SALPÊTRIÈRE. MON ETABLISSEMENT
Hérédité
Convulsions de la mère pen-
io5 . . . . .
‘ Coups ou chutes sur la tête.
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TOTAL
TOTAL. . . . 264
L’hérédité est la cause prédisposante de la folie la plus ordinaire, surtout chez les riches, elle est d’un sixième chez les pauvres. Je crois néanmoins cette proportion plus forte même chez ces derniers. Si, d’après mes relevés de la Salpêtrière , cette cause paraît faible , c’est qu’il n’est pas aisé de recueillir des renseignemens exacts sur des femmes qui souvent ignorent jusqu au nom
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de leurs parens. Masson Cox accorde une grande influence à cette prédisposition. Elle est comptée pour peu, en Pensylvanie, par Rush. Elle est remarquable en Angleterre, surtout parmi les catholiques qui s allient toujours entre eux. On "en peut dire autant des grands seigneurs en France, qui sont presque tous parens. Quelle leçon pour les pères qui, dans le mariage de leurs enfans, consultent plutôt leur ambition que la santé de leurs descendans! La folie est plus souvent transmissible par les mères que par les pères.1
Les enfans qui naissent avant que leurs parens aient été fous , sont moins sujets à l’aliénation mentale que ceux qui sont nés après. Il en est de même de ceux qui naissent de parens qui ne sont aliénés que du côté du père ou de la mère, comparativement à ceux qui naissent de père et de mère aliénés, ou ayant des parens des deux lignes dans le même état. Burton assure que les individus engendrés par des parens âgés, sont prédisposés à la mélancolie.
Cette funeste transmission se peint sur la physionomie, sur les formes extérieures, dans les idées, les passions, les habitudes, les penclians des personnes qui doivent en être les victimes; averti par quelques-uns de ces signes , il m’est quelquefois arrivé d’annoncer un accès de folie, plusieurs années avant qu’il éclatât. La manie héréditaire se manifeste chez les pères et les enfans, souvent aux mêmes époques de la vie ; elle est provoquée par les mêmes causes; elle affecte le même carac*
1 Je soigne aujourd’hui plusieurs des enfans dont j’ai soigné les parens , dans les premières années de ma pratique médicale.
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tère. Un négociant suisse a vu ses deux fils mourir aliénés à 1 âge de dix-neuf ans. Une dame est aliénée à vingt-i inq ans, après une couche; sa fille devient folle à vingt-cinq ans, et à la suite découches. Dans une famille, le père, le lilset le petit-fils se sont suicidés, vers la cinquantièmeannée de leur vié. Nous avons eu, à la Salpêtrière, une fille publique qui s’est jetée trois fois dans la rivière, après des orgies ; sa sœur s’est noyée étant prise de vin. Il existe aux environs de Nantes, une famille dont sept frères et sœurs sont en démence. Unmonsieur,frappédespremiersévénemens delà révolution, reste pendant dix ans renfermé dans son appartement; madame sa fille, vers le même âge, tombe dans le même état, et refuse de quitter son appartement. Cette prédisposition, qui se1 manifeste par des traits extérieurs, par le caractère moral et intellectuel des individus, n’est pas plus surprenante, relativement à la folie, que relativement à la goutte, à la phthisie pulmonaire, etc. Elle se fait remarquer même dès l’enfance ; elle peut expliquer une multitude de bizarreries, d’irrégularités, d’anomalies qui, de très bonne heure, auraient dû mettre en garde les parens. Elle peut être un avertissement utile à ceux qui président à l’éducation des enfans nés de parens aliénés. Il convient de donner à ees enfans une éducation particulière, de les exercer beaucoup à la gymnastique, de les endurcir contre les impressions extérieures; enfin , de les placer dans des conditions différentes de celles où étaient les auteurs de leurs jours; car, c’est ici le cas de mettre en pratique le précepte d’Hippocrate, qui veut qu’on change la constitution des individus, pour prévenir les maladies dont ils sont héréditaire
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ment menacés. Ce queje dis pour l'éducation physique, je le dis pour l’éducation morale et intellectuelle : il faut être en garde contre tout ce qui pourrait exciter le cerveau.
Quelquefois c’est dans le sein maternel qu’il faut rechercher lacause première de la folie, non-seulement pour l’idiotie, mais pour les autres espèces d’aliénation. Je ne sais pourquoi cette circonstance a échappé aux observateurs. D’autres fois, c’est pendant l’allaitement, pendant la première dentition , que s’établissent les premiers élémens de la maladie, qui doit éclater plus tard. Au rapport de Van Swieten, presque tous les fous ont eu des convulsions pendant leur enfance. J’ai observé plusieurs jeunes aliénés qui, dans leur enfance ou à la puberté , avaient échappé à des fièvres cérébrales. Quelquefois de fortes impressions reçues dans le premier âge, sont aussi la cause éloignée de la folie. Plusieurs dames enceintes aux diverses époques de la révolution, ont mis au monde des enfans que la plus légère cause a rendus aliénés. Une femme du peuple est enceinte; son mari, pris de vin , menace de la frapper; elle s’effraie, accouche quelque temps après, d’un enfant qui a une santé délicate, qui est sujet à des terreurs paniques, et qui, vers l’âge de dix-huit ans, devient maniaque. Une dame enceinte expose mille fois sa vie pour sauver celle de son mari; elle a des convulsions; elle accouche; sa fille née faible, sujette aux frayeurs se marie, est mère de quatre enfans; à vingt-trois ans, des idées de terreur, d’assassinat, de meurtre, occupent seules sa pensée et la rendent furieuse. Un jeune enfant, âgé de trois ans, conduit à Bicèlre, est effrayé par lçs
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ous qu’on montrait alors comme un objet de curiosité; depuis, il est sujet à des rêves affreux; à dix-scpt ans, il tombe dans la manie. Une demoiselle, âgée de six ans, voit massacrer son père; elle a souvent depuis des terreurs paniques; à quatorze ans, les menstrues s’établissant mal, elle devient maniaque; elle veut se précipiter sur tout le monde; la vue d’un couteau, d’une arme, de beaucoup d’hommes assemblés, excite chez elle la fureur la plus violente.
