DES MALADIES DE L’UTÉRUS
Coînment on peut les diviser.
Indépendamment des vices de conformation qui tiennent une sorte de milieu entre l’état naturel et l’état maladif, l’utérus et ses dépendances sont exposés à des maladies nombreuses, et très-variées. Les unes sont primitives et dépendent d’une lésion propre de ces organes , les autres, la plupart du temps secondaires, sont produites par mie lésion dans leurs fonctions.
Nous rapporterons ces maladies aux divisions suivantes : i.°, les déplacemens ; 2.°, la présence des corps étrangers; 3.°, les lésions de continuité ; 4.°, les, indammations ; 5.°, les hémorragies; 6.° , les lésions de la sensibilité et de la contractilité ; 7.0, les vices; 8.°^, les lésions des fonctions.,
Dë5 DEPLACE"?SNS DK l’UTÉRUS ET DE SES
DÉPENDANCES
Fixé dans sa position naturelle pàr des liga^ mens extrêmement lâches , l’utérus est sujet à éprouver divers changemens dans sa situation , ou dans le rapport de ses parties enlr elles.
Tant que ces déplacemens sont légers , sans permanence, ils n’exigent, pour l’ordinaire , aucune attention ; mais , portés à un certain degré , ils deviennent de Vraies maladies , et donnent lieu à des accidens auxquels il est souvent difiicile de remédier.
Les déplacemens dont les phénomènes ont été hien observés sont l’élévation, la descente , l’inclinaison ou l’obliquité , la rétroversion , l’antéversion , la hernie et le renversement
Parmi ces déplacemens , les uns ont lieu pendant la vacuité de l’organe , d’autres durant la grossesse , d’autres au moment de l’accouchement ou de la délivrance.
L’utérus peut n être affecté que d’un seul de ces déplacemens. Il peut l’être de plusieurs eu même temps. C’est ainsi que l’inclinaison est ordinairement unie à l’élévation , et que la hernie et le renversement sont habituellement compliqués de descente.
Les trompes et les ovaires se déplacent rare-
nient. On les voit cependant faire partie de la tumeur herniaire , lorsque les intestins ou l’épiploon se frayent une issue par l’anneau inguinal ou par l’arcade crurale; mais leurs déplacemens n’ont point de signes propres et n’exigent aucun traitement particulier. Il n’en est pas de même du vagin ; ce conduit est sujet à un déplacement ti’ès-fréquent et très-rebelle , connu sous le nom de renversement.
De V élévation de V utérus.
Quelquefois l’utérus s’élève tellement dans l’abdomen qu’oH peut à peine en atteindre le col , au moyen du toucher : ce déplacement est rare pendant la vacuité de ce viscère. C’est après les premiers mois de la grossesse qu’on le remarque le plus souvent , ou lorsque le corps de cet organe est distendu par un liquide ou par quelque corps étranger.
La plupart des auteurs n’ont pas lait mention de ce déplacement , c|uoiqu’il puisse devenii’ im signe important de plusieurs maladies de l’utérus , ou de ses dépendances.
Parmi les causes capables de produire cette élévation, on doit compter un défaut de longueur dans les ügamens larges (i) , un abcès dans ces
(0 Toyez des vices de couformation de l’utérus.
ligamens , l’inflammation , l’engorgement ou Thytlropisie des trompes et des ovaires (i).
Il est rare que l’utérus , depuis le quatrième mois de la grossesse jusqu’au huitième , ne se trouve pas plus élevé dans le bassin que dans l’état ordinaire» Le corps de cet organe étant alors développé déborde le détroit supérieur, et ne peut s’engager dans le petit bassin.
Le même eflet a lieu , lorsque la plénitude de l’utérus est déterminée par des bydatides, par un liquide ou par un corps étranger contenu dans sa cavité (2}.
L’élévation de l’utérus ne doit causer de l’inquiétude qu’en raison de la maladie qui l’a déterminée ; elle peut cependant nuire à la fécondation (5) ; mais elle n’exige par elle-même aucun traitement spécial»
De la descente de Vutêrus^.
