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PATHOLOGIE COMPARÉE

Les maladies héréditaires n'appartiennent pas exclusivement à la pathologie humaine; on les observe également chez les animaux, et leur étude constitue une des branches les plus intéressantes de la médecine vétérinaire. Il était donc nécessaire d'ajouter à notre travail quelques considérations relatives à la transmission héréditaire des maladies dans les espèces animales. Toutefois, nous ne devons pas, on le comprendra sans peine, accorder de bien longs développements à cette dernière partie, dans laquelle nous nous bornerons à tracer un rapide aperçu de l'état actuel de la science touchant l'hérédité morbide chez les animaux.

Cette élude, même ainsi limitée, offrira assurément encore de nombreuses lacunes, car la science vétérinaire, si heureusement et si brillamment sortie de sa longue enfance, n'a pas encore réuni tous les matériaux qu'elle ne peut manquer de recueillir plus tard, en suivant, comme elle le fait, la voie féconde où l'a guidée la médecine humaine. Tandis, en effet, que l'hérédité physiologique exactement connue dans ses lois, et si merveilleusement appliquée en pratique, avait permis depuis un temps immémorial de conserver ou de modifier les races, en réglant l'accouplement, etc., l'hérédité pathologique n'est devenue que depuis peu l'objet de recherches et d'observations attentives; empressons-nous d'ajouter cependant

que, toute récente qu'elle est, celte étude a déjà fourni de nombreux documents, où l'on peut recueillir au milieu de faits douteux et même contradictoires, une certaine moisson de vérités que l'expérimentation a rendues inattaquables, et qui sont de nature à jeter la plus vive lumière sur quelques points obscurs de la pathologie humaine.

A un bien plus haut degré que chez l'homme les particularités organiques et dynamiques se transmettent chez les animaux par l'acte de la génération. La taille, la forme, la couleur de la robe et même de la chair (l),les aptitudes physiques, les qualités ou les défauts passent des parents aux produits.

A cette double hérédité physique et morale vient se joindre l'hérédité pathologique. Gomme pour l'homme, nous pouvons signaler ici la transmission de la maladie, la transmission du germe morbide, et enfin la transmission de l'aptitude morbide. Nous omettons à dessein l'énumération de ces étals pathologiques divers, qui peuvent résulter, pour le fœtus ou pour le nouveau-né, d'une maladie grave de la mère coexistant avec la gestation et n'ayant le plus souvent aucune analogie avec les altérations observées chez le produit.

Toutefois, en nous limitant strictement aux maladies franchement héréditaires, nous devons dire qu'elles n'apparaissent pas toujours dans chaque génération avec la même forme.

1° C'est ainsi que Finlay Dun (2) parle de familles de bêtes à laine d'abord sujettes à la phthisie qui , pendant plusieurs générations, sont affectées de dysenterie pour voir la phthisie reparaître un peu plus tard. Ainsi certaines maladies se perpétuent dans les familles. D'autres, au contraire, développées accidentellement, quelquefois même sous une influence traumatique, se reproduisent dans les générations suivantes.

(1) Coste, Comptes rêndus de l'Académie des sciences, /ijuin 1860.

(2) Finlay Dttp, Mémoire sur les maladies héréditaires des chevaux. {Monthly Journal of veterinarij science, 1853.)

L'influence héréditaire se montre chez les animaux avec des degrés d'intensité variable ; c'est ainsi qu'elle suffit quelquefois à faire naître la maladie en dehors des circonstances extérieures qui provoquent habituellement son apparition ; c'est ainsi qu'elle modifie et s'approprie les maladies accidentelles faisant une phthisie à l'occasion d'une pneumonie chez un individu né de parents tuberculeux (1).

De toutes les maladies, celles qui se transmettent le plus ordinairement, par voie héréditaire chez les animaux, sont les affections tuberculeuses et scrofuleuses.

Les vétérinaires sont unanimes à cet égard. Roll (2), Dupuy (3), Cauvet (4), Finlay Dun (5), Delafont (6), attestent l'hérédité de ces maladies. Hensinger (7) n'est pas moins explicite. M. Richard (8), dans sa thèse sur la Pathologie comparée de la phthisie, avait apporté des faits en faveur de cette opinion qui se trouve également confirmée par les belles recherches de M. Rayer (9).

Les tubercules héréditaires se développant comme chez l'homme, principalement dans les poumons (10); souvent aussi

(1) Finlay Dun, dans Monthly Journal, loc. cit.

(2) Roll. Lehrbuch der Pathologie u. Thérapie der Hausthiere, Vienne 1860, p. 224-243.

(3) Dupuy. Affections tuberculeuses, Paris 1817, p. 285-341.

(4) Gauvet. Etude sur la maladie scrofuleuse du porc {Journal des vétérinaires du midi, 1850, 2e série, t. III, p. 441).

