HO
Des relevés faits dans divers établissemens ou hospices consacrés aux aliénés 1, nous concluons: i° que la gué-
* Voyez le chapitre statistique à la fin de l’ouvrage.
DE LA FOLIE
rison absolue des aliénés est d’environ un tiers1 : 20 que le nombre des guérisons varie du quart à la demie. Cette différence tient à des circonstances particulières de localité, de maladies, de traitement : 3° que les guérisons sont plus nombreuses en France qu’en Angleterre (elles sont beaucoup plus rares en Allemagne et en Prusse). Ainsi, quelque ostentation que les Anglais mettent dans le succès du traitement des aliénés, nous pouvons en France leur opposer de plus grands succès. Avis à nos compatriotes qui veulent que le mieux soit toujours chez les étrangers.
Il ne suffit pas de déterminer le nombre des guérisons ; il importe encore d’apprécier la durée de l’aliénation mentale ou de son traitement. C’est dans cette vue que j’ai rédigé le deuxième tableau des guérisons pendant dix ans. La première oolonne offre le nombre des admissions, déduction faite des incurables; les lignes horizontales indiquent les guérisons de chaque année; la deuxième colonne verticale indique le total des guérisons.
J’ai constamment observé que, dans l’espace du premier mois de la maladie, il se fait une rémission très marquée. Jusque alors la folie, qui avait eu une marche aiguë et violente, semble être arrivée à sa terminaison, et c’est alors qu’elle semble passer à l’état chronique , parce que la crise a été incomplète. Cette rémission, que j’ai observée avec le plus grand soin , doit-elle être attribuée aussi aux symptômes qui compliquent lafolieau début? C’est souvent dans le premier mois qu’on obtient le plus grand nombre de guérisons, comparativement
1 Dans l’établissement d’Ivry, nous avons compté sur 529 aliénés de.K deux sexes, non paralytiques, 263 guérisons = 1 sur 2,01.
DE LA FOLIE
aux mois suivans; c’est ce que confirme le Mémoire de Pinel lu à l’Institut en 1 8oG.
Le terme moyen de la durée de la folie a été fixé, dans ce meme Mémoire, entre cinq et six mois. M. Pinel n’a compris dans les relevés qui l’ont conduit à ce résultat que les aliénés qui n’avaient subi ailleurs aucun traitement, ou dont la maladie n’était pas très ancienne. M. Tuck donne une extension plus grande à la durée de la folie, dans le compte qu’il rend de la maison de la retraite, près d’York. Nos données nous forcent à nous ranger à l’opinion de ce dernier. J’ai été conduit à cette opinion en faisant le relevé des femmes aliénées admises à la Salpêtrière, pendant dix ans. Ce relevé s’étend. depuis 1 8o4 jusqu’à 1 8 1 3. Il a été reçu deux mille huit cents femmes aliénées : sept cent quatre-vingt-quinze ont été reconnues incurables, à cause de leur âge ou parce quelles étaient imbccilles, épileptiques ou paralytiques. Deux mille cinq ont été mises en traitement, sans avoir égard à l’ancienneté ni au caractère de la folie. Sur ce nombre, six cent quatre ont été guéries dans la première année; cinq cent deux dans la seconde; quatrevingt-six dans la troisième; quarante-et-une dans les sept années suivantes; d’où on doit conclure: i° que l’on obtient le plus grand nombre de guérisons dans les deux premières années : o.0 que le terme moyen des guérisons est d’un peu moins d’un an : 3° que, passé la troisième année, la probabilité de guérison n’est guère que d’un trentième. Il est néanmoins des exemples qui prouvent qu’il ne faut jamais désespérer de la guérison des aliénés. Pinel, d’après Baumes, cite
DE LA FOLIE
l’exemple bien mémorable d’une dame qui a passé vingt-cinq ans dans un état de manie, au su et connu de toute une province, et qui tout-à-coup a recouvré la raison. J’ai vu une jeune fdle qui, depuis dix ans, était en démence, avec suppression des règles. Un jour, en se levant, elle court embrasser sa mère: ah! maman} je suis guérie! Ses menstrues venaient de couler spontanément, et la raison s’était rétablie aussitôt. Au reste , ces faits sont rares. Us prouvent que lorsqu’il n’v a pas de signes d’incurabilité, ou lorsqu’il existe quelque désordre physique , on peut espérer qu’enfin la folie cessera. Je l’ai vue terminée deux fois au temps critique chez deux femmes qui étaient aliénées , et même en démence maniaque, depuis leur première jeunesse. Il y avait à la Salpêtrière , pendant que j\ tais médecin de cet hospice , une femme qui , de la première menstruation, était devenue folle, et qui guérit à quarante-deux ans, lors de la disparition des menstrues.
