‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 11 sur 63 · IDIOTE DE 1 1 ANS. FILLE DE 7 ANS · texte numérisé non relu

IDIOTE DE 1 1 ANS. FILLE DE 7 ANS

Longueur du crâne. 1 décim. 3 cent 1 décim. 8 cent.

Largeur 0 décim. 9 cent 1 décim. 3 cent.

Hauteur 1 décim. 3 cent 1 décim. 6 cent.

Gall a dans sa collection , et montrait dans ses leçons , le plâtre moulé sur la tête d'une idiote, en tout semblable à l'idiote publiée par Pinel (2).

L'état de dégradation de quelques idiots est tel , que ces malheureux sont privés de plusieurs sens, qu'ils n'ont pas même l'instinct de leur conservation, leur existence est toute végétative. Nous avons eu à la Salpêtrière, en 1812, une idiote qui fut trouvée couchée à côté du cadavre de sa mère, qu'on jugea morte depuis trois jours. Envoyée à l'hospice, le 20 juin , par ordre de la police, cette idiote, âgée de 27 ans, très-maigre, très-pâle, rachitique, aveugle, muette et sourde, poussait de temps en temps un cri aigre quoique inarticulé, étouffé ; elle avait les membres atrophiés, et ne pouvait marcher, ses jambes étant contractées sous les cuisses ; il fallait lui porteries aliments liquides dans la bouche, jusque dans l'œsophage ; elle ne savait ni mâcher, ni avaler : elle fut nourrie de potage et de vin , et elle mourut au bout de quelques jours. Le cadavre pesait quarante-trois livres ; sa tête était trèspetite , les os du crâne diploïques et très-minces , n'ayant que 0,003 à 0,004 d'épaisseur; le cerveau atrophié n'avait pas la moitié du poids ordinaire, les circonvolutions étaient étroites, très-serrées, peu profondes-; la substance corticale était décolorée, la substance blanche, très- dense et jaunâtre; les ventricules latéraux très-peu développés étaient sans sérosité ; je n'ai pu conserver le squelette, les os s'étant détruits par la macération.

Il est mort, en 1817, dans le même hospice, une idiote âgée de 23 ans qui était sourde, muette, aveugle et rachitique, elle ne pouvait être couchée sur le dos à cause de la vicieuse conformation du torse, elle n'avait pas l'instinct de changer de position, l'on avait le soin de la retourner de temps en temps, tantôt sur uncôté, tantôt sur l'autre. Si on la mettait sur son séant, elle n'avait point la force d'y rester et se laissait retomber. Lorsqu'on portait les aliments à sa bouche, elle faisait un lég^r mouvement des lèvres et delà tète, comme pour les éloigner du corps qui lui était présenté. En poussant la ci^iller dans la bouche, les mâchoires s'écartaient, mais il fallait porter la cuillerée jusqu'à l'œsophage, pour que les aliments se précipitassent dans l'estomac. Tou-

(1) Loco cit., pag. 47S.

(2) Des fonctions du cerveau. Paris, 1825~, C vol. in-8".

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jours blottie dans son lit, elle aimait à être couverte, quoique en etc. Si on retirait les couvertures , elle poussait un cri rauque , tâchait avec sa main de ramener les couvertures sur elle ; mais ne les trouvant pas à sa portée , elle cessait ses recherches, et restait pelotonnée sur son lit. Elle prononçait trèsimparfaitement, très-rarement, sans motifs, les syllabes ma ma, surtout lorsqu'on la touchait. Si elle sentait approcher d'elle, elle rendait un cri semblable au cri d'un chien hargneux, elle criait de même une fois, lorsque l'on commençait à lui porter les aliments h la bouche. Elle est morte après quatre mois de séjour dans l'hospice. Voici le résultat de l'ouverture du cadavre. La léte , au premier aperçu, ne paraît pas très-irrcgulière, mais elle est petite, l'occipital est comprimé, le front peu élevé, déprimé latéralement, fuit en arrière immédiatement au-dessus des arcades sourcilières. Les deux bulbes des yeux , n'offrent plus de trace d'organisation , le cristallin , très-petit , est très-dur , opaque et d'un blanc mat. Les deux dents conoïdes supérieures sont doubles et fixées les unes devant les autres. Les os du crâne sont minces, diploïques, très-faciles à scier. La dure-mère étant ouverte, les circonvolutions ne sont pas apparentes, et l'on sent de la fluctuation sous les méninges. Celles-ci étant incisées , il s'écoule une grande quantité de sérosité contenue dans les deux ventricules latéraux dilatés aux dépens delà presque totalité de la substance cérébrale des deux hémisphères. La pie-mère est, en quelque sorte, enduite paf une couche de substance cérébrale qui n'a que 2S à SO millimètres d'épaisseur. Les replis de la substance cérébrale qui séparent les deux ventricules, les cornes-d'Ammon et les corps striés sont détruits. Le corps ca]leux est très-dense et un peu jaunâtre, les couches optiques sont atrophiées et leur substance grise décolorée a l'aspect cendré , les nerfs optiques sont réduits au névrilème. Les poumons sont refoulés et atrophiés, quoique crépitants. Le cœur très-petit et les muscles décolorés, se déchirent facilement. Son squelette, que je conserve dans ma collection, est très-remarquable. Le crâne mesuré a donné les proportions suivantes.

Hauteur totale du squelette. . .- 1,060

Circonférence du crâne. 0,480

Courbe de la racine du nez à la tubérositc occipitale. 0,263

Diamètre antéro-postérieur. 0,1S7

Diamètre bi-temporal 0,1S6

Total, ne comprenant que les quatre derniers nombres 1,038

Le rachis présente une courbure dont la concavité est à gauche , elle s elend de la onzième à la vingt et unième vertèbre : la seconde courbure dans le sens opposé est formée par les vertèbres lombaires; les apophyses articulaires de ces dernières vertèbres sont soudées entre elles. Les eûtes du côte gauche se portent directement d'arrière en avant à partir de leurs angles; les côtes droites, au lieu d'être convexes en dehors, font saillie par leur convexité dans la cavité ihoracique. Le sternum porté en avant est presque

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hurizontal, son apophyse abdoiniaale manque. Les os coxaux n'onl plus la forme normale. Les portions iliaques forment une convexité dans la cavité pelvienne, et ne sont séparées eu avant que de 0,040. Les portions pubiennes, déjetées en avant, sont si rapprochées qu'elles se touchent en quelques points; il résulte de ces dispositions que l'excavation du bassin est presque oblitérée. Les membres abdominaux sont grêles, tous les os présentent des nodosités, des soudures nombreuses, des vices d'ossification. Le fémur gauche est plus gros, plus court que le droit et un peu tordu vers son extrémité inférieure. Les létes des fémurs sont atrophiées, celle du fémur droit n'a que 0,010. La cavité colyloïde correspondante n'existe pas. L'humérus, le radius et le cubitus offrent plusieurs gonflements, plusieurs soudures ; la mâchoire inférieure, les côles, les scapulum, les os du métacarpe et quelques os phalangiens du côté gauche, les os du métatarse offrent un grand nombre de vices de conformation, ressemblant à des fractures consolidées. Le squelette est très-léger, les os ont perdu leur poli, ils sont rugueux, gras et jaunâtres; les os du crâne sont diploïques, minces et n'ont que 4 à 6 millimètres d'épaisseur.

La même année, on porta, dans la division des aliénées de la Salpêtrière, une idiote qui avait été trouvée dans un des bateaux qui descendent de la Bourgogne à Paris; cette idiote paraissait avoir 20 ans. Elle était sourde et muette. Elle avait l'abdomen très-dislendu par de la sérosité. Sa tête était petite, portée à droite. Les yeux bleus restaient ouverts et Gxes, les pupilles dilatées ne se contractaient pas ; les paupières ne se fermaient point à l'approche d'une lumière. Néanmoins cette idiote paraissait regarder à la manière des enfants qui commencent à voir. Elle ne donnait d'ailleurs aucun signe de sensibilité, soit qu'on la louchât, qu'on la pinçât, soit qu'on lui enlevât les couvertures qui l'enveloppaient. Les déjections étaient séreuses, fréquentes et involontaires. Lorsque avec une cuiller on présentait des aliments liquides à ses lèvres, elle ouvrait largement la bouche et la laissait ainsi ouverte tout le temps que l'on versait le liquide qu'il fallait porter jusqu'à l'arrière-bouche, pour qu'il tombât dans l'estomac. Elle ne refermait les lèvres que deux ou trois minutes après qu'on avait cessé de verser le liquide. Le tronc reposait sur la hanche gauche, en sorte que cette idiote ne pouvait s'étendre sur un lit, elle y restait légèrement inclinée, soutenue par des oreillers, et conservait cette position, n'ayant ni l'instinct, ni la puissance de la changer. Après un mois, elle mourut sans agonie, et à l'ouverture du corps nous trouvâmes le ventricule gauche du cerveau distendu par de la sérosité qui avait envahi la place de la substance du lobe du môme côté, qui n'existait plus. Ces circonvolutions du lobe droit étaient extrêmement petites, peu profondes et très-pressées, le ventricule droit était presque oblitéré ; la substance cérébrale, très-dense, se distendant plutôt que de se déchirer,'était d'un blanc sale ; le cervelet était petit, d une dureté remarquable, surtout la substance grise, qui était presque friable à la surface de cet organe. L'arachnoïde était infiltrée, épaissie, sans adhérences. La substance grise des portions cérébrales conservées était décolorée. Les poumons atrophiés étaient refoulés vers la portion supérieure de la poitrine ; les plèvres contenaient de

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la sérosité, ainsi que la cavité pcritonéale. Le cœur était petit et très-mou. Les muscles décolorés se déchiraient facilement.

Le squelette de celte idiote, qui fait partie de ma collection, est remarquable par sa légèreté, par l'énorme courbure de la colonne vertébrale, par la direction étrange du bassin et par l'étroifesse de la cavité gauche de la poitrine. La tète est petite, un peu inclinée h droite, plus développée en hauteur qu'en largeur ; le crâne est aplati sur les côtés , un peu déprimé intérieurement; le front très -étroit, très-fuyant en arrière, présente à sa partie moyenne un renflement inégal , circonscrit par une dépression circulaire. La suture coronale n'est point entièrement soudée. L'épaisseur des os du crAne dont je donne les mesures n'a que trois à quatre millimètres. Mesures du crAne.

Circonférence 0,440

Courbe de la racine du nez au bord postérieur du trou occipital 0,2S5

Diamètre antéro-poslérieur 0,152

Diamètre bi-temporal. . . . . . . . 0,117

Total. . . 0,964

La portion cervicale de la colonne vertébrale est à peu près droite, mais tordue, en quelque sorte, sur elle-même, d'oi!i résulte que le corps des vertèbres supérieures est un peu détourné à droite, ce qui occasionne la déviation de la léle du même côté. La moitié inférieure du rachis décrit un arc dont la corde a 0,080. La convexité de la courbure fait saillie à gauche et en bas ; tandis que la concavité est à droite et en haut. Le corps des vertèbres est ainsi tourné presque entièrement à gauche.

Le bassin est renversé de telle sorte que son ouverture supérieure est tournée en bas et à gauche, tandis que son ouverture inférieure est en arrière et à droite. Le bassin a subi une rotation latérale qui le place horizontalement sous la base de la poitrine, touchant presque les côtes, la portion iliaque de l'os coxal droit, la cavité cotyloïde et le bord antérieur de l'iliaque gauche. Le torse, pendant la vie, reposait sur ce bord ; cette disposition avait sans doute déterminé le gonflement et l'érosion de l'épine iliaque antérieure et inférieure gauche. La léle des fémurs est très - petite, les cavités cotyloïdes peu profondes , irrégulières dans leur circonférence. Le bord gauche du sacrum regarde en bas, le bord droit en haut, en sorte que la direction de cet os est presque horizontale.

Le thorax, déjeté à droite, est formé presque entièrement par la cavité droite, qui a 0,1«J0 de diamètre, tandis que la cavité gauche n'a que 0,025. Les côtes du côté gauche, à partir de leur angle, se portent brusquement au-devant de la colonne vertébrale. Le sternum est déjelc à gauche.

Les idiots sont rachitiques , scrofuleux , épileptiques ou paralysés. Leur tête, trop grosse ou trop petite, est mal conformée, l'occipital aplati et

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petit relativement à la face. Les traits de la face sont irréguliers , le front est court, étroit, presque pointu, trcs-fnyant en arrière, plus saillant à droite qu'à gauche; les yeux sont convulsifs, louches, d'inégale grandeur ; les lèvres sont épaisses. La bouche largement fendue, enlr'ouverte , laisse couler la salive ; les gencives sont fongueuses, les dénis cariées. Le défaut de conformation ou de symétrie des organes des sensations indique assez que l'action des sens est imparfaite. Les idiots sont sourds , demi-sourds , ou entendent mal ; ils sont muels, ou ils articulent avec difficulté quelques monosyllabes. Leur mutisme dépend de la surdité, de la mauvaise conformation des organes de la parole et de ce qu'ils sont incapables d'imiter les mouvements propres à l'articulation des sons; quelques-uns poussent des cris plus ou moins aigus , étouffés ou rauques : privés d'un œil ils voient mal, ou sont aveugles. Le goût, l'odorat, ne s'exercent pas mieux, car ces malheureux ne distinguent point les qualités des corps sapides ou odorants ; ils se roulent sur les ordures les plus sales et les plus fétides; ils dévorent les aliments les plus dégoûtants , ils mangent de l'herbe , de la paille , du linge, de la laine, du tabac, des matières fécales; ils boivent l'urine, l'eau des ruisseaux ; j'ai rencontré dans l'estomac d'une idiote des fragments du linge qui avait fail partie de ses vêtements ; chez une autre le cœcum était rempli, distendu par un tampon de paille qui avait déterminé une inflammation et la gangrène des membranes intestinales; ils dévorent tout ce qui tombe sous leurs mains. Une idiote à qui je donnais des abricots , les portait d'abord à sa bouche, mangeait la pulpe ; ne pouvant mordre dans les noyaux, elle les avalait, comme elle avait déjà avalé la pulpe du fruit. Elle mangea ainsi neuf abricots de suite , et en eût mangé davantage, si je n'avais craint qu'elle n'en fût malade.

