‹ Des maladies du placenta et des membranesChapitre 19 sur 20 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

John Ingleby.

Le sujet de cette observation est une dame qui, à sa deuxième gestation, vers le cinquième mois, était devenue prodigiemement grosse. La flucluation était aussi distincte que dans l'ascite, les «uisses étaient énormément infiltrées. Vers le sixième fnois, elle accoucha d» deux enfants, et évacua

CUARPEMIBR. H

une grande quantité d'eau. Dans la troisième grossesse, les mêmes syn:plômes se présentèrent, mais plus tôt que dans la précédente. A l'aide de petites saignées, de l'abstinence de liquide, de doux purgatifs, des diurétiques, elle arriva jusqu^au sixième mois. A celte époque, les membranes se rûinpirenl pendant la nuit. Quand il visita la malade, douze serviettes avaient clé mouillées des eaux qui avaient coulé. L'écoulement continua d'avoir lieu tous les deux ou trois jours, il était d'environ une pinte et un quart. — Je puis assurer, dit-il, que mes explorations ont été assez fréquenles pour affirmer que le liquide s'écoulait de l'utérus. — La femme arriva à son terme el accoucha d'un gros garçon. A la deuxième douleur, le délivre fut expulsé. Ingleby le reçut avec la main à la sortie pour éviter que les membranes ne se déchirent. Examinant le tout avec grand soin, il découvrit, outre l'ouverture que la tête de l'enfant avait^ite au centre des membranes dans son passage, une seconde ouverture circulaire placée sur le rebord du placenta. C'est sans doute de cette ouverture que le liquide s'échappait de temps en temps. La malade était prévenue de chacune de ces évacuations par une espèce de contraction passive de la matrice. La situation du délivre expliqua pourquoi il n'a pu retirer de la liqueur amniotique avec le cas noté, malgré tous les efforts qu'il a faits dans le but d'accélérer le travail.

Geil.

La femme d'un jurisconsulte, âgée de vingt-huit ans, assez frêle de corps, bien portante, mariée depuis huit ans, ayant accouché à terme d'un enfant vigoureux, la première année de son mariage, et l'année suivante d'un autre enfant aussi vigoureux, mais trois semaines avant le terme, ayant eu ensuite une fausse-couche à trois mois, était encore redevenue enceinte et jouissait d'une bonne santé, lorsque quatorze jours après qu'elle eut senti remuer son enfant elle perdit tout à coup, sans cause connue, une assez grande quantité d'eau ; des douleurs semblables à celles de l'accouchement précédèrent cet écoulement qui était' légèrement teint de sang. Elle continua de perdre pendant treize semaines sans douleurs, il ne s'arrêta que huit heures avant l'accouchement, qui eut lieu cinq semaines avant le terme ordinaire. Les eaux qui s'écoulaient étaient claires, un peu jaunâtres, d'une légère odeur spermatique, empesant légèrement le linge comme le liquide amniotique, el par intervalles un peu teintes de sang. Le plus souvent les eaux s'échappaient avec une certaine violence et en plus grande abondance pendant la nuit. Effrayée el redoutant de nouveau un accouchement prématuré, afin de l'éviter, quoique bien portante, elle garda rigoureusement le repos au lit. La quantité de liquide perdu, pendant sa grossesse peut être évaluée à 60 litres. Elle sentait remuer son enfant aussi bien que dans les grossesses précédentes, l'abdomen n'étant pas plus développé qu'à l'ordinaire. Elle était toujours tourmentée par la soif comme dans ses précédentes grossesses, n'était jamais en moiteur ni en transpiration et rendait une petite quantité d'urines. Dix-huit heures avant la délivrance qui survint cinq semaines avant le terme, l'écoulement cessa, les douleurs de l'accouchement commencèrent, el â partir de cet instant elle rendit une grande quantité d'urines. La poche des «aux était

dans l'état naturel, il fiillut h rompre ii cause de la résistance des membriiiietî. L'accouchomonl so lit assez facilement sous l'inlluenco de contractions ibrlos et énergiques de l'utérus. L'enfant était petit, mais bien portant. Le cordon s'in.<?érait vers le milieu du placenta. Il était long de dix-huit pouces, mais plus gros que d'habitude, infiltré d'un liquide gluant. Le placenta ne présentait rien de particulier. Les membranes n'étaient rompues que dans la portion qui correspondait à l'orifice de l'uléi us. Le chorion et l'amuios adhéraient l'un à l'autre dans toute leur étendue et l'on ne parvenait à les séparer qu'avec un certain soin. Cette dame attribuait ces pertes à un refroidissement qu'elle avait eu au quatrième mois de sa grossesse dans un voyage qui avait duré plusieurs jours. Elle avait alors ressenti des douleurs dans le ventre semblables à celle d'un rhumatisme.

