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chez certaines races de chiens et chez les cochons que s'observe cette transformation morbide. Les bassets, les terriers, les doguins y sont particulièrement sujets, et il n'est pas rare, d'après Hensinger (1), qu'on rencontre en même temps chez eux les lésions de la scrofule viscérale. Behrs (2) a signalé la fréquence de la propagation héréditaire du rachitisme chez le porc, et Spinola (li), dans son Traité des maladies du cochon, dit que si cette vérité paraît douteuse au premier abord, elle devient évidente lorsqu'on compare le nombre considérable de sujets rachitiques qu'on peut trouver dans une lignée issue de parents rachitiques au nombre minime qu'offrent les lignées issues do parents sains, alors même que les individus vivaient dans des conditions hygiéniques identiques.
Il" On a beaucoup parlé de la transmission héréditaire du rhumatisme; Dun (4) et Hensinger (5) la mentionnent; mais il semble que le plus souvent on a voulu indiquer les déformations articulaires ou certaines paralysies congénitales. Nous ne parlerons pas non plus de la goutte, bien que quelques auteurs considèrent FôpMhàlrnie périodique qui est si franchement héréditaire comme une maladie de nature goutteuse.
5° Si nous abordons maintenant la question des maladies virulentes, nous verrons que, de même que chez l'homme, elles semblent pouvoir se transmettre de la mère au produit. Toutefois les faits qui servent à étayer cette opinion sont peu nombreux, et, il faut l'avouer, dépourvus de toutes les garanti ) Hensinger, loc. cit. p. ïS.
(2) Rehrs, Sur le rachitisme des cochons. Magazin fiir die gesammte Thierheilkunde 1847, p. 305.)
(3) Magazin fur die gesammte Thierheilkunde. Analyse du traité de Spinola 18Ï2, p. 311.
(ZO Dun, loc. cit.
(5) Hensinger, loc. cit.
ties d'authenticité désirables. Pour la morve cependant , les vétérinaires paraissent admettre généralement que le fœtus peut en puiser le germe dans le sein dé sa mère. Ainsi Richter (!), après avoir cité un fait négatif, rapporte qu'à Sarrelouis un poulain mis bas par une jument farcineuse a paru suspect de morve et de farcin. Roll (2) , Hensinger (3) sont plus affîrmatifs, mais ils n'apportent aucun fait à l'appui de leur assertion. M. Viennois cite un cas analogue.
Pour la rage, les faits sont encore plus obscurs. S. Moore (5) rapporte l'observation d'un cas de rage chez une jument qui devint malade cinquante et un jours après la morsure. La maladie dura trente heures. A l'autopsie on trouva la muqueuse des bronches, de la trachée, de la glotte, fortement hypérémiées; les papilles latérales de la langue saillantes ; le sang partout foncé et non coagulé; le cœur gros, ramolli ; les méninges enflammées. Cette jument portait depuis huit mois. Moore remarqua que le fœtus présentait absolument les mêmes lésions pathologiques que la mère. On trouve dans le Journal de Gurtl et Hertwig (6) la relation suivante : « Un troupeau fut mordu par des chiens enragés. La rage resta latente de cinq à onze mois. Un veau fut pris de la rage quinze jours après la naissance, tandis que la mère qui avait été mordue pendant la gestation resta saine. » Enfin M. Canillac a rapporté dans le Cahier de mai 1857 du Recueil de médecine vétérinaire l'observation de cas de rage développée sur deux vaches et un bœuf. « L'une des vaches véla pendant la maladie et la rage se déclara chez son veau trois jours après. » Mais cette observation n'est pas inattaquable, car les animaux n'ont pas
(1 Richter , mittheilungen ans der thieriirztlichen praxis im preussischen streate, 1857-58, p. et 3.
(2) Rôll, loc. cit.
(o) Hensinger, loc. cit.
(li) Viennois, Transmission de la syphilis par la vaccination.
(5) Moore, Monthly Journal of veterinary science. London, 1850.
(6) Magazin fur die yesammte Thierheilfiunde. Berlin, 1856.
été suffisamment surveillés pour qu'on puisse affirmer que la maladie n'a pas été inoculée par la mère après la naissance. On comprend qu'avec de pareils faits toute conclusion est impossible.