Le toucher, loin de rectifier les autres sens ou de les suppléer, n'est pas sûr. Les idiots ont les bras d'inégale longueur, contractés , atrophiés ; les mains sont déformées, tordues, minces; les doigts sont effilés, crochus, estropiés ou privés de mouvement ; la peau est épaisse , rugueuse et insensible. Les idiots tendent les bras et les mains d'une manière vague, convulsive , ils saisissent gauchement les corps , ne peuvent les retenir , et les laissent échapper de leurs mains; ils marchent lourdement, en canetant, par saccade , etc., sont facilement renversés à terre; il en est qui restent où on les place : ceux qui marchent, se meuvent sur eux-mêmes, sans but, sans qu'on puisse deviner ce qu'ils se proposent.

Ainsi les sens des idiots étant à peine ébauchés, les sensations imparfaitement perçues , leur intelligence ne peut se produire au dehors, puisque ses instruments sont défectueux. Les sens étrangers au monde extérieur ne peuvent se rectifier les uns par les autres , l'éducation ne saurait suppléer à tant de désavantages, bien différents des aveugles, des sourds-muets chez lesquels les sens qui restent suppléent jusqu'à un certain point aux sens dont ils sont privés. Les idées que l'homme acquiert par les sens dont les aveugles ou les sourds-muets sont privés, leur manquent sans doute; mais l'intelligence n'étant pas lésée, quoique privée de quelques-uns de ses instruments, s'exerce tout entière pour acquérir des notions générales et des idées abstraites;

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aussi les aveugles, les sourds-muets qu'on peut rendre atlentifs par divers moyens, si bien indiques par le docteur Itard et si bien appliqués par ce savant médecin à l'éducation du Sauvage de l'Aveyron (1), sont-ils éducables, tandis que les idiots ne le sont pas. Incapables d'attention, les idiots ne peuvent diriger leurs sens; ils entendent, mais n'écoutent pas; ils voient, mais ne regardent pas, etc.; n'ayant point d'idées, ne pensant point, ils n'ont rien à désirer, ils n'ont pas besoin des signes, ils ne parlent point. La parole est inutile à celui qui ne pense pas , qui ne désire pas ; aussi peut-on juger du degré de rinteiligence des idiots par l'étendue de leur vocabulaire. Ils poussent quelques sons mal articulés, des cris, ou des mugissements prolongés qu'ils interrompent pour écarter les lèvres comme s'ils voulaient rire. S'ils articulent quelques mots, ils y attachent à peine un sens. Quelques-uns n'ont qu'un cri pour la douleur et le plaisir. Cependant, il en est qui, à la manière des enfants , se font par imilatioq et par habitude un langage d'action et même articulé, qui est compris seulement de ceux qui vivent avec eux et qui les soignent : ce langage n'exprime que les premiers besoins de la vie, et les appétits instinctifs auxquels les idiots ne peuvent satisfaire par eux-mêmes. De quelle utilité serait la parole pour celui qui ne pense pas , qui n'a rien à communiquer à ses semblables? les idiots sont muets, parce qu'ils n'ont rien à dire; ceux qui ont un langage d'action n'ont qu'un petit nombre de gestes pour signes de leurs besoins instinctifs. Les idiots agissent-ils , ils font tout de travers ; on les reconnaît au désordre , à la gaucherie , à la lenteur de leurs actes ; l'intelligence reste ce qu'elle était à leur naissance ou à l'époque à laquelle il y a eu arrêt de développement. Les fonctions digestives des idiots s'accomplissent ordinairement très-bien, ils mangent beaucoup et même avec voracité. Chez les femmes la menstruation est régulière et abondante. Ces malheureux ne témoignent pas toujours le besoin de manger, ne paraissant avertis de la faim que lorsqu'ils voient les aliments; quelquefois pour les nourrir, il faut porter les aliments à leur bouche et même jusqu'à l'arrière bouche; leurs sécrétions sont involontaires et ils se satisfont partout et sans honte.

Quelquefois les idiots n'ont même pas les facultés instinctives ; ils sont au-dessous de la brute, car les animaux ont l'instinct de leur conservation, de la reproduction ; et ces idiots n'ont pas cet instinct, ils n'ont pas le sentiment de leur existence ; ils n'ont ni douleur, ni plaisir, ni haine, ni amour; ce sont des êtres avortés; ce sont des monstres voués par conséquent à une mort prochaine, si la tendresse des parents, ou la commisération publique ne protégeaient pas leur existence ; et cependant qui ne serait frappé de celte facilité qu'ont la plupart des idiots, pour chanter, pour retenir les airs? Outre les exemples que j'en ai rapportés plus haut, je dois dire ici que presque tous les enfants idiots pour lesquels j'ai été consulté, chantaient plus ou moins bien quelque air, ou du moins quelques phrases de musique , quoique privés de la parole.

Quelques idiots ont des tics très-singuliers, ils semblent être des machines

(1) Do l'éducation d'un hommo sauvage, Paris, 1807, in-S". — Rapport sur les nouveaux développements du sauvage de l'Aveyron, Paris, 1807, in-8''.

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montées pour produire toujours les mêmes mouvements ; pour eux, l'habiluclc tient lieu d'intelligence. Un idiot, âgé de vingt-trois ans lorsque je l'observais, ayant la taille ordinaire, l'habitude du corps maigre, le front aplati, le teint pAle , les yeux louches, l'articulation des sons à peu près impossible, les déjections involontaires, marchait toujours à une même place, quelquefois il animait sa marche en ployant et redressant vivement le tronc, en agitant un de ses bras et en riant aux éclats. Si l'on plaçait quelque obstacle en travers de l'espace qu'il afifectionnait, il se fâchait, s'irritait jusqu'à ce qu'on eût retiré l'obstacle ; jamais il ne l'écarlait lui-même. Parmi les idiotes de la Salpêlrière, il en est plusieurs qui sont incapables de se vêlir, de se nourrir ; leurs déjections sont involontaires ; elles restent en chemise, indifférentes à la pluie, au froid , à l'ardeur du soleil. Il en est une qui, aussitôt qu'elle est levée, va s'asseoir sur le bout du même banc, et s'y balance d'avant en arrière en frappant violemment ses épaules contre le mur ; ce balancement est continu et régulier, quelquefois il est plus précipité, plus fort, alors cette idiote pousse un cri étouffé, elle passe ainsi ses jours et sa vie, exposée à toutes les intempéries de l'atmosphère et étrangère à toute impression extérieure. J'ai trouvé, il y a vingt ans, dans l'hospice de Poitiers, étendus sur la paille dans une même cellule, deux petits idiots dont l'un riait toujours, et l'autre pleurait continuellement. Les idiots sont très-sujets à la masturbation, et ils se livrent à cette déplorable pratique avec excès, sans pudeur, sans honte et en présence de tout le monde. J'ai vu un idiot, âgé de 13 ans, qui, dès l'âge de 7 ans, avait tous les signes de la virilité, le pénis très-volumineux et le pubis couvert de poils 5 ils paraissent ne vivre que pour l'onanisme. Le docteur Haindorf, qui a fait en allemand, il y a vingt-cinq ans, un bon traité sur l'aliénation mentale, rapporte l'exemple remarquable de l'obstination d'un idiot : celui dont parle cet écrivain était né dans les montagnes de Rawn et était privé de la parole, -on le conduisit à l'hospice de Saint-Julien, à Wurtzbourg. On le laissait errer dans le jardin de cet établissement, où on le voyait couvert seulement d'une robe de toile. Il se plaisait à tourner dans un cercle, au milieu duquel il arrachait l'herbe, amassait des pierres qu'il mettait en tas et qu'il jetait ensuite; il s'occupait ainsi sans but et sans dessein; pendant cet exercice, tous ses muscles se contractaient convulsivement. Si on l'empêchait de tourner, d'entasser des pierres, il se mettait à tirailler les diverses parties de son corps, à creuser la terre avec ses pieds nus et couverts de durillons ; si on le mettait à la gêne, il entrait en fureur et lâchait de se mettre ea liberté. Dès qu'il était libre, il recommençait son mouvemeut circulaire, et son entassement de pierres. Il mangeait et buvait tout ce qu'on lui présentait; il revenait toujours aux mêmes lieux prendre ses repas, son sommeil. Souvent il rongeait un morceau de bois et en avalait les rognures ; dès qu'on lui adressait la parole en le regardant fixement, il fuyait pour se cacher; le plus léger bruit le jetait dans la terreur, il s'en allait, mais bientôt il revenait pour reprendre son exercice habituel. Il p'y avait en lui aucune apparence d'onanisme. Tous ces actes étaient semblables et se répétaient à des époques flxes de la journée.

Les traits de la face de cet idiot étaient égarés ; les lèvres saillantes , les

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(Icnis d'un blanc- mat , l'œil à moitié relevé sous la paupière ne laissait point apercevoir la pupille; sa bouche se contournait dans la direction des yeux. La physionomie était sans expression. La téle, très-petite, offrait un remarquable aplatissement du verlex.

Les idiots sont quelquefois de la plus grande insensibilité physique , quoique jouissant de leurs sens. On a vu ces malheureux se mordre, se déchirer, s'épiler. J'ai vu une idiote, qui avçc ses doigts et ses ongles, avait percé sa joue , jouer avec un doigt placé dans l'ouverture et finir par la déchirer jusqu'à la commissure des lèvres, sans paraître souffrir; il en est qui ont les pieds gelés , et qui n'y font nulle attention. Une idiote, devenue enceinte, accouche sans se douter de ce qui lui arrive , et veut quitter son lit, disant qu'elle n'est pas malade. Ces infortunés sont dans un tel état d'insensibilité et d'abrutissement, qu'ils ignorent quelle est la cause de leur douleur, qu'ils ne distinguent pas si cette cause est en eux ou si elle est au dehors; ils ont si peu le sentiment du moi, qu'ils ne savent pas si la partie affectée leur appartient , aussi en est-il plusieurs qui se mutilent; lorsqu'ils sont malades, ils ne se plaignent point , ils restent couchés , roulés sur euxmêmes, sans témoigner la moindre souffrance, sans qu'on puisse deviner les causes et le siège du mal ; ils succombent sans qu'on ait pu les secourir.

Leur abrutissement moral est en rapport avec la privation de la sensibilité physique. Un idiot , dit le docteur Haindorf , retenu dans l'hospice de Saltzburg, ne paraissait susceptible d'aucune frayeur; on voulut essayer s'il n'en ressentirait pas à l'aspect d'un homme qui simulerait un mort qui ressuscite. Dans cette intention , un infirmier se coucha sur un banc, enveloppé danj un linceul ; on ordonna à l'idiot de veiller le mort. S'apercevant que le mort faisait quelques mouvements, l'idiot l'avertit de rester tranquille; malgré cet avis, le prétendu mort se soulève; l'idiot va prendre une hache, coupe d'abord un pied au prétendu mort, et sans être arrêté par les cris de cet infortuné, il lui tranche la tête d'un second coup; après quoi il reste calme auprès du cadavre. Lorsqu'on fit à cet idiot des reproches , il répondit froidement : Si le mort était resté tranquille, je ne lui aurais rien fait. Une lypémaniaque voulait mourir , cependant elle ne voulait pas se tuer parce que c'est un crime , mais elle voulait s'exposer à la mort en commettant quelque acte criminel. Un jour qu'on la laissa auprès d'une idiote , elle décida celle-ci à se laisser couper le cou, ce qui fut exécuté. Les moyens qu'employa cette lypémaniaque étaient assez bornés pour laisser le temps du repentir à tout autre individu qu'une idiote , et pour se soustraire dès les premiers essais entrepris dans le but d'accomplir cet affreux dessein. Gall rapporte qu'un idiot ayant tué deux enfants de son frère, vint en riant racontera ce malheureux père ce qu'il venait de faire. Harder raconte qu'un idiot égorgea un homme après avoir vu égorger un cochon.

Chacune des observations que je viens de rapporter fournirait la matière d'un long commentaire ; de leur ensemble, je déduirai les propositions suivantes :

L'idiotie offre d'innombrables variétés, relativement à la sensibilité cl la capacité intellectuelle et morale.

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Quelques idiots ont des aptitudes , des penchants ; presque tous ; même ceux qui sont privés de la parole, chantent et retiennent des airs.

Quoiqu'il n'existe pas de rapport direct et constant entre le vice d'organisation et les divers degrés de la sensibilité et de l'intelligence des idiots , il faut convenir que plus les difformités organiques sont considérables, plus les difformités de la sensibilité et de l'intelligence sont prononcées.

Il n'y a ni volume , ni forme de tôte, propres à l'idiotie ; cependant, il faut reconnaître que les tètes les plus petites appartiennent aux idiots les plus dégradés. Quoiqu'il se rencontre des idiots qui ont des grosses tètes, les formes de la tète ne sont pas plus que le volume l'indice rigoureux de la capacité sensitive et intellectuelle.

L'éducabilité des idiots , toute d'imitation et bornée aux premiers besoins de la vie instinctive, n'est pas un signe suffisant pour caractériser les principales variétés de l'idiotie, quoiqu'en dise le docteur F. Voisin (1).

La parole, cet attribut essentiel de l'homme, qui lui a été donnée pour exprimer sa pensée, la parole étant le signe le plus constamment en rapport chez les idiots avec la capacité intellectuelle, donne le caractère des principales variétés de l'idiotie.

Dans le premier degré de l'imbécillité, la parole est libre et facile. Dans le second degré , la parole est moins facile , le vocabulaire plus circonscrit.

Dans le premier degré de l'idiotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des phrases très-courtes.

Les idiots du deuxième degré n'articulent que des monosyllabes ou quelques cris.

Enfin, dans le troisième degré de l'idiotie, il n'y a ni parole, ni phrase, ni mots, ni monosyllabes.

Les causes de l'idiotie , presque toujours locales et physiques , empêchent le développement des organes et les rendent impropres à la manifestation de l'intelligence ; à la différence de la folie, dont les causes ordinairement intellectuelles et morales, sur-excitent le cerveau, exaltent ses sensations , et jettent cet organe dans l'épuisement. Au nombre des causes physiques et prédisposantes de l'idiotie, il faut compter : les influences du sol, des eaux et de l'air, la manière de vivre des mères, l'hérédité, certaines localités favorables aux scrofules, les pays montagneux, tels que l'Ecosse, la Norwège. Il y a plus d'idiots dans les campagnes que dans les villes. Il n'est pas rare qu'il y ait plusieurs idiots dans une même famille : j'af connu deux jeunes gens, seuls héritiers d'une grande famille , qui étaient idiots. Nous avons à la Salpêtrière une idiote dont la mère n'a eu que trois enfants , dont deux filles idiotes et un garçon idiot. Quelquefois aussi , dans une famille , il y a un idiot et d'autres enfants qui sont aliénés. J'ai vu des idiotes devenir mères : je n'ai pu savoir ce que sont devenus leurs enfants. Les causes excitantes de l'idiotie sont nombreuses. Les affections morales vives de la mère

(1) Application de la physiologie du cerveau , à l'étude des enfants qui nécessitent une ■éducation spéciale; Parisj 1830 , in-8".

