‹ Des maladies de l'utérus, ou de la matriceChapitre 1 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les femmes sont exposées à des affections nombreuses , particulières à leur sexe , qui tirent principalement leur source des lésions de l’utérus ou de ses fonctions.

Les anciens avaient senti toute l’importance de ce viscère. Ils s’étaient formé sur son organisation et sur le rôle qu’il joue dans l’économie animale des idées erronées 5 mais ils avaient sur le traitement de ses maladies des vues sages, fondées sur l’observation.

Quoique les modernes aient acquis sur l’utérus des connaissances plus positives ^ ils n’ont pas mis dans leurs recherches sur ses maladies tout le degré d’intérêt dont elles sont susceptibles. Les uns ne les ont examinées que sous le rapport de la médecine proprement dite , les autres, sous celui

de la chirurgie, ou relativement a l’art des accouchemens ; aussi n’ont - elles pas été considérées dans leur ensemble , sons un point de vue assez général , aussi les idées des auteurs qui s’en sont occupés présentent-elles fort peu de coordination.

Beaucoup d’ouvrages publiés sur ces maladies , dans des temps même peu éloignés de nous, ne sont plus en rapport soit avec les progrès récens de l’anatomie et de la physiologie , soit avec la sévérité que l’on met actuellement dans l’examen des phénomènes de la nature. Les faits sont immuables, ils feront toujours la richesse de Fart; mais les points de vue sous lesquels on les considère , les explications dont on les accompagne, les inductions qu’on en tire, varient de siècle en siècle , suivant le génie des auteurs et les opinions dominantes en médecine. Des théories hasardées peuvent être dangereuses pour les personnes mal affermies dans les principes d’une saine doctrine et les conduire k une pratique peu éclairée.

On ne saurait trop s’attacher a une connaissance exacte des maladies de l’utérus ;

elles sont extrêmement communes , elles portent à chaque instant le trouble dans l’existence et jusques dans la vie morale de la femme; car , indépendamment des souffrances quelles occasionnent, elles ajoutent encore fréquemment à la somme des chagrins domestiques.

Ces maladies offrent parfois les plus grandes difficultés pour être reconnues. Que d’attention, que de sagacité ne faut-il pas pour saisir leurs caractères propres et les discerner des fonctions naturelles de l’utérus, ou des affections de tout autre organe !

Souvent, par exemple, on ne sait pas distinguer les hémorrhagies utérines légères de la menstruation , la présence des corps étrangers dans l’utérus , les spasmes , des phénomènes de la grossesse. On peut attribuer à cette dernière la suppression des règles , quoiqu’elle dépende d’un état maladif. On peut confondre les premiers phénomènes de iVxpulsion d’une môle ou d’un autre corps étranger, avec ceux d’un accouchement ordinaire. On confond habituellement la sécrétion augmentée de la matière muqueuse

de Fiitérus ou du vagin, et les locliies sur leur déclin avec un catarrhe utérin chronique , etc.

La même incertitude règne fréquemment dans la détermination des causes. C’est à la suppression des régies ou aux vices de la menstruation que beaucoup d’auteurs attribuent la plupart des maladies de l’utérus , de même que des affections dont le siège en est éloigné, tandis que d’autres auteurs ne regardent cette suppression c[ue comme un effet secondaire de ces mêmes affections.

Peu dangereuses dans leur principe, les maladies de l’utérus, quand elles se prolongent, sont d’une guérison difficile, et sont sujettes aux rechutes.

Il faut bien, dans leur traitement, s’attacher à les distinguer des fonctions naturelles. Que de regrets ne se préparerait-on pas , si, dans une grossesse qui commence , on déterminait un avortement, croyant n’avoir à combattre qu’une suppression,, ou si, par une méprise contraire , on prenait une grossesse ou une autre fonction naturelle pour une maladie de l’utérus , ou de tout autre

organe. On laisserait passer un temps précieux pour combattre la maladie qui pourrait faire des progrès alarmaus et devenir ensuite d’une guérison difficile.

En me livrant à de nouvelles recherches sur les maladies de futérus, j’ai cru concourir utilement aux progrès de l’art. Je me suis attaché à bien préciser leurs caractères, les circonstances qui les déterminent, et les indications qui doivent diriger dans leur traitement. Aux faits nombreux recueillis par les auteurs qui se sont occupés du même sujet, j’ai réuni ceux qu’une pratique étendue me fournit chaque jour, dans les fonctions honorables que j’exerce. Parmi les maladies que j’ai décrites , il en est peu que je n’aie observées par moi-même. J’ai rapporté les circonstances dans lesquelles l’art a été utile , sans craindre de citer celles où il a été impuissant. Il est moins important d’être taxé d’imprévoyance ou d’impéritie qu’il n’est dangereux de tronquer les faits et de taire les résultats défavorables.

J’ai cru devoir faire précéder l’ouvrage de quelques considérations sur la constitutioîi

de la femme, et d’une exposition succincte de l’utérus et de ses fonctions. C’est moins pour présenter sur ces objets des idées nouvelles que pour compléter mon travail, et pour mieux faire connaître les dégénérescences de l’utérus par sa comparaison de l’état sain avec l’état maladif. Mon but, je le répète, a été d’être utile. Je m’estimerai heureux si mes intentions obtiennent le suffrage du public, car je ne réclame que son indulgence.

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