L’utérus peut être affecté de descente à divers degrés , tant dans l’état de vacuité que durant la grossesse.
Tantôt il n’éprouve qu’un faible abaissement , et ne fait que se ràpprocher de l’orifice extérieur du vagin ; tantôt il fait saillie hors de ce conduit ; tantôt il se précipite entièrement au-dehors.
(1) Voyez de l’hydroplsie des trompes et des ovaires.
(2) V. des corps étrangers contenus dans futérus.
(5) Y. de la stérilité.
Ces trois degrés du meme déplacement ont reçu le nom de relâchement , de descente proprement dite, et de chute.
Le relâchement et la descente qui ont heu hors de la grossesse n’oceasionent j^arfols aucune incommodité. Le plus souvent ils s’annoncent par des pesanteurs vers le fondement , par des tiraillemens dans les régions lombaires et hypogastrique. Les malades se tiennent dihîcilernent debout ou assises , et ne se trouvent bien que couchées. L’incommodité , plus marquée dans les temps humides, ou à la suite, d’exercices inusités , diminue et cesse , lorsqu’elles ont gardé pendant quelque temps le lit , ou la position horizontale.
Le col de l’utérus est plus mobile dans le vagin , plus ou moins rapproché de son ouverture extérieure. Il forme dans ce conduit une tumeur pyriforme, autour de laquelle on peut tourner facilement le doigt. Cette tumeur est percée par line ouverture ordinairement transversale , formée par l’orifice spécial de l’utérus.
La chute de cet organe se fait lentement , ou d’une manière subite; elle entraîne avec elle le vagin, en déterminant son renversement , ainsi qu'une partie de la vessie et du rectum. Les viscères flottans dans le bas-ventre s’engagent aussi ({uelquefois dans le vide qu’elle produit , et augmenteul le volume de la tumeur extérieure.
Cctle tumeur est très-alongée , plus voïumî-^ neuse à sa base que vers la pointe ; l’ouvertüre du coi continue de donner issue au san^, à l’époque de ia menstruation.
A ces symptômes se joignent des nausées ^ des ténesmes, des difficultés d’uriner , provenant de la déviation de l’urètre et du rectum. La tumeur devient parfois douloureuse ^ sa situation déclive , le frottement auquel elle est exposée , l’aciion de î’urine qui coule par-dessus en déterminent l’ulcération et même la gangrèAe.
Une dame un peu âgée , mère de plusieurs enfans , atteinte depuis long-temps d’une descente de l’utérus , éprouva , à la suite de violentes secousses dans une charrette , une chute complète de ce viscère. M. Elmer ayant été appelé trouva la malade atteinte d’une fièvre aiguë , de douleurs d’estomac , de faiblesse et de grandes douleurs dans les jambes. L’utérus déplacé avait acquis un volume énorme ; il était noir ^ exhalait une odeur fétide, et portait toutes les marques d’un premier degré de gangrène.
M. Elmer fit fomenter les parties avec une forte décoction d’espèces amères , et prescrivit un juleps nltré, avec un peu d’eau de lavande composée.
Trois jours après, l’utérus commençait à se détacher, il tomba entièrement les jours suivans ; la fièvre et la douleur cessèrent, la malade reprit
ses forces , et recouvra la santé , quelle conservait encore plusieurs mois après son accident (i).
D’autres fois la chute de l’utérus dégénère en une maladie chronique. La membrane interne du vagin , retournée sur elle-même , et exposée à l’action de l’air ^ prend une couleur semblable h celle de la peau , de manière que la tumeur a pu quelquefois être prise pour un membre viril, et que les personnes qui en étaient affectées ont pu être regardées comme hermaphrodites. Ces méprises grossières, consignées dans les fastes de l’art , sont faciles à éviter , avec une légère attention.
