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D. — L improductivité des unions et la dépopulation peuventelles être considérées comme une transformation de certains vices originels héréditaires ? — On comprend, rien que par l’énoncé de cette question, toute l’importance qu’elle peut acquérir au point de vue hygiénique et social, car s’il était démontré que l’extinction de certaines familles et de certaines races, que la dépopulation qui règne en quelques pays, n’étaient que le résultat d’influences héréditaires accumulées pendant des siècles, il y aurait incontestablement dans cette série de recherches des faits pratiques de premier ordre relatifs au croisement des races et à l’amélioration physique et morale du sort de certaines populations.
Quelques diathèses en portant principalement leurs déterminations vers les appareils générateurs, étouffent dans leur foyer même les éléments de la fécondité. Lorsque les manifestations diathésiques, soit tuberculeuses, soit syphilitiques, se portent soit vers les testicules, soit vers les ovaires, il est évident que la modification morbide de l’appareil générateur entraîne la suppression de la fonction.
A ce point de vue restreint, une transmission morbide héréditaire peut être déjà considérée comme cause de stérilité dans les familles.
C’est non-seulement par la spécialité de leur localisation morbide que les diathèses héréditaires entraînent l’infécondité des familles, mais encore par l’action spécifique en quelque sorte qu’elles exercent sur le produit de la conception dont elles neutralisent l’évolution régulière.
A ce point de vue, la syphilis et la scrofule jouent un rôle considérable.
La syphilis, non-seulement par les avortements fréquents qu’elle détermine chez la femme enceinte, mais encore parles atteintes profondes qu’elle porte à la vie végétative du produit de la conception à mesure que les éléments qui le constituent se développent et se multiplient, est une des causes les plus
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actives de la mortalité des jeunes sujets. D’autre part, la scrofule, dont les manifestations, pour être moins apparentes, In en sont pas moins désastreuses pour la vie du nouvel être, iarrive encore comme élément de destruction de premier ordre :pour la vie des nouveau- nés.
« Les avortements sont fort communs chez les femmes qui » ont des enfants scrofuleux, dit Lugol (1), soit à raison de » leur santé personnelle , soit à cause de celle de leur mari. » Le quart au moins des enfants scrofuleux meurent durant la » vie fœtale. La scrofule , ajoute-t-il encore plus bas, est donc » le principe le plus actif de la destruction de l’espèce humaine : » aucune autre maladie ne fait des victimes aussi jeunes et » aussi nombreuses. *>
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On comprend, d’après ces quelques mots, i'importance énorme qu’exerce sur la fécondité des familles ces vices héréditaires qui frappent le germe destiné à les perpétuer, lorsqu’il est encore enfermé dans le sein maternel. Mais à côté de ces causes destructives de l’espèce qui sont, en quelque sorte, le patrimoine que les générations humaines se transmettent d’âge en âge, il en est une série d’autres qui, ajoutées, et d’acquisition plus récente, n’en constituent pas moins une des causes les plus actives de l’abâtardissement de l’espèce humaine et de la dépopulation de certaines contrées.
Ces causes spéciales sévissant principalement dans certaines contrées et dans certaines classes de la population des grandes villes, bien différentes en cela des véritables maladies héréditaires diathésiques, lesquelles font, en quelque sorte, foncièrement partie intégrante de la trame même de l’organisme humain, se trouvent surajoutées accidentellement chez l’homme, et à ce point de vue, véritables greffes animales ,
les plu I (1) Loc. cit. , p. 7Z|.
peuvent être comparées, eu égard à leur transmission dans la descendance, à de véritables diathèses accidentellement acquises.
C’est ainsi que nous voyons l’action de l’intoxication alcoolique chronique se perpétuer chez les enfants, nés de parents livrés à ces excès, et se déceler par des troubles variés, des bizarreries de caractères, des tendances instinctives perverses, l’amoindrissement graduel de l’intelligence qui s’éteint sous
l’influence des causes les plus diverses , l’apparition de l’idiotie et finalement par l’extinction de la race à la quatrième génération (1) :
« Que de faits ne pourrais-je encore citer à l’appui des idées » que j’ai émises sur la dégénérescence d’individus livrés à l’al- » coolisme chronique ! Nous avons eu l’occasion d’observer les » trois fils d’un individu livré à la débauche la plus crapuleuse, » ils ont été tous les trois frappés de la dégénérescence à des » degrés divers. Le premier a des accès de manies périodiques, » et son intelligence ne semble fonctionner que sous l’influence » de ces secousses galvaniques imprimées à son cerveau par d l’élément, de la périodicité. Le deuxième est dans une morne » stupeur et capable seulement d’un travail automatique, c’est » un être nul, le troisième est un idiot complet. »
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A côté de ces faits récemment mis en lumière par les re- d marquables recherches du savant médecin auquel nous faisons hi de si nombreux emprunts, se trouve encore une autre série 1 ,:‘fl d’études que nous ne pouvons que signaler à l’attention de 11 ' ceux qu’intéressent toutes ces questions d’hygiène sociale, et 1 qui ont trait à l’action désastreuse transmise d’une génération à l’autre par diverses espèces d’intoxication. ^
» Ainsi, dit M. Morel, la pellagre, qui est localisée à cer- i,ü!1 » taines contrées , tend à se perpétuer et à s’aggraver dans
(1) Morel, /oc. cit., p. J ‘25.
)) un certain nombre de familles, et de plus des affections » d’une nature déterminée, comme l’ergotisme gangréneux » et convulsif, les diarrhées dysentériques provenant de la » consommation de pommes de terre malades, n'ont pas besoin » de se présenter sous la même forme chez les descendants » pour constituer des affections dégénératives, il nous suffit » de savoir que la continuité des causes qui fomentent ces » maladies, amène inévitablement des transformations de plus » en plus graves et que l’improductivité de la race et finale- » ment son anéantissement sont les derniers degrés de la dé- » générescence due à l’insuffisance ou à l’altération des sub- » stances alimentaires i).»
D’une autre part, l’action destructive, transmise aux populations de générations en générations, par l’infection palustre, n’a pas non plus échappé à l’attention des observateurs. « Les populations fébricitantes des pays à marais engendrent, dit le docteur Th. Roussel, une progéniture cacochyme et dégradée physiquement, dès le sein maternel, générations condamnées à devenir, après la naissance, la proie des maladies, et en qui les germes de tous les maux physiques trouvent, pour se développer, une terre merveilleusement préparée.
« Aussi, voit-on, les maladies qui pèsent sur certaines » familles et sur certaines classes d’hommes, s’étendre et » s’aggraver de générations en générations. C’est là l’histoire » de l’abâtardissement des races, du dépérissement de l’homme » et de la dépopulation de certaines contrées (2) . »
Ces exemples, que nous pourrions encore multiplier et que les limites de cette dissertation nous obligent à abréger, nous font voir que, non-seulement au point de vue de la transmission des états morbides par hérédité, les maladies acciden-
(1) Morel, Traité des dégénérescences , p. 571.
(2) Loc. cit.t p. 569.
telles et constitutionnelles telles que la pellagre se perpétuent avec leurs caractères propres, mais encore que des intoxications passagères dues à des causes locales d’inlection, comme le miasme palustre, ou des intoxications spécifiques comme celles produites par l'action prolongée de l’alcool, peuvent se perpétuer en se transformant dans la ligne des descendants par hérédité et se déceler par une série de manifestations protéiformes, aboutissant toutes comme à un point commun de convergence, à l’abâtardissement de l’individu, à la dégénérescence de la famille et finalement à l’extinction de la race. Ce sont à proprement parler des affections héréditaires dégénératives.