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LA CONSTITUTION DE LA FEMME

Le s femmes , de même que les hommes, présentent dans leur constitution une quantité infinie de variétés que l’on peut ce pendant rapporter à deux classes générales, i.° à la constitution avec prédominance du système nutritif et vasculeux ; 2.° à la constitution avec prédominance du système sensitif et nerveux , ou , en d’autres termes , à la disposition à remboiipoint, et à la disposition à la maigreur.

La distinction de ces deux classes de constitu-

tion commence à se faire remarquer dès la plus tendre enfance. On voit dès-lors des enfans gros , dodus, avec une tête volumineuse , des membres forts , potelés ; tandis qu’il en est d’autres d’une constitution naturellement grêle , délicate , dont les membres sont minces , amaigris , et qui jouissent d’ailleurs d’une bonne santé.

La constitution change quelquefois à mesure que les enfans grandissent. On en voit de gras devenir maigres , et de maigres acquérir de l’embonpoint ; mais ces changemens sont rares. Ou

conserve le plus souvent , toute sa vie , la constitution dont les ëlémens se sont manifestés dans l’enfance; elle éprouve cependant des modilications dans les différons âges de la vie.

Quand les enfans sont d’une constitution vasculeuse, c’est le système lymjDhatlque qui prédomine. Il y a généralement défaut de forces dans toute l’économie , principalement chez les jeunes personnes qui hahitent les grandes cités. A mesure qu’elles prennent de l’accroissement , les vaisseaux sanguins , surtout le système artériel et celui des vaisseaux capillaires , se développent ; la figure devient pleine , rouge j ti'ès-colorée , c’est ce qui a fait désigner cette modification sous la dénomination de tempérament sanguin.

Quelquefois les muscles acquièrent un volume extraordinaire. Les personnes chez lesquelles cet accroissement a lieu réunissent «è une forte corpulence des formes prononcées et beaucoup d’énergie dans les membres. Cette nouvelle modification du système vasculeux a reçu chez l’homme le nom de tempérament athlétique.

L’une et l’autre de ces modifications se font principalement remarquer dans l’âge adulte ; il y a alors dans la constitution des forces en excès; mais bientôt elles tendent à s’affaiblir. Le sang' des extrémités inférieures peut difficilement remonter contre son propre poids pour arriver au cœur. Les veines éprouvent des dilatations dans divers points : tan-

tôt c’est au fondement , et , dans ce cas , la constitution est liémorrhoïdale ; tantôt c’est aux veines des jambes, c’est ce qui constitue un état variqueux de ces parties. Enfin il arrive fréquemment que la nulrition est trop surabondante , que les vaisseaux contiennent trop de sang. Ce liquide éprouve plus de lenteur dans ses mouvemens, il se fait une grande sécrétion de graisse qui se dépose dans les interstices du tissu cellulaire. C’est ce qui constitue l’excès d’obésité ou le tempérament adipeux.

La constitution avec prédominance du système nerveux est de même sujette à diverses modifications. Les membranes muqueuses , et spécialement celles des organes pulmonaires , sont plus sensibles et plus susceptibles d’être affectées par les variations de l’atmosphère. Elles sont plus sujettes aux catarrhes chroniques , d’où il résulte une expectoration presque continuelle , qui a fait désigner cette constitution sous le nom de pituiteuse.

Les sécrétions sont aussi plus abondantes; le foie , quoique moins volumineux c[ue chez les personnes qui ont de l’embonpoint, a plus de sensibilité , et secrète une plus grande quantité de bile. Ce fluide acquiert aussi un caractère plus acrimonieux; sa sécrétion est sujette à être troublée, sa partie colorante et une petite portion du liquide lui-même peuvent être absorbées , passent dans

le torrent delà circulation , se déposent à la ligure , aux conjonctives , et leur donnent une couleur légèrement jaunâtre : c’est ce qui a fait désigner cette modification de la constitution nerveuse sous le nom de bilieuse.

