CHAPITRE III
A. — Maladies diathésiques.
ARTICLE PREMIER. — Scrofule.
L'hérédité des maladies scrofuleuses se manifeste de deux façons :
1° Par la généralité de la maladie dans la famille (2) ; 2° Par la très grande mortalité qu'elle y occasionne.
(1) Traité des dégénérescences.
(2) Lugol n'a jamais vu un enfant scrofuieux dont les frères et sœurs fussent entièrement exempts de scrofule ; au contraire, ils ressemblent lous plus ou moins à celui d'entre eux qui présente des signes extérieurs de cette maladie.
Ji, — Le premier de ces deux faits se manifeste surtout par a complexion scrofuleuse que l'on observe sur tous les enànts. Ce signe est d'une importance capitale, puisque le prenier il nous donne l'éveil sur l'hérédité de la maladie.
Ces enfants portent une empreinte générale de débilité. ..eurs formes sont peu harmonieuses; la tête est trop grosse, es membres mal attachés à un corps trop long ou trop court, ^es articulations sont généralement trop volumineuses. Souvent la ligne médiane n'est pas au milieu du corps. On peut )bserver un défaut de réunion sur un ou plusieurs de ses joints.
Le diamètre antéro-postérieur de la poitrine a plus d'étenlue que le transversal ; le thorax est en carène ; les côtes ordues. , '
Ces dispositions vicieuses peuvent s'atténuer de huit à dix ans, st même, quoique plus rarement, à l'époque de la puberté.
Le corps est plus petit que de coutume (1); d'autres fois il ist démesurément grand ; la bouche est disproportionnée ; les ierits apparaissent d'une manière tardive ; elles s'altèrent et e brisent facilement.
La saillie des os malaires et de la base du maxillaire inférieur , le volume des pieds et des mains contrastent avec la gracilité des membres; un développement hypertrophique des mbis et des ischions, conditions très fâcheuses chez les filles , émoignent d'une prédominance notable du tissu spongieux les os sur leur tissu compacte.
Les voies digestives sont dans un état d'atonie qui est un missant obstacle à l'assimilation. Lugol l'attribue à un état atarrhal de même nature que l'ophthalmie, le coryza, l'otite, es bronchites, les leucorrhées, etc.
(1) C'est ainsi que Lugol, à qui ces détails sont empruntés, avait dans la die Saint-Jean , à l'hôpital Saint-Louis, un scrofuleux âgé de vingt ans qui 'avait que l'",20 de haut, qui, loin de grandir pendant quatre années qu'il îjourna à l'hôpital, semhla au contraire s'être affaissé.
Beacoup plus rarement il exisle un appétit vorace qui n'es! nullement profitable.
Les excrétions se font irrégulièrement. On observe des alternatives de diarrbée et de eonslipation. Il y a de la maigreur ou une hypertrophie particulière de la peau et du tissu cellulaire qui grossit les formes et les défigure.
Le tégument externe est assez fréquemment couvert de papules, de lichen et de prurigo, et présente sur la plus grande étendue de sa surface une sécheresse qui contraste avec des sueurs partielles et très odorantes des pieds, des mains et des aisselles.
A côté de ces caractères, il faut encore signaler une somnolance et une apathie insurmontables, dont on peut chercher la cause dans la débilité de tous les tissus, de tous les organes qui concourent au mouvement, et aussi dans ce défaut d'harmonie du squelette dont il a été parlé plus haut.
Les individus en proie à la maladie héréditaire que nous étudions sont sujets à des lassitudes spontanées qui augmentent plutôt qu'elles ne diminuent par le repos. Chez eux, la nuit ne répare pas les pertes faites à l'état de veille ; et le matin au réveil il semble que tout ce qui dénote cette lâcheuse prédisposition soit en quelque sorte mis en relief. C'est ainsi que le gonflement de la lèvre supérieure est plus prononcée que dans la journée, et que les ophthalmies sont plus douloureuses.
On rencontre quelques individus qui présentent une disposition congénitale tout autre. Ils sont doués d'une certaine activité, mais, à la suite des exercices corporels qu'elle provoque, on observe non un accroissement physique, mais une diminution considérable des forces et de l'appétit, et cela d'une façon durable.
Chez le plus grand nombre des sujets scrofuleux, on constate un arrêt de développement des organes génitaux, et il n'est pas rare, par exemple, de trouver des jeunes gens de dix-huit à vingt ans dont les organes sexuels ont l'apparence de ceux
d'enfants de sept à huit, ans bien constitués. Les Lesticules arrivent tardivement dans les bourses. Lugol a eu dans son service un scrofuleux de vingt ans, très peu développé sous tous les rapports, et dont les testicules étaient encore cachés dans le bas-ventre.
Les mêmes imperfections s'observent dans le sexe féminin. A dix-sept et même dix-huit ans, les jeunes filles ne sont pas encore menstruées ; ensuite elles sont sujettes à des dysménorrhées de toute sorte. Leurs régies sont presque nulles, ou bien elle constituent de véritables hémorrhagies. Les glandes mammaires sont en quelque sorte arrêtées dans leur développement.
Les désirs sexuels ne se manifestent pas à l'époque voulue, la voix reste enfantine ; en un mot, pour nous servir de l'expression de Lugol, il y a avortement de la puberté.
Quelques scrofuleux font cependant exception à la règle que nous venons de poser, et leurs organes sexuels ont un volume considérable. Mais c'est là un développement de mauvais aloi, et qui est loin d'êlre en rapport avec un fonctionnement énergique. Les bourses sont pendantes et très relâchées, mais les testicules peu volumineux.
Le pénis, très gros, contraste par ses proportions avec les glandes spermatiques.
La plupart de ces individus, contrairement à l'opinion du vulgaire, ont des besoins très modérés, dont la satisfaction amène rapidement la fatigue et la satiété.
On a beaucoup parlé du faciès scrofuleux, il est loin d'avoir toute l'importance qu'on lui a attribuée; car sur 100 malades atteints de scrofule, que renfermaient les salles de Lugol, a l'hôpital Saint-Louis, ce médecin a vu s'écouler des périodes pendant lesquelles aucun d'eux ne présentait ce faciès. Lorsqu'il existe, c'est que la scrofule fixe son siège principal à la face. Dans ces cas, voici ce que l'on observe :
Les traits du visage sont défigurés par une hypertrophie des