‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 3)Chapitre 31 sur 37 · Bain, rémission parfaite · texte numérisé non relu

Bain, rémission parfaite

6. Selles abondantes, saignement du nez ; sueur; la plaie du talon est de mauvais caractère; il se forme de nouvelles ampoules sur tous les doigts.

17. Continuation du même état : douleurs vives et continues à l’épigastre.

27. Les ampoules des doigts sèchent successivement. Progrès de la plaie du talon vers la cicatrice. Lait, chocolat, toniques.

2 octobre. Cicatrisation de la plaie du talon : depuis cette époque , quoique le malade rende visite à ses parens, à ses amis, et qu’il se promène beaucoup, il devient triste, inquiet, impatient; rien ne peut le distraire ; il dit souffrir beaucoup.

11. Les idées sont disparates, alternatives de gaîté et de tristesse, découragement, plaintes amères. Application d’un vésicatoire au bras; boissons purgatives, continuées pendant plusieurs jours; selles abondantes.

i3. Retour à la santé. Il est remarquable que, depuis

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la suppuration du vésicatoire, le malade va chaque jour de mieux en mieux.

Ce jeune officier part pour se rendre à la campagne, au sein de sa famille; quelques jours après, suppression du vésicatoire : aussitôt sa santé s’altère; on établit un exutoire; M. C... finit par reprendre son service , dont il se retire un an plus tard , à la sollicitation de ses parens, et se portant bien.

Une femme, âgée de 4o ans, devint maniaque; elle le fut pendant un an. Après une intermittence, nouvel accès qui persista un an; et ainsi de même pendant vingt ans. Lorsque les menstrues eurent cessé de couler, il survint un cancer au sein droit. A l’âge de 60 ans , on fit l’extirpation de la tumeur; l’accès revint , sans déranger la tendance de la plaie vers la cicatrisation , qui eut beu six semaines après l’opération. Lorsque la plaie fut cicatrisée, l’accès, qui devait durer un an, cessa tout-à-fait, presque subitement, n’ayant eu que six mois de durée, et n’a plus reparu. Depuis sept ans , cette femme jouit d’un santé parfaite. 1

Marie-Anne-Françoise F..., âgée de 19 ans, d’un tempérament nerveux, d’une taille moyenne, cheveux blonds, yeux noirs, peau blanche, embonpoint médiocre, est née d’une mère aliénée. A 7 ans, variole; à 12 ans, la teigne; à i3 ans, la gale; à i4ans, menstrues précédées de gourme à la tête; depuis les règles ont été aboudantes, il y a eu de fréquentes céphalalgies. A 16 ans, F... s’est imaginée que tout le monde

1 Lafontaine.

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épiait ses démarches, mais cette inquiétude se dissipa promptement.

Mariée à 18 ans, elle eut, 319 ans, un accouchement heureux; elle voulut nourrir son enfant; mais dès les premiers jours de l’allaitement, elle commit des écarts de régime; elle ne voulait pas rester couverte disant quelle avait trop chaud , etc. La conformation des mamelons n’étant pas favorable à l’allaitement, elle éprouva beaucoup de douleurs pendant que l’enfant tétait; les douleurs provoquèrent un grand désordre dans les idées.

Le quatrième jour, Mad. F... cesse de nourrir; les seins sont excessivement gorgés delait; le cinquième jour elle boit de l’eau froide, se lave à l’eau froide, les lochies cesse de couler, le délire augmente; Mad. F. se plaint d’une chaleur insupportable; on ne peut la saigner. Elle pince ses seins, les meurtrit sans paraître souffrir. Le quatorzième jour, sangsues à la vulve, moutarde aux cuisses, deux vésicatoires aux jambes; le seizième jour, sangsues derrière les oreilles, nouveaux sinapismes, potions éthérées, etc. Tous ces moyens furent employés chez la malade sans aucun succès. Le 25 février, elle est conduite à la Charité, y reste quatre jours après lesquels on la transfère à la Salpêtrière.