La sensibilité des personnes nerveuses est trèssujette à éprouver des altérations. Lorsque sa lésion les porte à repaître leur esprit d’idées tristes , et à se complaire dans la solitude , elle a reçu le nom de constitution mélancolique.

La différence des constitutions influe beaucoup sur les propriétés vitales des individus , sur leurs fonctions, et sur leurs facultés intellectuelles.

Les enfans gros et gras ont pioins de vivacité , de pétulance , que les enfans nerveux , quoique grêles et délicats. Ils ont une conception moins facile, ils font communément dans lem’s études des progrès moins rapides.

Les enfans nerveux apprennent plus aisément ; mais ils sont moins capables de captiver leur attention. Les impressions , chez eux , sont fugitives ; ils oublient aussi facilement qu’ils ont appris.

La même différence entre les constitutions se remarque dans l’âge adulte. Les femmes qui ont de l’embonpoint ont moins de sensibilité , moins de vivacité dans leurs mouvemens, que les personnes nerveuses ; leur constitution est plus forte ; elles supportent mieux le froid , le chaud , les variations de l’atmosphère. Elles digèrent, avec

plus cle facilité les alimens de toute espèce ; l’usage modéré des boissons splritueuses et du café leur devient nécessaire. Il donne à leur esprit un développement momentané que les personnes nerveuses possèdent naturellement.

Celles-ci ont des fonctions plus actives , leurs règles sont plus abondantes ; elles ont plus d’ardeur pour les plaisirs des sens ; leurs seins , quoique moins volumineux , secrétent une plus grande quantité de lait. Quand leur système nerveux a été agacé , elles rendent une quantité considérable d’urine blanche et aqueusè.

On trouve généralement chez les personnes grasses un sens droit et un jugement plus sûr que chez les femmes d’une constitution nerveuse ; celles-là ont plus de persévérance dans leurs idées , plus de ténacité dans leurs entreprises , plus d’aptitude aux occupations sérieuses de l’esprit.

Les personnes nerveuses ont la conception plus facile , plus de finesse, la repartie plus vive. Elles se font remarquer , dans la société par la vivacité de leur esprit , par le piquant de leur conversation. Elles ont aussi une grande mobibté dans leurs idées , dans leurs sentimens , dans leurs occupations , dans leurs entreprises ; avec des moyens intellectuels supérieurs à ceux des personnes grasses il leur arrive souvent d’obtenir moins de succès.

Les personnes grasses ont un caractère plus

doux , moins porté h la malignité , que celui des personnes nerveuses. Leurs passions sont moins vives ; aussi sont-elles moins capables d’une forte amitié d’un grand dévouement. En avançant en âge , elles ont une grande tendance à devenir indifférentes et apathiques.

C’est chez les femmes d’une constitution nerveuse que les passions se présentent dans tout leur développement. On retrouve chez elles ces dévouemens héroïques pour leurs époux, leurs enfans , leurs amis et ces passions ardentes qui ne connaissent aucun frein.

Avec un caractère plus doux, les personnes grasses s’abandonnent pourtant quelquefois à des emportemens et à des mouvemens de colère qu’elles ne peuvent maîtriser ; mais ces violences sont passagères. Les personnes nerveuses s’emportent moins, se fâchent plus souvent, et conservent long-temps le ressentiment du mécontentement ou de l’injure.

La différence des constitutions a aussi une influence marquée sur les maladies et sur leur traitement.

Les enfans gros et gras ont une dentition plus difficile que ceux d’une constitution faible. Ils sont plus exposés aux engorgemens scrophuleux , aux maladies du système des vaisseaux lymphatiques.

Les enfans nerveux sont plus sujets aux indi-

gestions , à raison de la faiblesse de leur estomac , aux maladies vermineuses , aux convulsions , à la danse de Saint-Guy , à l’épilepsie et aux affections nerveuses.

