II
338 DE l'idiotie.
ture et finir par la déchirer jusqu'à la commissure des lèvres, sans paraître souffrir; il en est qui ont les pieds gelés, et qui n'y font nulle attention. Une idiote, devenue enceinte, accouche sans se douter de ce qui lui arrive, et veut quitter son lit, disant qu'elle n'est pas malade. Ces infortunés sont dans un tel état d'insensibilité et d'abrutissement, qu'ils ignorent quelle est la cause de leur douleur, qu'ils ne distinguent pas si cette cause est en eux ou si elle est au dehors ; ils ont si peu le sentiment du moi, qu'ils ne savent pas si la partie affectée leur appartient, aussi en est-il plusieurs qui se mutilent; lorsqu'ils sont malades, ils ne se plaignent point, ils restent couchés, roulés sur eux-mêmes, sans' témoigner la moindre souffrance, sans qu'on puisse deviner les causes et le siège du mal ; ils succombent sans qu'on ait pu les secourir.
Leur abrutissement moral est en rapport avec la privation de la sensibilité physique. Un idiot, dit le" docteur Haindorf, retenu dans l'hospice de Sallzburg, ne paraissait susceptible d'aucune fi'ayeur; on voulut essayer s'il n'en ressentirait pas à l'aspect d'un homme qui simulerait un mort qui ressuscite. Dans cette intention, un infirmier se coucha sur un banc, enveloppé dans un linceul , on ordonna à l'idiot de veiller le mort. S'apercevant q ue le mort faisait quelques mouvemcns, l'i" diot l'avertit de rester tranquille; malgré cet avis, le prétendu mort se soulève; l'idiot va prendre une hache, coupe d'abord un pied au prétendu mort, et sans être arrêté par tes cris de cet infortuné, il lui tranche la tête d'un second coup; après quoi il reste calme auprès
DE l'idiotie.
tîu cadavre. Lorsqu'on fit à cet idiot des reproches , il répondit froidement, si le mort était resté tranquille, je ne lui aurait rien fait. Une lypémauiaque voulait mourir, cependant elle ne voulait pas se tuer parce que c'est un crime , mais elle voulait s'exposer à la mort en commettant quelque acte criminel. Un jour qu'on la laissa auprès d'une idiote, elle décida celle-ci à se laisser couper le cou, ce qui fut exécuté. Les moyens qu'employa cette lypémaniaque étaient assez bornés pour laisser le temps du repentir à tout autre individu qu'une idiote , et pour se soustraire dès les premiers essais entrepris dans lebut d'accomplir cet affreux dessein. Gall rapporte qu'un idiot ayant tué deux enfans de son frère, vint en riant raconter à ce malheureux père ce qu'il venait de faire. Harder raconte qu'un idiot égorgea un homme après avoir vu égorger un cochon.
Chacune des observations que je viens de rapporter foui'nirait la matière d'un long commentaire; de leur ensemble je déduirai les propositions suivantes :
L'idiotie offre d'innombrables variétés, relativement à la sensibilité et la capacité intellectuelle et morale.
Quelques idiots ont des aptitudes, des penchans ; presque tous, même ceux qui sont privés de la parole, chantent et retiennent des airs.
Quoiqu'il n'existe pas de rapport direct et constant entre le vice d'organisation et les divers degrés de la sensibilité et de rinlelligonce des idiots, il faut convenir que plus les difformités organiques sont considérables, plus les difformités de la sensibilité et de l'inteUigence sont prononcées.
34o DE l'idiotie.
Il n'y a ni volume , ni forme de tête , propres à l'idiotie; cependant, il faut reconnaître que les têtes les plus petites appartiennent aux idiots les plus dégrade's. Quoiqu'il se rencontre des idiots qui ont des grosses têtes, les formes de la tête ne sont pas plus que le volume l'indice rigoureux de la capacité sensitive et intellectuelle.
L'éducabilité des idiots , toute d'imitation et bornée aux premiers besoins de la vie instinctive, n'est pas un signe suffisant pour caractériser les principales variétés de l'idiotie, quoique en dise le docteur F. Voisin *.
La parole, cet attribut essentiel de l'homme, qui lui a été donnée pour exprimer sa pensée, la parole étant le signe le plus constamment en rapport chez les idiots avec la capacité intellectuelle, donne le caractère des principales variétés de l'idiotie.
Dans le premier degré de l'imbécillité, la parole est libre est facile. Dans le second degré , la parole est moins facile, le vocabulaire plus circonscrit.
Dans le premier degré de l'idiotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des phrases très courtes.
Les idiots du deuxième degré n'articulent que des monosyllabes ou quelques cris.