(5) Dun. Loc. cit.

(6) Delafont. Traité de pathologie générale comparée des animaux domestiques, 2e édition 1855, p. 87-88.

(7) Hensinger. Recherches de pathologie comparée.

(8) Richard (Antoine). Essai sur la phthisie pulmonaire tuberculeuse, comparée dans l'homme et dans les autres vertébrés des deux premières classes du règne animal. (Thèse. Strasbourg 1833, p. 19.)

(9) Rayer. De la phthisie chez l'homme et chez les animaux, dans Arch. de méd. comp., t. I, p. 189.

(10) Roll, loc. cit., § 121. — Hensinger, loc. aï.— Dupuy, loc. citt — Richard, loc. cit. — Dun, loc. cit .

dans les ganglions mésenlériques (I) , donnent naissance à la phthisie pulmonaire et à la phthisie abdominale.

Us ont été observés dans les ganglions bronebiques où ils peuvent être l'une des causes du cornage, dans les ganglions sous-maxillaires (2), où ils constituent l'une des lésions de la fausse gourme.

Cette hérédité du tubercule a été notée dans presque tous nos animaux domestiques. Toutefois des erreurs nombreuses ont pu être commises relativement à cette transmission chez le cheval. M. Rayer (3) fait remarquer, en effet, etcetle opinion a été confirmée par un grand nombre d'observateurs, que les tubercules pulmonaires ne paraissent fréquents chez le cheval que parce qu'on les confond souvent avec les lésions de la morve chronique. Dans l'espèce ovine, la phthisie est souvent héréditaire (à).

Chez le porc la scrofule attaque assez souvent plusieurs générations successives; mais il résulte des recherches de M. Cauvet (5) que la consanguinité plutôt que l'hérédité est la cause principale de celte dégénérescence. Si le même nude sert à plusieurs générations consécutives, elle ne tarde pas à se montrer, et en même temps les portées donnent un moins grand nombre de produits; tandis que des truies scrofuleuses donnent des gorets parfaitement sains lorsqu'on les accouple avec un mâle étranger, même de chétive apparence.

Des faits très curieux ont été rapportés par des médecins et par des vétérinaires touchant le développement héréditaire des tubercules chez le fœtus. M. Richard (0) dit avoir trouvé dans les poumons d'un fœtus de six mois environ des tuber-

(!) llcnsingcr, lue. cit. \). ïlx'\. — Dun, loc. cit. (2) Roïl, lue. cit.

(o) Archives de médecine comparée, t. I. (h) Dun, Monthly Journal, loc. cit.

(5) Cauvel, loc. cit., p.lxlil.

(0) Richard (A.), lue. cit.

cules miliaires en assez grande quantité ; ce fœtus provenait d'une vache phthisique. M. Dupuy (1) a aussi rapporté des observations d'affections tuberculeuses chez des agneaux de deux ou trois mois nés de mères phthisiques.

2° Le cancer qui est si fréquent dans certaines espèces animales où il est loin toutefois d'offrir la même gravité que chez l'homme, ne paraît pas avoir une grande tendance à se transmettre par voie d'hérédité. Cependant on le considère en général comme pouvant être rangé parmi les maladies héréditaires. Leblanc (2) dit que ce mode de propagation est démontré au moins par le chien ; Obermaier (3) signale chez le cheval l'hérédité du cancer du sabot. Roll (h) enfin déclare que ce qu'il appelle la maladie sarcomateuse des bœufs se transmet des parents aux produits; il dit même que souvent les veaux en sont atteints à la naissance. Hensinger (5) mentionne, sans preuves à l'appui de son assertion, l'hérédité de la mélanose chez les animaux domestiques, et Gohier, cité par Hurtrel d'Arboval (6), rapporte l'exemple d'un jeune étalon affecté héréditairement d'espèces de verrues ou tumeurs noires qu'il dit être particulières aux chevaux gris et blancs. Mais peut-on donner le nom de cancer à des tumeurs aussi bénignes?

3° Le rachitisme est aussi considéré comme une affection héréditaire. Finlay Dun (7) se range à cette opinion sans établir de distinction parmi les espèces animales ; mais c'est surtout

(1) Dupuy, Affeclio7is tuberculeuses, etc.

(2) Leblanc, Recherches sur le cancer des animaux. Mémoire lu à l'Académie de médecine, le 31 août 1852.

(3) Obermaier, dans Wochenschrifft der Ihierheilkunde, etc. Augsbourg,

(Zi) Roll, loc. cit. p. 589.

(5) Hensinger, Recherches de pathologie comparée.

(6) Hurtrel d'Arboval, Dictionnaire de médecine et de chirurgie vétérinaires, Paris 1827, t. II, p. 305.

(7) Dun, loc. cit.

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