CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Les termes nets et précis dans lesquels a été formulée par le jury la question qui nous est échue, nous dispenseront d'entrer dans de longs détails à l'occasion de la délimitation de notre sujet. Il est nécessaire, toutefois, de présenter d'abord quelques considérations, destinées à établir clairement notre point de départ, la marche que nous nous proposons de suivre et le but que nous chercherons à atteindre dans cette dissertation.
Etablissons, dès le principe, pour éviter toute ambiguilé, le sens exact que nous attachons aux termes mêmes de la question des maladies héréditaires.
« Héréditaire, en médecine, dit M. Piorry dans le travail que nous aurons souvent à citer (1), se dit des maladies ou des circonstances d'organisation qui passent des parents aux enfants. »
Nous troutons déjà dans ces quelques mots l'indication de la mesure dans laquelle se circonscrit notre sujet. Nous n'avons pas en effet à envisager l'hérédité dans le sens physiologique, nous n'avons pas d'avantage à parcourir, au point de
(1) De l'hérédité dans les maladies, t'aris, 48/il), page U.
vue de l'hérédité, l'échelle nosologique tout entière, mais nous devons nous attacher spécialement à l'étude des maladies dont la transmission héréditaire, c'est-à-dire la transmission par voie de génération, est assez positivement établie pour leur mériter le nom d'héréditaires.
Il ne suffit pas en effet que l'enfant apporte une maladie en naissant pour que celle-ci soit déclarée héréditaire, et tous les auteurs qui ont écrit sur l'hérédité ont eu soin de distinguer les maladies héréditaires (morbi séminales de Van Helmont) de celles qui se contractent pendant la vie intra-utérine, ma ladies acquises avant la naissance, et que l'on a appelées morbi connatii, gentilitii, parentales, connutriti, etc. « La syphilis contractée pendant, la grossesse, et transmise au fœtus, soit avant, soit durant l'accouchement, ne constitue pas, dit M. Michel Lévy (1), une maladie héréditaire ; il n'y a là, comme pour la variole des nouveau-nés, qu'un effet de contagion opéré par voie de circulation au lieu de l'être par le toucher immédiat. » Nous ne faisons actuellement qu'indiquer un des côtés de cette intéressante question qui reparaîtra plus loin, lorsque nous rechercherons dans quelles circonstances il est possible de dire que la syphilis est héréditaire.
11 nous reste enfin une dernière difficulté à trancher dès l'abord : devons-nous prendre le mot maladie dans son acception banale, vulgaire, et l'appliquer à tous les états anormaux de l'organisation quels qu'ils soient, ou bien, au contraire, est-il préférable de le maintenir dans sa signification véritablement scientifique. Devons-nous, par exemple, ranger parmi les maladies héréditaires des vices d'organisation ou de
(1) Traité (/%</»ïw, t. É, page 1A5.
conformation congénitaux, tels que les hernies ombilicales, les nœvi, le bec-de-lièvre, etc., etc.? Nous ne le pensons pas. Tous ces étals anormaux peuvent se transmettre par hérédité, c'est là un point d'une haute importance à signaler et à connaître, et nous aurons soin d'en tenir compte à un certain point de vue, mais ce ne sont pas dans le langage scientifique, des maladies ; et nous appuyant encore ici sur d'illustres autorités, nous n'bésitons pas à les distinguer des maladies héréditaires proprement dites.
Ceci posé, et le terrain sur lequel nous allons nous engager étant suffisamment indiqué pour le moment, voici la marche que. nous nous proposons de suivre : après avoir jeté un coup d'œil général et rapide sur l'historique delà question, nous entrerons directement en matière en précisant le plus possible quelles sont les maladies qui méritent la qualification d'héréditaires, et en essayant de les classer dans un ordre logique; puis nous examinerons les particularités propres à chacune de ces maladies, en tant qu'héréditaires bien entendu, nous efforçant de déduire de l'étude des analogies et des différences qu'elles pourront nous présenter, des données qui nous permettent de nous élever ensuite à une vue générale d'ensemble et de formuler enfin des considérations pratiques relatives à la marche, au diagnostic, au pronostic, etc., des maladies héréditaires. Ce sera l'objet de la première partie de ce travail.
Dans la seconde , nous traiterons de la transmission des maladies héréditaires et des modes suivant lesquels elle s'opère , de leur prophylaxie et de la thérapeutique qui peut leur être opposée. Nous nous proposons, en outre, d'émettre, dans une troisième partie, quelques faits de pathologie com-
parée qui viendront compléter et corroborer la plupart des notions fournies par l'étude de la pathologie humaine.
Ajoutons enfin que, nous inspirant des propres paroles de Téminent professeur au travail duquel nous venons de faire allusion, nous nous attacherons à traiter «de préférence celles de ces questions qui auront un but pratique, et nous ne ferons qu'indiquer celles qui, n'étant pas susceptibles d'une démonstration rigoureuse, conduiraient plutôt â entrer dans des discussions stériles et sans portée qu'à jeter quelque lumière sur des points obscurs du diagnostic et de la thérapeutique.» (Piorry, /oc. rit., p. 8.)