Maladies locales. — Ce ne sont pas seulement les maladies générales qui se transmettent héréditairement : certaines maladies locales ont aussi ce triste privilège.
S'il en est quelques-unes dans lesquelles cette influence est encore contestée, il en est d'autres dans lesquelles elle est établie par des observations qui ne peuvent permettre le doute.
Les os du cheval présentent souvent des exostoses que l'on a désignées par des noms qui changent avec leur siège: éparvin, courbe, forme. Les faits de tous les jours ne permettent pas de doute sur leur hérédité. Cette particularité signalée par Soleysel (1), l'a été depuis par Grogner (2), Dun, etc. Perceval (3) rapporte, par exemple, que les formes autrefois communes dans le nord de l'Angleterre, sont rares aujourd'hui, parce qu'aucun éleveur ne mène de jument à un étalon atteint de cette maladie.
Il y a plusieurs maladies chroniques des articulations dans lesquelles l'hérédité joue un rôle. Nous citerons la déformation des articulations, les tumeurs osseuses, le javart. C'est du moins l'opinion de Delafont, Dun, Grognier, etc.; Grognier va même jusqu'à admettre l'hérédité des ankyloses.
Depuis longtemps les vétérinaires sont instruits par l'expérience de l'hérédité dans la fluxion périodique. On peut citer, en effet, Huzard père, Bourgelat, Garrault (4), Lafosse, Hurtrel
(1) Soleysel , Par/', maréchal.
(2) Grogniez, loc. cit., p. 24&.
(o) VV. Perceval, Lameness inthe horses. 18Zi9. (h) Garrault, Nouv, parf. maréchal.
d'Arboval (1). Les recherches laites par Dun (2), Varnell (3), Hensinger (4), confirment cette opinion. Les résultats de l'enquête faite par l'administration des haras, à la demande de M. Reynal, sont extrêmement concluants (5). Ils établissent non-seulement l'existence de la prédisposition, mais encore de l'hérédité. On voitla maladie développée sur des poulains avant même leur naissance, des juments donner des produits fluxionnaires ou non, suivant qu'elles ont été saillies par un étalon malade ou par un étalon dont les yeux étaient sains; on voit encore, dit cet auteur, des étalons dont toute la descendance, sans exception, est fluxionnaire. Il arrive même la maladie rester à l'état latent sur la descendance directe, et ne devenir appréciable que sur les générations suivantes, de sorte qu'un reproducteur non atteint peut transmettre la maladie à ses descendants. On voit combien ces faits se rapprochent de ceux que nous avons déjà signalés chez l'homme à propos de la transmission des maladies héréditaires.
Bouley , raisonnant par analogie, admet l'hérédité dans l'amaurose. D'après Hensinger (loc. cit.), la surdité serait héréditaire dans une race de chats blancs.
On a quelquefois constaté l'hérédité du goitre ; il peut même être congénital (6). On l'observe chez le cheval, mais surtout dans certaines races de chiens (7).
Le cornage, si fréquent chez les animaux, tient souvent à l'hérédité, d'après F. Dun (8), Delafond (9), M. Renault,
(1) H. d'Arboval, loc. cit.
(2) Dun, loc cit.
(3) Varnell, Veterinariari record and transactions of the r. médical association. Londres, 1846, 18Z|7.
(4) Hensinger. loc. cit.
(5) Bouley et Reynal, Dict., vol. VII.
(6) Il est bon à ce sujet de tenir compte des laits signalés récemment par M. Baillarger sur l'examen du goitre endémique chez les animaux.
(7) Hensinger, loc. cit.
(8) Dun, loc. cit.
(9) Delafond, loc. cit.
Dupuy, Girard fils d), de Montembre, Grognier (2). M. Renault cite des faits concluants à l'appui de cette croyance si générale chez les éleveurs. L'auteur de l'article Gornage (Dict. Bouley et Reynal) est aussi explicite. Godin jeune (3) va même jusqu'à prétendre que la maladie a été introduite en Normandie, en 1764, par des étalons danois; malheureusement il ne donne pas de preuves.