Les chutes sur la tête, même dès la première enfance, prédisposent à la folie, et en sont quelquefois la cause excitante. Ces chutes, ou les coups sur la tête, précèdent de plusieurs années l’explosion du délire. Un enfant de trois ans fait une chute surla tête; depuis, il se plaint de céphalalgie ; «à la puberté , le mal de tête augmente et la manie se déclare à l’âge de dix-sept ans. Une dame rentrant d’une promenade à cheval , se heurte contre une porte, elle est renversée; quelques mois après, elle devient maniaque, est guérie après trois mois, et meurt deux ans plus tard, à la suite d’une fièvre cérébrale. Rush rapporte plusieurs faits analogues.
La masturbation, dont nous avons parlé sous un autre rapport, est signalée, dans tous les pays, comme une des causes fréquentes de folie; quelquefois elle est le prélude de la manie, de la démence, et même de la démence sénile; elle jette dans la mélancolie, conduit au suicide; elle est plus funeste aux hommes qu’aux femmes ; elle est un grand obstacle à la guérison des aliénés qui se livrent fréquemment à ce vice, pendant le cours de la maladie. Les crétins, les idiots, les individus
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en démence s’y abandonnent avec une sorte de fureur. La continence, quoique bien rarement, cause la folie; Buffon a emprunté à l’Espion turc un fait bien remarquable, depuis copié partout, de manie causée par la continence.
Le veuvage, que nous avons considéré ailleurs sous le rapport des mœurs , est-il une cause d’aliénation mentale ? Celte influence n’est pas facile à apprécier sur les femmes de la Salpêtrière, leur manière de vivre suppléant presque toujours à la continence, avant ou après le mariage. Dausla classe riche, les mœurs sont généralement régulières, j’ai trouvé, sur cent quarante-quatre individus admis dans mon établissement, quarante-quatre filles , quatre-vingt femmes mariées, vingt veuves. La proportion des célibataires est plus forte chez les hommes, puisque, sur cent quatre-vingt-douze hommes, soixante-et-un n’étaient pas mariés , et huit seulement étaient veufs.
J’ai vu quelques jeunes filles qui, ayant été violées, ont perdu la tête; la honte, le chagrin étaient la vraie cause de leur maladie. J’ai donné des soins à une dame qui avait eu un accès de manie dès la première nuit de ses noces; sa pudeur s’était révoltée contre la nécessité de coucher avec un homme. Une jeune femme très nerveuse fut si douloureusement affectée par les premières approches de son mari, que sa raison s’aliéna immédiatement.
La menstruation, qui joue un si grand rôle sur la santé des femmes, ne peut être étrangère à la production de l’aliénation mentale : aussi entre-t-elle pour un sixième
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parmi les causes physiques. Les efforts de la première menstruation déterminent la folie. Cette observation n’avait pas échappée à Hippocrate. Les désordres des menstrues, provoqués par des accidens physiques ou moraux ou par les progrès de l’âge, multiplient les conditions favorables à l’aliénation mentale. Tantôt les menstrues se suppriment et cessent tout-à-coup, et la folie éclate aussitôt. Tantôt elles offrent de grandes anomalies, soit pour l’époque de leur retour , soit pour la quantité et la qualité de l’écoulement, avant que la folie se déclare. Quelquefois les menstrues sont très abondantes , elles coulent à des époques très rapprochées , peu de temps avant l’invasion de la folie. Enfin , il est des cas où la folie se manifeste sans le moindre 'désordre menstruel. L’époque des retours menstruels est toujours un temps orageux pour les femmes aliénées, même pour celles dont les menstrues ne sont point dérangées.
La leucorrhée, qui est souvent supplémentaire des menstrues, à laquelle sont si sujettes les femmes des villes et celles qui mènent une vie trop sédentaire, en se supprimant, cause aussi la folie : j’ajoute que cette cause est plus fréquente qu’on ne le pense communément, et que la connaissance de ce fait peut devenir une précieuse indication thérapeutique.
La suppression des hémorrhoïdes est presque aussi funeste aux hommes que celle des menstrues l’est aux femmes; mais son action s’exerçant dans un âge plus avancé, produit le plus souvent la mélancolie et la demence.
La grossesse est-elle cause de la folie et la complique-
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t-elle dans quelques cas? Je ne parle pas des envies des femmes grosses , et des perversions morales observées quelquefois chez elles. Les auteurs de médecine légale en rapportent plusieurs exemples. J’ai vu une jeune femme très nerveuse qui avait eu un premier accès de manie dès la première nuit de ses noces, et qui en eut un second dès le premier jour de la conception : il en a été de même à sa seconde grossesse. Ces accès ne duraient que quinze jours environ. Nous avons vu, à la Salpêtrière, plusieurs femmes devenir folles pendant la grossesse. Si cette cause doit être rangée parmi les causes physiques dans quelques cas , il en est d’autres où elle est mise en action par des causes morales. La honte et le chagrin, la crainte sont alors les vraies causes de la maladie.