La descente n’empêche pas les femmes de devenir enceintes; elle peut se manifester aussi dans les premiers mois delà grossesse. L’utérus, ayant acquis plus de pesanteur, s’engage dans le détroit supérieur du bassin, et se trouve pressé entre le sacrum et le pubis , ce qui occasionne des tiraillemens dans les reins , des épreintes pour aller à la garde-robe , des difficultés d’urmer , ou même une rétention d’urine comjdète, et quelquefois des douleurs aiguës comme pour accoucber.
Je fus appelé en consultation , le ^4 février 1809, par M. Evêque, pour une dame qui , atteinte depuis long-temps d’un relâchement de l’utérus , éprouvait au quatrième mois de la gros-
(i) Annales de littérature mcdic. d’Altenhourg , t. 16, pag, 206,
sesse , dans la région du bas-ventre, des douleurs violentes, seml)lables à celles qu’occasionne une fausse couche. En portant un doigt dans le vagin , nous trovivâmes, le col de l’utérus très -gonflé , immobile et légèrement dilaté. On y sentait, à l’orifice, un petit corps alongé qui semblait partir de son centre , et qui était formé par un repli de la membrane interne.
Les douleurs, qui avaient duré plusieurs heures, cessèrent dès qu’on eut placé la malade sur le dos, le bassin plus élevé que la tête , et qu’on eut fait remonter l’utérus dans l’abdomen , en le repoussant avec le doigt. La clame s’est très-bien portée depuis , et sa grossesse a suivi le cours ordinaire.
L’on est moins exposé à la descente , à mesure cpie la grossesse est plus avancée , parce que Tutérus ayant acc|uis un volume considérable , déborde le détroit supérieur du bassin , et peut difficilement s’y enfoncer ; les auteurs rapportent cependant des observations de cette espèce de descente , pendant le travail même de l’accouchement.
Une sage-femme , se disposant à terminer un accouchement , trouva hors du vagin une tumeur prodigieuse, formée par une chute de matrice ; la malade était à son premier eidant : depuis son bas âge elle avait une descente , c|u’elle faisait renlrer aisément; mais elle n’en avait point été incommodée durant sa grossesse jusqu’au jour
de qiiel([Lies efforts que les douleurs lui avaient fait faire. Portai, qui fut appelé , instruit de ces circonstances, se détermina à dilater peu-à-peu l’orifice de Futéfus , pour en retirer l’enfant. II éprouva quelques difficultés, et ses premiers efforts causèrent des douleurs si vives qu’il fut obligé de suspendre pendant une heure son opération; il recommença ensuite avec plus de succès; ses doigts, introduits l’un après l’autre, opérèrent une dilatation suffisante , les eaux s’écoulèrent,,et l’accouchement se tei-mina avec facilité (i).
La chute de l’utérus peut encore précéder la grossesse et ne pas y mettre obstacle. Ghoppart (2) fait mention d’mie fille atteinte , depuis l’âge de quatorze ans , d’une chute incomplète de Futérus , qui augmenta insensiblement. Cette jeune personne fut mariée à l’âge de vingt-deux ans. Son mari pendant vingt ans fit des tentatives inutiles pour la rendre mère. Il parvint enfin à dilater , avec le membre viril , l’orifice de Futérus , et consomma l’acte de la génération ; la grossesse .s’ensuivit , et parcourut son cours ordinaire , sans occasionner beaucoup d’incommodités. Au mo-
(i) Observât. 10 , Mëmolres Je FacaJ.émie Je cliirnrgie, tom. 5, p. 569.