Dans l’âge moyen , les personnes d’une constitution forte ayant la poitrine plus lai'ge, sont plus exposées aux fluxions de poitrine ^ aux inflammations ; en avançant en âge , il leur arrive fréquemment des étouffemens , des accès d’asthme, des maladies du cœur, des hydropisies, etc.

Les personnes nerveuses sont plus sujettes aux fièvres bilieuses , à la phthisie , aux lésions de la menstruation , aux hémorrrhagies utérines , aux affections cancéreuses , etc.

Il ne faut pas craindre d’exercer de bonne lieure l’esprit des enfans gros et gras , l’étude ne fait que développer leurs facultés intellectuelles , sans nuire au développement de leur corps.

On doit éviter , au contraire , de cultiver trop tôt l’esprit des enfans nerveux ; il vaut mieux s’attacher à fortifier leur constitution , au moyen d’une bonne nourriture et d’un exercice prolongé.

Les personnes grasses peuvent se livrer sans danger à des exercices violens , les autres doivent éviter tout ce qui peut agir trop violemment sur leur constitution.

Chez les personnes grasses et d’une constitution forte les médicamens ont une intensité moins

marquée que chez celles d’une constitution nerveuse. Quoique donnés à petite dose, ils occasionnent parfois chez ces dernières des accidens graves, tandis que chez les personnes corpulentes, ils n’auraient produit que de faibles effets.

Le tempérament nerveux seul , porté à un certain degré d’excitabilité , peut constituer une maladie , et s’opposer à l’administration de tout traitement actif. On voit fréquemment des personnes atteintes du ténia auxquelles on ne peut pas administrer de traitement approprié , à raison de l’excitabilité du genre nerveux. On doit être bien plus circonspect dans l’administration des raédicamens aux personnes douées de ce tempérament qu’h celles chez qui le tempérament vasculeux prédomine.

Indépendamment de ces difPérences générales dans la constitution de la femme , il est bon d’observer que lorsqu’on la compare à celle de l’homme , on trouve que les systèmes lymphatique ét nerveux sont bien plus développés chez elle que chez l’homme, tandis que chez lui ce sont les systèmes vasculeux , sanguin , musculaire et adipeux qui prédominent.

Celte différence en amène une bien manpiée dans les maladies : les hommes y sont généralement moins sujets que les femmes; mais aussi quand ils en sont atteints , elles sont ordmaire-

ment aigues , inflammatoires , violentes , dangereuses.

Les femmes au contraire sont habituellement sujettes à une infinité d’incommodités , de maladies lentes , qui se renouvellent sans cesse et qui offrent rai’ement du danger.

Celles des hommes exigent des moyens actifs, elles se terminent en générai plus promptement.

Le traitement des femmes embarrasse à chaque instant par une foule de complications et par leur résistance et la lenteur de leur terminaison : ces aifcclions exercent à la fois la patience du malade et la sagacité du médecin.

Nous ne terminerons pas cet article sans faire quelques remarques sur l’acidité et l’alcalinité des humeurs excrementitielles. Elles peuvent dans quelques circonstances aider à la connaissance des maladies des femmes , à l’appréciation de leur durée , et à la détermination de leur traitement.

C’est une observation remarquable que dans l’état de santé , les humeurs excrémenlitielles ont un caractère acide : la sueur et la vapeim qui s’exhalent de la périphérie du corps , l’air qui a pénétré dans nos poumons , et qui en sort dans l’expiration , les matières sécrétées dans les narines , dans les bronches et sur toute la surface des membranes muqueuses , celles qui sont contenues dans l’estomac , dans les intestins , les

déjections ahdnes / ainsi que l’urine, ont une acidité très-marquée.

S’il arrive une affection grave ou une altération remarquable dans la constitution , cette acidité éprouve de grands changemens. Elle augmente , diminue , ou cesse entièrement , et les mêmes excrétions passent è l’état alcalin.

