Santé meilleure, appréciée par la malade, qui
25o de l’aliénation mentale
parle sans répugnance et rend compte de ce quelle a éprouvé. ( Boisson laxative.)
i o novembre. E a vu ses pareils et a été très bien
avec eux; retour des forces et de l’embonpoint ( Bains tièdes , boissons aromatiques). Les menstrues coulent.
Décembre. Cessation du vésicatoire, convalescence confirmée, io décembre. Cette femme est sortie huit mois après sa couche, sept mois après l’invasion du délire,et quatre mois et demi après sou en trée dans l’hospice.
2e observation. — T.-J. M , âgée de 5i ans, en-
trée à la Salpêtrière le 3o juin 1812, a une sœur qui, après une couche , est devenue aliénée et qui est restée
sourde. La taille de notre malade est élevée, ses che-
veux sont châtains, mêlés de cheveux blancs; ses yeux grands, bruns; la face ekt colorée , la peau brune, la physionomie mobile, l’abdomen volumineux.
Petite-vérole à un an.
10 ans : maladie très grave, pendant laquelle survient une hémorrhagie utérine.
1 1 ans : menstruation abondante et suivie de coliques après chaque période menstruelle. Dans la jeunesse, santé faible, douleur hémicrânienne du côté gauche, qui persiste pendant vingt-quatre heures. Epigastralgie.
25 ans : M*** se marie, se porte mieux depuis son mariage, au moins en apparence.
26 ans : première couche; manie, fureur qui persiste jusqu’à une deuxième grossesse. La seconde couche a été heureuse. Depuis lors, ayant accouché douze fois, les conciles ont été laborieuses., et après
chacune, cette femme a été aliénée pendant nu mois ou six semaines.
39 ans : apoplexie suivie d’hémiplégie.
47 ans : après une fièvre grave, manie, fureur qui ne cesse qu’après cinq mois; depuis, anomalies de la menstruation , céphalalgie : suppression de6 menstrues à 4 9 ans, sans accideus.
50 ans : fièvre grave, apparition des menstrues, qui ont coulé régulièrement les mois suivant pendant un an.
51 ans : M*** perd son mari, elle est mise eu prison : aussitôt elle est prise de manie. Conduite à l’hospice le 3o juin 1812, elle est dans un état de manie : délire général , agitation , et par intervalles, terreurs paniques, pleurs , constipation , etc.
12 août 1812 : M*** est calme, connaît son état, pleure sur sa position et sur la perte de son mari; raisonne juste, mais sa tôle est faible.
Décembre. M*** est bien; les menstrues, qui avaient cessé dès le mois précédent, n’ont plus reparu. Cette femme est sortie de l’hospice conservant quelques dispositions à s’effrayer pour les moindres causes , mais jouissant de toute sa raison.
3' observation. — S. J***, âgée de [\o ans , est entrée à la Salpétrière le 22 avril 1812. Sa taille est élevée, sa face bourgeonnée, ses cheveux sont châtains, ses yeux châtains et vifs, sa peau est iblanche. Elle a de l’embonpoint.
12 ans; céphalalgie, hémorrhagies nasales.
13 ans : première éruption des menstrués, cessa-
DE L’ALIÉNATION MENTALE
tion des hémorrhagies : depuis, menstrues régulières, mais peu abondantes.
18 ans: le bienfaiteur de cette femme est guillotiné : aussitôt elle a un tremblement général ; sa tête s’égare pendant quelques jours.
a 6 ans : J*** se marie; devient mère elle a trois enfans , quelle nourrit.
3o ans : J*** accouche d’un quatrième enfant, le nourrit, le sèvre sans précaution. Deux jours après, délire général avec prédominance d’idées religieuses. Elle est conduite à l’hospice, d’où elle sort guérie après quatre mois de traitement.
36 ans : nouvel accès causé par l’absence de son mari. Seconde entrée à l’hospice le a 8 mai 1810, d’où elle est sortie le ai juin 181 1 , au bout de treize mois.
39 ans : cinquième couche. Septmois après, J*** sèvre; le surlendemain du sevrage, délire avec des frayeurs imaginaires; elle est conduite dans une maison de santé ; il se manifeste une éruption générale sur tout le corps , qui, peu-à-peu, n’occupe que la face. Après vingt mois, cette malade est conduite à l’hospice le a a avril 181a.