• (2) Traité des maladies de la vessie , lom. 2, p. 75.
meut de raccoucliement, une très-grande porlion de l’ulérus se moiilra hors du vagin, sous la forme et le volume d’un melon. Ce viscère était dur , réiiitent et tellement serré par l’orifice du vagin, qu’il semblait avoir contracté des adhérences avec lui. L’orifice de l’utérus ne se ddatant pas , on fut obligé de faire sur son col deux incisions opposées , afin d’opérer une dilatation suffisante pour extraire l’enfant, qui était mort. Cet accouchement ne fiit suivi d’aucun accident; les lochies coulèrent avec abondance ; on essaya de réduire peu-à-peu la portion de l’utérus déplacée , au moyen d’un repos absolu, de fomentations émoiliantes, et de bains de vapeurs : la malade ne voulut se soumettre à ce traitement que pendant huit jours, et reprit son travail accoutumé. L’utérus resta dans l’état où il était avant la grossesse , avec cette différence que la partie déplacée était plus longue et plus cylindrique. Cette femme , à i’age de 55 ans, c’est-à-dire, dix années après son accouchement , jouissait encore d’une bonne santé , et s’occupait des tra,vaux de la campagne.
Les femmes qui n’ont point eu cl’enfans sont peu sujettes à la descente ; elle est fréquente , dans un âge avancé, chez celles d’une constitution faible ayec excès d’embonpoint , dont le bassin est large , évasé , et qui ont eu des accou?ebemens laborieux et multipliés,^
La vie sédentaire , l’habitation d’un pays chand^ humide, un catarrhe utérin habituel, des perles abondantes disposent à cette maladie ; dans tous les cas d y a une débilité locale des organes utérins. Les ligamens plus lâches cèdent à une distension souvent médiocre , et l’abaissement survient à la suite de marches rapides , ou de longue durée , de grands efforts pour soulever un fardeau, pour aller â la garde-robe, pour expectorer , ou de tout autre mouvement brusque et violent. ‘
Quelcpiefois la maladie est produite par line pression long - temps continuée sur l’abdomen , telle que celle d’un éventaire chez les femmes du peuple , ou par un polype volumineux , implanté sur le col de l’utérus (i).
Les femmes sembleraient plus exposées à la descente durant les premiers mois de leur grossesse qu’à toute autre époque , puisque l’utérus , par l’effet de son propre poids, est alors plus bas que dans l’état ordinaire, et offre une plus grande surface à la compression. Cependant cette descente se rencontre rarement. Les femmes qui en sont déjà atteintes, ou chez lesquelles elle sundent , en souffrent au surplus bien davanlage. Mais, en prenant du développement, l’utérus se soutient au-dessus du détroit supérieur.
(0 Voyez des polypes de futérus.
et rend même inutiles les pessaires employés jusqu’alors.
Cet accident a bien plus souvent liçu dans les accoLichemens longs et laborieux , lorsque l’on fait trop marcher ou tenir debout la malade ; ou au moment de la délivrance , par des tractions trop fortes sur le cordon ombdical , ou même sur le placenta ; ou enfin , après l’accou- •chement , quand les femmes montent d’ellesmêmes sur leur lit, se lèvent trop tôt , marchent et reprennent leurs occupations ordinaires avant d’être rétablies de leurs couches.
La descente qui survient chez une femme Agée , non enceinte , guérit difficilement , queLqu’en soit le degré , surtout si la personne a de l’embonpoint. Il n’en est pas de même de la descente qui survient chez une femme enceinte , ou susceptible de le devenir ; ni de celle qui a lieu pendant le travail de l’accouchement, ou à l’époque de la délivrance : il est rare qu’avec des soins bien administrés , on n’en obtienne pas une cure complète.
Le meilleur moyen de l’obtenir est une grossesse subséquente. Le développement de l’utérus force cet organe à s’élever dans le bassin bien au-dessus de son état naturel , et les ligamens , qui avaient été affaiblis, s’épanouissent (i). L’accroissement
(i) Yoj. de félévallou de futérus.
de scnsibiilié qu’ils acquièrent , et rahondance des liquides dans leur tissu pendant la grossesse , leur fendent rénergie , en sorte qu’ajjrès l’accoucliement il est rare qu’ils ne reviennent pas sur eux-mêmes, comme s’il n’avait pas existé de descente.
