III. De quelques affections du péricrâne
SECTION I"
DES TDBERCULE8 EIICÉPHÀUQUES.
Lorsque Ton a l'occasion d'examiner des tubercules dans le cerveau, encore à la première période de leur formation , sur des cadavres d'individus morts d'une autre maladie , on reconnaît qu'ils se présentent sous le même aspect que lorsqu'on ' les trouve dans d'autres parties du corps. Ce sont, en général, des corps solides , de consistance ferme et de couleur blandiàtre, ayant un volume qui varie depuis celui dtune tète d'épingle jusqu'à celui d'une noix ou d'un petit œuf. On trouve des tubercules dans toutes les parties du cerveau , soit dans l'épaisseur de son tissu , soit gisant à sa surface , soit attachés à ses membranes. Lorsque ces ttuneurs ont un volume considérable , leur tissu divisé présente la couleur blanchâtre ordinaire, ou une matière caséeuse généralement d^osée dans un kyste. Dans les cas où la nu^hidie a été k cause de la mort , le tissu des tubercules se rapproche plus oq moins de l'état de ramollissement , ou est en partie converti en un fluide purulent de mauvaise nature.
TCBBHCeiAS Ml CBHVEAU. $01
• Ees tulMfciiiles e^braui se reneontrent sur des sujets et dans des famOles qui ont dfailleurs présenté les caractères de Iff tendance aux oÂladies tuberculeuses ; aussi coïncident-ils souvent avec des tub^tniles dans d'autres organes. On trouve ttB eien^le remarquable de cette diatbèse tuberculeuse cbez le sujet de la première des observations suivantes, dont toutes les trois grandes cavités ont présenté m même temps J'affectioB taberculeuse.
Les symptômes des tubercules cérébraux dans la première pénode de leur existence sont souvent excessivement obscurs el variables ; à peine si le» n^Jades éprouvent cte plus graves aseideots que ceux d'une céphalalgie qui n Wre aucmi caractère inquiétant, ou qui prend quelquefois l'apparence d'une c^»b«lalgie périodique, ou de la migraine. Ces symptômes peuvent se prolonger pendant un temps très-long , sans donner aucune inquiétude , jusqu'à l'invasion subite d'accidents j^actife qui deviennent rapidement funestes. La terminaison fatale des tubercok» cérébraux paraît liée en général à un état d'inflammation delà substance cérébrale, et l'on trouve , h la dissection des cadavres , soit un épanchement considérable , soit un ramollissement étendu de la portion du cerveau dans laquelle les masses tuberculeuses principales sont situées. U arrive aussi , et nous en avons des preuves , que des masses tuberculeuses d'un très-grand diamètre ont eeusté sans donner aucun s%ne de leur présence , jusqu'à l'invtsieiB d'une attaque qui s'est montrée sous la forme ordinaire de lliydrocéphale. On a des exemples de tubercules du cerveau eobicidant avec les différentes inflammations encéphaliques. Les observations suivantes présentent la maladie dans sa fôrme k plus pure et la plus siiiq)le.