Le plus grand nombre des guérisons s’obtient au printemps et à l’automne.
L’âge le plus favorable pour la guérison est depuis vingt ans jusqu’à trente ans. Passé cinquante ans, les guérisons sont rares. 1
L’on guérit beaucoup plus de manies et de monomanies que de lypémanies: on ne guérit point l’idiotie, ni la démence sénile: la démence chronique guérit rarement : les manies guérissent plus promptement que les lypémanies.
1 Des relevés statistiques, postérieurs à la publication de ce mcmo.re, justifient les propositions précédentes. Voy. tom. II .
DE LA. FOLIE
Il est des fous qu’on ne peut guérir que jusqu a un certain point. Ces individus restent d’une susceptibilité telle que les plus légères causes provoquent des rechutes, et, alors, ils ne conservent leur raison qu’e'n restant éloignés de la société dans une maison, où nulle secousse morale, nulle inquiétude, nul évènement ne les expose à retomber dans leur premier état. Il en est d’autres dont le cerveau et par conséquent la raison a éprouvé une telle atteinte, qu’ils ne peuvent plus reprendre le rôle qu’ils jouaientavant dans le monde: ils sont très raisonnables ; mais ils n’ont plus assez de tête pour être militaires, pour conduire leur commerce, pour diriger leurs affaires, pour remplir leurs emplois ou leurs charges. On peut compter ces individus pour un vingtième, parmi ceux qui recouvrent leur raison.
La plupart des aliénés conservent un sentiment pénible de leur maladie ; ils sont souvent ingrats pour les soins qu’on leur a donnés, parce qu’ils imaginent qu’on s’est mépris sur leur maladie, et qu’on les a déplacés, isolés, traités à contre-temps. Ce phénomène, qui a été signalé par les anciens, qui est ordinairement très prononcé dans les premiers temps de la convalescence, se dissipe peu-cà-peu, et disparaît enfin lorsque les individus ont recouvré la plénitude de leur santé.
Presque tous les aliénés, même les maniaques, ont le souvenir des idées, des illusions, des faux jugemens, des affections, quel qu’ait été le désordre de leur intelligence. Lorsqu’ils sont convalescens ils rendent très bien compte des illusions des sens, des hallucinations de leurs répugnances, de leurs aversions, de leurs pré-
DE LA FOLIE
férences, de leur obstination, enfin du motif de leurs déterminations et de leurs actes. Ils précisent très bien l’époque de la cessation du délire, ils indiquent les causes qui ont provoqué cette cessation ou les symptômes qui l’ont signalée; ils apprécient les soins qu’on leur a donnés, le bien ou le mal qu’on leur a fait, les erreurs ou les fautes qu’on a commises pendant leur maladie. La folie n’est donc point la perle de la conscience, car l’aliéné conserve souvent le sentiment de son état. Beaucoup de mélancoliques et même des maniaques ont une parfaite connaissance de tous leurs discours et de toutes leurs actions, et après leur guérison, ils racontent avec une surprenante exactitude, ce qu’ils ont fait, dit ou pensé : plusieurs, à cause du souvenir qu’ils en conservent , n’osent se montrer en public, renouer leurs anciens rapports, craignant, qu’en rentrant dans le monde, ils ne soient un objet de curiosité, de commisération et de défiance, ce qui blesse leur amourpropre et les humilie. 1
1 J’ai rapporté , dans les Annales d’hygiène publique et de médecine légale, i836, t. XVIe, page 197 , {l’exposé de l’état [psychique d’une dame hyponcondriaque , d’après un extrait des lettres qui m’ont été adressées par la malade. Tous les symptômes que cette dame a éprouvés y sont exposés et analysés par elle , avec une grande exactitude. Dans le même volume des Annales , se trouve un mémoire du docteur Bergmann , où sont consignées les réflexions d’une personne qui, ayant été atteinte de manie, rapporte tout ce qu’elle a éprouvé pendant sa maladie. M. Leuret, dans ses Fragmeris phychologiques sur la Folie, Paris, i834, in-8, p. , a publié l’histoire d un maniaque qu'il a observé à Ivry, maniaque qui s’est rappelé, deux jours après les avoir dites, des paroles tout-à-fait incohérentes, et dont un homme jouissant de sa raison , à moins qu’il ne fût doué d’une excellente mémoire , aurait assurément beaucoup de peine à se souvenir.