Quelques auteurs mettent en doute cette réussite ; mais ils sont dans l’erreur ; elle a été constatée par divers praticiens, et notamment par Millot (i). J’ai moi - même plusieurs faits à l’appui , parmi lesquels je me contenterai de citer celui d’une jfemme , âgée de 58 ans, d’une constitution avec excès d’embonpoint , qui, à la suite d’un premier accouchement , fut atteinte d’une descente d’autant plus gênante , que la malade ne pouvait s’astreindre à porter un pessaire , dont elle était trop incommodée. Depuis l’an 1806, je lui ai donné des soins dans trois accoucliemens qui ont été assez rapprochés, et elle n’a éprouvé aucun ressentiment de sa descente.
Lorsqu’on ne peut pas espérer de grossesse subséquente , si la maladie est dans le premier ou dans le second degré , on fait garderie lit , on tâche d’obtenir la réduction de l’utérus , et de maintenir ce viscère dans sa position naturelle.
( I ) Voyez supp. à tous les trait, sur les accoucli. 2.* édit. tom. 2, pag. 249.
Celte réduction s’opère aisément lorsque le col n’a pas dépassé l’orifice externe du vagin. H {suffit de faire placer la malade sur le dos, les reins un peu plus élevés que la poitrine , et de repousser l’utérus avec le doigt indicateur. La réduclion présente plus de difficulté dans le cas de chute. Lorsqu’on ne peut pas l’obtenir tout d’abord, on combat l’engorgement inflammatoirecpii est le résultat de la chute , au moyen de saignées réitérées , de bains, de topiques émolbens; on vide la vessie et le rectum , et l’on repousse doucement l’utérus de bas en haut pour le faire entrer dans le vagin.
Quoicpi’il n’existe pas d’engorgement inflam-* jnatoire, lorsque la chute s’est faite lentement , on n’en est pas moins obligé de recourir à la saignée , et d’amollir la tumeur, qui est dure, épaisse, peu sensible , avec des linges imbibés d’une décoction emollienle. On exerce de légères pressions sur la tumeur, surtout vers sa base , et l’on tâche d’en obtenir graduellement réduction.
Lorsque le relâchem^mt est léger, il suffit pour l’ordinaire de prescrire le repos , des bains presque froids, des lotions locales dans le vagin avec du vin ou quelqu’autre liqueur tonique ; on retire parfois de bons effets des eaux minérales sulfureuses naturelles , ou même artificielles. Si l’on n’est pas à portée de s’en procurer, on les
remplace par des bains, des injections , et même des donchcs avec un liquide tenant en dissolution une certaine quantité de foie de soufre; l’on inlroduit aussi dans le vagin une éponge ou une forte compresse trem])ée dans ces liqueurs, afin de maintenir l’utérus dans sa position , et de donner du ressort à ses ligamens. Si cette éponge ou cette compresse ne pouvaient pas rester en place , on les soutiendrait au moyen d’un bandage à ressort, avec une pelotte placée sur l’éponge ou sur la compresse , de manière a ne pas gêner la sortie de Turine et des excrémens.
Ces moyens, employés pendant plusieurs mois, opèrent quelquefois la guérison de la maladie , lorsqu’elle est prise dans son principe ; mais le plus souvent ils sont insuffisans. Pour soutenir le poids de Tutérus , et maintenir ce viscère dans sa position, on est obligé de recourir aupessaire.
Quoiqu’on ait imaginé un grand nombre de pessaires , de formes et de compositions différentes , on ne se sert guère que de ceux de gomme élastique , d’ivoire , en bilboquet, et en cire.
Les pessaires de gomme élastique sont les plus usités. Ce sont des corps ronds , lisses , aplatis , percés à leur centre pour recevoir le col de l’utérus , et permettre l’écpulement du sang menstruel et des matières muqueuses qui sortent de ce viscère.
Ces pessalres sont formés d’un tissu sefré de Soie , recouvert d’un enduit de gomme élasll-' que , de manière à recevoir toute sorte de formes , et à reprendre ensuite leur configuration j première.
j Pour les introduire, on les trempe dans fliuile ; i ^ on leur donne , par la compression , une forme j ■ oblongue , et on les pousse avec force dans le I vagin , jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à sa ! partie supérieure ; on les place alors transversa- I lement, leurs côtés adossés au sacrum et au j pubis , en sorte que le col de l’utérus soit appuyé sur la cavité qui est, à leur centre.
