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Les causes de la manie , que l'on peut appeler en quelque sorte causes individuelles, ou mieux causes spécifiques, sont physiques ou morales. 2 2
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Le tableau des causes que je joins ici nous présente l'hérédité comme une cause éloignée sans doute, mais comme la plus fréquente. Chez les femmes de toutes les classes , la menstruation, soit qu'elle ait eu de la peine à s'établir, soit qu'elle se supprime, soit enfin qu'elle cesse au temps critique , est une des causes de manie la plus ordinaire. Il est vrai de dire que cette cause étend son influence sur toute la période de la vie, pendant laquelle les femmes sont dans les conditions les plus favorables au développement de la manie. La cause la plus à redouter, après l'état delà menstruation, est l'accouchement, la lactation, soit qu'après la couche le lait ne monte point dans les seins, soit qu'il se supprime dans le cours de l'allaitement, soit enfin qu'à l'époque du sevrage la femme ait négligé les précautions convenables. L'insolation, l'exposition au feu , causent souvent la manie, circonstance qui offre un rapport frappant avec l'influence de la saison chaude relativement à la fréquence de cette maladie; en eflfet , nous disions plus haut que les climats chauds, que l'été sont favorables au développement de cette espèce de vésanie.
Les dartres , ou répercutées , ou longtemps stationnaires , déterminent quelquefois la manie. Cette cause agit plus ordinairement vers l'âge de trentecinq à quarante-cinq ans , et chez les femmes , pendant les anomalies de la dernière menstruation, ou quelque temps après la cessation des menstrues. Aussi, n'est-il pas très-rare de retirer alors de très-bons effets des exutoires, qui, excitant la peau, y déterminent un point d'irritation, ou un foyer d'évacuation salutaire. J'ai vu quelquefois l'application d'un simple vésicatoire au bras produire un érysipèle dartreux, qui a mis fin à des manies invétérées.
L'épilepsie , qui si souvent est la cause de l'idiotisme et de la démence , produit aussi la manie, c'est-à-dire, qu'après l'accès d'épilepsie, les épileptiques restent dans un état de manie , souvent avec fureur. Sur quatre cents épileptiques que nous avons à la Salpétrière, cinquante au moins sont maniaques après l'accès. La fureur, chez les épileptiques, est plus aveugle, plus terrible, plus dangereuse : c'est celle qui est le plus à redouter dans les asiles d'aliénés. La manie des épileptiques n'est point de longue durée ; elle se termine, tantôt après quelques heures, tantôt après trois, quatre et huit jours. Il est très-rare que l'accès éclate avant l'attaque épileplique.
La mélancolie et l'hypocondrie (1) ont, de tous les temps, été signalées comme causesprédisposantes delà manie: plusieurs grands maîtres, Alexandre de Tralles , Boerhaave lui-même, ont pensé que la mélancolie (lypémanie) n'était que le premier degré de la manie ; cela est vrai dans quelques cas. Il est , en effet , des individus qui , avant de devenir maniaques , sont tristes , moroses, inquiets, défiants, soupçonneux; quelques-uns ont un délire partiel avec excitation ; il en est d'autres qui se sentent malades, ont de la céphalalgie, les membres brisés , le pressentiment d'une maladie grave dont ils sont menacés, et même la crainte de devenir fous; ils sont inquiets , tourmentés,
(1) Ployez F. Dubois (d'Amiens), Uisloire philosophique de l'hypocondrie et de l'hystérie, Paris, 1837, in-8».
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demandenl des remèdes et en font beaucoup. Dans ces deux cas , les symptômes mélancoliques ou hypocondriaques sont les prodromes de la manie; c'est le temps d'incubation : ces symptômes pour l'homme exercé ne peuvent faire illusion ; ils sont l'indice d'un accès de manie près d'éclater.
Le nombre des causes morales de la manie est bien plus élevé que celui des causes physiques. Ce nombre est plus considérable chez les femmes que chez les hommes, et bien plus encore en comparant les causes de la manie avec celles de la démence. On conçoit facilement la raison de ces différences, quand on a égard au tempérament , à l'âge , au caractère des individus plus ordinairement atteints de manie. Les femmes, pour qui l'amour est l'affaire la plus importante de la vie, se soustraient plus difficilement que les hommes à l'influence de l'amour contrarié.
Il n'est pas non plus sans intérêt de comparer le nombre des causes morales dans la classe inférieure et dans la classe élevée de la société. Chez Ihomme riche le cerveau est plus exercé, plus actif; les facultés intellectuelles sont plus développées ; les passions sociales sont plus souvent excitées el plus énergiques. Plus dépendants des caprices de la fortune et des hommes, les grands , les riches restent plus exposés que les gens pauvres aux effets funestes de l'amour-propre blessé , de l'ambition , du bouleversement de la fortune.
Les causes physiques et morales prédisposantes ou prochaines, agissent rarement isolément les unes des autres , elles se combinent , se compliquent pour produire la manie. Une frayeur cause la suppression des menstrues , cette suppression devient cause de la manie , qui cesse avec le retour des évacuations menstruelles. Une femme en couche éprouve un chagrin violent, les lochies se suppriment, la manie éclate, etc. Il est vrai de dire que la manie a rarement lieu sans ïe concours des causes physiques et des causes morales. Quelquefois cette maladie se manifeste sans autre cause appréciable que quelques écarts de régime ; mais il faut être prévenu que ces écarts sont, dans quelques cas, les premières nuances de la maladie qui commence. On a vu la manie survenir après des fièvres graves, des fièvres intermittentes, particulièrement après la fièvre quarte, suivant Sydenham , qui le premier a fait cette observation. On l'a vue se manifester après la disparition subite d'un rhumatisme, de la goutte, des hémorrhoïdes, d'un érysipèle, d'une évacuation habituelle, des affections cutanées, de la leucorrhée, delablennorrhagie, etc.
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