Elle est triste, mélancolique, se désespère; elle a des terreurs religieuses.
a4 mai 18 J a. Écoulement par l’oreille gauche. Depuis J*** est plus raisonnable; elle juge bien de son mal, elle mange et dort bien.
Juin. Bains tièdes, boutons à la face, paupières rouges, vésicatoire au bras. Dès-lors convalescence.
Cette femme est sortie le 1 1 août 1 8 la, jouissant de
sa raison.
DES NOUVELLES ACCOUCHEES. 253
Tous les accès s’annonçaient par de la tristesse , de l’ennui, de l'inaptitude pour les occupations ordinaires ; peu-à-peu la tête se perdait : pendant l’accès cette femme sentait sa tête brûlante et embarrassée.
4e observation. — D.-S. I)***, âgée de 4i ans, est enti'ée à la Salpêtrière le 19 juin 1812. Sa taille est moyenne, ses cheveux sont châtains, ses yeux bleus, sa peau est blanche, sa physionomie mobile, son embonpoint médiocre.
Cette femme a un oncle et une tante aliénés. Elle a fait une chute sur le front à 9 ans : les traces de la cicatrice sont encore marquées. 1 4 ans : elle a la gale.
16 ans : les menstrues précédées de céphalalgie : sont irrégulières et peu abondantes.
26 ans : D*** se marie : les menstrues dès-lors sont plus abondantes, ainsi que la leucorrhée; la céphalalgie est plus forte. A l’âge de 2 y ans, pendant la première grossesse, chagrins domestiques.
Le mari de cette femme s’étant fait faire une opération à son insu, elle s’en effraie; sa tête s’égare, elle devient furieuse: elle a 33 ans. Elle est traitée à Charenton, l’accès dure cinq mois, mais l’intelligence reste un peu affaiblie. Nouvel accouchement à 35 ans.
A l’âge de 37 ans , au troisième jour de la troisième couche, contrariété légère, suivie de délire, fureur. Six jours après, entrée à l’hospice, d’où madame D.... est sortie au bout de dix mois, l’accès ayant duré six mois.
4i ans : chagrins domestiques , légère contrariété, nouvel accès de fureur, qui dure peu de jours. Conduite
ü54 de l’aliénation mentale
le 19 juin 1812 à l’hospice, après quelques jours, D*** est calme, mais déraisonnable.
Août 1812. D*** cause beaucoup et longuement; elle raconte tout ce qu’elle a su, vu, entendu, et cela avec beaucoup d’incohérence dans les idées, dans le langage; mais elle a de longs intervalles de raison.
Octobre. D*** est calme, travaille, mais déraisonne par momens.
Décembre. Même état. Ce troisième accès se termine par la démence.
5e observation. ■ — L**’r, née d’une mère aliénée (sa fille est folle et sa petite-fille est morte maniaque), est d’une taille moyenne; ses cheveux sont châtains, ses yeux bruns, sa peau ;brune, sa physionomie mobile. A l’âge de i4 à 1 5 ans, les menstrues ne font que paraître, se suppriment pendant un an, avec chlorose et fièvre. A 16 ans, retour des menstrues, depuis madame L*** a eu treize enfans.
28 ans: elle est mère pour la première fois; dès-lors, les menstrues coulent irrégulièrement et sont peu abondantes.
29 ans : quelques jours après la quatrième couche, l’enfant étant mort, le chagrin rend maniaque madame L***; elle est traitée à l’HôteKDieu; les règles restent supprimées pendant un an; guérison après dix-huit mois.
Depuis, à chaque couche, aussitôt après que le lait est monté aux mamelles, madame I/** est reprise de manie, tantôt avec suppression des lochies et des menstrues, tantôt sans suppression : l’accès dure ordinairement une année.
DES NOUVELLES ACCOUCHEES. 1 55
Chaque accès s’annonce par des douleurs abdominales qui s’étendent à l’utérus, avec le sentiment d’un corps étranger qui pèse sur le rectum. L’accès éclate par des cris, des convulsions. Enfin la crainte de devenir folle la fait délirer; I/** s’agite, ne peut s’empêcher de parler, de marcher; mille hallucinations exaspèrent son délire : elle entend parler des personnes qu’elle ne voit pas; elle voit desjobjels bizarres qui l’effraient. Elle a de l’insomnie, des palpitations et de la constipation. Pendant l’accès, elle n’a plus de leucorrhée, et l’ozène ne se fait pas sentir.
45 ans : dernier accouchement : l’accès est plus violent que les précédens.
