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L’accroissement des suicides est effrayant depuis un demi-siècle. A Berlin de 1788 à 1797, on comptait, d’après le docteur Casper, 62 suicides, et de 1 8 1 3 à 1822, le nombre des suicides s’est élevé à 5/|/|. A Paris, de 1817 à 1821, le nombre des suicides était de 346, terme moyen, et en 1 834 1 il y en a eu 57/1. Sans doute, il faut tenir compte de l’augmentation de la population et du soin que prend l'administration pour constater les suicides, mais on ne peut se dissimuler que cet accroissement des suicides ne révèle quelque changement notable dans la société.
Les comptes généraux çle la justice criminelle en France présentent, pour les années 1827 à i83i, une moyenne de 1 808 suicides , légalement constatés dans tout le royaume. Dans cette moyenne n’entrent pas les suicides qui n’ont pas été dénoncés à l'autorité, et cependant les suicides sont en France trois fois plus nombreux que les homicides. A Berlin, les suicides sont aux meurtres ou homicides comme 1 est à 5!
M. Quételet, dans son ouvrage plein de recherches et de déductions précieuses sur le développement des facultés de l’homme 1 , assure que dans le département de la Seine, le nombre moyen des suicides est de 35o , sur 800,000 habitans, c’est-à-dire 1 suicide sur 3, 900 habitans, proportion bien inférieure à celle qui avait été indiquée par le docteur Casper.
Si nous comparons les données publiées par ce mé-
1 Sur l’homme et le développement de scs facultés, ou Essai de physique sociale, Paris, i S 35 , 7 vol., in-8.
d'ecin, avec les résultats signalés par M. Quételët, nous trouverons des différences bien remarquables, quant au suicide entre Paris et Berlin. Le nombre des suicides est beaucoup plus considérable à Berlin qu’à Paris, il est comme ao à 12 d’après M. Balbi , et de 20 à 29 d’après Casper. À Berlin , le nombre des suicides hommes est à celui des suicides femmes comme 5 est à 1 ; tandis qu’à Paris, la différence est comme 3 à t. A Paris, la strangulation , comme moyeu de suicide, n’est que d’un dixième, tandis qu’elle est de la moitié à Berlin. Les armes à feu sont pour uu septième à Paris et pour un tiers à Berlin; tandis que. la submersion est un peu plus d’un tiers à Paris et d’un huitième à Berlin. A quoi tieunent des différences aussi remarquables? Les localités, les mœurs y sont-elles pour quelque chose?
M. Guerry, avocat à la cour royale de Paris, placé dans des circonstances toutes particulières, a fait des recherches immenses sur le suicide. Les fragmens déjà publiés fout vivement desirer que cet auteur termine son travail b M. Guerry a conclu de ses données statistiques que, dans le nord de la France, divisée par lui eu cinq régions, il y a 5 i suicides, tandis qu’il n’y en a que 1 1 dans le sud et 9 dans la région du centre; que dans le nord, le nombre des suicides est à la population comme 1 est à 9,855, et dans le midi, comme 1 à 3o,875 ; que le département de la Seine produit un sixième des suicides qui se commettent dans toute l’étendue de la France; que le nombre des suicides s’ac-
1 Essai sur la statistique morale delà l< rance, Paris, 1 83 3 , in-4.
croît progressivement à mesure qu’on se rapproche de la capitale, et qu’une progression semblable a lieu pour Marseille, relativement aux départemens qui environnent cette ville. M. Guerry a constaté aussi que l’été produit plus de suicides que l’automne, ainsi que je l’ai dit, en parlant de l’influence des saisons sur la production des suicides; qu’il se commet plus de suicides de quatre à six heures du matin ; qu’il s’en commet moins de deux à quatre du matin ; que l’âge influe sur le choix des moyens employés par les suicides , etc.
Il n’est pas démontré que le suicide soit plus fréquent en France qu’en Angleterre; mais, cela fut-il établi par des faits incontestables, rien ne prouverait que les aliénés sont plus nombreux chez nous qu’en Angleterre. Si le nombre des suicides est de nos jours plus grand en France, plusieurs variétés d’aliénation mentale ont presque entièrement disparu parmi nous, les folies religieuses, par exemple, tandis qu’elles sont encore très multipliées en Angleterre. Les actes du parlement d’Angleterre attestent qu’en 1 8 1 5 il y avait 7000 aliénés à Londres et dans tous les environs, tandis qu’il n’y en a jamais eu 35oo dans tout le département de la Seine, où les malades affluent de toutes les provinces.