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pemlanl la gestation, influent sur l'organisation de l'enfant qu'elle porte clans son sein; les fausses manœuvres dans l'accouchement; l'usage, anciennement signalé par Hippocrate , où sont certaines matrones de pétrir en quelque sorte la tête des enfants nouveau-nés, en blessant le cerveau, peuvent causer l'idiotie; les coups sur la tôte, soit que l'enfant ait été frappé, soit qu'il ait fait une chute ; les convulsions, quelle qu'en soit la cause, l'épilepsie, provoquent aussi cette aft'eclion ; quelquefois il suffit d'une convulsion, d'un accès épileptique, pour arrêter le dételoppement des organes et les progrès ultérieurs de rinlelligence d'un enfant qui, jusque-là, avait paru très-spirituel; l'hydrocéphale aiguë et chronique ont des effets aussi funestes ; on a vu l'idiotie produite par une fièvre cérébrale ou méningite qui a éclaté dans l'enfance.

Les effets de ces causes se font sentir dès la naissance de l'enfant, c'est l'idiotie innée; ces nouveau-nés ont la téte volumineuse ou très -petite, les traits de la face délicats; ils ont de la peine à prendre le sein, ilstettent mal, ne se fortifient pas, leurs yeux sont longtemps avant de suivre la lumière et sont louches. Ils sont maigres, décolorés, ne marchent point avant l'âge de cinq à sept ans et quelquefois avant la puberté ; ils ne peuvent apprendre à parler, ou ils ne retiennent que quelques mots, que quelques monosyllabes, et encore ce n'est-il que très-tard.

Quelquefois les enfants naissent très-sains, ils grandissent en même temps que leur intelligence se développe, ils sont d'une grande susceptibilité, vifs, irritables, colères, d'une imagination brillante, d'une intelligence développée, l'esprit est actif. Cette activité n'étant pas en rappart avec les forces physiques, ces êtres s'usent, s'épuisent vite, leur intelligence reste stationnaire, n'acquiert plus rien, et les espérances qu'ils donnaient s'évanouissent, c'est l'idiotie accidentelle ou acquise ; quelquefois aussi une cause accidentelle arrête le développement des organes et de l'intelligence.

Le crâne des idiots offre ordinairement des vices de conformation ; le volume et la forme du crâne des idiots offrent autant de variétés, que le volume et la forme du crâne des hommes complets ; il n'y a pas de forme propre pour l'idiotie. Une tête trop petite, proportionnellement à la hauteur du corps, une tête trop grosse, peuvent être la tête d'un imbécile ou d'un idiot ; il en est de même d une tête régulière et d'une tête déformée.

Les recherches nombreuses qui ont été faites sur la conformation de la tète ont eu pour objet le volume , la forme du crâne et les traits de la face.

Hippocrate avait signalé la téte trop petite, qu'il appelle microcéphale, comme une des causes d'idiotie. Willis a décri-t un cerveau d'idiot qui n'avait pas la moitié du volume ordinaire ; Brown, à Amsterdam, possède un cerveau semblable et plusieurs crânes de microcéphales. Pinel a publié le crâne d'une idiote , remarquable par sa mauvaise conformation , et celui d'un idiot qui n'a presque pas de crâne, tandis que la face est Irès-développée. M. Burdach (1) cite plusieurs exemples de crânes très -peu développés. Gall a

(I) Trailé do physiologie considérée comme science d'observation, Paris, 1838, t. 4", iii-8".

DE L'IDIOTIE

fif^urc (1) deux crAnes très -petits, et fixe les limites de l'intelligence aux crânes qui n'ont que 1-4 à 17 pouces de circonférence.

Vésale prétend que les Allemands ont la téte aplatie postérieurement, parce qu'ils ont l'habitude de coucher les enfants sur le dos, et il donne le dessin d'un crâne d'idiot dont l'occiput est Irès-aplati.

Prochaska, Malacarne, Ackerman ont donné des descriptions de crânes et de cerveaux d'idiots, qui diffèrent beaucoup les uns des autres.

D'après Cuvier les rapports du crâne avec la face indiquent le degré d'intelligence chez les animaux et chez l'homme. Un petit crâne et une grande face sont l'indice d'une intelligence moins grande.

Pinel a appliqué les calculs de la géométrie h l'appréciation de la capacité des crânes ; il a indiqué comme propre aux idiots, un crâne aplati et le défaut de symétrie entre les parties droite et gauche du crâne ; chez un idiot, la téte n'avait de hauteur que la dixième partie de la structure de l'individu ; ces vices de conformation , ce défaut de développement du crâne ne peuvent-ils pas être attribués au rachitisme, au scrofule, si fréquents chez les idiots?

Les hydrocéphales ne sont pas tous privés d'intelligence, mais les observations que j'ai rapportées prouvent que sotjvent les idiots sont hydrocéphales, quoique le crâne soit petit. Ces idiots sont rachiliques , ont les membres atrophiés, déformés et contractés.

Je possède un grand nombre de bustes moulés après la mort et de crânes d'idiotes ; généralement le sommet du crâne est surbaissé, le diamètre fronlooccipital est étendu , les pariétaux sont aplatis vers la suture temporale; ce qui rend le front de quelques idiots presque pointu, l'aplatissement de l'occipital, celui du coronal, l'inégalité des deux portions droite et gauche de la cavité crânienne, sont les phénomènes les plus constants et peut-être les plus dignes d'attention de la part de ceux qui veulent des explications.

On a conduit à la Salpétrière, le 15 décembre 181S, une imbécile de naissance qui mendiait et qui fut violée et maltraitée en 1813 par des soldats étrangers : sa taille moyenne paraît petite , à cause de la courbure du rachis, dont la gibbosité fait saillie sur la hanche gauche. La tête est volumineuse, la face est haute, large et comme aplatie, le front droit. Les cheveux sont abondants , châtains ; les yeux châtains , louches parfois ; la bouche grande, semble carrée quand elle s'ouvre, les dents sont cariées, les gencives fongueuses ; la voûte palatine forme un angle rentrant à la réunion des os maxillaires, le voile du palais est bifurqué.

La téte, mesurée sur le plâtre moulé après la mort, donne les proportions suivantes.

Circonférence 0,833

Courbe fronto-occipitale 0,323

Diamètre antéro-postérieur 0,167

Diamètre bi-temporal 0,162

Total. . . 1,187

(1) Analomie ul Physiologie du système ncrvom-.

DE L'IDIOTIE

Cette léte singulière dépasse de beaucoup la grandeur moyenne des têtes bien conformées; la face a 0,1SS de hauteur, le diamètre antéro-poslérieur ne dépasse le diamètre bi-Icmporal que de 5 millimètres; le front a 0,070 de hauteur ; d'une apophyse orbitale à l'autre, il y a 0,1§0 ; la face est apla(ie; l'occipital est étroit, comparé au coronal.

Les mains de cette imbécile offrent, ainsi que les pieds, une conformation extraordinaire dans l'extension. Les doigts sont rapprochés par leurs extrémités , et réunis par la peau , les ongles se touchent , et sont toujours distincts; on distingue sous la peau cinq doigts h la main droite, et six à la gauche; les doigts, ainsi rapprochés, ne peuvent se fléchir, ni s'écarter l'un de l'autre. Les pieds présentent le même vice de conformation ; malgré cette vicieuse disposition, cette imbécile peut, quoique imparfaitement, filer, manier l'aiguille, attacher une épingle, nouer un cordon.

Quoique d'une intelligence très-bornée , celte idiote connaît les personnes qui la servent, satisfait aux premiers besoins de la vie, mange beaucoup, dort, sa menstruation est régulière ; elle a quitté son père avec indiflférence et n'en parle point. Elle voit les hommes avec plaisir, elle n'a point de pudeur, elle est très- intéressée; en lui montrant quelques pièces de monnaie , on lui fait faire tout ce que l'on veut : elle demande souvent des bijoux, des pendants d'oreilles pour se marier toujours le lendemain. Elle articule quelques mots avec difficulté, mais avec vivacité ; elle est colère, mais craintive, elle rit et pleure pour la moindre chose. Elle a succombé un an après son admission à une affection vermineuse. J'ai trouvé 7S vers lombrics dans le canal digestif, jusque dans l'œsophage.

M. Foville (1), médecin de l'asile des aliénés de Rouen , dans un mémoire plein d'intérêt, signale un vice de conformation du crâne qu'il a souvent observé dans son hospice. Il a remarqué une dépression circulaire de la tête, qui, du front, passant sur les régions temporales, s'étend au-dessous de la protubérance occipitale. Cette dépression est l'efiFet de la compression d'un bandeau placé sur le front des enfants et maintenu par des cordons qui étreignent circulairement la tête. Cette étreinte, gênant le développement régulier du crâne, le déforme et rend très-saillant la région occipitale, tandis que le front est très-aplati. Ce vice de conformation s'observe aussi dans le midi de la France et doit nuire au développement de l'intelligence.

Dans les belles recherches de M. le docteur Parchappe (2), médecin de l'asile des aliénés de Rouen, ce médecin compare le vokimeet la forme du crâne modifiés par la taille, l'âge, le sexe, l'état physiologique et pathologique de l'intelligence avec la masse et le volume de l'encéphale, et conclut que s'il existe un rapport général entre ces deux termes, il manque de faits pour déduire rigoureusement de ce rapport les divers degrés de la capacité intellectuelle et morale. Le docteur Lelut, médecin de la Salpêtrière, quia publié des mémoires si intéressants sur l'aliénation mentale, a aussi recherché quels sont le volume et la forme du crâne chez l'homme sain et chez l'idiot. Il pense

(\) Déformation du crâne, Paris, 1834, in-8'>, Fig.

(2) Recherches Bur l'encéphale, Paris, 1830-1838, 2 p.irlics, in-S".

DE L'IDIOTIE

que le crâne de ceux-ci est un peu moins développé, mais que celle différence n'est pas aussi grande qu'elle parait et qu'on le repèle depuis les anciens. Selon cet auteur, plus le volume du crâne diminue, plus on arrive au dernier degré de l'idiolie. La portion frontale du crâne des idiots est rigoureusement aussi large et aussi relevée que chez les hommes ordinaires, enfin les idiots ont le crâne aussi allonge que les autres hommes. Que de travaux encore ne resle-t-il point à faire, que de recherches avant de pouvoir préciser la coïncidence de volume et de forme avec la capacité intellectuelle !

Avec chaque observation d'idiotie qu'on peut lire dans ce chapitre, je donne les mesures de la tète prises pendant la vie. En les réunissant, on peut comparer les moyennes, avec les résultais obtenus par mes jeunes confrères: le temps ne me l'a pas permis. Pour ceux qui aiment ce genre d'investigations, j'ajoute ici un tableau des moyennes résultantes de mesures prises sur des femmes bien portantes et sur le plâtre moulé après la mort de 36 femmes aliénées, de 17 femmes imbéciles, de 17 idiotes. Les mesures des trois idiotes, dont la téte était extrêmement petite, ont élé prises sur le crâne.

Circonférence.

Courbe antéropostérieure.

Diamètre antéropostérieur.

Diamètre transverse.

TOTAUX

Femmes à l'état

1,144 il

Imbéciles. . . .

0,lô7i|

Idiotes microcé-

De ce tableau, il résulte 1°, que la circonférence de la tète, mesurée chez des femmes jouissant de la raison, sur des femmes aliénées, imbéciles et idiotes, diminue dans une proportion presque égale de la femme ordinaire à l'idiote privée même d'instinct.

2° Que la courbe fronto - occipitale diminue singulièrement de la femme saine d'esprit, à la femme aliénée, tandis que celle courbe ne varie point de l'aliénée à l'imbécile, et qu'elle ne perd que 6 millimètres de celle-ci à l'idiote.

8° Que le diamètre fronlo-occipital ne varie point de la femme ordinaire à la femme aliénée , et qu'il ne diminue que de 6 millimètres de l'aliénée à

DE riDlOTIE.

l'idiote, tandis que la différence est énorne, si on passe au dernier degré de l'idiotie.

4° Que le diamètre bi-temporal est plus considérable chez la femme aliénée et même chez l'imbécile et l'idiote, que chez la femme d'une intelligence ordinaire.

S° Qu'en supposant que la somme de ces quatre mesures exprimât le volume du cerveau, il en résulterait que le volume de cet organe diminuant dans la même proportion que la capacité intellectuelle , le volume du crâne serait l'expression de cette capacité.

Morgagni a trouvé le cerveau très -dense; Meckel dit que la substance cérébrale des idiots est plus sèche, plus légère, plus friable que celle des individus sains d'esprit.

Malacarne assure que les circonvolutions du cerveau sont d'autant plus nombreuses que l'intelligence est plus grande, et que les feuillets ou lamelles du cervelet sont moins nombreuses chez ceux qui sont privés d'intelligence.

Les circonvolutions sont petites, atrophiées, serrées et peu profondes. Peut-être a-t-on négligé la capacité des sinus latéraux du cervelet. J'ai trouvé chez presque tous les idiots, dont j'ai ouvert le cadavre, les ventricules latéraux très-resserrés et d'une très-petite capacité.

Les imbéciles et les idiots ont une physionomie toute particulière qui les fait reconnaître dès qu'on les aperçoit. Lavater dit que le front rejeté en arrière et dont la courbure est sphéroïde ; que de grandes lèvres proéminentes et ouvertes , dont les commissures sont très-relevées ; que le menton en forme d'anse ou qui se retire en arrière, signalent l'idiotie.

Camper qui, au reste, n'a cherché dans la ligne faciale qu'un caractère de beauté de la face, fixe à quatre-vingt-dix degrés le terme extrême de la ligne faciale. Il est des idiots dont la ligne faciale a plus de quatre-vingt-dix degrés, et des individus très-raisonnables dont la ligne faciale n'en a pas quatrevingts.

On s'attend bien que je n'ai rien à dire sur le traitement d'un état constitutionnel ; néanmoins, on peut jusqu'à un certain point améliorer le sort des imbéciles, en donnant une bonne direction a leurs habitudes , à leurs actions, en les accoutumant à quelque travail qui tourne au profit de l'imbécile pauvre, ou serve de distraction à l'imbécile riche. Les idiots réclament des soins domestiques très-attentifs et très-assidus.