Om. LXXiX. Une jeune fille de quinze ans tomba malade au commencement de l'année 1822. Elle se plaignait partiottiièrenient alors de douleurs intestinales et d'anorexis; elle dbveoait Umguissante et paie. Elle fit, avec une appu-ence dfr succès , un traitement ordinairement approprié à ces affections , par les seins de M. William Wood ; mais au bout de quelque temps elle commença à avoir de la toux avec de la douleur dans la poitrine : ce ne fût qu'à cette époque que ces aecidonts commencèrent à fixer l'attention. Qudque temps aprèé , elle commença à se plaindre de la tête ; on eut
303 TOBBRCOLES
alors recours , avec un nouvel avanta^ , à des saignées locales et à l'application des vésicatoires. Il se passa encore ainsi plusieurs semaines , pendant lesquelles elle se plaignait tantôt du ventre , tantôt de la pibitrine , et tantôt de la tète. Les douleurs n'étaient jamais intenses dAns Tune ou l'autre de ces parties ; mais elle était rarement sans souffrir de l'une ou de l'autre. Le ventre , qui était d'abord plutôt rdAché , fût ensuite à l'état naturel , ou était aisément tenu libre par des laxatife doux. Lorsque je vis cette jeune malade avec M. Wood f au commencement de mars , elle était considérablement amaigrie et faible : elle gardait la chambre, mais dUe restait levée et habillée pendant le jour. Le pouls était petit et fréquent ; il y avait peu d'appétit , de la toux , et parfois un état de malaise dans la poitrine. La céphalalgie rêve* nait fréquemment , et dans la soirée elle pr^entait la rou^ geur fébrile ; elle ne se plaignait que peu du ventre , qui était aiisément maintenu libre ; les selles étafent naturelles. Il étût évident que la maladie avait en même temps son siège dans les trois cavités : jusqu'au 15 mars, il Ait douteux dans laquelle le niai deviendrait funeste ; mais ce jour-là la céphalalgie devint^ plus intense , et retint la msdade au lit : les accidents cérébraux continuèrent avec leur forme ordinaire , avec la dilatation des pupilles , le strabisme et le coma : la mort arriva le 20.
Ouverture du cadavre, — Les ventricules cérébraux étaient distendus par de la sérosité ; l'hémisphère droit contenait une masse tuberculeuse d'un vdume considérable, en partie* ramollie. Il y avait dans la substance du cervelet pludeurs masses semblables, de même nature, mais plus molles; les poumons étaient remplis d'une quantité innombrable de petits tubercules solides disséminés ; l'abdomen présentait une très-grande quantité de tubercules ; tous les intestins étaient agglomérés en masse , et ne. formaient qu'un gâteau qui adhérait dans une grande étendue aux parois iMomi*:naks et à Pépiploon.
Obs. LXXX. Une demoiselle de dix-huit ans avait toujours joui d'une bonne santé, si ce n'est qu'elle avait eu une affection scrofuleuse du bras gauche. Au milieu de février 1823» elle commença à se plaindre de la tète ; il y avait dé là fièvre, de l'oppression, et la langue était saburrale. La cépbtialgle
devint si Intense, que le docteur Ballingall fiit eonduît k ayoir recours , de la manière la plus acUve , aux sttgnées gé^ nérales et locales. Lorsque je vis cette malade avec ce praticien , yers la fin de la première semaine de la ma^iadie, la. céphalalgie était encore fort intense , et la malade semblait fort accablée ; mais elle avait toutes ses facultés. La douleuc de tête était particulièrement rapportée à la nuque et au cou :. elle était aggravée par les mouvements de la malade, et même par les mouvements les plus doux qu'elle faisait dans son lit. La langue était enduite d'une croûte dense et blanchâtre; le pouls était fréquent et assez faible : une nouvelle saignée locale et l'administration des purgatifs amenèrent un soulagement graduel. A la fin de la deuxième semaine , la langue était nette ; l'aspect de l'accablement et de la stupeur avait disparu : malgré cette amélioration graduelle , elle n'était pas débarrassée entièrement de sa céphalalgie , et elle ne recouvrait pas de forces. Au bout d'un intervalle de quelques jours , la céphalalgie reprit de nouveau de l'intensité ; la malade tomba dans un état de langueur et d'accablement. Au bout de quelques jours de cet état , elle mourut subitement. Le matin du jour auquel eUe succomba , elle semblait perce-, voir les impressions , et elle répondait distinctement aux questions qu'on lui adressait lorsqu'elle était éveillée. Elle périt environ dnq semaines après la première invasion du mal.
Ouverture du cadavre, — Les ventricules cérébraux étaient distendus par un épanchement considérable ; dans la substance de l'hémisphère droit il y avait une masse tuberculeuse ramollie , d'un grand volume , et un ramollissement très-avancé de la substance cérébrale ^vironnante. Le cervelet contenait deux petites tumeurs de même nature , et il existait dans les poumons de nombreux tubercules nonsup- ^ pures.. L'utérus et les ovaires étaient très-malades et considérablement tuméfiés ; les trompes de Falloppe étaient particulièrement très- volumineuses , et distendues par une matière caséeuse , molle , de couleur jaune.