A l’arrivée de Mad. F..., le délire est général, les seins sont très durs, la malade refuse de rester couverte, elle est tourmentée de frayeur, sans motif, prenant les personnes qui l’approchent pour des gens de sa connaissance, etc.

Le 5 mars, il se forme un dépôt laiteux au sein droit, qui était auparavant très dur, violacé; un.

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écoulement abondant de matière sanieuse s’établit, le délire continue néanmoins, la malade ne veut souffrir aucun appareil.

Le io avril, la plaie du sein tend à la cicatrisation, le délire diminue , la malade écoute les conseils qu’on lui donne. Boissons laxatives.

Le i®rmai, retour progressif des forces et de la raison. Mad. F... voit sonmari, sesparens; elle est plus calme, plus raisonnable. Le 12, pleine convalescence, cicatrisation complète de l’abcès. Le 1 5 , la raison est parfaitement revenue. Le 2 n. notre convalescente sort très

bien guérie.

Nous avons eu à la Salpêtrière une femme, âgée de 35 ans, qui avait un délire monomaniaque avec une excessive mobilité. Elle portait un cancer ulcéré au sein gauche, le montrait à tout le monde, et ne voulait souffrir aucun appareil. Le chirurgien en chef de l’hospice, M. le professeur Lallemand, lit l’extirpation du sein , opération que la malade supporta très courageusement. Dès ce moment , elle fut plus calme , se prêta aux pansemens. Quoique énorme, la plaie guérit promptement; la cicatrisation et le rétablissement de la raison furent simultanés.

Une femme, âgée de 45 ans, portait depuis trois ans un ulcère à la jambe. On fait cicatriser la plaie; aussitôt cette femme tombe dans la manie avec quelque difficulté pour articuler : elle est conduite à la Salpêtrière. L’ulcère est rouvert, et la raison se rétablit. Des faits semblables se sont présentés au moins sept à huit fois dans ma pratique.

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Nous avons dans la division des aliénées de la Salpêtrière, une femme, âgée de 46 ans, atteinte d’un accès de manie, sans fureur, provoqué par un coup de tonnerre ; cet accès s’est terminé par l’engorgement des glandes sous-maxillaires du côté droit. La malade est tombée alors dans la stupeur , avec impuissance d’articuler les sons. L’usage du mercure, à l’intérieur et en friction sur la tumeur, a dissipé l’engorgement. Cette femme a recouvré la raison, à mesure que les glandes se sont dégorgées, et s’est bien rétablie. Mais à peine rendue chez elle, elle y a trouvé des chagrins domestiques, la misère, et elle est retombée dans un état de stupeur et de paralysie. Les glandes se sont engorgées de nouveau, et depuis qu’elles se dégorgent pour la seconde fois, la malade est mieux.

Elisabeth C..., âgée de 64 ans, très bien conservée, très active pour son âge, a toujours joui d’une bonne santé. Jamais elle n’a éprouvé de désordre menstruel; elle a eu quatre couches heureuses.

Un de ses fils est allé à la dernière guerre d’Espagne. N’en ayant pas de nouvelles, elle crut un jour le reconnaître au milieu d’une compagnie de soldats; elle suivit cette compagnie, depuis le faubourg St-Antoine, jusqu’aux environs de la barrière Fontainebleau : on ne sait au juste ce qu’elle fit pendant ce trajet, mais elle fut prise par la police le lendemain , courant toute nue les rues et les places publiques. Transportée à la Salpêtrière, elle y arrive dans une agitation extraordinaire pour son âge. Cet état dure environ six semaines sans aucune rémission; enfin, il se développe une parotide du côté gau-

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elle. Aussitôt le délire se calme ; plusieurs applications de sangsues autour de la tumeur en diminuent l’inflammation; cependant il se forme un abcès qui est ouvert et se guérit dans l’espace de trois semaines environ. Depuis l’apparition de la parotide, le délire a toujours graduellement diminué et a enfin complètement disparu, avant la cicatrisation de l’ouverture de l’abcès. Aujourd’hui, ^4 juin, cette femme sort de l’hospice parfaitement guérie.