Enfin , dans le troisième degré de l'idiotie, il n'y a ni parole, ni phrase, ni mots, ni monosyllabes.
Les causes de l'idiotie, presque toujours locales et physiques, empêchent le développement des organes et
1 Application de la physiologie du cerveau , à l'étude des en/ans qui nécessitent une éducation spéciale; Paris, i83o, in-8.
DE l'idiotie.
les rendent impropres à la manifestation de l'intelli- "ence; à la différence de la folie, dont les causes ordinairement intellectuelles et morales, sur-excitent le cerveau, exaltent ses sensations, et jettent cet organe dans l'épuisement. Au nombre des causes physiques et prédisposantes de l'idiotie, il faut compter : les influences du sol, des eaux et de l'air, la manière de vivre des mères, l'hérédité, certaines localités favorables aux scrofules, les pays montagneux, tels que l'Ecosse, la Norvège. Il y a plus d'idiots dans les campagnes que dans les villes. Il n'est pas rare qu'il y ait plusieurs idiots dans une même famille: j'ai connu deux jeunes gens, seuls héritiers d'une grande famille , qui étaient idiots. Nous avons à la Salpêtrière une idiote dont la mère n'a eu que trois enfans, dont deux filles idiotes et un garçon idiot. Quelquefois aussi, dans une famille , il y a un idiot et d'autres enfans qui sont aliénés. J'ai vu des idiotes devenir mères : je n'ai pu savoir ce que sont devenus leurs enfans. Les causes excitantes de l'idiotie sont nombreuses. Les- affections morales vives de la mère pendant la gestation, influent sur l'organisation de l'enfant qu'elle porte dans son sein; les fausses manœuvres dans l'accouchement; l'usage, anciennement signalé par Hippocrate, où sont certaines matrones de pétrir en quelque sorte la tête des enfans nouveau-nés, en blessant le cerveau, peuvent causer l'idiotie ; les coups sur la tête , soit que l'enfant ait été frappé, soit qu'il ait fait une chute; les convulsions, quelle qu'en soit la cause, l'épilepsie, provoquent aussi celte affection ; quelquefois il suffît d'une convul-
S42 DE l'idiotie.
sion , cl^iin accès épileptique , pour arrêter le dcveloppement des organes et les progrès ultérieurs de l'intelligence d'un enfant qui, jusque-là, avait paru très spirituel; l'hydrocéphale aiguë et chronique ont des effets aussi funestes; on a vu l'idiotie produite par une fièvre cérébrale ou méningite qui a éclaté dans l'enfance.
Les effets de ces causes se font sentir dès la naissance de l'enfant, c'est l'idiotie innée; ces nouveau-nés ont la tête volumineuse ou très petite , les traits de la face délicats; ils ont de la peine à prendre le sein, ils tètent mal, no se fortifient pas, leurs yeux sont longtemps avant de suivre la lumière et sont louches. Ils sont maigres, décolorés, ne marchent point avant l'âge de cinq à sept ans et quelquefois avant la puberté ; ils ne peuvent apprendre à parler, ou ils ne retiennent que quelques mots, que quelques monosyllabes, et encore ce n'est-il que très tard.
Quelquefois les enfans naissent très sains, ils grandissent en même temps que leur intelligence se développe, ils sont d'une grande suscoptibllité, vifs, irritables, colères, d'une imagination brillante, d'une intelligence développée, l'esprit est actif. Cette activité n'étant pas en rapport avec les forces physiques, ces êtres s'usent, s'épuisent vite, leur intelligence reste stationnairé, n'acquiert plus rien, et les espérances qu'ils donnaient s'évanouissent, c'est l'idiotie accidentelle ou acquise ; quelquefois aussi une cause accidentelle arrête le développement des organes et de l'intelligence.
Le crâne des diots offre ordinairement des vices de conformation; le volume et la forme du crâne des
DE l'idiotie.
îdîots offrent autant de variétés, que le volume et la forme du crâne des hommes complets ; il n'y a pas de forme propre pour l'idiotie. Une tête trop petite, proportionnellement à la hauteur du corps , une tête trop grosse, peuvent être la têlc d'un imhécille ou d'un idiot; il eu est de même d'une tête régulière et d'une tête déformée.
Les recherches nombreuses qui ont été faites sur la conformation de la tête ont eu pour objet le volume, la forme du crâne et les traits de la face.
