adresser ici l'expression de notre profonde reconnaissance pour la bienveillante sympathie, dont il nous a donné de précieux témoignages.
Nous sommes particuliérement reconnaissant à MM. les docteurs Walther et Arrou de la bienveillance et de la sympathie qu'ils ont toujours montrées à notre égard.
Nous prions MM. les docteurs Chauffard, Letulle, Balzer, Maygrier, Routier, dont nous sommes heureux d’avoir été l’externe, d’agréer l'hommage de notre profonde gratitude pour la bienveillance qu’ils nous ont constamment témoignée.
Nous remercions vivement M. le docteur Thiroloix de l'intérêt qu'il nous a toujours porté, au cours de nos études.
Nous sommes profondément reconnaissant à notre compatriote et ami M. le docteur Louis Guinon, de l'intérêt qu'il nous a toujours témoigné dans le cours de nos études, en
nous guidant de ses conseils. -
Enfin, nous adressons nos sincères remerciements à notre ami M. le docteur Sourdille, qui a eu l’obligeance de nous fournir les principaux éléments de ce travail. L'observation vraiment exceptionnelle qu’il a obligeamment mise à notre disposition, jointe à l’observation si intéressante du blessé, que nous avons eu la bonne fortune d'observer dans le service de notre maître M. le professeur Tillaux, nous a permis de mener
à bonne fin notre travail.