La sputation est un symptôme très remarquable chez les aliénés : elle annonce souvent l’explosion de l’accès; quelquefois elle persiste pendant tout le temps de la maladie. Il est des aliénés qui font tous les efforts et tous les mouvemens d’un homme qui a besoin de cracher, cependant ils ne le peuvent point; ce besoin paraît tenir à un resserrement de la gorge, ou à la constriction des glandes salivaires. La salivation est quelquefois très abondante, même chez des sujets très maigres; quelques auteurs allemands disent que ce symptôme est le signe d’une affection du foie : je n’ai pu constater ce fait. La salivation est l’effet de l’atonie, de la paralysie chez les individus qui sont dans la démence, qui laissent couler par la bouche une grande quantité de mucosité sans s’en apercevoir. La salivation abondante juge quelquefois la folie. Si les aliénés sont phthisiques, si les crachats se suppriment, le délire augmente, l’exaspération ou la tristesse est plus grande; si les crachats sont abondans, il y a rémission de la folie.

La peau fonctionne mal dans la folie, aussi le réta-

blissement de la transpiration concourt plus souvent qu’on le croit , à la guérison des aliénés. N’est-ce pas à celte cause qu’il faut attribuer plusieurs guérisons du printemps et les bons effets des bains tièdes , des boissons mucilagineuses, des bains de vapeur? etc.

La sueur juge quelquefois la folie: cette terminaison s’observe plus rarement à cause de l’état d’agitation des malades, mais elle est fréquente. Les chaleurs de l’été, en provoquant des sueurs abondantes, ne favorisentelles pas les guérisons de l’automne; c’est ainsi qu’avec le bain de vapeurs , j’ai guéri quelques aliénés. Les larmes, qui jouent un grand rôle dans les maladies nerveuses des femmes, jugent aussi la folie.

Une dame, âgée de 34 ans, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution nerveuse, d’un caractère doux et timide, a toujours joui d’une bonne santé, quoique le flux menstruel soit irrégulier. Depuis quelques mois elle donne des soins à une dame qu’elle chérit beaucoup; elle se fatigue le jour, la nuit, et veille quinze nuits dé suite. Tourmentée par la crainte de voir périr à chaque instant son amie, elle apprend que son amant s’est battu en duel et qu’il a été blessé , après quelques heures de désespoir dissimulé , elle délire et trahit son secret; on la saigne, on prescrit des bains de pieds et des boissons délayantes. Après quinze jours, la violence et l’agitation se calment. La malade sait que , pendant son délire, elle a dévoilé les secrets de son cœur: dèslors elle se croit méprisée de tout le monde, détestée de son mari, destinée à quelque supplice: elle veut mourir. Cinq jours de sollicitations, de prières sont

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vainement employés pour lui faire prendre quelque aliment; en huit jours elle n'avale que quelques gorgées de bouillon. Elle est confiée à mes soins. Le visage de la malade est pâle, les lèvres sont brunâtres, les yeux ternes, la physionomie est douloureuse, les mouvemens sont lents, par momens soupirs profonds; haleine fétide, constipaiion. Dès le lendemain je place auprès de cette malade, outre les femmes qui la servent, une jeune dame d’un extérieur agréable , doux et prévenant, qui cause d’abord indifféremment, puis avec l’accent delà bienveillance et de l’amitié et qui plus tard hasarde quelques confidences, et invite notre malade à épancher son cœur. Après vingt-quatre heures d’une délicate et adroite persévérance , la malade prend les mains de sa nouvelle amie, verse un torrent de larmes , puis elle déroule tous les replis de son cœur, indique la cause de son délire, le motif qui lui a fait prendre la résolution de ne plus manger, enfin les craintes qui la tourmentent ; elle se décide à prendre quelque aliment. Le lendemain , nouvelle lutte contre ses idées, ses résolutions et ses craintes ; nouvelle crise , nouvelle effusion de larmes, progrès vers la convalescence. Après trois semaines, la guérison fut complète, lorsque j’eus persuadé à la malade que tout ce qu’elle avait dit u’avait pas été cru , et avait été attribué au délire.

