‹ Des maladies héréditaires these présentée au concours pour l'agrégation (Section de médecine et de médecine légale) et soutenue à la Faculté de médecine de ParisChapitre 24 sur 34 · SU · texte numérisé non relu

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son autorité , mais en introduisant quelques éléments nouveaux dans la question. Pour lui ce n’est pas l’action du virus syphilitique pendant qu’il se généralise chez l’ascendantàl’état de manifestation secondaire qui est apte à transmettre la prédisposition scrofuleuse chez le descendant, mais bien lorsqu’il a évolué dans l’organisme, et qu’il s’y est révélé par la série des accidents tertiaires : l’influence spécifique, dit-il, des accidents tertiaires semble aller toujours en décroissant pour ne devenir plus tard qu’une des causes héréditaires de la scrofule (1). Et il ajoute plus loin : que non-seulement les accidents tertiaires sont causes des scrofules, mais encore les accidents tertiaires anciens.

A côté de cette longue liste d’auteurs dont le témoignage dépose en faveur de l’influence exercée par la syphilis sur l’explosion des manifestations scrofuleuses, nous en trouvons d’autres dont les opinions ne sont pas moins tranchées dans un sens opposé : Baudelocque, Lebert, Cullen (*2), Kortum paraissent complètement contraires à cette manière de voir. M. Bazin, dont les opinions font autorité sur cette matière , s’exprime ainsi du reste (3) :

« C’est erreur que de croire que la syphilis peut engendrer la scrofule...» Pourlui les espèces nosologiques sont des individualités parfaitement distinctes, à caractères tranchés, à évolution constamment la même et incapables de se mélanger et de se combiner ; elles peuvent même s’ajouter, se superposer sans se confondre. On trouve en effet dans le livre de M. Bazin un exemple de scrofule primitive compliquée de syphilis (A). Il s’agit d’une jeune fille de trois ans, ayant présenté des écrouelles cervicales avec otorrhée , roséole

(1) Lettres sur la syphilis, page 2Zi9.

(2) Cités par Bazin, Sro fuies, p, 118.

(3) Page 67.

(h) Idem, p. 560. ■ ». ..

syphilitique, eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu, et un érysipèle intercurrent.

En face de ces autorités opposées, à tendances si dissemblables, que devons-nous admettre?

Une opinion mixte se présente, formulée déjà, dès 1858. par MM. Maisonneuve et Montanier (1) et reprise l’année suivante par M. Diday : elle paraît du moins rendre un compte suffisant d’un certain nombre de faits et ouvrir la porte à une série de recherches ultérieures.

Pour ces observateurs les manifestations apparentes qui constituent les scrofules sont loin de dériver des mêmes conditions étiologiques et de présenter les mêmes symptômes. Ainsi tandis qu’ils admettent avec tous les auteurs des phénomènes spéciaux qui caractérisent la scrofule classique, il est une autre série de symptômes qu’ils en écartent et qu’ils désignent sous le nom de scrofuloïdes ; c’est cette variété de manifestations morbides héréditaires qu’ils rattachent plus particulièrement à la syphilis ; les principaux caractères qu’ils donnent sont : d’imprimer aux enfants qui en sont atteints un cachet de pâleur, de coloration mate dans le teint et d’amaigrissement spécial; ils parviennent, disent-ils, jusqu’à l’âge

de cinq, dix, quinze ans dans cet état, puis sont atteints de

maladies des os qui éclatent accompagnées de douleurs vives, et qui suppurent rarement. Les ganglions sont moins souvent envahis que dans la scrofule ordinaire ; les coryzas, les otorrhées, les ophlhalmies apparaissent fréquemment; et ce qui apporte encore un caractère remarquable à cette variété nosologique, c’est l’heureuse action des préparations iodées qui sont contre elles d’une action toute-puissante.

M. Diday (2) se range à cette opinion, et d’après ces faits il ne lui semble plus possible, dit-il, de révoquer en

(1) Montannier et Maisoneuvc , Traité pratique des maladies vénériennes. 1858, p. 365 et 396.

(2) Diclay, loc. cit., p. 199.

doute le pouvoir scrofulogène de la syphilis héréditaire.