Dans l’inflammation des membranes muqueuses , les matières sécrétées par ces membranes perdent leur acidité naturelle et deviennent alcalines.

La sueur dans les affèctions rhumatismales , acquiert plus d’acidité ; elle en perd, et elle devient même alcaline dans les affections nerveuses.

Dans les maladies qui affectent le conduit intestinal , les matières contenues dans ce conduit perdent leur acidité , et deviennent alcalines.

L’urine est particulièrement très-susceptible de variations , son acidité augmente dans diverses périodes des maladies aiguës , dans les.obslructions du bas ventre , les hydropisies et les diverses lésions des vaisseaux lymphatiques , elle diminue dans les affections nerveuses , et ce liquide devient entièrement alcalin dans la jaunisse prononcée , et dans beaucoup de maladies des voies urinaires.

Ces variations observées avec soin sont trèsutiles dans la pratique.

Dans le début des coliques et des douleurs

fixées sur quelques organes , on est souvent embarrassé pour déterminer si elles tiennent à une irritation nerveuse , ou à un état inflammatoire ; Turine offre alors un nouveau moyen d’établir cette distinction , ce liquide étant alcalin ou peu acide dans les affections nerveuses , et d’une grande acidité dans les maladies inflammatoires.

On retire le même avantage de ces propriétés pour déterminer la différence qui existe entre l’expectoration simple et celle qui a lieu dans la phtisie pulmonaire. Dans le premier cas, la matière expectorée est acide; elle est alcaline dans le second, du moment où elle a pris un caractère de purulence. Le même phénomène se remarque pour l’utérus. Dans l’état naturel , comme nous le verrons par la suite , la matière muqueuse sécrétée par sa membrane interne a un caractère acide ; dans l’ulcération de cette membrane, la matière qui en découle est alcaline.

Ce caractère sert aussi à éclairer le diagnostic des maladies des voies urinaires. Lorsqu’il y a une ulcération de ces organes, l’urine a un caractère alcalin , tandis qu’elle est acide dans la plupart des autres circonstances.

L’acidité et l’alcalinité des humeurs excrémentitielles ne sont pas moins propres à indiquer la marche des maladies et à faire juger de leur issue. Le célèbre Berthollet av^it fait cette remarque

dès Tannée 1 780 , dans les affections goutteuses. En examinant les urines du feu duc d’Oi-iéans , son malade , il avait observé que , lorsque la goutte devait avoir lieu , ce liquide perdait de son acidité , tandis quelle se manifestait de nouveau , vers la fin de l’accès ; ce qui permettait d’en prévoir et l’invasion et la terminaison.

J’ai été à même de vérifier les observations faite;? par ce savant, qui ne m’ont pas paru toutefois exemptes de quelques anomalies. J’ai étendu ces observations aux rhumatismes et à plusieurs autres maladies, et j’ai remarqué que , dans l’invasion d’un grand nombre d’entre elles , l’urine est généralement claire et peu acide , tandis que , lorsqu’elles commencent à céder , ce liquide se charge de nouveau, et prend un caractère d’acidité plus marqué qu’ auparavant.

L’acidité et l’alcalinité des matières excrémentitielles peuvent encore jeter un nouveau jom sur la nature même des maladies. Quelques auteurs ne font pas difficulté de placer les affections dartreuses dans la même classe que les éruptions cutanées , telles cpie la petite vérole , les éruptions vésiculaires, etc.

La différence de ces maladies , sous le rapport des propriétés chimiques des humeurs excrémentitielles , est une nouvelle preuve qu’elles diffèrent essentiellement par leur nature.

Dans les éruptions exanthématiques , l’humeur

contenue dans les vésicules est alcaline , tandis qu’elle est a*cide dans les éruptions dartreuses.

Dans le premier cas , elle est le produit d’une inflammation ; dans le second , elle ne paraît êti’e que l’effet d’une sécrétion augmentée de la matière de la transpiration.

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