Cette crise, qu’on observe souvent dans les accès d’hystérie, est plus fréquente chez les mélancoliques que chez les maniaques.

J’ai dit, page 86 , que la folie se juge par le vomissement spontané de matières muqueuses, jaunes, biu-

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nàtres. Ces terminaisons sont si fréquentes et si fréquemment utiles , qu’elles ont servi de guide aux praticiens, qui, voulant imiter la nature et suivre ses tendances, ont de tous les temps, fait usage des émétiques. J’ai fait avorter, pour ainsi dire, des accès de folie, en faisant prendre des vomitifs , et il m’est arrivé de prévenir des récidives imminentes, par l’administration des purgatifs et même des drastiques.

Ces agens thérapeutiques ne sont pas toujours employés pour débarrasser le conduit alimentaire. Leur action est quelquefois perturbatrice; elle brise le spasme des intestins, ou détermine une irritation révulsive, salutaire dans quelques cas.

La folie se juge quelquefois par le coït, et même par l’onanisme, quoique ces deux causes déterminent souvent cette maladie, qui, dans ces circonstances, dégénère et passe promptement à la démence. Tout le monde connaît l’histoire de M. Bl., curé de la Réole, racontée par lui-même. Ce malade, à la fleur de l’âge, fort et robuste, voué par état et par principes à la continence la plus sévère, tombe dans une manie, qui ne guérit qu’au bout de six mois , après une évacuation spermatique spontanée très abondante. 1

On a vu souvent des jeunes filles, des veuves guéries par le mariage. Alexandre Benoît raconte qu’une maniaque, s’évadant de chez elle, entra dans une caserne,

oh elle fut livrée à la brutalité de i5 individus; les rè-

1 Buffon, ü'st. de Thomme. — Oh. Londe, art. Satyriasis, du Dict. de médecine et de chirurgie pratiques , t. xiv , p. 527. — Leuret, Fragment psyc. sur la Folie ; art. Inspirations passives , p. 282.

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gles supprimées se rétablirent, et la malade fut guérie. Je tiens d'un médecin chargé des aliénés de l’hôpital de Stockholm, qu’un jeune maniaque s’étant évadé de sa cellule, parvint dans l’habitation d’une jeune femme aliénée; qu’après s’être abandonnés pendant la nuit à tout l’emportement des plaisirs vénériens, le jeune homme fut trouvé mort et la femme guérie. Je n’ai pas eu occasion d’observer de semblables crises dans la manie; j’ai vu quelquefois le mariage guérir les mélancoliques-hystériques. J’ai donné des soins à trois demoiselles qui , après des accès de manie, sont restées longtemps tristes, sombres, indolentes, et qui n’ont recouvré la plénitude de leur santé qu’après le mariage. Il faut tenir compte de l’influence morale. La grossesse, l’accouchement , l’allaitement sont des moyens dont la nature s’est servi quelquefois pour terminer la folie; je crois ces terminaisons rares. J’ai vu souvent la grossesse et les couches ne rien changer au délire, mais rendre les maniaques plus calmes. J’ai connu aussi une dame qui, pendant cinq grossesses consécutives, était devenue aliénée, et qui guérissait chaque fois par l’accouchement 1. Malgré ces exemples et bien d’autres cités partout, malgré l’opinion de beaucoup de médecins, je regarde comme des exceptions les guérisons de la folie par le mariage, par la grossesse et par l’accouchement, tant j’ai vu de folies persister et même s’aggraver malgré ces moyens. Que l’on visite la Salpêtrière, on y trouvera plus de cent femmes aliénées, quoiqu’elles aient été ma-

1 Ephémérides des curieux de la nature.

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riées, qu’elles aient été enceintes et qu’elles aient accouché.

De même que les sécrétions naturelles peuvent devenir causes et crises de la folie, de même les sécrétions maladives peuvent causer et juger cette maladie.