On voit que, envisagée à ce point de vue, la question de l’inlluence de la syphilis et du rôle qui lui appartient dans l’apparition des manifestations scrofuleuses doit être étudiée à part ; aussi, ne peut-on pas s’empêcher de dire que, dans l’état actuel de nos connaissances, ces questions sont encore trop récentes j pour; pouvoir être tranchées par de simples assertions. Il fau- J drait que les détails consignés à propos de ces scrofules bâtardes fu'ssent singulièrement multipliés, que les antécédents I des parents fussent pareillement interrogés avec soin, et que l’on eût sans cesse à l’esprit cette pensée, que la syphilis héré- I ditaire étant par cela même une cause d’affaiblissement pour ! les jeunes sujets, jette les enfants qui en sont frappés dans un état de cachexie propre au développement des manifestations I scrofuleuses, aussi bien que ralimentation insuffisante, le défaut d’aération et de lumière, et qu’elle peut être en un mot, par cela même, une des nombreuses causes prédisposantes de la scrofule.

Enfin, on pourrait encore se demander à ce propos, si, en vertu de ces lois de transmission héréditaire des organes internes dont nous avons déjà fait mention, il ne pourrait pas se faire que les parents transmissent à leurs enfants les modifications organiques dont eux-mêmes sont atteints? — Ce sont principalement les accidents tertiaires anciens, dit M. Ricord, qui déterminent l’apparition des symptômes de la scrofule chez les descendants! Eh bien, c’est à cette époque précisément que la syphilis s’est généralisée dans tous les tissus organiques ; c’est à ce moment qu’elle a opéré ses déterminations viscérales profondes; qu’elle s’est infiltrée dans la trame des parenchymes, et a causé ces indurations spécifiques avec hyperplasie du système lymphatique (1). Ne pourrait-on donc pas, dans ces circonstances, se laisser aller à admettre que les

(1) Virchow, Syphilis viscérale 1860, p. 199.

ascendants ont positivement transmis à leur lignée la disposition organique interne qu’ils portaient en eux-mêmes, c’est-à-dire une tendance maladive du système lymphatique, une aptitude spéciale de ce système à s’indurer et à produire des engorgements analogues à ceux de la vraie scrofule, et de véritables accidents scrofuloïdes?

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B. — Les maladies héréditaires, en passant d’une génération dans une autre, s’y perpétuent, avons-nous dit, avec des caractères constants qui rappellent dans la ligne descendante la physionomie qu’elles avaient à leur source originelle.

Mais, ce n’est pas à dire que dans cette transmission elles ne subissent aucune mutation, soit au point de vue de leur intensité, soit au point de vue de leur siège, soit au point de vue de leur époque d’apparition ; le fait capital qui domine leur évolution, c’est que, sous l’apparence protéiforme qu’elles revêtent quelquefois, l’observateur attentif arrive à reconnaître l’entité morbide toujours immuable et toujours identique avec elle-même.

Ainsi, c’est principalement dans cette série de phénomènes morbides dans lesquels le système nerveux est en jeu, que l’on constate d’une manière évidente combien les symptômes observés chez les enfants ne sont, ou qu’une atténuation, ou qu’une aggravation, ou qu’une modification de ceux qui existent chez les ascendants.

« Un simple état névropathique des parents, dit M. Morel (1), peut créer chez les enfants une disposition organique qui se résume dans la manie et la mélancolie, affections nerveuses qui à leur tour peuvent faire naître des états dégénératifs plus graves et se résumer dans l’idiotie et l’imbécillité de ceux qui forment les derniers anneaux de la chaîne des transmissions héréditaires. J’ai toujours remarqué que les enfants

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(1) Ouvrage cité.

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d’un père ou d une mère aliénés présentaient, dès râge le plus tendre, des anomalies du côté des fonctions nerveuses qui étaient le signe le plus certain d’une dégénérescence ultérieure (1). »

M. Gintrac (2) émet des idées analogues : « La surexcitation nerveuse, dit-il, se transmet par hérédité, et ses effets sont loin d’être identiques. » Ainsi les névroses s’enchaînent et se compliquent les unes les autres à mesure qu’elles se propagent dans une famille : tel père qui est épileptique pourra avoir un fils maniaque ; telle mère sujette, pendant sa jeunesse, à des accidents hystériques pourra engendrer une fille ou mélancolique ou épileptique, etc. ; et c’est ainsi que si l’on cherche dans ces cas la similitude absolue de la maladie transmise de l’ascendant au descendant on ne la trouve pas ; mais si on songe que tous ces états morbides variés, malgré leurs manifestations extérieures si dissemblables, ne sont dissemblables que parce qu’ils se trouvent localisés dans des départements isolés du système nerveux (certes ce n’est pas émettre , croyons-nous, une assertion hypothétique que de croire que les manifestations de la chorée, de l’épilepsie, de la paralysie générale, sont l’expression de l’activité morbide de départements divers du système nerveux) (3), et que l’éducation, le sexe, l’âge, le tempérament peuvent très bien avoir joué dans leur spécialisation vers tel ou tel département un rôle prépondérant, on arrivera à reconnaître qu’ils ont un fond commun, que le système nerveux est le substratum unique à l’aide duquel ils se dévoilent, et que les modalités différentes sous lesquelles ils se perpétuent ne sont dues qu’à la surexcitation dynamique prépondérante de tel ou tel département du système nerveux lui-même.