Il parait probable .que la maladie dont cette jeune fille avait été atteinte dans le milieu de février était une fièvre continue : que la maladie du cerveau avait été accéléi^ée dans sa marche par cette fièvre , et que sa terminaison fatale avait été ainsi précipitée.
9M iWÊÙÊiviu
Oêê. LXXXI. I^entetéeneof MscoBiaKif»! m pliÉH drede te tétedang te m^ de jnifier i82i. GflUe c^Waigie revenait tons les joors, et était cfrdinaireBwiit «eeempagiiée de ^louteiin yen l'ombilic ; Faccès tarait coBunrnéoiest d'une dend-heare à deux oa trois heares. C'était d^éerd vers les deux heures du matin que la e^ibdalgie se mantfestait ; eUe dur»t en général environ une heure , mais sa durée se prolongea progressiyement jusqu'à trois on quatre heures. Les accès retardèrent aiKsi progressiyement et yinmit enûi à ehiq heures de l'après-midi ; ils ne parurent pas ^us tard. L'aocès revenait ordinairement chaque jour , et se raMûfestait habituellem^t par des vomissements. Pendant IHiccès , la douteur était si intense qu'eUe le rendait kicapiMe d'aucun exercice; nuds pendant te reste de la journée il avait toute sa galté f se livrait à ses jeux et ne se plaignait d'aufmie douteur. Les Mddents durèrent ainsi pendant six mois. Au eommeneement de juillet , il fut pris de fièvre et de douleurs faiCestinates qui le retinrent an lit ; la céphalalgie devint idors conllnue , et il y eut de fréquents vomissements. Quelques joui» après, les vomissements cessèrent ; fl continmât c^oidant à avoir de la fièvre avec une céphalalgte permanente considérabte. A la fin du quinzième jour de l'invasion de la ûhvwe , Il périt subitement sans coma ni aucune affection des sens.
(hnmiwre du cadavre. — Le cerveau ne présentait muxm» lésion , et il n'y avait aucun épanchement dns tes ycutiicufe&. Le tebe gauche du cervelet contenait deux tubereides éa T<dume de grosses noisettes. Une autre tnm^ir seraUabte se trouvait entre les deux lobes. Ces tumeurs étaient denses et sphériques, et présentaient intérieurement une coasistaBce easéeuse et une couleur jaunâtre. Il existai , dans la poitrine, des adhérences étendues ; mais la substance des poumons était assez saine. H y avait , dans l'abdomen , de légères adhérences entre les viscères.
Oas. LXXXn. Un enfont de trois ttis , appartenant a une famille dans laquelle de nombreuses nu^ulies chroniques avaient sévi sous des formes divenes, était atteint depuis plusieurs mois d^me tumeur mobite du bras , de cara^ière strumeux ; il était en outre sujet à un écoulement pw l'oreiMe gauche : il vécut d'aUteurs dans un état de santé satisMsanC jusqu'au commencement d'avril i827 ; on remarqua h eette
épique fi^ià «ftit um graade fiârkMe «Ici aitrémités dans la m&nH», et mie iaceftitiidedaiis les mouvements des bit»' lort9i^T«idail8É»irqaekiiie objet. U raanifesU dès Ion de Ift r^pugMBee pour marcher ; mais il ne se présenta aucwi antre symptdme justpi'au milieii de mai , qu*il commença à se pkdQdre (te dcwdeurs k la partie postérieure de la tête, et qiécialeiiieBt dans le côté gauche derrière l'oreille. De ee moment il devint de mauvaise humeur , et il resta au lit avec de la fièvre ; au bout de trois jours de la manifestation de ces» syn^tômes , il commença k avoir du stndiisme , et il fut pris presque en même temiis d'aftta^es oonvulsives qui se reproduisaient en général trois ou quatre fois par jour. Ces eon^ yalsioBs occupaient d'abord (ont le corps , mais dles furent efesuite confinées au côté droit ; elles s'aecompagnèrent de distorsioD des yeux et d'un degi^ de stupeur, qui était cependaet de courte durée. Le pouls battait environ cent Ytegt fois par minute; Il vécut dans cet état pendant dooie jours, sans aucun changement dans les symptômes, si ce n^est que , quelques jours avant la mort, les pupilles furent âQatées et insensibles. Il ne tomba dans le coma que le dernier jour de sa vie; il conserva jusque-lÀ l'intégrité de toutes 8^ fonctions de relation ; il ne cessa de prendre sans hésiter les aUmnits qu'(A lui présentait. J'ai vu ce malade ayec le docteur Màcfarlane. On a eu recours sans succès à tcus les moyens de tnutement ordinaires.
