CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES
Les os maxillaires supérieurs conslituent la partie principale du squeleUe de la face ; leur forme, leur volume contribuent à donner à la physionomie les traits divers qui caractérisent les différents peuples, et impriment à la physionomie des individus ces variétés nombreuses qu’on rencontre dans 1a même famille à différentes époques de la vie, chez l’enfant, à l'âge adulte et chez le vieillard. Ces modifications qu’on observe aux différentes époques, proviennent surtout des transformations par lesquelles passe l’os maxillaire supérieur avant d’arriver à son entier développement. A la naissance et dans les premiers lemp.s de la vie, le maxillaire supérieur est à peine développé, mais il renferme des organes importants qui, eri se développant, lui donnent une forme nouvelle ; il est constitué surtout par un tissu spongieux dont les mailles seront refoulées plus tard pour loger un appendice, une poche muqueuse, dépendance de la membrane de Schneider, qui tapissera les
parois d’une grande cavité, le sinus maxillaire. Il y a donc une différence très grande entre le sinus maxillaire supérieur de l’enfant et celui de l’adulte; cette différence, indépendamment d'autres particularités, consiste dans la présence d’une cavité, d’un sinus qui sert à augmenter le volume de l’os sans augmenter son poids, sinus connu encore sous le nom d’antre d’Highmor.
Nous allons examiner rapidement et principalement au point de vue chirurgical le sinus maxillaire; cette cavité n’a pas été, comme on pourrait le croire, découverte par l’anatomiste dont elle porte le nom ; d’autres avant lui en avaient fait mention, Highmor (l)ale mérite de l’avoir mieux décrite et surtout d’avoir mieux fait comprendre ses rapports avec les racines des dents molaires. C’est surtout depuis qu’il en a donné la descripticn, rendue plus évidente au moyen d’une figure grossière mais exacte, qu’on a mieux apprécié l’importance chirurgicale de ce point d’anatomie; et c’est aussi depuis lors seulement qu’on a connu les différentes maladies qui ont pour siège l’antre d’Highmor.
Les sinus maxillaires occupent presque la totalité de l’os maxillaire supérieur, ils sont creusés dans cette partie du maxillaire qui est indépendante des os incisifs; ils constituent une grande cavité ayant la forme d’une pyramide quadrangulaire dont la hase correspond aux fosses nasales et dont les angles et les arêtes sont arrondis et correspondent à des points de l’os maxillaire qu’il
(1) Highmor, Corporh humani dise, anatomka Hagœ, 1651, pag. 226 lab. XVI.
importe d’indiquer. La face supérieure correspond au plancher de l’orbite, et l’antérieure à ce point du maxillaire connu sous le nom de fosse canine ; dans ce point, la faiblessedela paroi permetdepénélrer facilement dans le sinus. La face externe regarde un peu en arrière. Le bord inférieur, arrondi, esten rapport direct avec les racines des quatre molaires, qui pénètrent quelquefois dans la cavité du sinus, et n’en sont séparées que par une lamelle mince, poreuse, qu’on peut facilement percer pour entrer dans la cavité. L’angle antérieur et interne se prolonge quelquefois dans la base de l’apopbyse montante ; l’angle externe correspond à 1 apophyse inalaire et y pénètre aussi quelquefois.
La dimension de cette cavité varie suivant les individus et surtout suivant l’âge; quelquefois ses parois sont déprimées, réfoulées en dedans, et alors son calibre est rétréci. Le sinus peut même disparaître complètement comme dans un cas cité par Morgagni (1). On rencontre quelquefois des lames qui divisent la cavité en plusieurs parties et semblent la cloisonner; mais un point beaucoup plus important, et qui n’a pas échappé à Higbmor, c’est l’épaisseur variable des parois qui, quelquefois, sont constituées seulement par des lames très minces, très faciles à briser.
La cavité du sinus est en communication directe avec les fosses nasales. Elle est tapissée par la membrane de Schneider qui se prolonge dans son intérieur , et la double dans toute son étendue ; cette membrane, en
(1) Advert. anat.
pénélranl dans le sinus, devienl plus mince sans perdre aucun de ses caractères. Comme celle de Schneider, elle estdoublée d’un périoste dont la sépare un tissu cellulaire facile à démontrer. Ce périoste est pourvu de beaucoup de nerfs, fournis par les nerfs dentaires, qui pénètrent sou tissu et s’y distribuent, tandis que d’autres rameaux sont seulement en contact plus ou moins immédiat avec lui; ces nerfs émanent de la cinquième paire. On comprend combien il importe d’avoir des données exactes sur ces points, de bien connaître la structure, et d’avoir bien présent à l’esprit le rapport intime de toutes ces parties entre elles.
La membrane du sinus maxillaire présente des différences d’épaisseur dans les différents points de son étendue; elle est plus épaisse à la face interne, celle qui est en rapport avec les fosses nasales, que dans les autres points ; elle y est plus vasculaire, présente dans ce point plus de glandules muqueuses. D’ailleurs, toute la surface de la membrane est tapissée par un épithélium cylindrique.
La cavité- du sinus communique avec celle des fosses nasales par une ouverture ayant le calibre d’une plume de corneille. Cette ouverture, quelquefois double, est placée à la partie supérieure du méat moyen, recouverte par le cornet correspondant, et se termine dans une dépression commune aux sinus etbmoïdaux et frontaux. On conçoit, qu’en raison des variétés de volume et de forme du cornet , le cathétérisme du sinus maxillaire puisse être parfois difficile et qu’on ait pu, en croyant traverser l’ouverture, traverser la paroi, fait qui a
élé constalé par la commission de l’Académie de chirurgie.
Le sinus maxillaire offre encore des variétés qui dépendent des différentes phases de l’évolution dentaire. Avant le développement des dernières dents molaires, sa partie postérieure et inférieure est occupée par le bulbe, et le périoste du sinus) est en rapport intime avec ces organes , ce qui fait comprendre quelques uns des accidents qui se propagent par continuité de tissu dans la cavité du sinus, par suite des entraves que l’organe dentaire trouve à sou développement. Disons pour terminer que, dans beaucoup de cas, des dents anormales se développent dans cette cavité, y occasionnent des maladies dont nous aurons à nous occuper. Enfin, l’examen attentif de la disposition anatomique du sinus maxillaire, de son volume , de ses rapports, fait comprendre comment des maladies des parties voisines peuvent l’envahir, faire disparaître sa cavité, faire supposer l'existence d’une affection développée dans son intérieur.