Sans imiter l'espèce de culte qu'on rendait aux idiots et aux crétins dans quelques contrées , dans lesquelles on regardait comme une faveur du ciel d'avoir un idiot ou un crétin dans sa famille, on entourera de soins asfidus et actifs ces infortunés qui, abandonnés à eux-mêmes , sont exposés à toutes les causes de destruction ; par l'habitude , on les accoutume à un régime convenable ; leur paresse , leur apathie , leur résistance h tout mouvement , sans perdre de vue que leur saleté , leurs infirmités, augmentent cette malpropreté, leur disposition à l'onanisme, exigent une surveillance éclairée et très-aclive. Rien ne saurait prévenir l'imbécillité et l'idiotie; mais les auteurs qui ont écrit sur le crétinisme, particulièrement Fodéré, donnent des conseils précieux pour prévenir la propagation de cette dernière infirmité.

DE L'IDIOTIE

On a classé parmi les idiots, les crétins, les cagots et même les albinos. Le crétinisme est une variété remarquable de l'idiotie. Les crétins sont les idiols des montagnes, quoiqu'il s'en rencontre quelquefois dans les plaines. Ils ne difiFèrent point essentiellement de nos idiots, relativement à la faiblesse de la sensibilité et à l'incapacité intellectuelle, mais ils en diflfèrent par des symptômes et par des circonstances propres au crétinisme.

On donne le nom de crétins à des idiots et à des imbéciles qui habitent ordinairement les gorges des montagnes. Ce nom vient, dit-on, du mot chrétien, parce que ces malheureux, simples et inoflfensifs, étaient vénérés comme de saints personnages. Qu'il me soit permis de hasarder une hypothèse. La dénomination de crétin ne viendrait-elle pas du mot crétine, qui, dans le vieux langage, voulait dire alluvion? N'a-t-on point transporté ce nom à des individus devenus infirmes, pour avoir habité au milieu des terres d'alluvion? En effet, le crétinisme n'est-il point endémique dans les gorges des môntagnes plus ou moins marécageuses et exposées à l'air humide?

M. de Maugiron , de la Société des sciences de Lyon , est le premier qui ait observé les crétins avec quelque attention et qui ait fait un mémoire sur le crétinisme. M. de Saussure (1), dans son voyage aux Alpes , parle longuement des crétins et des causes de leurs infirmités. Richard Clayton (2) assure que les crétins ont rarement plus de quatre pieds deux pouces de hauteur, qu'ils sont pour la plupart presque sourds et muets et qu'ils vieillissent promptement ; Clayton, sans doute, ne veut parler que des crétins qui sont dans le dernier degré d'abrutissement. L. Ramond (3) a décrit les crétins des Pyrénées , les a comparés à ceux des Alpes et a démontré que les causes qu'on assigne au crétinisme dans les Alpes, n'existent point dans les Pyrénées. William Cox (4) a signalé les différentes dégradations de l'intelligence des crétins, depuis la raison la plus voisine de l'état normal, jusqu'à cet état dans lequel le crétin n'est plus qu'un être organisé qui végète. Fodéré (S) a publié un excellent ouvrage sur les crétins des Alpes , qu'il avait longtemps vus et qu'il a bien observés. Paw, dans ses recherches sur les Américains, dit avoir observé beaucoup de crétins et des albinos dans l'isthme de Panama.

Les crétins offrent les mêmes caractères , les mêmes variétés d'incapacité intellectuelle , d'insensibilité physique et morale , qu'on observe chez les idiots; ils se distinguent cependant de ceux-ci, parce qu'ils naissent ordinairement dans les gorges des montagnes et au milieu de circonstances locales et matérielles qui ne se rencontrent point ailleurs, parce qu'ils portent des goitres plus ou moins volumineux , parce qu'ils sont tous éminemment lymphatiques et scrofuleux , etc., etc.

La taille des crétins est petite, leur peau est pàle, blafarde, livide, flasque, ridée; leurs muscles sont mous, relâchés, sans force, leurs membres son»», gros,

(1) f^oyage dans les Alpes...

(2) Mémoirs of tho litterary and philosophical society of Manchester... (ô) Voyage aux Pyrénées...

(4) Lettres sur l'état jwlilique civil et naturel de la Suissd, Paris, 1782, 2 vol. in-8".

(5) Traité du goitre et du crétinisme^ Paris, an vm, iu-S".

DE L'IDIOTIE

épais ; leur ventre est très-volumineux. La tôte est plus souvent grosse, tantôt aplatie postérieurement, tantôt cicprimce au sommet. Les cheveux sont fins et blonds. Les yeux sont écartés, cachés sous les arcades orbitaires et chassieux ; les paupières sont rouges et larmoyantes ; le regard est louche et stupide; le nez est épaté, les lèvres sont épaisses; la langue est pendante; la bouche mi-ouverte est inondée de mucosités, qui coulent sur les vêtements ; la mûchoire inférieure est allongée ; la face est bouffie, ce qui la fait paraître carrée, la physionomie sans expression est stupide. Quelques crétins ont le cou court et gros; d'autres l'ont allongé et grêle ; tous n'ont pas des goîlres. La plupart ont les membres abdominaux, inégaux, courts, infiltrés; leur démarche est lente, gauche et mal assurée : ils sont d'une excessive malpropreté. D'ailleurs, les fonctions digeslives s'exécutent bien. Les crétins sont gloutons et très-lascifs.

Comme les idiots, les crétins peuvent être distribués en trois degrés : dans le premier, les crélins portent bien leur tête, ont le regard animé, la démarche aisée, les idées sont peu nombreuses et incomplètes, mais ils distinguent les choses les plus usuelles de la vie, le bien du mal , ils ne peuvent suivre un raisonnement, ils questionnent peu, répondent juste, mais leur parole est grimacée et convulsive : ces crétins sont les plus nombreux.

Les crétins du second degré ont la peau livide, les traits diflformes, le cou allongé, les chairs molles et flasques, ils sont goitreux, leur tête est mal conformée, leurs membres sont épais et lourds, ils ne s'expriment que par des gestes ou par des cris convulsifs, ils ont peu de sensibilité, éprouvent des besoins physiques, les expriment ; leur intelligence ne va pas au delà d'un instinct grossier, ils ne s'attachent à personne.

Dans le troisième degré, les crélins sont muets, sourds ou aveugles, le regard indique qu'ils voient mal, ils n'ont pas de goût, mangent tout ce que l'on introduit dans leur bouche; ils sont insensibles aux bons comme aux mauvais traitements; il faut les porter, ils sont plongés dans l'engourdissement et la stupeur la plus profonde.

Tous les enfan'-s ne naissent point crétins. Ce n'est que vers la deuxième, troisième, ou quatrième année, que le développement de Tinteiligence s'arrête. Cependant, les enfants qui doivent être crétins, naissent avec un petit goitre, tettent difllcilemenl, sont bouffis et toujours assoupis. Ils ne marchent ni ne parlent au même âge que les autres enfants. Ce n'est que vers l'âge de dix à doMze ans qu'ils peuvent marcher, prononcer quelques syllabes et porter à la bouche les aliments. La puberté est tardive. Ces malheureux restent ordinairement assis devant leur habitation; aller de leur lit au foyer commun, pendant l'hiver, et hors la porte de la maison, pendant l'été, est pour eux un grand voyage, car ils marchent très-peu.

Il serait désirable de pouvoir comparer les différentes formes de crâne des crélins, avec les crânes des idiots des pays de plaine et des villes ; je n'ai pu me procurer qu'un seul crâne de crétin, quoique je sois allé en chercher dans les Pyrénées, dans les Alpes, et quoique plusieurs médecins m'en aient promis. Les préjugés du pays ont été sans doute un obstacle insurmontable à l'accomplissement des promesses de ces confrères.

DE L'IDIOTIE

La planche XXIV représente une famille des Pyrénées : c'est une mère goitreuse et deux de ses enfants crétins, debout à côté de leur mère. Ce dessin a été fait par M. Roques, de Toulouse, peintre aussi distingué par ses talents qu'honoré par son caractère. La physionomie de la mère contraste singulièrement avec celle de ses deux enfants; les goitres de ceux-ci, particulièrement celui du jeune homme, sont beaucoup moins volumineux que les goitres de la mère. Le front du jeune homme est beaucotip plus fuyant en arrière que celui de sa sœur ; tous les deux ont les yeux cachés sous l'orbite et leur menton est très en arrière. Ils ont l'un et l'autre, particulièrement la fille, les lèvres saillantes et la bouche entr'ouverte. Leur physionomie exprime la stupidité la plus complète. Ils ne parlaient point, mais ils faisaient entendre une sorte de grognement. Ils marchaient mal et lentement; mangeaient seuls, mais il fallait les habiller. Ils avaient à leur usage quelques signes pour exprimer leurs désirs, qui étaient bornés aux premiers besoins delà vie. Ils reconnaissaient leur mère, et aimaient à rester auprès d'elle. Rarement allaient-ils l'un sans l'autre. Dans leur maison, ils s'asseyaient toujours côte à côte. La fille fut envoyée à l'hôpital de Toulouse, où je l'ai vue en 1828. Elle était d'une taille moyenne, sa tête était petite, aplatie à son sommet, les yeux petits, cachés sous l'orbite, les lèvres épaisses, la bouche béante, pleine de mucosités. Deux petits goitres étaient appendus à son menton. Elle marchait lourdement et en canetant. Elle ne proférait aucune parole, mais laissait échapper un son grave et sourd pour exprimer sa joie, comme sa peine. Elle avait un goût prononcé pour les substances fortes. Elle prenait du tabac avec avidité. Elle parut contente lorsque je lui en donnai, et le porta aussitôt à son nez. Je lui présentai quelques pièces de monnaie, elle les prit dans ma main , les regarda attentivement , exprima sa reconnaissance en poussant quelques sons étoufi'és et inarticulés. Cette fille est morte. M. Délaye, médecin en chef de l'hospice des aliénés de Toulouse, m'a envoyé le ci'âne de cette idiote, dont suivent les dimensions. La moitié gauche du crâne est plus exprimée que la moitié droite.

Circonférence 0,S10

Courbe de la racine du nez à la tubérosité occipitale 0,243

Diamètre antéro- postérieur 0,168

Diamètre bi- temporal 0,1-43

Total. . . . 1,068

Le crétinisme est endémique, ai-je dit, dans les gorges des montagnes, dans quelques plaines. On trouve des crétins dans les Alpes , dans les Pyrénées, dans les Asturies, en Ecosse, dans les monts Krapacks, dans la Tartarie, dans les Cordilières , etc. , etc. Les crétins sont en beaucoup plus grand nombre dans les pays où le crclinisme est endémique , que les idiots ne le sont dans les pays de plaine et dans les villes.

Les crétins sont si nombreux dans ces pays, que dans le seul département

DE L'IDIOTIE

des Alpes, on comptait S,000 crétins en 1812, d'après un mémoire auquel j'aurai beaucoup d'emprunts h faire , tandis que l'idiotie est un phénomène rare chez nous. En effet, dans les hospices d'aliénés, on compte un trentième d'idiots tout au plus. Dans la table générale des aliénées admises à la Salpêtricre, pendant quatre ans moins trois mois, publiée par Pinel, on trouve que, sur 1,002 aliénées admises, il n'y avait que 36 idiotes. Les relevés du même hospice, faits depuis l'année 1804 jusqu'à 1814, sur 2,804 femmes aliénées, présentent 98 idiotes (1). 11 en est de même à Bicétre : d'après un mémoire inédit de Pussin, ainsi que des relevés faits par le docteur Hébréard, médecin de cet hospice, relevés publiés par M. le comte Pastoret en 1816 (2), sur 2,154 aliénés hommes admis à Bicétre pendant dix ans, 69 étaient idiots de naissance.

Le rapprochement de ces relevés justiûe ce que je disais plus haut , en annonçant que l'idiotie est un phénomène rare parmi nous, puisque, sur 7,980 aliénés des deux sexes, on ne compte que 203 idiots.

Pinel dit qu'il y a un quart d'idiots dans les hospices de Bicétre et de la Salpétrière. Il est évident qu'il y a eu ici erreur de rédaction ; les tables statistiques du même ouvrage disent le contraire.

Reil , et les écrivains qui ont écrit après le célèbre professeur français , ont répété la même erreur. L'acception vague du mot idiotisme explique cette apparente contradiction entre ce qu'ont avancé ces deux grands maîtres et les résultats de l'observation.

Les divers auteurs qui ont observé les crétins et qui ont écrit sur le crétinisme, ont émis des opinions différentes et souvent opposées sur les causes de cette infirmité ; on rencontre des crétins dans les vallées basses , profondes , étroites , dans les gorges circonscrites par de hautes montagnes. Un célèbre voyageur italien assure qu'on rencontre beaucoup moins de crétins dans les gorges des montagnes magnésiennes que dans les montagnes calcaires. Saussure a observé qu'il n'y a plus de crétins, au-dessus de 600 toises d'élévation. 11 ne partage pas l'opinion des auteurs qui accusent l'eau de neige, ou de glace fondue, et les eaux contenant des sulfates calcaires, d'être la cause du crélinisme; les habitants des hautes montagnes, dit-il, boivent des mêmes eaux et ne sont pas goitreux ; ce savant attache peu d'importance aux émanations marécageuses, à la mauvaise nourriture, à l'ivrognerie, à la débauche , comme causes de cette infirmité , parce que les effets de ces mêmes influences ne se font pas sentir aux habitants des plaines. 11 attribue le crétinisme à l'air stagnant , échauffé et corrompu , que respirent les habitants des vallées, car, ajoute-t-il , les villages exposés au midi offrent un plus grand nombre de crétins.

Les crétins des Pyrénées, observés par Ramond , habitent des vallées au nord, respirent un air sec et tempéré, boivent des eaux pures et vives. C'est donc à d'autres causes qu'il faut attribuer le crétinisme, qu'à celles indiquées par Saussure. La paresse, la nonchalance, ne peuvent pas non plus être accusées ; les habitants du Béarn et de la Navarre étant très-actifs, sont

(1) Rapport au conseil général doa hospices, Paris, 1816, in-4o.

(2) Traité de l'aliénation, Paris, 1809, in-8o, page 186.

DE L'IDIOTIE

cependant sujets au {joître et au créliaisme; mais peut-on convenir avec Ramond, que la misère, l'état d'avilissement, le mépris, dont les crétins sont l'objet, aient produit avec la succession des temps, le crélinisme des habitants des Pyrénées? Non sans doute. Les crétins du Valais sont entoures d'une sorte de considération , assistés avec des soins affectueux et ne sont point misérables.

Fodéré n'admet point que les eaux dont s'abreuvent les habitants des vallées .des Alpes soient la cause du crétinisme , les habitants des hautes montagnes n'ayant point d'autres eaux à boire. Ce savant professeur croit que le crétinisme est produit par l'air chaud, humide, concentré et stagnant, qu'on respire dans les gorges.