49 ans : flatuosités qui distendent douloureusement l’abdomen , qui gênent la respiration , surtout lorsque cette femme a mangé : alors elle est plus souffrante.
Vers l’âge de 5o ans , cessation des menstrues sans explosion de délire.
53 ans : départ de son mari pour l’armée : nouvel accès; elle sent des vents qui l’étouffent , qui remontent a la tête ; alors sa raison s’égare, elle a mille hallucinations de Fouïe et de la vue ; elle a des convulsions. Les paroxysmes se renouvellent ordinairement tous les deux jours; ils s’annoncent, comme les accès, par des cris. Cet état persiste pendant six mois.
Depuis cet accès, madame L... jouit de toute sa raison; mais à l’automne et au printemps, elle éprouve, pendant quelques jours, un tremblement convulsif des membres.
DE LALIÉNATION MENTALE
A l’âge de 59 ans, décembre 1 8 1 1 , L est vive-
ment effrayée. Neuf jours après et tout-à-coup, douleurs abdominales s’étendant à l’utérus, convulsions; terreur, délire, besoin de marcher, de courir; hallucinations. Elle juge de son état, demande qu’on la conduise à la Salpêtrière.
Entrée à l’Hôtel-Dieu , tout lui paraît changé, bouleversé; elle entend crier; voyant un chirurgien qui, exerce le toucher sur une femme et montre sa main tachée de sang. L*** croit voir partout des intestins qui flottent et du sang qui fume; elle est dans le plus grand effroi; elle ne peut dissiper ces fantômes, quoiqu’elle reconnaisse qu’elle se trompe. On lui donne des bains de pieds, on la saigne du bras : tous les accidens s’aggravent, le délire ne lui permet plus de rien reconnaître , l’intelligence est bouleversée , elle n’a plus le sentiment de son délire.
Après deux mois, L*** est conduite à la Salpêtrière, le mars 1812. Abdomen volumineux, embonpoint médiocre, peau brune, physionomie mobile exprimant la frayeur; délire, besoin continuel de marcher, constipation , quelquefois convulsions, particulièrement pendant la nuit. On baigne la malade, on lui donne une boisson rafraîchissante. Peu-à-peu elle est calme. En juillet et août, elle devient tranquille, elle marche moins, et elle travaille par momens.
Septembre. La malade juge de son état, et se sent assez forte pour dissiper ses hallucinations et ses vaines frayeurs : d’ailleurs, elle est très calme et raisonne juste.
Le 1 2 septembre 1812, cette femme sort bien portante, guérie du onzième accès de manie. Depuis, elle est tombée dans la démence, avec tremblement des membres.
6° observation. — R., âgée de 34 ans, fut admise à l’hospice le 10 novembre i8i3. Elle est d’un caractère doux, mais très vif; sa taille est élevée, ses cheveux sont châtains, ses yeux grands et bruns, sa peau est brune, sa physionomie mobile, elle a de l’embonpoint.
16 ans : les menstrues s’établirent spontanément. 24 ans: R... se marie.
26 ans: le troisième jour de sa première couche, une dame portant du musc monte chez elle : aussitôt délire, cependant le malade continue d’allaiter son enfant, qui est mort à 3 ans. Ce premier accès a été caractérisé par la manie avec fureur, et n’a duré que deux mois ; il a cessé tout-à-coup , après une vive frayeur.
Depuis ce premier accès , cette femme est restée très susceptible. Tous les printemps elle a de l’exaltation sans délire, cette exaltation se dissipe par l’usage des anti-spasmodiques.
3o ans: pendant que R. sèvre son enfant, âgé d’un an, elle descend dans la boutique de son mari, où il y avait de la peinture; l’odeur provoque aussitôt le délire, qui augmente pendant cinq jours, et qui est suivi de manie avec fureur. Le 4 août 1809, admission à la Salpétrière. Septembre. Rémission très marquée. R. est calme et paraît raisonnable. Son mari sollicite sa sortie,
DE L’ALIÉNATION MENTALE
et l’obtient le 12 octobre suivant. Dès le deuxième jour de sa sortie, retour du délire, de la fureur, suppression des menstrues abdomen volumineux. Rentrée à l'hospice, la malade s’est, calmée à l’approche de l’hiver. Eu décembre, les menstrues s’établissent, et R... sort de l’hospice, le 24 juin 1811.