DE LA. POLIE
Iln’est point rare que des individus regardés comme guéris par leurs pareils et même par le médecin , ne le soient point entièrement. Ces individus raisonnent parfaitement, ont-repris leurs habitudes, leurs manières de vivre et remplissent même des fonctions importantes, tandis qu’il reste en eux quelque chose de singu*îier, de bizarre et d’insolite. Un monsieur, dont la maladie avait été caractérisée par des hallucinations de l’ouïe, quoique parfaitement rendu à la raison, éprouvait encore les mêmes hallucinations ; mais ce symptôme était fugace, et le convalescent en appréciait très bien la cause; il persista pendant quatre mois.
Monsieur N... était guéri d’une manie lypémaniaquè; il était rentré dans sa famille et avait été nommé à des fonctions très élevées , qu’il remplissait à merveille. Pendant un an, il ne voulut ni s’occuper d’une terre qu’il affectionnait beaucoup , ni correspondre à ce sujet, ni permettre qu’on lui en parlât, et que sa femme et ses enfans y allassent. C’est dans celte terre que son délire avait éclaté avec le plus de violence.
Une dame guérie, en apparence , d’un, accès de lypémanie suicide avec des paroxysmes de manie, passe un mois à Paris pour se distraire et fortifier sa convalescence; puis elle retourne au sein de sa famille, et reprend toutes ses anciennes habitudes : chacun est convaincu de son parfait rétablissement. Un an après, son mari est frappé d’apoplexie foudroyante; le chagrin quelle en éprouve fait sur elle une impression extrêmement profonde qui achève la guérison. Jusqu’alors elle était restée, à l’insu de tout le monde, avec des
DE LA FOLIE
idées délirantes dont le soin qu’elle prit de ses enfans , pour prévenir les funestes effets de la mort précoce de leur père , l’avait seul délivrée.
Madame N..., après avoir été tourmentée pendant plusieurs mois par une sombre et délirante jalousie, qui l’avait poussée jusqu’à vouloir détruire ses enfans, quoique jouissant d’une raison parfaite, quoique rentrée dans le monde, où elle se faisait distinguer par son esprit et par ses charmes, ne voulut voir ses enfans que huit mois après sa guérison apparente.
Les relevés que j’ai rapportés plus haut prouvent , jusques à l’évidence, qu’on guérit un plus grand nombre d’aliénés qu’autrefois. Mais les rechutes ! les rechutes sont si fréquentes! répète-t-on de toutes parts. Tant il est vrai qu’il est aussi difficile de dissiper la frayeur de l’esprit de l’homme, que d’établir l’espérance daus son cœur. Il ne faut pas confondre les rechutes avec de nouvelles folies. Sur deux mille huit cent quatre aliénées traitées à la Salpêtrière , deux cent quatre-vingtdouze y étaient pour un second ou pour un troisième accès. Ainsi, on peut croire qu’il y a un dixième de rechutes. Chez les personnes riches, les rechutes sont plus rares, sans doute parce que les riches ont plus de moyens et plus de volonté pour éviter les causes de rechute, tandis que la misère et l’indifférence du pauvre l’exposent à toute l’action de ces causes. Les praticiens savent que ceux qui ont eu des fièvres , des phlegma-i sies, etc., sont, plus que les autres individus, exposés à contracter ces mêmes maladies, parce qu’un organe une fois affecté est, par là même, plus disposé qu’un
IOO
DE LA. FOLIE
autre à titre affecté de nouveau et de la même manière. On ne donne point le nom de rechute au retour de ces maladies. Pourquoi le donner à une nouvelle atteinte de folie? Tous les médecins d’hôpitaux ne voient-ils pas revenir souvent dans leurs salles, les mêmes individus et pour les mêmes causes? Ils pensent avoir à traiter une nouvelle maladie et non la précédente qui avait été guérie. Je ne nie point que les aliénés ne soient sujets aux rechutes ; ils y sont peut-être plus exposés que les autres malades, parce que les causes excitantes de la folie sont nombreuses, se montrent en tout lieu et dans toutes les circor •stances de la vie; parce que les crises de cette maja lie sont rarement complètes, parce que les individus guéris sont peu soigneux de se garantir des accidens qui les ont rendus malades, une première fois. Mais parce que les hommes sont imprévoyans, faut-il accuser d’impuissance la médecine? J’ajoute que les rechutes ont presque toujours été prévues et que souvent on eût pu les prévenir.