Une darne, au deuxième jour de sa couche, quitte son lit ,et répand une grande quantité d’eau de Cologne sur ses vêtemens et dans ses appartemens : le lendemain elle est maniaque. Une dame éprouve une affection morale le septième jour de sa couche, les lochies se suppriment, ainsi que le lait : elle devient furieuse.
Mais la folie éclate plus souvent après la couche et pendant l’allaitement, que pendant la grossesse. D’après un relevé pris à la Salpêtrière, de6oo femmes aliénées, 52 avaient perdu la raison après l’accouchement ou la lactation. Sur i44 femmes aliénées appartenant à la classe riche, 21 sont devenues malades à la suite de couches ou pendant qu’elles allaitaient. Cette dernière influence est donc plus active encore sur celles-ci que sur les femmes du peuple. Haslam eompe 84 femmes aliénées à la suite
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de couches, sur 1664 femmes aliénées admises à Beth- Iem. Rush en a trouvé 5 sur 70 reçues à Pensylvanie; à Charenton les folies à la suite de couches, sont très rares. Nous avons eu à la Salpêtrière, des femmes qui devenaient aliénées après chaque couche, une, entre autres, après chaque deux couches. Une dame qui avait une disposition héréditaire devenait aliénée au troisième mois de l’allaitement. Hippocrate avait dit que le sang qui monte aux mamelles des nourrices, présage la manie : Planchon en cite un exemple. Mais la suppression du lait est-elle cause ou effet du délire? On a prétendu qu’elle est toujours l’effet de l’affection cérébrale; mais on ne l’a pas démontré pour tous les cas. H est des cas dans lesquels la folie éclate, sans que le lait se supprime; mais le plus souvent cette suppression précède l’aliénation : quelquefois le délire augmente à mesure que le lait diminue ; le délire cesse après le rétablissement de la sécrétion laiteuse : ces aliénations dont on n’attribuera pas la cause au transport , à l’accumulation du lait dans la cavité crânienne, guérissent même en peu de jours, plus souvent après cinq, six mois et même un an. 1
La première dentition , en causant des convulsions aux enfans, prédispose à la folie, l’éruption des dents tardives a quelquefois provoqué cette maladie.
La suppression de la transpiration qui est déterminée par les affections morales, doit être comptée pour beau-
1 V. ci-après : De l'aliénation mentale des nouvelles accouchées et des nourrices.
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coup parmi les causes de l’aliénation mentale. C’est en la supprimant que les variations atmosphériques, l’humidité du sol, les écarts de régime, les excès d’étude, les passions produisent la folie. Un homme âgé de quarante-six ans, suait beaucoup de la tête; on lui conseille de se laver avec de l’eau froide : la sueur se supprime peu-à-peu, la démence s’établit. Un jeune homme est en sueur, il traverse un ruisseau , se couche avec un frisson, et aussitôt il devient maniaque.
Les fièvres de mauvais caractère laissent après elles un délire chronique qu’il ne faut pas confondre avec l’aliénation mentale, pas plus qu’il ne faut confondre les fièvres continues ou intermittentes ataxiques avec la folie, à son début, et c’est ici un point de pratique très important pour le médecin; car l’aliénation mentale, à son invasion, présente souvent presque tous les caractères de la fièvre ataxiqueoudesinflammations desméninges etdu cerveau, et réciproquement. Ces fièvres, ces méningites, ces céphalites, en affaiblissant le système cérébral, prédisposent à la folie, qui éclate après quelques mois, quelques années. On rencontre souvent des jeunes gens de dix-neuf, vingt, vingt-cinq ans atteints tout-à-coup de manie, san sautre cause appréciable, qu’une affection cérébrale aiguë qui avait eu lieu avant ou à l’époque de la puberté.
La présence de plusieurs substances dans les premières voies a produit sympathiquement l’aliénation mentale. Des amas muqueux, bilieux, noirâtres dans l’estomac, des amas de vers dans le conduit intestinal, le tœnia, les lombrics, les strongles ont produit la folie.
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Je ne parle pas de l’effet des poisons, quoique leur manière d’agir sur les fonctions cérébrales mérite la plus grande attention de la part de celui qui veut approfondir l’étude des lésions des facultés intellectuelles; les poisons produisent un effet consécutif qui , en altérant la sensibilité, cause une folie secondaire dont la guérison est très difficile.
Un grand nombre d’affections chroniques, soit par leur suppression inconsidérée, soit par leur métastase, déterminent la folie. Hippocrate avait dit que la suppression des crachats, chez les phthisiques, jette dans l’égarement de la raison : il est certain que la phthisie cause ou du moins précède l’aliénation mentale el alterne avec elle.
L’épilepsie conduit tôt ou tard à la folie, soit dans l’enfance, soit dans un âge plus avancé. Sur les trois cents épileptiques qui habitent la Salpêtrière, plus de la moitié sont aliénées; il en est de même des épileptiques de Bicêtre et de Charenton; les uns sont idiots ou imbécilles, les autres en démence, quelques-uns maniaques, et même furieux. La fureur des épileptiques a un caractère de férocité que rien ne dompte, et c’est ce qui la rend si redoutable, dans tous les hospices d’aliénés.