54 ans: ier novembre i8i3. Fausse couche de deux mois; colique, perte utérine, dès le lendemain, loquacité. 3 novembre. Manie, fureur ( bains de pieds , sangsues aux malléoles ) sans rémission. La malade est reconduite à l’hospice; à son arrivée, les yeux sont hagards, la face est pale, les traits sont affaissés; délire général, manie, fureur. Trois jours après, elle est calme, reconnaît qu’elle est dans l’hospice.
16. Les menstrues irianquent. 22. La malade voit son mari avec intérêt; elle est triste; mais ses réponses sont justes. ( Bains tièdes.)
28. Fièvre, embarras gastrique ( émétique répété deux fois). Déjections abondantes; depuis, les idées sont suivies, R... est calme, travaille : retour progressif à la raison.
21 décembre. R... sort de l’hospice parfaitement raisonnable, quoique les menstrues ne soient pas rétablies.
f observation. — M...., entrée à la Salpêtrière le 29 avril 1 8 1 4 > à l’âge de 24 ans, est née d une mère qui est morte aliénée. Sa taille est élevée; ses cheveux sont châtains, ses yeux vifs, son teint jaune , sa peau brune, sa physionomie mobile, soü caractère gai; M... a des accès de colère qui se dissipent par des
larmes, elle est paresseuse et d’une très grande susceptibilité, elle est sujette dès l’enfance, à l’ophthalmie; pendant toute sa vie elle a eu de la céphalalgie.
6 ans: gale, hémorrhagies nasales fréquentes. 1 1 ans, petite-vérole très grave. M. est atteinte de punaisie; les hémorrhagies nasales ont cessé.
i5 ans: menstrues spontanées; depuis bonne santé; la punaisie disparaît. A chaque époque menstruelle, tantôt avant, tantôt après, céphalalgie qui se dissipe par le vomissement.
Cette femme se marie à l’âge de 23 ans. ans: étant grosse, elle fait une chute, se donne une entorse à un pied. Au cinquième mois de la grossesse, les évènemens causés par l’approche des alliés lui donnent d’autant plus d’inquiétude que, ne pouvant marcher, elle reste seule chez elle. Au neuvième mois de la grossesse, un Cosaque lui porte un pistolet à la gorge : elle perd l’appclit, elle a des tiraillemens nerveux.
21 avril, veille de sa couche, M.... est effrayée de nouveau. 22. Le lendemain, elle accouche; elle a des convulsions pendant vingt-quatre heures.
23. Continuation des convulsions. A leur cessation, rire continuel, délire.
24* Délire général, agitation, fureur, refus de prendre des alimens; la malade ne veut boire que de l’eau froide; exaspération pendant la nuit; cependant les lochies coulent, mais le lait ne monte pas ( sinapismes aux pieclsy La douleur causée par les sinapismes fait croire à la malade qu’on veut lui brûler les pieds. Pendant 1 s convulsions, elle mord sa langue, et les douleurs
260 DE L’ALrÉNATION MENTALE
qui en résultent lui semblent être causées par du feu.
M.... . est conduite à l’hospice le 29 avril. A son arrivée, teint jaune, décoloré; les yeux sont très mobiles, langue blanche, mamelles flétries, délire gai; la malade 11e reconnaît ni les objets ni les personnes qui l’entourent; elle se croit impératrice ; elle répète que son mari est Louis XVIII; que tous les meubles sont d’argent ou d’un métal précieux ; elle accorde des grâces à tout le monde. Sa démarche est hautaine, son ton est impérieux, ses idées de grandeur sont dominantes, malgré l’incohérence la plus complète; ses actions offrent le même désordre et la même exagération. Appétit vorace. ,
3o. ( Vésicatoires aux deux jambes , boissons laxatives ). Lochies mêlées de mucosités blanchâtres. 8 mai. Dévoiement de matières d’abord blanches. Il y a plus de calme , le délire conserve le même caractère.
12. Continuation des lochies ( mêmes mèdicamens'). Le [vésicatoire coule beaucoup; déjections brunâtres,
mêlées' de mucosités: moins de désordre dans les idées.
i5. M voit son mari, le reconnaît; il lui a sem-
blé un ^instant se reconnaître elle - même et comme sortir “d’un rêve : cet instant est très court, le délire continue; mais il n’y a plus des idées de grandeur.
22. Cessation des lochies; le vésicatoire sèche; il y a plus d’ordre dans les idées; le calme est parfait; la vue de son mari fait plaisir à notre malade.