Greding, Monro, Criehton croient que les aliénés ne vivent pas long-temps, même ceux qui ont recouvré la raison. Je partage cette opinion jusqu’à un certain point; mais je ne l’exagère pas, comme l’a imprimé le docteur André , dans un journal allemand. A côté de cette opinion affligeante , l’expérience prouve que plusieurs aliénés parcourent une longue carrière. Il n’est pas rare de trouver dans les hospices, des fous qui y vivent depuis vingt, trente et quarante ans.
La mortalité des aliénés offre des considérations intéressantes, quoique négligées jusqu’ici: elle doit être
IOt
étudiée relativement au nombre des aliénés, à la saison, aux âges, au sexe, à l’espèce cle folie, à la maladie à laquelle les malades succombent, à l’ouverture des corps.
La mortalité des aliénés, comme leur guérison, dépend de plusieurs circonstances locales. L’une et l’autre sont modifiées par la position, la distribution générale du local où on les traite; par la direction, la surveillance, le régime; par l’espèce de malades reçus dans la maison. La mortalité doit être plus considérable, les guérisons sont moins nombreuses, lorsque l’on a affaire à toute sorte d’aliénés. Ainsi les tables de mortalité , publiées par les médecins de Londres et d’York, sont les plus favorables, parce qu’on ne reçoit, dans les hospices de Londres et d’York, que des individus offrant les conditions les plus favorables cle guérison, par conséquent les plus contraires à la mortalité; tandis qu’à la Salpêtrière, à Bicêtre, à Charenton, un grand tiers des aliénés admis , viennent terminer leur carrière dans ces hospices. Il faut aussi tenir compte des circonstances accidentelles qui doivent modifier la mortalité : aussi on avait observé à l’Hôtel-Dieu de Paris que , lorsque la petite-vérole était épiciemique, il mourait un plus grand nombre d’aliénés. En 1793, la disette augmenta la mortalité des aliénés de Bicêtre (Pinel). 1
La mortalité est très forte en automne et en hiver, comme le prouve le tableau ci-joint (page 109); elle est
1 En i83a , le choléra ayant envahi la division des aliénés de Bicêtre et de la Salpêtrière, la mortalité des aliénés des deux hospices a été plus considérable qu’en temps ordinaire. Ce fléau a épargné la maison de Charenton.
DE LA. FOLIE.'
plus faible au printemps et en été. Dans ces dernières saisons, les moyens conservateurs de la vie concourent à écarter les dangers. Les aliénés sont moins casaniers qu’en hiver, ils font plus d’exercice; ils mangent des légumes frais; ils sont plus excités et plus gais. Aussi le printemps est-il une saison doublement favorable aux aliénés, puisque, pendant le printemps, ils guérissent en grand nombre, et qu’il en meurt moins que dans les autres saisons; considération qui fournit une donnée précieuse pour la direction des aliénés , et une forte objection contre le traitement débilitant.
Nous avons vu que l’âge le plus favorable à la production de la folie, est de vingt-cinq à trente-cinq ans pour les deux sexes; il n’en est pas de même de la mortalité. La mortalité la plus élevée, pour les deux sexes, est de trente à quarante ans, celle des femmes est plus forte de quarante à cinquante ans; celle des hommes de trente à quarante; elle est plus forte chez les femmes que chez les hommes, depuis soixante ans et les années suivantes. Il résulte donc du tableau sur la mortalité, que la mortalité des aliénés est plus précoce chez les hommes, et infiniment plus forte dans l’âge avancé, chez les femmes.
On doit aussi tenir compte du traitement pour l’apprécier. Le mode de traitement adopté à l’Hotel-Dieu rendait dans cet hôpital, la mortalité plus forte qu’elle 11e l’est aujourd’hui dans les hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière.
A Marseille, Raymond établissait la mortalité des aliénés d’un à quatorze.
DE LA FOLIE
io3
Tenon , à Paris, on 1786, la fixe d’un à onze.
Pinel, faisant abstraction des démences séniles, la porte d’un à vingt et meme à vingt-trois.
Je crois qu’elle est plus forte; elle est d’un à six, à huit; mais pour avoir des idées plus précises, il faut la considérer dans les divers genres de folie. Voici ce que m’ont fourni mes relevés :
Mortalité de la manie, un sur vingt-cinq.