M. de F..., âgé de 17 ans, d’une constitution robuste , d’une force athlétique , d’un caractère facile, adonné aux plaisirs de son âge, prend une gonorrhée : on le traite avec la liqueur Wan-Swieten. Une nuit, qu’il est tourmenté par la soif et l’insomnie, il prend sur sa table une bouteille contenant la liqueur pure, en avale aussitôt, il se persuade qu’on a voulu l’empoisonner; il devient furieux; guérit au bout de trois mois, et devient militaire. Etant à l’année pendant la campagne de Prusse, âgé alors de a/j ans, il se livre à tous les excès auxquels expose son nouvel état. II prend une gonorrhée; ses camarades lui conseillent, pour guérir , d’avaler un grand verre d’eau-de-vie , dans lequel on a mis infuser la poudre de trois cartouches. La gonorrhée disparaît : le malade commence à délirer, se livre à de nouveaux excès, arrive en France avec son régiment. La fureur, le délire augmentent. Méconnaissant ses chefs, ses camarades, M. de F... commet toute sorte d’extravagances dans son quartier, et m’est confié au mois de mai i 807.

Ce jeune officier est d’une taille élevée; ses cheveu?: sont noirs, rudes et abondans; son haleine est fétide, sa langue est très blanche; les traits de la face sont tirés; la face est pâle, les pommettes sontrouges; les yeux brillans; l’amaigrissement est considérable; fureur; be*

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soin de déchirer; délire général. Tantôt le malade croit voir dans les nuages un corps de 4o ou 5o,ooo hommes, dont l’empereur passe la revue; tantôt il se croit dans un lieu enchanté; destiné aux plus grandes choses, il devient alors fier et arrogant : il aperçoit souvent, au travers d’un petit trou du plafond de sa chambre, des régions immenses habitées par des êtres extrêmement heureux , qui viennent se ranger autour de ce trou pour lui faire la cour. Il prend son domestique pour le dieu des Enfers; toutes les fois qu’il lui voit fermer une porte, il pense que les portes de l’Erèbe sont à jamais fermées sur lui. Un autrç domestique est son ange protecteur; mais cet ange est souvent vaincu par le dieu des Enfers. Son sommeil est long-temps troublé par la vue d’un squelette qui s’élève du sol au plafond de sa chambre, et sur lequel mon malade se précipite avec fureur , en poussant de hauts cris, pour s’en débarrasser. M. de F... déchire ses couvertures, ses matelas et sa paillasse ; il lui arrive quelquefois de rester tout nu sur la paille et de se sentir piqué, il imagine que chacun des bouts de paille sont autant de becs d’aigles qui vont le dévorer : alors il laisse sur le plancher un espace circulaire vide , autour duquel il range la paille et les débris des objets de literie qu’il a déchirés ou brisés, il se place au centre de ce cercle , et mouvant avec une rapidité extrême sa tête à droite et à gauche, il passe toute la nuit à souffler pour se garantir des atteintes de ces aigles; cette insomuie, avec les appréhensions qui l’entretiennent, persiste pendant quinze nuits. Après avoir passé six mois dans une fureur que rien ne peut calmer, ni la

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nuit, ni le jour, M. de F... se livre à la masturbation d’une manière effrénée pendant quinze jours. Les représentations , les menaces sont sans effet : enfin le malade s’effraie des dangers qu’il peut courir s’il continue ses mauvaises pratiques ; il est plus tranquille, mais on observe que son linge est sali. La gonorrhée a reparu; je favorise cet écoulement par tous les moyens possibles. Peu-à-peu le malade devient plus calme et plus tranquille, plus accessible aux conseils de la raison; ce n’est que vers le huitième mois que l’on peut le regarder comme en pleine convalescence ; encore reste-til quelques idées disparates, des inquiétudes, des préventions et une apathie difficile à vaincre. Je force M. de F... à se distraire, et à sortir avec un convalescent comme lui. Bientôt il prend une nouvelle gonorrhée, qui a coulé plus de trois mois : depuis cette époque, ce jeune homme se porte bien.