(1) Morel, Traité des Dèyénérescences physiques) intellectuelles et morales de l’espèce humaine , Paris* 1857, p. 565.

(2) Mémoires de l’Académie de médecine , t. XI, p. 236.

(3) Voyez le mémoire de MM. Vulpian et Charcot, Sur le siège de laparalysis ayitans (Gaz. hebd., 1861 et 1862).

Mais s’il est légitime d’élargir ainsi la manière de comprendre les phénomènes de l’hérédité des névroses en général , il est juste de reconnaître cependant que, dans la majorité des cas , la transmission héréditaire des névroses du même ordre apparaît pareillement avec une similitude parfaite.

« J’ai trouvé l’hérédité dans le crime chez les jeunes détenus dont l’arrêt de développement physique, la vicieuse conformation de la tête ne me révélaient que trop leur origine, » dit M. Morel (1).

« Un riche négociant, rapporte Esquirol (2), d’un caractère violent, est père de six enfants. — Le plus jeune, âgé de vingtsix à vingt-sept ans, devient mélancolique et se précipite du haut du toit de la maison ; un second frère, se reprochant sa mort, fait plusieurs tentatives de suicide et meurt un an après, des suites d’abstinence prolongée. L’année suivante, un autre frère a un accès de manie dont il guérit; un quatrième frère se tue; deux ou trois ans après, une sœur devient maniaque et fait mille tentatives de suicide ; le sixième frère s’est tué comme les autres. »

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C, — Que si maintenant nous jetons un coup d’œil sur les manifestations héréditaires de la diathèse cancéreuse, nous voyons, comme pour les névroses, que si elle se perpétue de l’ascendant au descendant avec une inexorable fatalité, elle est multiple souvent dans ses manifestations. Elle affecte des localisations variées, frappe des organes dissemblables, et cependant elle est une et immuable toujours dans son évolution.

Ainsi, Cayol (3) emprunte à Bayle les détails suivants à propos de la transformation des maladies cancéreuses dans la ligne descendante :

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(1) Page 568.

(2) Tome I, p. 582.

(3) Clinique médicale, 1833. — Maladies cancéreuses, p. 562.

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« Dans une famille composée de cinq personnes, l’une a un » cancer du sein, l’autre de la face, l’autre a un squirrhe à l’es- » tomac.

» Dans une autre famille, le père mourut d’un cancer de la » langue et le fils eut un noli me tangere à la face.

» Une femme qui mourut, il y a quelques années, d’un » ulcère à la matrice, avait deux sœurs, dont l’une est morte » d’un cancer au sein, et l’autre, encore vivante, a une tumeur » cancéreuse à la région cervicale.

» Une autre femme, maigre et sèche, portait depuis long- » temps dans le sein gauche un cancer ratatiné et mourut » épuisée par de cruelles souffrances. Quelques aimées après, » sa fille unique mourait avec un cancer de l’estomac des plus » douloureux, et dont la substance lardacée très dure était tout » à fait semblable à celle du cancer ratatiné de sa mère. »

Ces changements de siège, ces transformations apparentes d’une seule et même espèce morbide se rencontrent non-seulement dans des dégénérescences anatomiques bien spécifiées, comme le cancer, que l’on peut toujours reconnaître soit qu’il siège dans le tissu du sein, dans les tuniques de l’estomac, dans la trame des autres éléments anatomiques, mais . encore dans d’autres espèces morbides, telles que les productions tuberculeuses qui, dans leur évolution, envahissent plusieurs appareils organiques et rappellent cependant, dans leurs manifestations héréditaires éloignées, toujours la source originelle d’où elles dérivent. « Il est complètement hors de doute à nos yeux, dit Lucas (1), que, dans le grand nombre des familles décimées par la méningite tuberculeuse, des pères et mères qui n’ont offert aucun indice d’hydrocéphalile , ont perdu des parents de cette maladie ou finissent pas y succomber eux-mêmes.

(1) Ouvrage cité, t. H, p. 742.

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