Mortalité de la monomanie, un sur seize.
Mortalité de la lypémanie, un sur douze.
Mortalité de la démence, un sur trois.
Les imbécilles, les idiots ne guérissent pas; mais quelques-uns vivent long-temps. Cependant il est rare qu’ils passent trente à quarante ans.
La manie accidentelle, aigue, est rarement funeste; la lypémanie simple, même celle qui est caractérisée par l’impulsion au suicide, n’est mortelle que lorsqu’elle dépend d’une lésion organique, ou lorsqu’elle se complique, avec le scorbut, la phthisie et la paralysie. Les malades alors tombent dans le marasme ( tabes melancholica de Lorry), et succombent. La démence étant le dernier terme de toutes les aliénations mentales, est le plus ordinairement funeste : souvent elle se complique de paralysie, et c’est cette complication qui rend la mortalité des hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière d’autant plus considérable, que ces hospices sont le dépôt de toutes les espèces de folies.
La mortalité des aliénés est plus forte dans les deux premières années depuis l’invasion de la maladie, que dans les années suivantes; elle est plus forte dans la
DE LA FOLIE
première année de leur admission chez nos femmes de la Salpêtrière.
Ces considérations nous ramènent à l’étude des maladies auxquelles succombent les aliénés.
Les maladies qui terminent le plus ordinairement l’existence des aliénés , sont l’inflammation des méninges, la fièvre cérébrale, l’apoplexie, les lésions organiques du cerveau, du thorax ou de l’abdomen. On peut compter deux huitièmes d’affections encéphaliques, abstraction faite de l’épilepsie et de la paralysie au nombre des maladies qui tuent les aliénés ; deux huitièmes de maladies du thorax; trois huitièmes de maladies de l’abdomen , en y comprenant les dévoiemens colliquatifs, le marasme sans lésion organique. Le docteur Monro, s’appuyant des aphorismes de Greding, assure que le marasme et l’hydropisie de poitrine font mourir le plus grand nombre des aliénés. L’ouverture des corps d’environ six cents aliénés ne m’a pas conduit à ce résultat; au contraire, les maladies du thorax sont moins nombreuses que celles de l’abdomen. Cette différence tiendrait-elle au climat, à la manière de vivre, au traitement employé pour combattre la maladie?
La fièvre lente nerveuse termine souvent la lypémanie. Les lypémaniaques se refusent à tout mouvement : tantôtilsne veulent point bouger de leur lit, tantôt il sont accroupis par terre: les uns rejettent avec obstination toute sorte d’alimens, les autres mangent avec une voracité effrayante ; ils semblent se plaire à braver tout ce qui peut détruire leur organisation ; ils maigrissent ; leur peau devient terreuse; ils tombent dans une débilité ex-
DE LA FOLIE
Iû5
tt’ême; la fièvre s’empare d’eux avec un paroxysme tous les soirs; souvent le dévoiement survient et hâte leur mort.
La phthisie qui complique la folie, et plus particulièrement la lypémanie, a été observée par Mead et Lorry1. J’ai vu un grand nombre de fois la phthisie précéder de plusieurs mois la lypémanie et meme la manie, ou se déclarer en même temps qu’elle. Ces phthisies échappent à l’observation la plus attentive : les malades s’affaiblissent, tombent dans le marasme et la fièvre lente; quelquefois avec toux , dévoiement; ils s’éteignent; le délire, loin de cesser, augmente jusqu’à la fin. À l’ouverture des corps, on trouve les poumons tuberculeux, suppures, quelquefois avec des vomiques; la mélanose des poumons n’est pas rare : presque toujours les intestins offrent des traces d’inflammation et de gangrène, ainsi que la suppuration des cryptes de la membrane muqueuse.
On pourrait croire que les lésions organiques du poumon ont lieu, parce que les aliénés crient et usent cet organe parleurs vociférations; il n’en n’est pas ainsi, puisque la phthisie ne s’observe le plus souvent que chez leslypémaniaques qui ne vocifèrent pas. Hippocrate avertit, dans les Coaques, que la phrénésie qui survient à la suite de la pleurésie est funeste. Quelquefois aussi , la folie alterne avec la phthisie et alors pendant la durée du délire, même le plus violent, tous les symptômes de phthisie cessent pour revenir après l’accès.
1 De melancliolia et morbis melancholisis. Parisiis , 1765, t. 1, p. 385.