L’hystérie, l’hypocondrie, dégénèrent et passentsouvenl à la folie, et dans beaucoup de cas, elles n’en sont que le premier degré; c’est ce qui a fait confondre ces maladies avec l’aliénation mentale, par un grand nombre d’auteurs tant anciens que modernes.
L’apoplexie se juge souvent par la démence qui est
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alors compliquée de paralysie. La suppression de l’écoulement nasal, de la blennorrhagie, d’un ulcère, d’un exutoire, a produit la folie, aussi bien que la rétrocession de la gale, des dartres, de la goutte, des rhumatismes. La suppression de ces affections n’est pas toujours la cause de la folie; mais elle précède ordinairement son invasion.
L’abus, l’usage meme des médicamens qui agissent fortement sur le système nerveux ont aussi causé la folie, chez des individus qui d’ailleurs y étaient prédisposés. II n’est pas rare que des personnes deviennent aliénées pendant le traitement mercuriel. On en peut dire autant de l’abus de l’opium et des narcotiques. Nous avons vu, plus haut, que les professions qui exposent à la vapeur du charbon, prédisposent à la folie; nous devonsajouler que l’asphyxie par le charbon cause particulièrement la démence, et la démence incurable.
§ III. Mar' che de la folie.
Dans cette section , après avoir tracé d’une manière générale la marche de la folie, je donnerai quelques détails sur ses terminaisons, et je finirai par des considérations sur la guérison et la mortalité des aliénés.
Les causes de l’aliénation mentale n’exercent pas toujours leur action directe sur le cerveau; elles l’exercent aussi sur des organes plus ou moins éloignés. Tantôt les extrémités du système nerveux et les foyers de la sensibilité placés dans diverses régions, tantôt le système sanguin et lymphatique, tantôt l’appareil digestif, tantôt
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le foie et ses dépendances , tantôt les organes de la reproduction, sont le premier point de départ de la maladie. Ici se placent naturellement les considérations sur l’influence des divers organes, à l’état physiologique ou à l’état pathologique, sur les sensations, les idées, l’entendement, la volonté, les passions, les déterminations de l’homme, si bien appréciées par Cabanis, Cogau , Crichton , Moreau de la Sarthe. 1
Les causes prédisposantes ont quelquefois tant d’énergie, qu’elles produisent la folie sans qu’on puisse reconnaître de cause excitante, et réciproquement, en sorte que les causes de l’aliénation mentale ne peuvent être rigoureusement classées d’après leur degré d’influence.
Les causes prochaines ou excitantes, soit physiques soit morales, agissent brusquement; le plus souvent leur action est lente, surtout pour la production de la démence et même de la lypémanie. Je suis convaincu que ces causes n’agissent brusquement que sur les sujets fortement prédisposés à la folie. Presque tous les aliénés offraient avant leur maladie, quelques altérations dans leurs fonctions, altérations qui remontaient à plusieurs années et même à la première enfance; la plupart avaient eu des inflammations encéphaliques aiguës, des convulsions, des céphalalgies, des coliques, des crampes, de la constipation, des irrégularités menstruelles. Plusieurs étaient doués d’une grande activité des facultés intellectuelles, et avaient
* Maladies mentales ; Encyclopédie méthodique l
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etc les jouets de passions véhémentes, impétueuses et colères. D’autres avaient été bizarres dans leurs idées , dans leurs affections , dans leurs actions. Quelques-uns emportés par leur imagination désordonnée, auraient été incapables d’études suivies; quelques autres, opiniâtres jusqu’à l’excès, n’avaient pu vivre que dans un cercle très étroit d’idées et d’affections, tandis que plusieurs, sans énergie intellectuelle et morale, avaient été timides, méticuleux, irrésolus, indifférons pour tout. Avec ces dispositions , il ne faut qu’une cause accidentelle pour que la folie éclate.
Mais la folie a, comme toutes les autres maladies,, son temps d’incubation, ses prodromes, et souvent dans le compte que rendent les pareils, on découvre que le premier acte de folie qui les a effrayés , avait, été précédé de plusieurs symptômes qui avaient échappé à toute observation, et quelquefois on prend pour la cause de la maladie, ce qui en était le premier phénomène. Souvent les aliénés combattent leurs idées fausses, leurs déterminations insolites, avant que personne s’aperçoive du désordre de leur raison et de la lutte intérieure qui précède l’explosion de la folie. Long-temps avant qu’un individu soit reconnu aliéné, ses habitudes, ses goûts, ses passions changent. L’un se livre à des spéculations exagérées qui ne réussissent pas; ce revers n’est point cause, mais premier effet de la maladie. Un autre donne tout-à-coup dans la haute dévotion, assiste à une prédication d’où il sort effrayé, il se croit damné. La prédication n’eût pas produit cet effet, si la maladie n’avait existé précédemment. Un jeune
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seigneur, sans motif quelconque, part pour un voyage de plusieurs années , huit jours avant les couches de sa femme. Il éprouve quelques contrariétés pendant son voyage, et, après six mois, son aliénation éclate : ce voyage n’était-il pas le premier acte de folie? Aussi arrive-t-il souvent que le mal existe , alors qu’on ne le
soupçonne pas. M , âgé de soixante-quatre ans , d’un
tempérament sec et nerveux; ayant toujours eu une conduite très régulière et des mœurs très pures, sort souvent de chez lui, sous le prétexte de se promener; sa femme, inquiète, le fait suivre par son valet de chambre. Celui-ci voit son maître entrer dans un mauvais lieu du plus bas étage; sur la plus légère représentation, ce vieillard a un accès de colère furieux qui , après cinq jours, se termine par la démence.