Le volume du pessaire doit êt^e proportionné . à l’ouverture des parties naturelles. Trop grand , iil ne pénètre qifavec peine , et, appuyant trop ifortement sur le sacrum et le pubis , il occassionne des difficultés d’urmer et d’aller à la gardeirobe , de la douleur et une tension dans le baswentre : la malade aie peut le conserver. Trop
I petit , il ne supporte pas le poids de l’utérus ;
I I n’empêclle pas de ressentir des pesanteurs sur I e périnée , des tiraillemens dans les reins , et 1 le prévient point les autres accidens de la descente. Les malades sont sujettes à le rendre pendant la marche, ou à la suite d’efforts pour uriner :it pour aller à la garde-robe.
Il faut avoir soin que l’ouverture du pessaire ne soit pas trop évasée i le col de l’utérus pour-
ralt engager et donner lieu à des accidens graves.
Les annales de médecine d'Altembourg (i) font mention d’une paysanne hollandaise, non mariée, atteinte d’une descente de l’utérus. On lit usage d’un pessaire dont l’ouverture était trop considérable , ce qui donna lieu à un étranglement de l’utérus. Ce viscère , dit le rédacteur , présentait en dehors une tumeur presque aussi considérable que la tête d’un enfant. La malade éproLwait des douleurs atroces ; l’on tenta vainement la réduction de la tumeur ; ce ne fut qu’après avoir Scié le pessaire qu’on put y parvenir. j
Indépendamment des pessaires ronds, on se I sert quelquefois de pessaires ovales, et en na- j celle ; ceux-ci ont l’avantage d’être introduits plus facilement, mais ils sont plus sujets h être rejetés au-dehors. M. Bruninghausen en a proposé récemment d’échancrés sur les cotés, de manière à ne pas appuyer sur la vessie et sur le rectum.
Je ne saurais prononcer sur leur mérite, ne connaissant personne qui en ait fait usage. Quelquefois les malades ne peuvent supporter les pessaires en gomme élastique , et se trouvent moins incommodées de ceux de buis en bilboquet.
(i) Cali. d’octobre 1806. — Bibliothèque mcdlc. t. 17 , p. aSg,
Pour faire usage de cés derniers , on attache Une petite éponge dans le godet du bilboquet * que Ton introduit dans le vagin, et l’on maintient rinstrument en position , au moyen de liens attachés à l’extrémité du bilboquet et passés autour du corps.
Il est des praticiens qui recommandent encore dans quelques cas les pessaires d’or. On peut les rendre très^légers ; ils s’altèrent lentement, et s’emploient quelquefois avec succès , lorsqu’on ne ipeut faire usage des autres pessaires.
Les pessaires en cire, ou eu liège recouvert de cire , ont la même forme que ceux de gomme élastique. Ils ont l’inconvénient de trop se ramollir, et d’avoir peu de durée ; il y a des femmes qui ne peuvent en supporter d’autres ; il en est aussi qui n’en supportent aucun;
Ces instrumens , quelle qu’en soit la forme ou !a substance , excitent toujours une inflammalon de la membrane ’iiterne du vagin et du col die l’utérus , ainsi qu’une grande sécrétion de mucosité qui les salit et les altère ; ce qui force die les retirer tous les quinze jours , pour les nettoyer, et même quelquefois d’en suspendre ’usage, à raison des violentes irritations qu’ils occasionnent.
Lorsqu’on les garde trop long-temps dans le agin sans les nettoyer , ils peuvent occasionner ' } Ues accidefts graves. Dans son ouvrage de parta
tesareo, Housset dit avoir donné des soins à Une femme atteinte d’une inflammation de matrice , qui fut guérie par la sortie de quelques fragmens d’un pessaire de liège (ju’elle portait depuis dix-huit ans.