Dans un mémoire inédit que M. le comte de Rambuteau envoyait au ministre de l'intérieur en 1812, mémoire que j'ai largement misa contribution, M..., l'ancien préfet du Simplon, pense que le Rhône, débordant dans la saison de la fonte des neiges , laisse dans les plaines du Valais des eaux marécageuses qui exhalent des vapeurs malfaisantes ; que les eaux en descendant de la hauteur des montagnes se chargent de muriate et de carbonate de chaux , qui les rendent malsaines ; ces circonstances ne sont pas les seules qui contribuent à la production du crétinisme ; il rejette l'opinion de ceux qui accusent les eaux provenant des glaciers et de la fonte des neiges. Dans le Valais même, dit M. de Rambuteau, les habitations qui sont situées sur les hautes montagnes où l'on respire un air pur et vif, présentent une population robuste. Dans la vallée du Rhône , plusieurs portions plus larges où l'air est plus agité; la majeure partie des vallées latérales, lorsqu'elles reçoivent les vents rafraîchissants du nord , lorsqu'elles sont éloignées des marais et lorsqu'on y boit des eaux de bonne qualité, sont exemptes de goitres et de crétinisme ; tandis que les crétins sont plus nombreux dans les villages situés dans des vallées entourées de hautes montagnes , exposées pendant quatre mois aux rayons du soleil ardent. La chaleur réfléchie par les roches nues et brûlantes y est tellement concentrée qu'on ne respire qu'un air étouffant et embrasé, et le vent du midi , signalé par Hippocrate pour ses mauvaises influences sur l'inervation , y règne habituellement. Il est remarquable que les vallées oiî il y a seulement des goitreux , avoisinent les vallées des crétins, qu'en approchant de celles-ci les goitres commencent à paraître d'abord rares, puis plus fréquents; on voit ensuite réunis les goitreux aux crétins. Les habitations du Valais sont basses , étroites et sales. L'air ne s'y renouveMe point, la lumière ne les pénètre pas; les animaux domestiques y séjournent péle-méle avec les hommes ; la nourriture est mauvaise, elle se compose de viandes salées , de pommes déterre, de maïs, de châtaignes. L'indolence, la paresse, l'ivrognerie et la débauche, les soins mal entendus qu'on donne aux enfants nouveau-nés, les accidents qui arrivent de l'abandon de ces mêmes enfants, sont tout autant de causes secondaires , mais puissantes, qui augmentent l'énergie des funestes influences du sol , des eaux et de l'air.

A toutes ces dénégations de l'action malfaisante des eaux, le docteur Bailly oppose les résultats contraires de son observation. Le goître ou le bronchocèle provient, dit ce médecin , des eaux crues, dures, qui coulent abritées du

DE L'IDIOTIE

soleil et de l'aclion de l'air, comme sont les eaux qui sourdenl du creux des rochers, des montagnes ou des entrailles delà terre, et que l'on boit peu après leur issue. Il est si vrai, ajoute notre confrère, que le goitre est produit par la qualité des eaux et non par l'état de l'atmosphère, qu'il y a des fontaines dans le Léman dont l'usage de l'eau, pendant huit jours seulement, produit ou augmente cette tumeur. Ceux des habitants d'un même village qui ne boivent pas des eaux de ces fontaines , ne sont nullement affectés de goitre et ne deviennent point idiots, quoiqu'ils ne soient éloignés que d'une portée de fusil des autres habitants.

M. Vyn, dans son excellent itinéraire en Suisse , discute les diverses opinions qui ont été émises sur les causes du crétinisme, et n'est satisfait d'aucune. Il pense que cette infirmité est produite par la transition brusque et fréquente de la température chaude à la température froide. Cette transition est déterminée par des courants d'air très-froid qui s'échappent des gorges étroites et par le très-grand abaissement de la température après le coucher du soleil, comparativement à sa grande élévation pendant le jour.

Les causes immédiates organiques du crétinisme ne sont pas mieux connues ni mieux déterminées que les causes prédisposantes et éloignées ; ainsi l'un accuse la petitesse du crâne des crétins, l'aplatissement du vertex et de l'occipital. Malacarne prétend que le peu de capacité du crâne ou bien son étroitesse ne permettant pas au cerveau de se développer, celui-ci ne peut remplir ses fonctions. Ackermann concluait que l'aplatissement de l'occipital observé chez beaucoup de crétins, en déplaçant les faisceaux nerveux à leur origine, nuisait à leur action et par conséquent au développement de l'intelligence. Quelques observateurs ont trouvé le cerveau très-dense et quelques autres hydrocéphalé. Quelques autres attribuent le crétinisme à la compression des carotides, exercée par les glandes sous-maxillaires très-développées par les scrofules.

Le crétinisme est-il le résultat d'un vice congénial? la difformité du crâne est-elle toujours la cause de cette infirmité, ou bien ne serait-il pas souvent une maladie acquise après la naissance? Josias Simier, historien du Valais, qui écrivait en 157-4, prétend que les sages-femmes de son temps connaissaient, au moment de la naissance, si l'enfant devait être crétin. S'il en était ainsi , les crétins naîtraient avec quelque vice de conformation même appréciable , et dès lors l'habitation des vallées humides et chaudes, l'état de l'atmosphère, la qualité des eaux, le mauvais régime n'exerceraient qu'une influence secondaire. Mais M. de Rambuteau assure qu'il est très-rare de pouvoir reconnaître si un enfant qui naît sera crétin; et, d'ailleurs, comment expliquer l'amélioration qu'éprouvent les habitants des vallées qui se transportent sur les hautes montagnes? comment expliquer la diminution considérable des crétins observée depuis un grand nombre d'années? Il est plus vraisemblable de penser que les influences auxquelles sont soumis les enfants sont les causes productrices de cette maladie ; car, comme nous l'avons dit en commençant, les enfants ne naissent pas crétins : ils ne le deviennent qu'à la seconde et quelquefois à la quatrième ou cinquième année. Un autre problème intéressant à résoudre eslle suivant : le crétinisme et le goitre dépen-

lift

DE L'IDIOTIE

dent-ils essentiellement des mêmes causes? Comme la plupart des crétins sont goitreux , quelques observateurs se sont décidés pour l'affirmative : cependant il est des faits qui doivent inspirer quelques doutes sur cette identité d'origine : les crétins naissent en général de parents goitreux, le contraire arrive, et il n'est pas rare de voir dans la même famille des enfants crétins et des enfants d'une intelligence développée, quoique nés du même père et de la môme mère. Partout où il y a des goitres il n'y a pas toujours de crétins, et réciproquement; partout où il y a des idiots il n'y a pas de crétins; ainsi le goitre n'influe pas nécessairement sur le développement des organes et des facultés intellectuelles , mais il est compliqué d'idiotie dans certains pays. Il est d'observation constante, dit M. de Rambuteau, que des crétins mariés à des individus exempts de crétinisme, donnent naissance à des êtres sains de corps et d'esprit, tandis que des individus bien constitués et intelligents engendrent des crétins. On ne peut dire ce qui arriverait du mariage de deux crétins, car on ne voit pas de pareilles unions. Il est notoire que des pères et des mères qui sont bègues (chose très-commune dans le Valais) donnent souvent le jour à des idiots, et que dans les familles dont le premier-né est idiot, les puînés le sont également. On a encore observé que les Valaisanes qui épousent des Français ou des Savoyards réfugiés, produisent plutôt des crétins que lorsqu'elles s'allient avec les gens du pays. On se rend compte de ce phénomène si l'on se rappelle que les Français et les Savoyards qui se réfugient dans le Valais sont des hommes sans principes, sans éducation, sans ressources, qui s'énervent par la chaleur excessive des vallées, par l'ivrognerie, par la débauche; qui deviennent apathiques, abrutis, et qui, se mariant avant d'être acclimatés, produisent des enfants faibles, scrofuleux, soumis aux funestes influences de toutes les causes qui favorisent le goitre et le crétinisme, tandis que si les Valaisanes épousent des Français bien élevés , dans une condition aisée, elles donnent le jour, comme avec les habitants des hautes montagnes, à des enfants forts et robustes.

Quelles que soient les causes éloignées et prochaines du crétinisme, il est consolant de savoir que le nombre des crétins, depuis quarante ans, diminue progressivement dans les Alpes, les Pyrénées. M. l'ancien préfet du Simplon attribue cette diminution aux digues qui préviennent les inondations du Rhône, au dessèchement des marais, au défrichement des terres, enfln au meilleur régime adopté par les habitants des Alpes , qui sont devenus plus laborieux, moins adonnés à la crapule et à l'ivrognerie. Fodéré assure que le soin d'élever les enfants sur les hautes montagnes, que l'industrie, le commerce, l'usage du café avaient puissamment contribué à diminuer le nombre de ces infortunés. Ramond partage l'opinion de ces auteurs relativement à la diminution des crétins. Peut-être aussi faut-il tenir compte des lumières qui ont pénétré dans ces contrées. Le préjugé , les égards superstitieux qu'on avait pour ces malheureux , les. soins mal entendus qui leur étaient prodigués, contribuaient à rendre indolents, apathiques, stupides, crétins en un mot, des malheureux qui, aujourd'hui, sans manquer des soins dus à ces êtres disgraciés de la nature, sont élevés avec plus de discernement.

On appelle albinos, des individus qui, accidentellement et par suite d'une

DE L'JDlOTJt.

maladie ordinairemenl congéniale, ont la peau d'un blanc laiteux, des cheveux et des poils d'un blanc éclatant et les yeux rosés.

La peau des albinos est blafarde, d'un blanc de lait, couverte de duvet blanc ; les cheveux, les cils, les sourcils, la barbe et le poil des autres parties du corps, sont d'un blanc brillant, La cornée privée de pigraenlum, laisse apercevoir les vaisseaux sanguins qui traversent le bulbe oculaire, ce qui donne aux yeux une couleur rosée ; un clignotement continuel agite les paupières ; les pupilles se contractent et se dilatent fréquemment. Ces malades fuient la lumière, dont l'éclat les empêche d'apercevoir les objets, ils ne voient bien que pendant le crépuscule et pendant que la lune éclaire l'horizon. Cet état est souvent compliqué d'imbécillité ou d'idiotie. Là où l'on rencontre des albinos se trouvent aussi des goitreux et des idiots.

Les albinos ne sont point une race d'hommes comme on l'a prétendu. La naissance d'un albinos est un accident. Il naît de parents noirs . olivâtres , ou cuivrés, dans la zone lorride ; parmi nous, il naît de parents blancs ordinaires dont les autres enfants sont comme leur père et leur mère. Les albinos sont généralement d'une constitution débilitée, d'une capacité intellectuelle faible aussi. Les albinos se reproduisent-ils? C'est ce qu'on ignore, manquant d'observations à cet égard; mais il est certain que, mêlés à des individus sains, ils engendrent des enfants bien portants. Les kakrelaks d'Asie passent pour féconds. Le respectable missionnaire, M. Dubois, qui pendant SO ans a prêché le christianisme dans l'Inde, a baptisé l'enfant d'une femme kakrelake et d'un soldat européen.

Celte inCrmilé de l'espèce humaine est plus fréquente entre les tropiques qu'en Europe. On trouve des albinos dans l'île de Ceylan , sous le nom de bédas, sous celui de kakrelaks, dans l'Amérique; on appelle c?a«c?os, les albinos du midi de l'Afrique.

Les albinos étaient connus des anciens : on lit dans les fragments de Clésias , que les Indiens sont noirs naturellement et non par l'influence du soleil ; mais j'ai vu, dit cet auteur, deux femmes et cinq hommes qui étaient blancs. Pline raconte que, dans l'Albanie, au pied du Caucase, on trouve des individus qui ont les yeux glauques, qui sont blancs dès la naissance et qui voient mieux la nuit que le jour. Il y a une cinquantaine d'années que l'on montrait, à Paris, deux albinos nés dans les montagnes d'Auvergne. M. Blandin (1) rapporte qu'un de ses amis connaissait une famille d'albinos dans les environs de Paris. Nous avons tous vu à Paris, il y a une quinzaine d'années, un albinos venu, disait-on, de la Forét-lNoire, qui était très-bien conformé, quoique d'une taille petite et d'une grêle stature, qui parlait plusieurs langues, qui était marié et avait deux enfants qui ne partageaient pas l'infirmité de leur père. L'aumônier de l'hospice de *** est albinos.

M. D., âgé de 80 ans environ, est né de parents très-sains, mais il est albinos. Il s'est développé comme les autres enfants, quoique d'une constitution (iclicale et d'une intelligence ordinaire. Son caractère est très-bon , facile, mais timide. Jusqu'à l'àgt de 7 ans, M. D... ne voyait pas pendant le

(1) Dictionnaire de médocine et de chirurgie pratiques ^ arl. albinie, pay. 434.

DE L'IDlOTlïï.

jour, mais dès celte époque, il s'habitua peu îi peu h voir; il distingue les objets qui sont à portée de sa vue. Il est myope, est oblige de rapprocher très-près de ses yeux les objets qu'il veut considérer et ce qu'il veut lire. Il a reçu une éducation excessivement soignée et en a profité sans acquérir une grande étendue de connaissances. Jusqu'à son entrée dans le monde, vers l'Age de 18 ans, il conserva ses cheveux blancs de neige flottants sur ses épaules; à cette époque, il prit une perruque, mit des bésicles, fréquenta la société, dans laquelle il parut toujours un peu géné. Cet homme s'est marié et a deirx enfants qui sont très-bruns.

Tous les médecins ont visité Roche, albinos, qui habite Bicêtre depuis un grand nombre d'années. Il avait environ 84 ans lorsque je l'observai en 1821. La taille de Roche «st moyenne, son embonpoint considérable, sa peau fine, d'un blanc de lait avec une légère teinte rosée. Sa tète paraît d'un volume proportionné à sa taille, assez bien conformée , quoique le front soit aplati. Mesure de la téte :

Circonférence ........... 0,S80

Courbe de la racine du nez. 0,305

Diamètre antéro- postérieur 0,18-4

Diamètre transversal 0,1S5

Total. . . 1,194

Cet albinos a les cheveux et les poils d'un blanc éclatant; ses paupières sont continuellement en mouvement; si le clignotement cesse, elles restent demi-fermées, le bulbe de l'œil est rosé. Roche voit mal les objets éclairés, il a la vue très-courte, regarde comme un myope ; il voit mieux dans l'ombre, aussi se plaît-il dans sa cellule. Sa physionomie est sans expression, même lorsqu'il se fâche; sa démarche est lourde, incertaine , ses mouvements sont brusques; il se promène en chemise, nu-pieds, court sans bas, chante, crie , brise ce qu'il rencontre. Sa voix est criarde et devient aiguë quand on le contrarie. Cet albinos n'a point d'idées suivies , articule mal les quelques mots qu'il a appris; h peine entend-on ce qu'il veut dire. Il comprend lorsqu'on lui parle des choses relatives à ses habitudes et aux besoins ordinaires de la vie. Il tend la main pour demander du tabac , il soulève sa chemise , sans doute accoutumé à cette pratique par l'appât de quelque argent que lui donnent les curieux qui le visitent. Il mange beaucoup , ramasse ce qu'il rencontre, se fâche, mais n'est point méchant : il est très-adonné h l'onanisme : depuis quelque temps , Roche perd ses cheveux, reste mieux vétu et peut vivre dans un dortoir.