Deux ans après, troisième gonorrhée qui se supprime, les glandes inguinales s’engorgent : M. de F... perd la tête, se précipite d’un troisième étage, non pour se détruire, mais entraîné par une illusion. Le tapage que fait le malade attire du monde dans la cour de l'hôtel qu’il habile, alors M.deF... sepersuadeque c’est un corps d'ennemis, il monte à cheval sur le balcon de sa chambre, et s’écrie avec le ton du commandement : chargeons, en avant, il s’élance, tombe sur le pavé, en est quitte pour quelques contusions ; les glandes suppurent abondamment; après un mois de suppuration, pendant lequel le délire diminue progressivement, M. de F... est très raisonnable.

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Les praticiens ont observé que le travail de la dernière dentition cause la danse de Saint-Witt; ce travail devient aussi, quelquefois chez les jeunes sujets d’un tempérament lymphatique et nerveux, cause de la folie. La sortie des dents fait cesser tous les symptômes: c’est ce que j’ai observé chez trois jeunes demoiselles. Ces jeunes malades ont des convulsions; la face est bouffie; elles bavent beaucoup, portent souvent leurs mains dans la bouche; elles se plaignent de grandes douleurs de tête et de mâchoire. Je n’ai pu me faire illusion sur la cause de cette maladie, chez la première de ces trois malades. Le délire cessa au bout d’un mois : deux dents avaient percé leurs enveloppes. Quinze jours après, la manie reparut avec la même intensité; les gencives des dents tardives étaient gonflées et très rouges; l’accès dura plusieurs mois, et ne cessa qu’après l’apparition des dents. Peut-être aurais-je dû faire pratiquer l’incisicm , quoique cela n’eût pas été facile, la malade étant très agitée, et croyant qu’on voulait l’assassiner.

Je terminerai cet article par l’observation suivante extraite du Giornale delle Scienze medicale di Napoli , par M. de Renzi. Un maniaque, âgé de 33 ans, d’un tempérament bilieux, d’une forte constitution, eut une énorme tumeur à la fesse gauche, s’étendant jusqu’à l’anus. La tumeur fut ouverte avec l’instrument tranchant , il s’en écoula une grande quantité de matière très fétide. La plaie fut pansée avec le cérat et un cataplasme émollient , la gangrène se déclara; le pansement fut fait avec le styrax. Le malade fut mis à la limonade; pendant la suppuration, les accès

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de fureur furent moins fréquens, et on aperçut quelques signes de retour à la raison. A la chute de l’eschare, on reconnut une fistule stercorale qui fut traitée méthodiquement; à mesure que la plaie tendait à se cicatriser, la raison du malade s’améliorait. La fistule fut cicatrisée quarante-cinq jours après l’opération. La raisonfut rétablie le 2 mars i835. Ce malade était entré à l’hopilal des Aliénés de Païenne le 19 décembre i834*

Telle est l’énumération des crises physiques les plus marquantes de la folie. J’aurais pu multiplier les détails, ajouter un plus grand nombre d’exemples, hasarder quelques explications; mais j’ai dû me borner à exposer les résultats pratiques justifiés par le témoignage des auteurs.

On peut classer les crises de la folie dans l’ordre suivant : les fièvres, les hémorrhagies, les phlegmasies gastriques, cutanées, celles du système lymphatique. C’est au praticien à distinguer les différentes tendances de la nature, pour la seconder, suivant le précepte d’Hippocrate. O11 a vu la folie jugée, après une chute sur la tête, par l’empoisonnement, par la coupe des cheveux, par l’opération de la cataracte, par la castration; le docteur Ziitzin, médecin à Bamberg, a observé trois accès de manie jugés par la plique, et par un traitement approprié, il a prévenu depuis sept ans le retour des accès, etcJCe sont des faits plus curieux qu’utiles, qui restent isolés, et ne peuvent fournir aucune vue thérapeutique, ni guider le médecin dans le traitement de l’aliénation mentale.

DE LA. LYPÉMANIE

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