11 est d'autres affections des organes de la respiration, dans lesquelles l'hérédité est admise: toux chronique (k)\ asthme, pousse (5). Nous n'entrerons pas, à propos de la pousse, dans les discussions sur la nature de la maladie, nous dirons seulement qu'aujourd'hui, les auteurs les plus compétents, la rattachent à l'emphysème vésiculaire du poumon (6). Dans celte maladie, l'hérédité agit manifestement, ce qui n'avait pas échappé à la sagacité des anciens hippiatres (7). Les auteurs modernes soutiennent cette idée : F. Dun (8), Delafond (9), Percival('iO), Hensinger (1 i ). M. Bouley (12), surtout, cite un fait extrêmement concluant, qui s'est passé sous ses yeux.
Dans plusieurs ouvrages de l'ancienne hippialrie, on admet l'hérédité des eaux aux jambes. Elle est également admise par Dun. Reynal (Dicl. Bouley et Reynal) est peu disposé à l'admettre. En effet, par exemple, les baudets sont souvent atteints de cette maladie, tandis que les mulets ne le sont que très exceptionnellement.
(1) Recueil d'Àlfort, IBÎ5.
(2) Cours de multiplication chez les animaux.
(3) Gorlia jcan'e, Traité d'hygiène.
(6) T)mi, loc. cit.
(5) Hensinger.
(6) Bouley el Reynal, Dict.
(7) Soleysel, l'urf. maréchal.
(8) Dun, loc. cit.
(9) Delafond, loc. cit.
(10) Rerceval, Monthiy Journal of oeterinary science. London, 185/i.
(11) Hensinger, loc. cit.
(12) Bouley et Reynal, Dict.
Les vétérinaires russes paraissent disposés à croire à l'influence de l'hérédité dans le mal du coït, cette maladie si bizarre, quia pénétré depuis quelques années dans le midi de la France. Us la connaissent depuis longtemps; et Iessey (1) dit qu'on ne la voit pas se communiquer par contagion. Les vétérinaires français, au contraire, croient que c'est le seul mode de transmission.
Certaines maladies parasitaires seraient susceptibles de se transmettre héréditairement. Delafond (2) l'admet pour le tournis et la ladrerie. Cette opinion est celle de plusieurs auteurs.
Des vétérinaires disent avoir vu, à plusieurs reprises, l'hérédité exercer son influence dans la péripneumonie épizootique (3). Nous ne citerons que pour mémoire l'hydrocéphale (4) , l'infiltration des jambes, la diarrhée, que l'on prét end soumises à la même influence.
Névroses. — Nous ne passerons pas en revue dans cet article toutes les maladies nerveuses des animaux qui ont paru susceptibles de se transmettre héréditairement , nous n'insisterons que sur l'une d'elles, l'épilepsie. Quant à l'amaurose, à la surdité, qui sont plutôt le produiî d'altérations des orga nés que de véritables névroses , nous les renvoyons au chapitre des maladies locales ; de même pour la pousse , bien que quelques auteurs en aient voulu faire un spasme du diaphragme.
On a parlé de l'hérédité de la chorée, mais rien ne l'établit d'une façon positive. On ne possède qu'une observation de
(1) Magasin vétérinaire, 1860. Berlin.
(2) Loc. cit.
(3) Journal des vétér. du midi, lre série, t. VNt, 18^5. Toulouse. — Même journal, 2e série, t. VIII, p. 189.
(Il) Varnell, loc. cit.
Parravicini (1), qui dit avoir traité [jour cette maladie une chienne et l'un de ses produits. Heusinger et Delà font signalent aussi l'hérédité de la maladie tremblante.
La transmission héréditaire de l'épilepsie est un des laits les mieux établis en médecine vétérinaire. Roll (2) dit que personne ne songe à la mettre en doute. M. Delafond (3) est tout aussi catégorique. M. Reynal (4) déclare avoir vu une chatte épileptique dont les petits, pendant trois générations, furent affectés d'épilepsie, aux suites de laquelle tous succombèrent dans l'espace d'une année. Il dit avoir observé le même fait dans l'espèce canine : trois chiens mâles et une femelle ont transmis à quelques-uns de leurs produits l'épilepsie dont ils étaient atteints.
Mais les faits les plus curieux qui déposent en faveur de l'hérédité de l'épilepsie ont été consignés par M. Brown- Séquard (5) dans une note lue à la Société de biologie, et que je crois utile de citer textuellement.