Cagots. — On appelle cagots, une race d'homme qui, plongée dans la plus profonde misère, poursuivie par le mépris, l'injure et l'avilissement, se trouve dispersée le long de l'Océan, depuis le Nord, jusqu'au midi de la France. « Dans les solitudes de la petite Bretagne, dit Ramond, on les voit ;> dès les temps les plus reculés , traités avec barbarie. A peine leur per- )> met-on, dans un âge plus civilise, de vaquer aux professions de cordonnier

DE L'IDIOTIE

n et de tonnelier. Le parlement de Rennes est obligé d'intervenir pour leur 1. faire accorder la sépulture. On les trouve alors dcsi<;ncs sous le nom de » cacous et de cagneux, et les ducs de Bretagne avaient ordonné qu'ils ne 1. paraîtraient point sans une marque dislinclive. Vers l'Aunis , on retrouve )• leurs pareils, cachés dans l'Ile de Maillezais. La Rochelle est peuplée de » coliberts ou esclaves. Ils reparaissent sous le nom de caAefs en G uienne et >. en Gascogne , réfugiés dans les marais, les lagunes et les landes longtemps Il inhabitables de ces contrées. Dans les deux Navarres, ils s'appellent quel- >• quefois cfly/bs : c'est ainsi que les nomme l'ancien For, compilé vers 107-4. >i On les découvre enfin , dans les montagnes du Béarn , de la Bigorre , des )« quatre vallées et du comté de Comminges. Là, ce sont ces cagots, ou capots 11 que, dans le onzième siècle, je vois donner, léguer et vendre comme » esclaves, réputés ici comme partout, ladres et infects, n'entrant à l'église » que par une petite porte séparée et y trouvant leur bénitier particulier )i et leur siège à part ; qu'en plusieurs lieux les prêtres ne voulaient pas n recevoir à la confession, auxquels l'ancien For de Béarn croyait faire grùce » en prenant sept témoins d'entre eux pour valoir un témoignage; qui furent » en 1460 l'objet d'une réclamation des états de Béarn, voulant qu'il leur » fût défendu de marcher nu-pieds dans les rues de peur d'infection, et qu'ils 11 portassent sur leurs habits leur ancienne marque distinclive, le pied d'oie, » ou de canard.. »

Les cagols étaient voués de temps immémorial au malheur, h la misère, à. l'ignominie, aux infirmités. Infâmes et maudits, rejetés de la population, relégués dans des lieux écartés , ne pouvant s'allier avec les autres habitants, ni exercer d'autres métiers que ceux de bûcheron ou de charpentier, obligés de marcher les premiers aux incendies , et de rendre aux communautés les services les plus honteux.

Ce n'est guère que vers le milieu du siècle dernier , que le parlement de Bordeaux rendit un arrêt par lequel il est fait inhibition et défense d'injurier aucun particulier prétendu descendant de la race de Giézi et de les traiter d'agots, cagols, gahets, ni ladres. On y ordonne l'exécution des arrêts de la même cour, du 9 juillet 1723, et 22 novembre 173S, à peine de SOO livres d'amende. Le même arrêt ordonne que les gahets soient admis à toutes les assemblées générales et particulières qui se feront par les habitants , aux charges municipales et aux honneurs de l'église comme les autres. La cour du parlement de Toulouse donna un arrêt semblable, le 11 juillet 1746, en confirmation de deux précédents du mois d'août 1703 et du 11 août 174S. Ramond a fait une savante dissertation sur l'origine de cette race d'hommes, qui présentait les mêmes caractères physiques et le même abrutissement intellectuel et moral, dans les différentes provinces. Ce savant n'a pu donner que des conjectures. Sont-ce des restes d'anciens peuples qui se sont rués successivement sur la Gaule? Sont-ce des Sarrazins , débris échappés au fer de Charles-Martel ? Sont-ce, enfin, des lépreux bannis de la société, relégués dans des lieux reculés et déserts où ils se sont abâtardis, n'osant quitter leur retraite? Il reste toujours à expliquer comment des êtres aussi avilis, aussi dégradés , vivant hors de la société qui les dédaignait cl les outrageait , se

I)F, L'IDIOTIE

sont conservés pendant un si grand nombre de siècles. Au reste, depuis le commencement du siècle dernier, les préjugés ayant cessé de poursuivre ces mailieureux, le médecin Noguès ayant élevé la voix en leur faveur et déclaré qu'ils étaient hommes forts, robustes, intelligents; l'autorité des parlements ayant mis un terme h leur état d'ilotisme, on ne retrouve presque plus de cagols, et si j'en ai parlé ici, ce n'est que pour mémoire, comme preuve des déplorables effets de la misère, du mépris et de l'ignorance, sur l'intelligence humaine.

Ici se placent naturellement quelques considérations relatives aux sauvages. Existe-t-il des hommes sauvages? Non, sans doute, si l'on veut parler d'un homme doué d'intelligence, vivant seul, isolé, étranger à toute civilisation, sans éducation et n'ayant jamais communiqué avec ces autres hommes. Mais il est des peuples qui mènent une vie errante dans les bois, dans les montagnes, sur les bords des fleuves, qui sont privés des bienfaits de la civilisation, qu'on appelle sauvages. Ces hommes ont peu d'idées. Pour se faire entendre, pour échanger leurs pensées, leurs désirs, ils n'ont qu'un petit nombre de mots à leur usage ; mais ils ont des sensations , mais ils ont des passions, mais ils comparent, mais ils prévoient, ils veulent, ils vivent en société. Sans doute ils ont moins de sensations, moins d'idées, moins de besoin que nous, moins de prévoyance, leur intelligence est moins cnitivée. Ils sont moins civilisés que les hommes qui habitent dans nos villes , dans nos capitales; mais les sauvages sont doués des mêmes facultés, il n'y a de différence entre eux et nous, que celle qui existe entre un homme qui a reçu de l'éducation et celui qui n'en a reçu aucune, entre l'homme ignorant et celui qui est instruit, entre l'homme sans expérience et celui qui en a beaucoup , entre l'homme qui se livre à ses passions brutales avec celui qui a appris à les dompter.

Et ces hommes trouvés dans les bois, sur lesquels l'éloquence des philosophes du dernier siècle a appelé l'intérêt du monde civilisé, qu'on a montrés, avec affectation, à la curiosité publique, comme des hommes parfaits , supérieurs aux Newton et aux Bossuet, auxquels il ne manquait que l'éducation ; ces infortunés n'étaient point des sauvages, c'étaient des idiots, des imbéciles abandonnés ou fugitifs que l'instinct de leur conservation, et mille circonstances fortuites avaient préservés de la mort.

Une mère coupable, une famille dans la misère, abandonne son fils idiot ou imbécile; un imbécile s'échappe de la maison paternelle, et s'égare dans les bois, ne. sachant retrouver son habitation ; des circonstances favorables protègent son existence; il devient léger à la course, afin d'éviter le danger; il grimpe sur les arbres pour se soustraire aux poursuites de quelque animal . qui le menace; pressé par la faim , il se nourrit de tout ce qui tombe sous sa main ; il est peureux parce qu'il a été effrayé ; il est entêté, parce que son intelligence est faible. Ce malheureux est rencontré par des chasseurs, amené dans une ville, conduit dans une capitale, placé dans une école nationale, confié aux instituteurs les plus célèbres ; la cour, la ville s'intéressent à son sort et h son éducation ; les savants font des livres pour prouver que c'est un sauvage, qu'il deviendra un Leibnitz, un Buffon ; le médecin observateur et

DE L'IDIOTIE

modeste assure que c'est un idiot. On appelle de ce jugement ; on fait de nouveaux écrits ; on discute ; les meilleures méthodes, les soins les plus éclairés sont mis en œuvre pour l'éducation du prétendu sauvage ; mais , de toutes ces prétentions, de tous ces efibrts, de toutes ces promesses, de toutes ces espérances, qu'est-il résulté? Que le médecin observateur avait bien jugé ; le prétendu sauvage n'était autre qu'un idiot. Tel avait été le jugement de Pinel sur le Sauvage de l'Aveyron (1). Concluons de ceci que les hommes dépourvus d'intelligence, isolés, trouvés dans les montagnes, dans les forêts, sont des imbéciles, des idiots égarés ou abandonnés.

Observations pour servir d l'histoire de l'idiotie.

Dargenl , âgée de 24 ans, entrée à la Salpétrière le 8 septembre 1820, est d'une taille élevée; sa tète est volumineuse, son front relevé ; la bosse frontale, du côté droit, est plus saillante que celle du côté gauche, tandis que la saillie de l'occipital est plus prononcée à gauche. Les yeux sont châtains , le regard louche , les dents sont belles, la face est bouffie et colorée, la physionomie stupide, les membres sont bien conformés, la peau est blanche. D.... mange seule, mais elle ne sait point aller chercher ses aliments, elle ramasse toutes sortes d'ordures; ses déjections sont involontaires; elle ne parle point, ne s'occupe à rien, ou bien joue avec des chiffons roulés en forme de poupée. D'un caractère très-doux, elle est rarement en colère , et témoigne, par ses caresses, de la reconnaissance aux personnes qui la soignent.

Au mois de mars 182-4 , elle fut renversée par une aliénée ; elle avait ses règles, qui se supprimèrent. Pendant quelques jours, elle refusa de manger, mais bientôt après elle reprit ses habitudes. Les menstrues n'ont pas reparu. Le 18 mai, il se manifesta une toux continue et de la dyspnée ; le 20, la face était fortement colorée , la respiration difficile , le pouls dur et fréquent , l'abdomen souple. On ne put juger les crachats qui étaient avalés. Saignée , gomme, looch;21, rémission. Sangsues à l'anus. 22, la toux persiste, vésicatoire an bras; 24, oppression très-forte, vésicatoire sur la poitrine; 26, potion huileuse pour combattre la constipation ; 27, déjections alvines ; 28, abdomen douloureux, quinze sangsues sur l'abdomen; 29, persistance des symptômes pulmonaires, dévoiement ; 31, respiration laborieuse, dévoieraent ; 2 juin, mort; 3, ouverture du cadavre.

Autopsie. — Téte volumineuse, les os du crâne sont épais et éburnés. Arachnoïde légèrement injectée ; circonvolutions moins nombreuses et peu profondes, particulièrement du côté gauche; ventricules latéraux très-rétrécis, surtout à droite ; cerveau de consistance normale ; cervelet moins dense que le cerveau ; poumons tuberculeux et caverneux. Sérosité dans le péricarde, cœur petit. L'estomac contient la substance puriforme des crachats

(1) 11 est impossible de lire rien de plus iiiléressanl que les deux rapports du docteur linrd, sur les soins admirables (jue noire confrère prodigua à cet idiot pour développer son intelligence.

avales pendant la vie. Muqueuse des iatestiiis rouge dans quelques points. Proportions du plâtre moulé sur la téte :

Circonférence 0,543

Courbe de la racine du nez à la saillie occipitale. 0,340

Diamètre antéro - postérieur 0,183

Diamètre bi-temporal 0,142

Total. . . . 1,208

Delatre , âgée de 21 ans environ, a un père imbécile. Elle a la taille petite, la téte peu volumineuse, le front bas. A la hauteur de deux travers de doigts, au-dessus des arcades sourcilières , la voùle du crâne s'aplatit, et l'on observe une dépression plus marquée au sommet de la tète. Les yeux sont roux, presque fixes, le regard est louche , la commissure externe des paupières est plus élevée que la commissure interne, la pupille est habituellement dilatée. Dès l'enfance, D... est demi-sourde; depuis l'âge de 19 ans, la surdité semble diminuée. Le nez, déprimé à sa racine, se termine en pointe ; la lèvre supérieure, plus grosse que l'inférieure, la dépasse de quelques lignes ; le menton est bifurqué, retroussé en haut ; la physionomie exprime la tristesse. Mesure de la tête sur le sujet vivant :

Circonférence 0,S20

Courbe de la racine du nez à la protubérance

occipitale 0,312

Diamètre antéro -postérieur 0,184

Diamètre bi-temporal 0,157

Total 1,173

D... marche pesamment, avec lenteur, et ne peut courir; elle ne saisit pas de ses mains les objets avec force et ne peut manier un balai. Elle reste isolée de ses compagnes , assise ordinairement par terre, fouillant dans la boue ; elle ramasse des chiffons qu'elle effile. Elle a l'habitude de tendre une corde entre ses dents et une de ses mains, tandis qu'avec l'autre main elle fait vibrer la corde. S'approche-t-on d'elle, elle regarde d'un air sauvage. Voit-elle faire quelques signes, elle reste la bouche béante.

D... s'habille et se déshabille seule, mais ne sait prendre aucun autre soin de sa personne , et se prête volontiers à ceux qu'on lui donne. Elle aime à changer de linge , et voit arriver le dimanche avec plaisir pour mettre des vêtements plus propres. Elle connaît les heures des repas et mange beaucoup. Pendant la distribution des aliments , elle s'irrite si on la fait attendre et si on ne la sert point avant les autres; elle flaire les aliments et les rejette s'ils ne lui conviennent pas. Si elle voit donner quelque chose à manger à ses compagnes, elle fait signe pour qu'on ne l'oublie pas. Elle reconnaît son père et lui fait des caresses ; elle est reconnaissante , mais ce sentiment est

DE L'IDIOTIE

très-fiigace ; elle témoigne sa satisfaction par une sorte de grognement qni lui est propre. Elle vole, relient et défend ce qu'elle a pris; elle ne donne jamais rien, elle n'est entêtée que pour conserver, soit les chiffons qu'elle a ramassés, soit les alimenis, soit ce qu'elle a volé. Est-elle contrariée, elle pousse un cri, mais n'articule aucun son. A certaines époques, particulièrement celles de la menstrualion, D... devient méchante et colère, elle saule à la figure, cherche h l'arracher et même h étrangler les personnes qui lui déplaisent. Lorsqu'elle s'est livrée à un acte de colère et qu'elle a frappé, elle s'enfuit aussitôt. Elle esl sans pudeur, aime h rester nue, et parait occupée à se considérer. Très-adonnée à l'onanisme, la présence des hommes ne paraît avoir aucune influence sur elle. D... dort bien, n'est jamais malade, elle est trèsrégulièrement raenstruée.