La folie est continue, rémittente ou intermittente.
La folie continue a une marche régulière, un espace de temps qu’elle doit parcourir, trois périodes bien marquées; une première période aiguë avec symptômes concomittans , une seconde période chronique presque toujours exempte de symptômes étrangers au déliré; enfin la troisième période est celle du déclin et de la curation. Mais cette marche n’est facile à saisir que dans les folies aiguës, accidentelles, ou dans les accès de folie intermittente, on ne l’observe point dans l’idiotie, ni dans la démence.
Les folies rémittentes offrent des anomalies bien remarquables, soit pour le caractère, soit pour la durée de la rémission. La rémission, dans quelques cas, n’est que le passage d’une forme de délire à une autre forme;
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ainsi, un aliéné passe trois mois dans la lypémanie, les trois mois suivans dans la manie, enfin, quatre mois, plus ou moins, dans la démence, et ainsi successivement, tantôt d’une manière régulière, tantôtavec de grandes variations. Une dame, âgée de cinquantedeux ans, est un an lypémaniaque et un an maniaque et hystérique. Dans d’autres circonstances, la rémittence ne présente qu’une diminution sensible des symptômes de la même espèce de folie. Ainsi , il est des maniaques qui ne sont agités, violens, emportés, qu’à certaines époques du jour, qu’à certains jours, que dans certaines saisons, tandis que leur délire est calme et paisible pendant le reste du temps. Il en est dont la lypémanie ne devient plus profonde, plus accablante qu’à des intervalles plus ou moins réguliers, tandis qu’habituelle^ ment elle offre tous les traits d’un délire fixe, combiné avec les passions gaies. Les saisons, la menstruation, ramènent les mêmes symptômes, le même délire, la même exaltation, le même accablement.
Les folies intermittentes sont quotidiennes, tierces, quartes, mensuelles, annuelles 5 enfin, les accès reviennent après plusieurs années. L’intermittente est tantôt régulière, tantôt irrégulière. Dans le premier cas, la même saison, la même époque de l’année, les mêmes causes physiques et morales, ramènent une maladie ayant le même caractère, les mêmes crises, la même durée. Le plus souvent les accès reviennent à des intervalles très variables; ils sont provoqués par des causes nouvelles, ils n’affectent pas la même forme de délire; leur durée, leurs crises, sont différentes
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l’accès éclate quelquefois tout-à-coup, plus souvent il s’annonce par divers signes qui sont ordinairement les memes que ceux qui ont précédé le premier accès. Parmi les aliénés, les uns ont de la céphalalgie, de l’insomnie, ou de la somnolence; ils perdent l’appétit, ou mangent avec voracité; ils ont de la constipation , des douleurs abdominales, des chaleurs d’entrailles, etc.; les autres ont des pressentimens , des rêves, des idées bizarres; on en voit dont l’accès est toujours précédé d’une grande loquacité, d’un entraînement insolite vers les plaisirs de l’amour, d’un besoin irrésistible de marcher, de siffler; il en est d’autres dont le caractère et les affections, les goûts, les habitudes changent ; ils deviennent irritables, querelleurs , soupçonneux, colères, etc.; ou bien taciturnes, sombres, mélancoliques, etc.; enfin, après quelques mois, Quelques semaines, quelques jours, quelques instans, l’accès éclate, parcourt ses périodes, et se termine par des crises plus ou moins complètes ; assez souvent l’accès cesse tout-à-coup, sans aucun signe précurseur de sa fin prochaine.
Nous venons de voir que la folie se transforme en quelque sorte, et que les diverses formes de délire se remplacent, se succèdent. Nous devons ajouter qu’elles se compliquent pour former des composés binaires, ternaires. La lypémanie se complique avec la manie; la démence avec la manie et la monomanie. J’ai vu un imbécille succomber à un accès de chagrin j enfin, on voit des aliénés, tombés dans la démence, conserver le caractère primitif dans leur délire, et
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avoir par instaiis des accès de manie et même de fureur. Plusieurs observations détaillées démontreront plus tard ces combinaisons.
La folie se complique très souvent avec les lésions cérébrales, telles que l’inflammation chronique des méninges, la paralysie, les convulsions, l’épilepsie, l’hypocondrie, l’hystérie. Elle se complique avec les affections des poumons , du cœur et des intestins , de la peau, soit que ces dernières maladies aient précédé la folie, et aient cessé lorsqu’elle a éclaté, soit qu’elles marchent simultanément ou alternent avec elle.
Les aliénés ne sont pas à l’abri des maladies intercurrentes, épidémiques, celles-ci ont souvent une influence plus ou moins marquée sur la folie, soit qu’elles en suspendent la marche , soit qu’elles la fassent cesser, soit qu’elles terminent les jours des aliénés.