Lorsque la descente est due à un catarrhe utérin chronique , on tâche de remonter à la cause de cette affection ^ et de modérer l’écoulement qui en est le résultat (i).
Dans le cas de précipitation de Tutériis , lorsqu’on ne peut en obtenir la réduction , on combat les symptômes inflammatoires par les moyens anti-phlogistiques. Si la maladie menaçait de gangrène , on entretiendrait les forces par l’usage des toniques et des amers ; enfin si elle passait à un état chronique , et cpie l’on eût tenté en vam tous les moyens d’obtenir la réduction, on soutiendrait l’utérus déplacé au moyen d’un suspensoire.
La descente de l’utérus qui a lieu dans les premiers mois de la grossesse ne présente pas ordinairement beaucoup de difficultés pour sa réduction; il suffit de faire placer la malade sur le dos, les reins un peu plus élevés que la poitrine, de vider la vessie et le rectum , au moyen de lai sonde et de lavemens emolliens, et de repousser! l’utérus avec le doigt indicateur introduit dans 1g|
vagin.
tf
Of
ni!
(i) Voyez du cafàrrhe utériu.
On fait garder le lit h la malade ; on lui prescrit d’uriner dans cette position horizontale, et de repousser l’utérus avec le doigt , toutes les fois qu’il s’ai^aisse dans le vagin , ou se montre à son orifice : l’on attend ainsi que cet organe ait pris assez de développement pour iV avoir’ plus à craindre un nouveau déplacement.
La grossesse étant arrivée à son terme , on se comporte au moment du travail de l’accouchement comme s’il if existait pas de descente , en évitant cependant que la malade ne mai’che et n’accouche debout. Après raccouchement , on In transporte sur un lit ordinaire , sans lui permettre de marcher; il faut ensuite qu’elle rende rurine étant couchée , et quelle évite de se mettre sur les genoux , ou sur son séante pendairt une vingtaine de jours. C’est par l’emploi de ces moyens qu’on empêche le retour de la descente, et qu’on guérit , comme nous l’avons dit précédemment , celle qui existait avant xU giossesse.
Si la précipitation de l’utérus avait précédé la grossesse , ou qu’elle se fut manifestée au moment de l’accouchement , on se bornerait à soutenir cet organe, s’il n’était pas possible d’en ojiérer la réduction , et l’on attendrait les douleurs de l’accouchement ; on dilaterait alors peuà-peu l’orifice du col ; ou ferait l’ouverture des membranes, et l’on procéderait à l’extraction de l’enfant.
Suivant Saï^atier J rexlractlon du placenta ne doit pas J clans ce cas, être abandonnée à la nature ; il faut l’opérer en portant une main dans l’utérus , la paume tournée du côté des parois de sa cavité , cléiaclier le placenta avec les doigts , et en faire l’extraction. Ce procédé ne me semble pas sûr , attendu qu’il expose à froisser l’utérus sans nécessité, à en déterminer la descente , ou même le renversement , et à donner beu û une hémorragie qu’il serait difficile d’arrêter. Il me paraît préférable d’abandonner l’expulsion du placenta à la nature , tant qu’il ne se manifeste nuciin accident , et de n’opérer avec la main l’ex- Iraction de ce corps cjue clans le cas d’hémorragies , de convulsions , ou d’acciclens semblables.
Après que l’accouchement est terminé , on fait la réduction de l’utérus , s’il y a possibilité , et l’on se conduit comme il a été dit plus haut.
De V inclinaison et de V obliquité de V utérus.
L’utérus, clans son état de vacuité , conserve rarement dans le bassin une position verticale, »Son fond est mobile et s’incline diversement, sans qu’il en résulte aucune incommodité ; mais si cette mobilité vient a se perdre , si l’organe reste constamment penché de l’un ou de l’autre côté , celte inclinaison constitue une maladie , et peut tlpnner lieu à divers acçidens^
( io3 )
On ne peut reconnaître cette jnclinaison qu’bat» moyen du toucher. Le col de l’utérus est alor» plus élevé que dans l’état naturel ; on le trouve toujours à la même place , son orifice tourné du côté de l’une des parois latérales du vagin.