Lorsqu'elle arriva à Heidelberg, elle s'aperçut qu'elle avait un peu de perles blanches qui furent bientôt suivies de l'hydrorrhée que je viens de décrire. L'année d'après, étant enceinte de six semaines, elle perdit encore pendant quatorze jours un peu d'eau teinte de sang. Mais comme elle paraissait jouir d'une excellente santé, qu'elle avait bon appétit et dormait parfaitement, je fis une petite saignée et la soumis à un régime débilitant. L'écoulement disparut, jul elle accoucha à terme d'une fille vigoureuse et bien portante. J'avais citécette observation. La malade attendaitchaque jour une nouvelle grossesse, lorsque quatre mois après sa délivrance elle a été prise d'une autre perte d'eau qui n'était pas teinte de sang et qui est revenue trois fois dans l'intervalle de quatre jours, et a disparu ensuite. Celte dame se porte maintenant parfaitement,

Geil. •

Une femme juive, âgée de trente-cinq ans, bien constituée, ayant déjà accouché heureusement de quatre enfants, vers le commencement d'une nouvelle grossesse oîi le ventre était plus développé que dans une grossesse régulière, fut prise vers le quatrième mois à plusieurs reprises d'un écoulement d eaux jaunâtres quelquefois teintes de sang. Ces pertes étaient accompagnées de douleurs comme celles de l'accouchement. Elle éprouvait la sensation d'un corps qui aurait tendu à s'échapper par le vagin, elles durèrent jusque vers le milieu du septième mois, et à cette époque elle accoucha de deux jumeaux. Les membranes ne présentaient nulle part des traces de rupture, et le chorion et l'amnios adhéraient intimement dans toute leur étendue.

DncLOs (de Toulouse).

Une fille, âgée de vingt-quatre ans, cartonnjère, d'un tempérament lymphatique, présentant tous les signes de la chloro-anémie, réglée à treize ans irrégulièrement, avait eu trois grossesses. Dans la première, elle avait accouché d'un garçon mort peu de temps après la naissance ; dans les deux autres, elle avait fait des fausses couches entre le quatrième et le cinquième mois. Elle éiail arrivée au sixième mois de sa quatrième grossesse, n'ayant éprouvé que des nausées et dos vomissements, légers accidents qu'elle avait toujours eus dans les premiers temps, mais qui disparaissaient vers le

qurtaième mois, quand elle perdit tout à coup un verre de liquidejaunàlre, sans douleurs ni contractions, au moment, où elle s'asseyait; effrayée de cette évacuation insolite, elle consulta M. Duclos, qui constata tous les signes d'une grossesse de six mois, lui conseilla le repos au lit, un régime doux pour le moment, puis des amers et des toniques. L'écoulement, après le premier llol, no so lit plus que goutte à goutte, et avait cessé cinq ou six jours après. Trois semaines s'étaient écoulées depuis, lorsqu'il apprend que cette jeune femme, abandonnée par son amant, venait de mettre fin à ses jours par le charbon. Appelé par l'autorité judiciaire, il trouva tous les signes de l'empoisonnement par l'acide carbonique et l'oxyde de carbone.

Alors, profitant do l'occasion si rare que l'on a de s'éclairer sur la nature des pertes que l'on appelle hydrorrhée, il ouvrit l'utérus et put constater les choses suivantes :

Les membranes de l'œuf ne présentaient nulle part aucune trace de rupture ni de cicatrice, leur intégrité était complète. L'adhérence de l'amnios et du chorion était partout intime.

Le liquide contenu dans l'œuf ne paraissait ni plus ni moins abondant qu'à l'état normal. Le fœtus offrait tous les caractères de son âge. Mais entre la face interne de l'utérus et les membranes, .on trouvait deux poches situées sur les parties latérales, et à quelque dislance l'une de l'autre. Elles étaient remplies d'un liquide transparent d'un jaune citrin, et de même consistance que les eaux de l'amnios, avec lesquelles il avait la plus grande analogie. C'était évidemment un décollement partiel des membranes, et le liquide que l'on trouvait était une exhalation de la paroi utérine de l'nlérus, exhalation séreuse que l'on rencontre si souvent comme état pathologique dans d'autres cavités. On remarquait encore sur la surface interne de l'utérus une place de la largeur d'une soucoupe, de 6 à 7 centimètres de diamiètre, et qui tranchait sur les points voisins par sa couleur opaque et blanchâtre. Les membranes n'adhéraient pas en ce point, il y avait là une poche qui s'était affaissée, ne contenant plus qu'une légère couche de liquide semblable à celui des deux autres, et qui paraissait être d'une exhalation récente.' De cette poche vide partait un décollement de la largeur de 5 millimètres, qu'on pouvait suivre parfaitement à sa teinte opaque et blanchâtre, et qui arrivait jusqu'au col. Les eaux qu'avaient perdues cette femme étaient certainement renfermées dans cette poche, et c'est par le prolongement qui en partait, se prolongeant jusqu'au col, qu'elles s'étaient échappées. 11 est probable que si la vie se fût prolongée, les deux autres poches pleines qui existaient auraient donné lieu deux fois encore au phénomène de l'hydrorrhée, en décollant les membranes jusqu'au col, sous l'influence d'une cause qui est souvent inappréciable, mais qui doit tendre à comprimer cetépanchement intra-utérin, et le force à s'échapper en quelque point.

Page 1