Pourquoi le doctrine des crises ne serait-elle point applicable à l’aliénation mentale ? La folie n’a-t-elle pas des causes, des symptômes, une marche, qui lui sont propres? Pourquoi ne se jugerait-elle pas comme les autres maladies? La guérison n’est certaine que lorsqu’elle a été signalée par quelque crise sensible. Lorsque la folie cesse tout-à-coup , sans qu’on puisse en assigner la cause critique, on doit craindre d’avoir affaire à une folie intermittente. Si la folie passe si souvent à l’état chronique, c’est que les efforts critiques sont rarement parfaits et souvent avortés; et il en est ainsi : i° parce que la maladie attaque des sujets affaiblis; a0 parce que ses causes les plus ordinaires sont débilitantes; 3° parce que la susceptibilité des indivi-
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dus, l’ataxie (les symptômes troublent la marche de la nature. Hippocrate, Celse, Cælius, Boerhaave, Pinel ont-ils signalé plusieurs crises de la folie, ainsi que tous les médecins qui ont écrit sur celte maladie. Ces crises sont physiques ou morales; elles ne s’observent que dans la monomanie, la lypémanie, la manie, la démence aiguë; elles ne sauraient avoir lieu dans l’imbécillité, la démence chronique et la démence sénile.
La folie se juge par résolution. La décoloration de la face, qui était d’un rouge vif ou d’un brun terreux, je calme des traits, le sentiment de lassitude générale, le sommeil, la souplesse de la peau, la liberté des excrétions, le retour de la sensibilité morale présagent une guérison prochaine; elle est parfaite, si le malade étant rendu à la raison, les évacuations habituelles se rétablissent; si le convalescent revient à ses habitudes, à son caractère. Mais si le sommeil, l’appétit, les excrétions rentrent dans l’état normal, si le délire ne diminue pas, si la sensibilité morale ne se manifeste pas dans la même proportion, la monomanie, la manie, passent à l’état chronique ou dégénèrent -en démence.
Quelquefois la folie se juge par la prédominance du système absorbant; les malades prennent de l’embonpoint, et le délire se dissipe à mesure que l’obésité augmente. L’obésité se soutient pendant plusieurs mois après le rétablissement parfait de la raison, tandis qu’elle est un signe de démence si le délire persiste. Dans les cas contraires, les malades 11e guérissent
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qu’après être arrivés au dernier degré de l’a maicrissement, et ils ne reviennent à la vie, à la raison i qu’après avoir frappé aUx portes de la mort. Il y a trente ans on niait cette dernière terminaison critique, en disant que Pamaigrisseinent était l’effet de la folie, et non sa terminaison critique; cependant il est plusieurs folies intermittentes dont la marche rend évidente cette terminaison critique. Madame***, âgée de cinquanteet-un ans, a déjà eu plusieurs accès de manie, à la suite d’afflictions très vives; chaque accès cesse dès que la malade devient très maigre. L’intermittence dure deux ans, pendant lesquels elle engraisse beaucoup; et, lorsqu’elle semble avoir atteint le summum de la santé, tout -à -coup le délire éclate, se prolonge pendant plusieurs mois, son intensité ne diminue que lorsque la malade commence à maigrir; il ne cesse que lorsqu’elle est très maigre. J’ai souvent observé des faits
semblables. M , âgé de cinquante-quatre ans, a
eu grand nombre d’accès de manie avec fureur ; chaque accès dure quinze à vingt jours , et sa terminaison s’annonce par un grand et rapide amaigrissement, tandis que le retour des accès n’a lieu que lorsqu’il a repris beaucoup d’embonpoint.
Galien rapporte un exemple de folie jugée par la fièvre quarte. Belgarric cite un pareil fait dans une thèse soutenue à l'Ecole de Montpellier, sous ce titre : An in morbis chroniris,febris sit e.xcitanda? J’ai vu plusieurs fois la folie se juger par des fièvres, soit continues, soit intermittentes.
Hippocrate, Celsc, Boorbaave, Zacutus assurent que
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la folie se juge par les hémorrhoïdes. Frédéric Hofmann conseillait les ventouses au fondement pour les provoquer. L’épistaxis la juge aussi.
La première éruption menstruelle est quelquefois critique, tandis que la cessation des menstrues est un temps vraiment critique pour quelques femmes aliérées. J’en ai vu plusieurs qui ont recouvré entièrement leur raison, en cessant d’être menstruées. Le rétablissement des menstrues termine très souvent la folie ; les hémorrhagies utérines, la leucorrhée , la blennorrhagie l’ont aussi jugée.
Le coït , l’excrétion spermatique ont été critiques ; il en est de même de la gestation , de l’allaitement ; mais je crois qu’on s’est trop hâté de conseiller le mariage pour guérir la folie. Ce moyen ne réussit pas aussi souvent qu’on le pense; il augmente quelquefois le mal. J’ai vu un grand nombre de monomanies, de manies résister à la grossesse , à l’accouchement, à l’allaitement.
Les affections cutanées méritent d’autant plus notre attention, que leur suppression cause la folie, et que les aliénés sont très sujets à ces affections. J’indiquerai ailleurs la marche de la pellagre et son influence particulière sur le suicide. Quelquefois la folie se reproduit en même temps que les dartres se manifestent, tandis que plus souvent elle ne cesse que lorsque la dartre disparaît , et même la guérison n’est durable que lorsque la dartre s’est fixée sur une partie. Hippocrate veut que la gale juge la folie, et tous ceux qui ont vu beaucoup de fous, ont pu vérifier cette sentence. J’ai essayé de donner la gale à un militaire en démence et paralyti-
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que, à la suite d’une gale répercutée; je n’ai point réussi ni à guérir, ni à communiquer la gale. Gardanne prétendait qu’on pouvait guérir la folie par l’inoculation de la petite- vérole. Les furoncles, qui amènent une suppuration plus ou moins abondante , jugent souvent la folie, tandis que des eschares, des suppurations énormes, mais atoniques, ne la jugent jamais favorablement.