Graus est âgée de 19 ans. Sa mère, la nourrissant, fut efiTrayée par une folle, qui voulut arracher de ses bras celte enfant qui avait alors deux mois. Son intelligence ne se manifesta point proportionnellement au développement du corps; à 18 mois. G... eut la petite-vérole confluente. A 2 ans seulement, elle commença à faire quelques pas. A trois ans, elle eut une maladie grave, et depuis lors arrêt complet dans le développement de l'intelligence. A 7 ans, les forces physiques se rétablirent ; à 14, éruption spontanée des menstrues.

G... est d'une taille élevée, sa tète est petite, aplatie, peu développée, l'occipital est remarquablement petit. Les cheveux, les sourcils sont châtains, le front est court, les yeux sont bleus, la lèvre inférieure plus grosse est saillante ; les dents sont bien conservées; la peau est hâlée par le soleil ; la physionomie est stupide. Mesures de la tête prises pendant sa vie :

Circonférence. 0,S04

Courbe de la racine du nez à l'occipital. . . 0,283

Diamètre occipito-frontal 0,178

Diamètre bi-temporal 0,146

Total. . . 1,111

G... a les membres bien conformés. Sa démarche est gauche, lente et saccadée. En marchant, elle étend ses mains comme un enfant qui essaye ses forces; sa tête est penchée vers la terre et son corps fortement porté en avant; elle est habituellement assise par terre ou sur un banc^ tenant à la main une poupée avec laquelle elle joue, ou bien roulant entre ses doigts ses vêtements et son bonnet. Si elle marche et qu'on l'arrête, elle ne parait ni contrariée ni impatiente. La nuit, elle quitte son lit et court sans motif dans le dortoir. Depuis l'âge de 14 ans, époque de la première menstruation, G... est devenue méchante, surtout aux époques menstruelles. Elle renverse ses camarades sans provocation aucune. Si elle est fâchée contre une de ses compagnes, elle se déchire la peau et va accuser celle qui l'a contrariée. Dans ses accès de colère, elle jetle ses sabots. Elle est extrêmement entêtée, peureuse, et se cache si on la gronde, mais recommence ce qui avait

DE L'IDIOTIE

provoqué les gronderies. Jamais elle n'a pu rien apprendre; elle ne connaft que les choses relatives aux premiers besoins de la vie el les personnes qui la soignent habituellement. Il faut l'habiller, faire son lit, lui porter ses aliments, sur lesquels elle se jette avec voracité.

Elle ne peut articuler qu'avec peine des monosyllabes , et s'est créé un jargon que les enfants comprenaient mieux que sa mère. Lui présente-t-on des objets qui lui plaisent, elle laisse échapper du gosier les sons inarticidés hé, hé, héou, et sourit. Sa voix est enfantine, traînante et grêle. Elle a retenu un air qu'elle se plaît à fredonner.

Elle arrête son attention sur les objets qui l'entourent; elle n'a de mémoire que pour se rappeler ce qu'on lui a promis. Si on laisse de l'argent à sa portée, elle s'en empare pour faire acheter des friandises. Elle connaît la valeur de la monnaie, et si on essaye de la tromper, elle se fâche, se met en colère, mais n'a point de paroles pour rendre ce sentiment. Quoique paraissant ignorer le chagrin et l'ennui , quoique lors de son entrée dans l'hospice elle n'ait témoigné ni regret ni surprise, elle accueille bien sa mère lorsque celle-ci vient la voir. Elle est reconnaissante pour la fille de service qui la soigne, el même parfois elle est généreuse et donne les choses que sa mère lui apporte. Elle aime particulièrement les enfants.

Quoique G... aime la toilette, elle ne peut garder plusieurs jours un vêlement sans le déchirer pour faire des espèces de poupées. La présence des hommes agit fortement sur elle ; son trouble, el même ses désirs se décèlent, par le sourire, la rougeur de la face et par des gestes non équivoques qu'elle ne dissimule pas, même en présence de plusieurs personnes. Un homme est-il près d'elle, elle feint d'avoir mal au ventre, se renverse par terre comme les épileptiques , et imite leurs convulsions; mais aussitôt qu'on la menace ou qu'on lui jette de l'eau au visage, elle cesse le jeu. Les fonctions de la vie de nutrition s'exécutent bien ; les menstrues sont régulières.

Brikton, âgée de 20 ans, est née d'une mère bien portante et d'un père habituellement dans un état d'ivresse. Elle a deux frères qui n'ont jamais pu apprendre à lire. Elle est venue au monde chétive ; elle n'a su trouver le sein de sa mère qu'après deux ans d'allaitement. A cet âge, elle a commencé à se traîner sur ses genoux, sur ses mains et sur ses jambes , el à prononcer les mots jt)a|3a, maman. Elle a eu des convulsions pour faire les premières dénis et à la seconde dentition. A 7 ans seulement elle a marché, à 12 ans elle était très-petite, mais depuis lors sa croissance a été rapide. Elle ne jouait point avec les enfants de son âge, mais elle savait se défendre. A 15 ans, les menstrues ont paru, peu après elles se sont supprimées pendant 8 mois; depuis, elles sont régulières et abondantes.

B. .. est d'une taille moyenne, d'un très-grand embonpoint, sa tête est petite proportionnellement îi la face. Les cheveux sont bruns et abondants, le front est étroit et peu élevé. L'œil droit est bleu, le gauche est roux, le nez grand est aplati à sa racine, la bouche largement fendue, les lèvres sont épaisses et saillantes, les dents mauvaises, les joues grosses ; le menton est rond, le cou court el gros, la face est injectée et hàlée ; la physionomie est calme, mais sans expression. Mesures de la lêle.

DE L'IDIOTIE

Circonférence de la léle 0,-486

Courbe de la racine du nez à l'occipital. . . . 0,811

Diamètre anléro- postérieur. . ■ 0,180

Diamètre transversal • • 0,1-43

Total 1,120

Les membres sont courts et gros , les seins développés ; B... se meut lentement, sa démarche est lourde, et elle tend ses bras en marchant.

Elle arrête son attention sur ce qui se passe autour d'elle et paraît s'en occuper; ainsi, voyant chausser une de ses compagnes, elle comprit et dit que les souliers essayés allaient bien. Elle répond assez juste aux questions qu'on lui adresse. Elle n'a pu apprendre que quelques lettres et jamais à lire ni à écrire. Elle a un peu de mémoire, elle se rappelle divers événements dont elle a été témoin dans sa famille, mais les confond lorsqu'elle veut en parler. Si on lui demande son âge, elle dit : « Je n'en sais rien, mais ma mère lésait. » Elle connaît la valeur de quelques pièces de monnaie et s'en sert à propos. Quoiqu'elle connaisse le nom de la rue qu'habitent ses parents, elle ne peut la reconnaître. On a eu beaucoup de peine à lui apprendre à s'habiller. Elle n'a jamais pu tricoter. Elle va chercher sa nourriture. Elle s'acquitte quelquefois des travaux les plus grossiers de l'hospice.

Le caractère de B... est doux, elle aime sa mère et les personnes qui la soignent ; elle se met en colère lorsqu'elle est provoquée ; elle a le sentiment de la honte et de la pudeur. Elle n'aime point à jouer, vit isolée, sans inquiétude et sans ennui , et répète souvent qu'elle est sans soucis : sa santé physique est bonne.

Barboulax , âgée de 20 ans , évacuée de l'hospice des femmes incurables h l'âge de 14 ans , a la taille ordinaire ; la tète est volumineuse , le front , d'une hauteur médiocre, est aplati sur les côtés, les bosses frontales sont légèrement prononcées et séparées par une légère dépression ; les cheveux, les sourcils et les cils sont très-noirs ; on remarque quelques cheveux blancs sur le front ; les yeux, cachés sous d'énormes joues, châtains et humides, s'ouvrent lentement et sans expression ; le nez est large, la bouche fendue , la face colorée, la physionomie timide et enfantine, le cou court.

Circonférence de la téle 0,840

Courbe de la racine du nez à l'occipital. . . 0,323

Diamètre antéro- postérieur 0,188

Diamètre transversal 0,180

Total 1,196

Les membres sont bien développés, mais gros, les mouvements sont gauches et lourds. B... marche peu, est habituellement accroupie dans un coin du dortoir sans avoir l'idée d'aller dans la cour. Lorsqu'on observe B..., elle cache son visage avec l'avant-bras , et de la main de l'autre bras elle frotte 2 17

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rapidement ses habits. Si 'on essaye d'abaisser son bras, elle résiste, si on emploie la force elle rougit, pleure et a l'air de mauvaise humeur; quoique habituellement tranquille, elle se met en colère lorsqu'on la contrarie, elle mord, donne des coups de pieds et lance ses sabots. Si on la frappe elle reste déconcertée et dit battue. Elle est sensible aux louanges et aux reproches , elle a le sentiment de la honte et de la pudeur, elle est très-accessible à la jalousie. Avant d'entrer à la Salpêtrière, elle jeta par la fenêtre un enfant qu'elle voyait avec jalousie comblé de caresses, elle ne témoigna aucun regret; elle ne connaît ni la tristesse, ni l'ennui, ni la coquetterie. Elle est reconnaissante pour la fille de service qui la soigne et elle affectionne particulièrement une de ses compagnes. Son vocabulaire se borne à un très-petit nombre de mots, elle dit oui et non, souvent mal à propos, et battue lorsqu'elle a été frappée. Elle sait s'habiller, mais ne réussit pas toujours bien. On est obligé de la laver et de la peigner; elle ne sait point aller chercher les aliments ; si on ne les lui apportait pas, elle ne les réclamerait point ; elle ne demande jamais rien , elle ramasse des chiffons propres ou sales pour faire des espèces de poupées. La santé de B... est d'ailleurs bonne et les menstrues sont régulières.

Coulinin, âgée de 20 ans, d'une taille petite et rachitique, a l'habitude du corps maigre , la peau hàlée , la tempe gauche est fortement déprimée , le front est élevé et le vertex légèrement aplati.

Circonférence 0,S26

Courbe de la racine du nez à la tubérosilé occipitale 0,310

Diamètre fronto - occipital 0,178

Diamètre bi- temporal 0,147

Total. . . 1,1S8

Ses cheveux sont blonds , ses paupières sont enflammées et rouges , ses yeux petits et bleus; son nez est court, les lèvres sont épaisses, la bave s'écoule de sa bouche, le menton est rond, le pavillon des oreilles est très-grand. Les membres sont très-grêles ; la tète se porte en avant et le dos est trèsvoùté. La démarche est mal assurée, à peine un pied touche le sol qu'il est brusquement relevé et le corps chemine par saccades. Le regard de C... est hébété; lorsqu'elle rit, elle ouvre largement les lèvres et montre les dents ; elle mange beaucoup et se nourrit des choses les plus sales. Si elle a faim, elle frappe du pied et appelle so/opes les filles de service lorsqu'elles tardent» luiporteràmanger.Lesdéjeclionssont involontaires, lesrègles n'ont pointparu.

C... est tranquille et dort pendant la nuit, elle salit son lit. Lorsqu'on l'a levée et habillée, on la porte sur un banc, elle s'y accroupit le menton posé sur les genoux et se balance continuellement d'avant en arrière; elle marche rarement.

C... ne connaît que la fille de service qui la soigne. 11 faut la lever, l'habiller, la laver, la déshabiller avant de la coucher. Les soins de propreté la

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conlrarient, elle répète souvent les mots bête^ cochonne, pour exprimer soit son mécontentement ou sa colère, soit quelque désir borné toujours au besoin de la nourriture. Elle n'est point sourde, le son de la cloche l'avertit qu'on va distribuer les aliments. Lorsqu'on lui dit de marcher, elle quitte son banc et fait quelques pas. Elle essaye de chanter, en répétant la la la la, et lorsqu'elle dit l'un des deux à trois mots qui forment son vocabulaire, sa voix est rauque, imitant le cri grave d'un chat.

Indifférente à tout, C... paraît sans pudeur, elle rit et pleure, elle est entêtée et colère, alors sa figure se colore, la mucosité qui s'échappe habituellement de la bouche augmente, elle crache à la figure, elle mord les autres et elle-même. Rien ne parait l'effrayer, elle ne manifeste aucun sentiment de reconnaissance.

On est obligé de tenir cette idiote dans la camisole pour l'empêcher de se laver avec son urine, de se rouler dans les ruisseaux, jusque dans les latrines et de ramasser les ordures les plus sales, etc.

Brault, âgée de 26 ans, entrée à la Salpêtrière le 3 septembre 1812, à l'âge de 16 ans. Brault est d'une taille moyenne ; sa tête est petite, particulièrement la portion postérieure. Elle porte sa tête alternativement de gauche à droite. Ses cheveux sont châtains, ses yeux bleus se meuvent convulsivement et ne peuvent rester fixes longtemps. Son front est aplati sur les côtés, court et presque pointu; les lèvres constamment écartées par un rire convulsif. Les deux- dents incisives sont très-larges et saillantes , le menton est très-volumineux et forme deux plis. La face est grosse, colorée. La physionomie est sans expression, les membres sont gros et courts, les doigts sont petits et effilés. Cette dernière disposition se rencontre fréquemment chez les idiots. Mesure de la tête prise sur le vivant :

Circonférence 0,822

De la racine du nez à la tubérosité occipitale. . 0,â-43

Diamètre antéro- postérieur 0,175

Diamètre bi-temporal 0,155

Total. . . 1,195

On est obligé de lever, d'habiller Brault, de la déshabiller; elle ne va point chercher les aliments, cependant elle dit pignon lorsqu'elle veut demander à manger, et aiynow lorsqu'elle veut boire. Elle paraît satisfaite lorsqu'on lui apporte ses repas qu'elle prend avec gloutonnerie. Son appétit est très-grand. Les déjections sont involontaires. B... passe la journée accroupie sur un banc ou par terre. Elle a souvent entre les doigts une aiguille qu'elle passe et repasse au travers de quelques chiffons. Lorsqu'elle est couchée , elle dit îi la fille de service : Bonsoir, ma bonne. Elle marche lourdement et agite convulsivement ses mains en marchant ; elle ne peut courir, et s'il pleut, elle ne se met pas à l'abri. Quoique ses facultés intellectuelles soient Irès-bornées, elle ne paraît pas tout à fait étrangère à ce qui se passe autour d'elle. Elle reconnaît le sou delà cloche qui annonce l'heure des repas. Elle articule plus ou moins mal

DE L'IDIOTIE

cinq à six mots, les sons qa'elle articule sont très-sourds. On l'entend quelquefois chanter les quatre syllabes suivantes : la la la la. Elle est colère, particulièrement à l'époque de la menstruation ou bien lorsqu'on la provoque, alors elle jette ses sabots à la téle. Elle est très-entêtée; sa mère est morte depuis trois mois; Brault ne se rappelle plus sa mère, quoiqu'elle la reçût avec plaisir et la caressât lorsque celle-ci venait la voir. Elle reconnaît la GUe de service, mais elle ne lui témoigne nulle reconnaissance. Si on lui fait des menaces elle pleure. Elle n'a aucun sentiment de pudeur; elle ne sait point jouer, elle a quelques chififons dans la main qu'elle tortille gauchement entre ses doigts.