« Depuis quelques années, dit-il, j'ai pu observer un assez grand nombre de petits, nés de cochons d'Inde qu'on avait rendus épileptiques en pratiquant sur eux diverses lésions de la moelle épinière. Or, chez quelques-uns de ces petits j'ai constaté une affection épilepliformc très nette, avec des accès bien caractérisés, mais un peu différents de ceux des parents. En effet, on sait que chez ceux-ci il y a non-seulement des accès spontanés, mais que, de plus, on peut déterminer à volonté une attaque en excitant, en pinçant la peau de la face. Chez les cochons d'Inde, qui paraissent tenir leur affection
(1) Verheyen, t. III, p. 672.
(2) Rôll, loc. cit.,]}. /|38.
(3) Delafond, loc. cit.
(Û) Boulay et Reynal, Dict., t. VI, p. 192.
(5) De la transmission par hérédité chez les mammifères et particulièrement chez les cochons d'Inde, d'une affection épileptiforme produite chez les parents par des lésions traumatiques de la moelle épinière {Mémoires de la Société de biologie, 1859, 3e série, t. l,p. 19/i).
convulsive de leurs parents, on ne peut point provoquer de cette manière les accès. La forme de ceux-ci n'est pas non plus tout à fait la même : lorsqu'un accès commence, l'animal est pris de tremblement, puis il tombe sur le flanc et agite alors les membres spasmodiquement.
» Les cochons d'Inde ainsi malades que je possède en ce moment, proviennent, en nombre à peu près égal, les uns d'une mère rendue épileptique par lésion de la moelle, les autres d'un père placé dans les mêmes conditions. D'ailleurs, on peut voir des parents épileptiques par myélo-traumatisme , donner naissance à des petits dont aucun ne sera pris d'affection du même genre, ou dont les uns en seront exempts pendant que d'autres auront des accès convulsifs. J'ai eu sous les yeux un nombre très grand de ccchons d'Inde, et bien que je sois loin de nier la possibilité du fait, je n'ai jamais vu un seul de ces animaux présenter un mal convulsif analogue, s'il n'avait préalablement subi une lésion de la moelle, ou s'il n'était pas né d'un parent rendu épileptique par une expérience de cetle nature.
» Ces observations ont une haute valeur, car elles ajoutent un nouveau trait de ressemblance à ceux qui rapprochaient déjà l'épilepsie chez l'homme de l'affection convulsive déterminée chez les mammifères par hérédité. Plus l'analogie sera grande entre ces deux maladies, plus l'étude de l'épilepsie des animaux sous tous les points divers, pourra venir en aide aux difficiles recherches qu'exige encore l'histoire de l'épilepsie chez l'homme.
» Je ferai aussi remarquer que ces faits ont un autre genre d'intérêt. On sait que les lésions traumatiques ne se transmet tent guère par hérédité, ou du moins que cette transmission est très rare. Or, on pourrait invoquer les cas dont il s'agit comme des exemples démontrant la possibilité de cette transmission, mais ce serait à tort. En effet, chez les descendants des cochons d'Inde épileptiques, la moelle, examinée à l'œil nu
ouau microscope, paraîtparfaitement saine. Ce n'est pas lalésion locale qui se transmet, c'est l'altération ou disposition organique générale du système nerveux, déterminée par la lésion et qui s'est imprimée profondément chez les parents ou chez l'un d'eux. On doit donc plutôt rapprocher ces exemples des cas de transmission héréditaire d'une affection dialhésique produite chez un individu, homme ou femme,- par quelque cause bien déterminée. »
On voit donc, d'après ce court aperçu des principaux faits de pathologie comparée, extraits des annales de l'art vétérinaire, combien d'enseignements féconds cette élude comparative de la pathologie en général est susceptible de fournir, et combien elle est apte à révéler ultérieurement des données utilisables pour l'espèce humaine, soit au point de vue delà pathogénie, soit au point de vue de la prophylaxie des maladies héréditaires.
Tout ce qui a vie, obéit aux mêmes lois, subit les mêmes séries d'évolutions successives, et l'on peut dire que partout les manifestations fonctionnelles des êtres vivants se reproduisent, soit dans le domaine de la physiologie, soit dans le domaine de la pathologie, avec les mêmes caractères d'unité et de constance.