Les ulcères dont la suppression cause la folie, la guérissent en se rétablissant, comme l’art guérit en rappelant les évacuations habituelles supprimées.
Perfect et Pinel rapportent la guérison d’une manie, après l’engorgement d’une parotide. En 1812, il y eut à la Salpêtrière une femme âgée de quarante ans, qui, effrayée d’un coup de tonnerre, devint maniaque; la manie cessa par un engorgement énorme des glandes sous-maxillaires ; cette malade tomba dans une stupeur profonde qui se dissipa à mesure que l’engorgement des glandes disparaissait. Lafontaine a lu à la Société de Gœttingue l’histoire d’une aliénée guérie, après plusieurs années, par l’extirpation d’un cancer au sein.
La salivation est un symptôme très fréquent chez les fous. Plusieurs font des efforts comme s’ils voulaient cracher, et néanmoins ils ne rendent point de salive. Ce symptôme tient à la constriction de la gorge, au spasme des glandes salivaires ; mais il arrive que la salivation est critique, comme Perfect et Rolfinck l’ont observé, ainsi que Pinel et moi.
L’émission des larmes offre aussi les mêmes caractères; plusieurs aliénés font comme s’ils pleuraient, ils
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ne répandent pas une larme; souvent les paroxysmes cessent par 1 émission des larmes qui, dans quelques cas, sont critiques.
Le retour de la transpiration juge la folie beaucoup plus souvent qu’on ne le croit; c’est ce qui rend le printemps favorable à la guérison de cette maladie; c’est ce qui rend les bains tièdes si utiles dans le traitement des aliénés, dont la peau est dans un état d’éréthisme très remarquable.
Le vomissement des matières muqueuses, jaunes, noires, poisseuses, les déjections alvines de même nature, jugent, souvent la folie, surtout la lypémanie. Hippocrate, Lorry, Pinel, ont signalé ces terminaisons, aussi bien que Mead, Selle, Yan Swiéten qui ont, en outre, rapporté des guérisons après l’expulsion des vers. Pendant l’été de 1 8 r i, nous eûmes à la Salpêtrière plusieurs manies, qui guérirent par l’expulsion des vers. Cependant, je suis bien loin d’attribuer à la présence des vers l’importance que lui donne Prost, dans la production de la folie h II en est de même de l’influence que ce médecin accorde à la membrane muqueuse du conduit alimentaire. De ce que la folie se juge par des évacuations alvines, conclure que la folie a son siège dans les intestins, c’est se tromper étrangement. De ce que la muqueuse des intestins est phlogosée, ulcérée, conclure que la folie a son siège dans la muqueuse intestinale, c’est se tromper également, c’est confondre les effets avec les causes. Les évacuations intestinales sont criti-
1 Coup-d’œil sur la folie, Paris, 1807 J in-8.
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ques dans un très grand nombre d’affections , qui ont évidemment leur siège ailleurs que dans la muqueuse des intestins. Dans l’hypocondrie, dont le foyer est si souvent dans les viscères abdominaux, on évite les purgatifs. On les prescrit dans la folie, pour provoquer un nouveau centre d’irritation, pour exciter les viscères abdominaux tombés dans l’atonie, pour chasser les matières accumulées dans le conduit alimentaire. L’administration des purgatifs n’est pas toujours suivie de la guérison , souvent elle est nuisible. La phlogose, les ulcérations de la membrane muqueuse du conduit alimentaire ne prouvent pas plus que la membrane est le point de départ de la folie, qu’elles ne prouvent que cette membrane est le siège de la phthisie. Les aliénés s’affaiblissent progressivement; ils deviennent passibles de toute sorte d’inflammations chroniques; ils sont scorbutiques, phthisiques; un grand nombre d’entre eux succombent dans le marasme, après avoir eu des dévoiemens séreux, sanguinolens, purulens : comment, à l’ouverture des cadavres, ne trouverait-on pas injectée, épaissie, lésée, la muqueuse desintestins.il faut avoir observé un grand nombre d’aliénés, avoir suivi les maladies auxquelles ils succombent, a voir comparé les résultats de l’autopsie cadavérique avec les symptômes qui avaient caractérisé la folie et la dernière maladie , avant de tirer des conclusions générales.
Les diverses espèces de folie se jugent les unes par les autres : ainsi la manie se termine par la démence, par la lypémanie; la manie avec fureur est critique de
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la démence, lorsque celle-ci est le produit d’une médication trop aclive, au début de la manie ou de la monomanie. Toutes les folies dégénèrent en d mence, après un temps plus ou moins long.
Il est des individus qui, après être guéris de la folie, sont hypocondriaques, hystériques : je n’ai jamais vu l’épilepsie, faire cesser la folie. Dans quelques cas, il survient des convulsions qui ressemblent à l’épilepsie; mais ces convulsions, loin d’être critiques , annoncent un lésion intracrânienne qui aggrave le mal et présage la fin prochaine du malade. Je ne parle point des crises accidentelles et rares, elles ne peuvent fournir aucune vue thérapeutique : telles sont les chutes sur la tête, l’empoisonnement, la coupe des cheveux, la castration, l’opération de la cataracte qui ont fait cesser la folie.