Les malades éprouvent parfois un sentiment de pesanteur sur le fondement , des tiraillemens dans les reins. Elles sont plus, sujettes à la constipation^ au catarrhe chronique (i) et aux engorgemens dans le col de Tutérus (2).
L’acte vénérien est douloureux, et suivi quelquefois d’une hémorragie légère (3). Il tend à augmenter la position vicieuse de l’utérus ; la matière séminale pénètre avec difficulté dans cet organe , et la femme est ordinairement stérile (4}-
Les inclinaisons pendant la gi'ossesse prennent le nom d’obliquités ou de déviations. Elles se font en avant, du côté droit ou du côté gauche. La saillie du sacrum e^dz-s dernières vertèbres lombaires s’oppose à ce qu’elles aient lieu en arrière , a moins d’une déformation extraordinaire de la colonne vertébrale»
L’obliquité en devant est la plus fi’équente. Elle
( i ) V oyez ttu catarrhe utérin.
(2) V oyez de rinclinaison de rulérus.
(5) Voyez des hémorragies par irritation locale.» (4) Voyez de la stérilité*
C io4 )■
est cl’aiitani, plus marcpice (|ue les grossesses précédentes ont été pins nombreuses ^ et les parois de l’abdomen plus relacbées.
L’obbcputé latérale droite se rencontre assez souvent^ tandis que l’obliquité latérale gauche est rare.
En portant la main sur le bas-ventre , on reconnaît les obliquités à la saillie et à la résistance du fond de l’utérus contre les parois de l’abdomen , et aux mouvemens de l’enfant;, déterminés par l’impression du froid de la main.
Dans l’obliquité en devant;, le ventre est tellement proéminent qn’ii vient presque tomber sur les genoux; le col est placé en arrière, son orifice dirigé du côté du sacrum.
Dans les obliquités latérales, le fond reste saillant d’un côté , tandis que le col est placé du côté opposé. Cependant le col est quelquefois recourbé du même côté que le corps, ce qui donne à l’utérus une forme approchante de celle d’une cornemuse.
Dans toutes les obliquités de l’utérus , ce viscère éprouve une forte distorsion près de son col , qui reste presque fixe et immobile, tandis que le corps roule sur lui-même , se porte en avant , à droite , ou à gauche , et ramène en devant une de ses parties latérales , ainsi qu’un des ovaires.
Durant l’état de vacuité, les inclinaisons perïnaneriles sont produites par la présence d’un
cor])s étranger dans la cavité de lutéruSj par un vice de conformation des llgamens utérins ^ ou par leur rétraction inégale après Facconchemcnt, par la descente d'un rein dans le bassin. Elles j>euvent encore être bccasionnécs par une maladie aiguë ou chronique , tant des ovaires que des bgamens et des trompes. Il est bien plus dilfîcile de rendre raison de cette obliquité pendant la grossesse. Elle dépend, suivant Levret, de ce que l’insertion du placenta, qui devrait avoir lieu au milieu du fond de Tutérus , s’est faite sur une des parties latérales ; le poids de ce corps , la densité que l’utérus acquiert dans l’endroit de cette inserilion, doivent faire pencher cet organe du côté où l’implantation s’est faite. Haller regarde cette CvSpèce d’obliquité comme la plus préjudiciable et ila plus constante (i).
Quoique cette implantation puisse en effet conllribucr à l’obliquité , elle n’en est pas cependant unie cause générale , jir.xsqii’on a vu le placenta {attaché du côté opposé à l’obliquité.
Quelques auteurs ont attribué l’obliquité a la direction de l’axe du bassin , à celle du rectum , ;à la plénitude de cet intestin par des matières àtercorales, etc. ; mais ces causes , étant les mêmes pour toutes les femmes, devraient produire chez toutes les mêmes résultats. Avouons donc
(i) Haller, pliyslol. de la sllualion de l’ulérus.