Laguette , âgée de 80 ans environ , est d'une taille ordinaire. Sa tête , fortement penchée en avant , est petite , aplatie sur les côtés , l'occiput un peu saillant , le front élevé fuit en arrière ; les bosses frontales sont légèrement dessinées. Les cheveux sont bruns, mêlés de cheveux blancs, les sourcils sont de même , les yeux petits, roux, louches, le nez est gros et allongé, la bouche est moyenne , les lèvres sont pâles, amincies et plissées. Les dents incisives manquent , le menton est rond et retroussé , le teint est brun , la face aplatie et ridée. La physionomie exprime l'étonnement et la stupidité. La mesure de sa tète donne les proportions suivantes :

Circonférence 0,511

Courbe de la racine du nez à la tubérosité occipitale 0,325

Diamètre anléro-postérieur 0,182

Diamètre bi-temporal. . . 0,144

Total. . . 1,162

Laguette tient ses mains appliquées contre son corps et fait des mouvements de tête brusques, semblables au balancement de la tète qu'exécutent les brebis. Les membres sont développés. L... marche avec lenteur et lourdement, porte son attention sur ce qui se passe autour d'elle, distingue les objets, entend ce qu'on lui dit. Elle répète plusieurs fois de suite et avec énergie les monosyllabes bê, bê, bê, lorsque quelque chose l'intéresse fortement. Elle sait indiquer à la fille de service oi!i doivent être ses sabots lors même qu'elle les a déposés dans un coin depuis quelque temps. Elle est extrêmement paresseuse , fait quelquefois du tapage pendant la nuit. Les déjections sont involontaires nuit et jour. Elle s'enfuit si ses compagnes veulent la battre, elle n'attaque personne; lorsqu'elle est en colère elle lance ses sabots au-dessus des bâtiments, elle renverse les ustensiles de ménage, déchire ses habits , ses bas , sa chemise , se rend auprès de la fille de service et lui fait signe de réparer ce qu'elle vient de déchirer. Elle exprime son contentement lorsque ses vêtements sont raccommodés. Pour la mettre hors d'étal de déchirer , on est obligé de la fixer dans son lit , ce qui ne l'empêche pas de détruire avec ses dents la camisole pour s'en débarrasser. Elle a le sentiment de la faim, mais il faut lui apporter ses aliments, et avant

DE L'IDIOTIE. 129

d'y toucher elle les examine avec soin et les flaire. Elle mange beaucoup. Elle aime à sentir les fleurs. On est obligé de l'habiller, de la laver; j'ai essaye de la faire habiller elle-même. Elle y a réussi tant bien que mal , a mis la camisole de force sans répugnance. Était-elle arrêtée dans cette opération par quelque obstacle, elle avertissait de l'aider en faisant signe, en bêlant, en se grattant vivement plusieurs fois de suite, le front, la tête.

Elle remercie quand on lui donne du linge blanc. Elle aime à voir les personnes bien mises , elle salue et fait même la révérence sur l'invitation delà fille de service, aux personnes qui lui donnent du tabac qu'elle prend avec avidité et porte rapidement à son nez. Elle n'a point le sentiment de la pudeur et elle est souvent nue, paraissant se regarder avec plaisir. Elle est très-livrée à l'onanisme. Elle est sensible aux reproches, pleure, mais ses regrets sont passagers, elle se livre bientôt à la faute qui vient de lui attirer des reproches. Celle idiote a retenu l'air Vive Henri IV qu'elle chante en répétant M bê bê et en sautant sur elle-même. Les règles ont cessé depuis quelque temps, L... n'a pas paru en éprouver le moindre changement dans sa santé qui est excellente.

Ferrandier, ùgée de 22 ans , d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, a la peau hâlée, néanmoins souple et molle, la tête petite, habituellement baissée et penchée de côté. Le crâne est peu développé, relativement à la face; le front est élroit, l'occiput aplati, le vertex élevé; les cheveux sont bruns, abondants; les yeux bleus ; les paupières épaisses , peu ouvertes ; le regard est louche; les joues sont grosses; le nez est petit; les lèvres sont saillantes , retroussées , entr'ouvertes. Elle aspire avec la langue le mucus qui découle continuellement des narines; les dents sont blanches ; le menton est rond ; la physionomie stupide ; le cou court , gros ; les seins sont volumineux et pendants ; le bassin est large. Les membres supérieurs sont petits et sans force; les membres abdominaux sont courts et infiltrés pendant l'hiver, le côté droit est plus faible que le gauche. Les mesures de la tête sont prises sur le visage.

Circonférence 0,493

Courbe de la racine du nez à la tubérosité

occipitale 0,298

Diamètre anléro-poslérieur 0,169

Diamètre bi-temporal 0,135

Total. . . . 1,092

Ferrandier marche très-lentement, ne peut courir, ni monter un escalier sans être aidée. Elle reste accroupie dans la cour et par terre , ordinairement à la même place. Elle est épileptique , les attaques reviennent tous les sept à huit jours ; les déjections sont involontaires pendant la nuit. F... comprend ce qu'on lui dit, et répond aux questions qu'on lui adresse. Elle est susceptible d'attention pour les objets qu'on lui présente et pour ce qui se passe autour d'elle. Mais elle est incapable de faire la moindre chose : il faut l'ha-

billcr, la peigner, la laver; elle joue avec des poupées ; elle compte jusqu'à cent, sauf quelques erreurs 5 elle conserve l'argent qu'on lui donne et le garde pour acheter des friandises; elle fredonne quelques airs qu'elle a entendus ; elle est affectueuse pour une de ses compagnes qu'elle embrasse tendrement et souvent; on a remarqué qu'elle s'est brouillée pendant huit jours avec sa compagne , alors elle ne la recherchait plus et ne l'embrassait point; elles se sont raccommodées a en juger par leurs embrassements. F... est très-reconnaissante des soins qu'on lui donne ; elle est entêtée et se met facilement en colère , alors elle frappe , mord , déchire tout ce qui tombe sous sa main, on est forcé de lui mettre la camisole. Elle est insensible aux reproches, inaccessible à la peur, elle n'a point de sentiment de pudeur et paraît se plaire auprès des hommes. La santé de cette idiote est bonne et sa menstruation régulière.

Gandin, entrée à la Salpétrière le 7 avril 1824 à l'âge de 20 ans, est scrofuleuse et rachitique, sourde et muette; la téte est très-petite, le front court et les régious temporales développées. Les yeux sont petits et bleus, le regard est louche et flxe, les cheveux sont châtains, les dents belles, la face est décolorée , la physionomie sans expression , les membres sont très-grêles , habituellement pioyés et contractés à gauche.

Privée de tout sentiment. G... n'exprimant pas même par ses gestes les premiers besoins de la nutrition , on est obligé d'introduire les aliments dans la bouche et alors elle avale. Les déjectionssont involontaires. Habituellement couchée, G... reste dans la même position; si on la découvre, ses membres se meuvent convulsivement, particulièrement à droite, elle manifeste de l'impatience. On a essayé plusieurs fois de l'asseoir sur une chaise, elle glisse et se laisse tomber. Plusieurs fois on a interrogé sa sensibilité en la pinçant, elle n'a donné aucun signe de douleur ; elle n'est point réglée.

Depuis son admission dans l'hospice, la santé de G... s'est chaque jour dégradée; elle est devenue très-maigre, les traits de la face se sont décomposés. Vainement a-t-on voulu explorer les diverses cavités, vainement a-t-on voulu saisir quelque signe qui expliquât le dépérissement progressif et rapide, G... a succombé le 26 juin, un mois et demi après son admission dans l'hospice.

L'ouverture du corps fut faite le lendemain pendant la clinique. Les os étaient minces et friables à tel point qu'ils se sont détruits par la macération. Le crâne est petit , la dure-mère est saine , les circonvolutions atrophiées , très-serrées; l'arachnoïde injectée présente , au niveau des bosses frontales, deux points osseux de trois à quatre lignes de diamètre, et adhère à la substance corticale dans une grande étendue des hémisphères ; cette substance est rouge, la substance blanche est injectée et un peu molle ; les corps striés et les couches optiques sont fortement injectés. Les ventricules ont peu de capacité, le cervelet est également injecté; la protubérance annulaire est moins dense que de coutume, la moelle épinière est peu consistante, les poumons sont hépatisés, le cœur est petit et flasque, la membrane muqueuse de l'estomac est molle et rouge.

Proportions du plâtre moulé sur la tôle après la mort :

DE L'IDIOTIE

Circonférence 0,498

Courbe antcro-poslcrienre 0,290

Diamètre occipito-frontal 0,167

Dianaètre bi-temporal 0,143

Total. . . 1,098

Audry, Agc'e de 23 ans, est d'une taille moyenne. Sa tète est volumineuse, l'occipital développé, le front étroit et aplati ; les yeux sont très-noirs , quelquefois louches , les paupières sont souvent et fortement fermées ; elle les cache souvent ; les cheveux sont très-noirs et crépus, la peau de la face est olivâtre , tandis que celle du corps est brune , seulement le nez est gros et épaté, les lèvres sont volumineuses , les dents très-belles , les oreilles trèsgrandes, les pieds grands et plats , les mamelles fortes , la physionomie est stupide. Les mesures de la tète ont été prises sur le vivant :

Circonférence 0,870

Courbe du nez à l'occiput 0,318

Diamètre antéro-postérieur 0,198

Diamètre bi-temporal 0,181

Total. . . 1,234

Les membres sont bien développés. Audry ne marche point, reste toujours assise sur ses talons, tantôt par terre, tantôt sur un fauteuil, se balançant d'avant en arrière, exposée à toutes les variations de température, sans auti^ vêlement qu'une chemise, regardant a droite et à gauche sans qu'elle entende ce qu'on lui demande, et sans rien comprendre vraisemblablement à ce qui se passe autour d'elle ; elle est néanmoins très-occupée à regarder ses mains qu'elle porte très-près de ses yeux. L'instinct de cette idiote est presque nul. Elle ne connaît que la personne qui a l'habitude de lui donner des soins ou de lui donner du tabac. Non-seulement elle ne parle pas, mais elle ne prononce que la syllabe suivante, qu'elle répète sans cesse et avec plus de vivacité lorsque quelque chose l'impressionne d'une manière agréable ou pénible : brou, brou est son unique langage, qu'elle bourdonne presque continuellement, ce qui lui a fait donner dans l'hospice le nom de Bourdon, Il faut la vêtir, la coucher comme un enfant, et lui porter les aliments qu'elle dévore avec voracité après les avoir flairés. Elle est très-peureuse, le moindre bruit l'effraye ; elle exprime son effroi en ramassant, pour ainsi dire, tout son corps sur lui-même ; l'eflroi passe, elle s'essaye à rire. Elle n'a nulle affection pour personne, ni l'instinct de se défendre si elle est frappée. Elle a un goût excessif pour le tabac. Elle présente non la main, mais son bras à toutes les personnes qui passent auprès d'elle, et lorsqu'on a mis du tabac sur son bras, elle le porte avec une sorte d'avidité et de sensualité au nez d'abord et puis à la bouche ; elle lèche sa chemise, le siège sur lequel elle est assise, lorsqu'il y reste attaché quelques grains de tabac. Lorsqu'elle n'en a plus, elle

DE L'IDIOTIE

fait sortir |de son nez celui qu'elle vient de priser pour l'avaler ensuite. On est parvenu à lui faire comprendre qu'il fallait danser pour avoir du tabac : alors h la moindre parole et surtout lorsqu'on lui montre du tabac ou une tabatière, elle saute sur elle-même, les pieds en dedans, les bras en l'air. L'ouïe parait être dure, car il faut crier plusieurs fois pour attirer son attention et se faire apercevoir, mais la vue du tabac suffit pour la mettre en émoi. Pendant que je la faisais dessiner, je lui donnai des abricots, elle en mangeait la pulpe, et, ne pouvant mordre le noyau, elle l'avalait.

Elle n'a nul sentiment de pudeur : je l'ai vue plusieurs fois, accroupie sur un fauteuil, jouer avec ses mamelles dont elle tortillait les bouts avec ses doigts ; je l'ai vue aussi uriner et regarder avec une sorte de curiosité l'urine qui coulait sur le carreau. Elle satisfait aux autres besoins involontairement et partout où elle se trouve. Audry d'ailleurs se porte très-bien, les menstrues sont très-régulières et très-abondantes. Elle se livre à l'onanisme d'une manière effrénée, en plein jour, et en présence de tout le monde. Plusieurs fois en ma présence et en celle du dessinateur, elle a essayé de satisfaire à ce penchant sans paraître soupçonner qu'elle fût en présence de quelqu'un. Son insensibilité physique est telle, qu'en la pinçant, qu'en promenant les barbes d'une plume sur ses lèvres, sur ses paupières, il m'a été impossible de produire le moindre signe de sensibilité. Depuis son admission, il y a six ans, Audry a fait quelques progrès ; elle sait avertir par signes qu'on ne lui a pas servi ses aliments, elle souffre des vêtements, aide à ce qu'on l'habille, elle met elle-même un bonnet sur sa tête, elle va prendre la même chaise qui est percée, la traîne à la même place, pose dessous un vase de nuit, et s'accroupit sur le siège. Lorsqu'elle ne peut obtenir par ses gestes et par son bourdonnement, qu'on lui donne du tabac, elle descend de son siège et fait des efforts mimiques pour qu'on lui en donne. En 1826, Audry fut prise dame petite-vérole confluente à laquelle elle succomba le sixième jour. Pendant sa maladie, elle n'a pas accusé la moindre douleur; mise à la diète, elle n'a point témoigné le désir de manger ni de boire, mais elle acceptait tout ce qui était porté à sa bouche.

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