Les affections morales, en réagissant sur la sensibilité, en modifiant les sensations, les idées, les passions, les déterminations des aliénés, ne peuvent-elles point être critiques de la folie, dont elles sont si souvent la cause? Une joie imprévue, un succès inespéré n’ont-ils pas fait cesser les maladies les plus graves? N’arrivet-il pas qu’une vive frayeur, qu’un violent chagrin aient terminé des maladies que l’on croyait incurables? Ces troubles qui bouleversent tout l'homme moral , ne ressemblent-ils point aux mouveinens tumultueux qui précèdent les crises physiques? Une jeune demoiselle est plongée dans la mélancolie la plus profonde, parce qu’elle n’a pu obtenir de se marier avec son amant ; elle refuse toute sorte de nourriture , elle tombe dans le marasme : après quelques mois, son amant se pré-
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sente à elle avec l’assurance de leur mariage prochain; la malade guérit. Un aliéné refuse toute sorte de nourriture; l'honneur lui défend de manger. Après plusieurs jours vainement employés à le persuader qu’il est dans l’erreur, à vaincre sa résolution, on lui apporte une patente simulée et signée Napoléon , qui lui ordonne de manger, et qui le met à l’abri de toute atteinte contre l’honneur, s’il obéit: le malade prend l’ordonnance, la ht plusieurs fois; il s’établit une lutte morale entre sa conviction et l’ordre qu’il reçoit : après un combat de plusieurs heures, il cède en frémissant, mange et est rendu à la vie. Un jeune homme, désespéré que le général Moreau ait été condamné à l’exil, se persuade qu’il est destiné à venger cette injure faite à la nation française dans la personne de son premier général. Il se livre à Cadix, où l’avaient appelé des affaires de commerce, à des actes de manie, court la ville, armé pour se faire reconnaître le chef de la nation française ; il est arrêté et renvoyé en France. Pendant le long voyage qu’exige son retour. M. * prend pour une garde d’honneur les gendarmes qui l’accompagnent ; il arrive à Paris. Outre ses prétentions , le malade se persuade qu’un de ses parens, son ami intime, est devenu son plus cruel ennemi qui s’oppose à son élévation, à ses desseins. Quelques mois se passent dans l’isolement et dans 1 obligation de suivre un régime approprié. Enfin, après six mois, cet ami, objet de tant de colère, se présente; il est accueilli par des injures et des menaces, qui ne 1 empêchent pas de se précipiter dans les bras de son ami malade : ils restent embrassés pendant quelques
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minutes; les larmes coulent, le malade se relève pâle, accablé, ne pouvant se tenir debout et rendu à la raison, qui depuis n’a plus offert la moindre altération. Un homme de lettres court se noyer; il est rencontré par des voleurs; il défend victorieusement sa bourse, et rentre chez lui parfaitement guéri. Ces faits ne présentent-ils pas tous les caractères d’une crise, d’un effort violent, d’un bouleversement de la sensibilité?
Mais accordera-t-on cette influence morale, lorsque la folie dépend de l’altération des humeurs ou du désordre de tout autre système que de celui de l’innervation? Pourquoi non , lorsqu’il n’y a pas de lésion grave dans les organes. Les impressions morales déterminent un mouvement, un ébranlement quelconque dans les fibres; les forces sont modifiées ; les organes acquièrent l’activité propre à la solution des maladies. La crainte, la frayeur font excréter involontairement l’urine et les déjections alvines; la colère provoque des hémorrhagies, des flux bilieux; la fureur augmente les sécrétions salivaires; la joie, les émotions douces du cœur, le chagrin font couler les larmes. Pourquoi refuser aux affections morales une influence sur la solution de la folie, quand on leur en accorde une si puissante sur la conservation de la santé, sur la production des maladies, particulièrement des maladies cérébrales? Une dame, âgée de dixneuf ans, d’un tempérament sanguin, d’une constitution nerveuse, n’ayant jamais éprouvé la moindre contrariété, était très colère et d’une susceptibilité extrême : quoique d’un extérieur très fort, elle était mal réglée : à l’approche des menstrues , ou lorsqu’elle
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éprouvait quelque opposition à ses désirs, qui étaient toujours impérieux, elle devenait bourrue, difficile, contrariante; elle se plaignait de céphalalgie, de lassitude dans les membres; à la moindre occasion elle se fâchait, s’irritait, se livrait aux actes de la colère la plus aveugle; injuriant sa mère, scs amis; menaçant leurs jours et les siens : après chaque accès de colère furieuse, madame * tombait dans l’abattement, rentrait dans son état calme, et était très bonne et bien portante; si elle cherchait à se vaincre, à contenir l’explosion de sa colère, alors elle souffrait horriblement dans tous les membres, sa tête se gonflait, la face était injectée et les yeux gorgés de sang, et cet état ne se dissipait qu’après que l’accès avait éclaté. Cette observation, dont les détails trouveront leur place ailleurs, ne forti fie- 1- elle pas notre opinion sur les crises morales de la folie ? Cette opinion est confirmée par les effets salutaires qu’on obtient des secousses morales dans le traitement de l’aliénation mentale; ici, comme dans le traitement physique, le médecin ne fait qu’imiter la nature, et seconder sa tendance vers telle ou telle solution.
L’étude des terminaisons critiques de la manie nous conduit naturellement aux considérations sur la curabilité et la mortalité de cette maladie.
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