OuttrtuTB du cadavre, — Il existait un épanchement considérahie dans les ventricules; le cerveau était d'ailleurs sain. Deia tubercules du volume de grosses noix se trouvaient à la partie postérieure du cervelet ; il y en avait un dans chaque Wb% ; ib étalât complètement enveloppés dans la substance dNi cervelet. Extérieurement, ces tubercules étaient denses et de couleur jaunâtre; intérieurement, ils offraient l'apparence ordinaire d'une suppuration de mauvaise nature. La substance du cervdet était ramollie duis une grande étendue n y ai^t un épanchement considérable dans le canal rachidien , tant entre les os et la dure-mère spinale qu'entre cette membrane et l'araclmoide> La substance de la moelle parais- 9^ plus molle que dans l'état naturel , particulièrement à sa partie supérieure. C'est, même ce ramollissement qui avait conduit à ouvrir le canal radiidien.
S06 TOBBaCOLEt
* [ Je puis encore ajoater un fait remarquable sur I» tu bercules du cervelet. Ce fait est un exemple des plus directs des rémissions qui se montrent quelquefois dans la marche des symptômes de cette espèce de maladie et du caractère périodique que cette aifection prend dans quelques cas.
Obs. LXXXin. Un homme de 34 ans commença à ressentir pour la premième fois , en i825 , des attaques de cépha- . lalgie , ordinairement accompagnées de vertiges et d'obscurcissement de la vue. En 1827 , la douleur devint plus intense ; le malade la rapportait distinctement à l'occiput et à la partie supérieure du col. La douleur avait généralement des rémis-^ sions pendant le jour , et des exacerbations le soir. Dans le printemps de 1828 , les symptômes augmentèrent d'intensité, ' mais ils furent beaucoup soulagés par les vésicatoires. L'été suivant , le malade alla à la campagne ; sa santé générale s'y améh'ora beaucoup , et la céphalal^e devint beaucoup moins intense. Cette amélioration dura jusqu'au mois de mai 1829; alors les attaques de céphcdalgie s'aggravèrent de nouveau , et s'accompagnèrent d'étourdissements ; il arriva même une fois que le malade tomba de son siège. Au mois d'octobre , il commença à se plaindre d'une sensation extrêmement pénible de battements qu'il rapportait à la partie postérieure de la tète ; il fat aussi affecta de vomissements qui persistèrent ^ans interruption pendant trois mois. Les paroxismes de céphalalgie s'aggravèrent alors au point d'arriver au plus haut degré de violence; ces paroxismes se reproduisaient particulièrement le soir sur les six heures , et auraient jusqu'au milieu de la nuit; ils revauâent aussi par occasion, dans la journée. Dans ces vives attaques , la face était injectée, les vaisseaux des tempes étaient remarquablement gonflés; il tombait presque dans un état de perte de connaissance, privé de la parole , et ajant les mains et les bras spasmodiquement contractés. Il avait encore, par fois, des vomissements et des. aigreurs très-prononcées dans l'estomac ; il voyait quelquefois les objets doubles; le pouls était en général naturel. L'état du malade était alors considéré comme désespéré, et l'on n'avait obtenu ^ucun avantage de tous les moyens de
* Tout ce qui se trooTC compris entre ces [ ] a<fté fourni en mannscrit par l'aotevr , et ne paraîtra en apglaU que dans la V édition.