Hippocrate avait signalé la têle trop petite, qu'il appelle microcéphale, comme une des causes d'idiotie. Willis a décrit un cerveau d'idiot qui n'avait pas la moitié du volume ordinaire; Brown, à Amsterdam, possède un cerveau semblable et plusieurs crânes de microcéphales. Pinel a publié le crâne d'une idiote, remarquable par sa mauvaise conformation , et celui d'un idiot qui n'a presque pas de crâne, tandis que la face est très développée. M. Richerand dans sa physiologie cite plusieurs exemples de crânes très peu développés. Gall a figuré ^ deux crânes très petits , et fixe les limites de l'intelligence aux crânes qui n'ont que i4 à 17 pouces de circonférence.
Vésale prétend que les Allemands ont la tête aplatie postérieurement, parce qu'ils ont l'habitude de coucher les enfans sur le dos , et il donne le dessin d'un crâne d'idiot dont l'occiput est très aplati.
Prochaska, Malacarne, Ackerman ont donné des
' Anatomic et Pliysiologie du système nerveux.
344 DE l'idiotie.
descriptions de crânes et de cerveaux d'idiots, qui diffèrent beaucoup les uns des autres.
D'après Cuvier les rapports du crâne avec la face indiquent le degré d'intelligence chez les animaux et chez l'homme. Un petit crâne et une grande face sont l'indice d'une intelligence moins grande.
Pinel a appliqué les calculs de la géométrie à l'appréciation de la capacité des crânes ; il a indiqué comme propre aux idiots, un crâne aplati et le défaut de symétrie entre les parties droite et gauche du crâne; chez un idiot, la tête n'avait de hauteur que la dixième partie de la structure de l'individu; ces vices de conformation, ce défaut développement du crâne ne peuvent-ils pas être attribués au rachitisme , au scrofule, si fréquens chez les idiots?
Les hydrocéphales ne sont pas tous privés d'intelligence, mais les observations que j'ai rapportées prouvent que souvent les idiots sont hydrocéphales, quoique le crâne soit petit. Ces idiots sont rachitiques, ont les membres atrophiés, déformés et contractés.
Je possède un grand nombre de bustes moulés après la mort et de crânes d'idiotes ; généralement le sommet du crâne est surbaissé, le diamètre fronto-occipital est étendu, le pariétaux sont aplatis vers la suture temporale; ce qui rend le front de quelques idiots presque pointu, Taplatissement de l'occipital, celui du coronal, l'inégalité des deux portions droite et gauche de la cavité crânienne sont les phénomènes les plus constans et peut-être le plus dignes d'attention de la part de ceux qui veulent des explications.
DE l'idiotie.
On a conduit à la Salpêtrière, le i5 décembre 181 5, ■ une imbécille de naissance qui mendiait et qui fut violée et maltraitée en j8i3 par des soldats étrangers : sa taille moyenne paraît petite, à cause de la courbure (kl racbis, dont la gibbosilé fait saillie sur la banche .. gaucbe, La tête est volumineuse, la, face est liaute,' large et comme aplatie, le front droit. Les clieveux sont abondans, cliâtains; les yeux cliâtains, louclies parfois; la bouche grande, semble carrée quand elle s'ouvre, les dents sont cariées, les gencives fongueuses; la voûte palatine forme un angle rentrant à la réunion des os maxillaires, le voile du palais est bifurqué. La tête, mesurée sur le plâtre moulé après la mort, . donne les proportions suivantes.
Circonférence o,535
Courbe fronto-occipital. .... 0,82 3
Diamètre antéro-postérieur. . . . 0,167
Diamètre bi'temporal 0,162
Total. .... 1,287
Cette tête singulière dépasse de beaucoup la grandeur moyenne des têtes bien conformées ; la face a 0,1 55 de hauteur, le diamètre antéro-postérieur ne dépasse le diamètre bi-temporal que de 5 millimètres ; le front a 0,070 de hauteur; d'une apophyse orbitale à l'autre, il y a o,i3o; la face est aplatie; l'occipital est 'étroit, comparé au coronal.
Les mains de cette imbécille offrent, ainsi que les pieds, une conformation extraordinaire dans l'exten-
346 DE l'idiotie.
sion. Les doigts sont rapprochés par leurs cxtrémltcs, et réunis par la peau, les ongles se touchent, et sont toujours distincts; on distingue sous la peau cinq doigts à la main droite, et six à la gauche; les doigts, ainsi rapprochés, ne peuvent se fléchir, ni s'écarter l'un de l'autre. Les pieds présentent le même vice de conformation; malgré cette vicieuse disposition, cette imbécille peut, quoique imparfaitement, filer, manier l'aiguille j attacher une épingle, nouer un cordon.
Quoique d'une intelligence très bornée, celte idiote connaît les personnes qui la servent, satisfoit auxj premiers besoins de la vie, mange beaucoup, dort, sa menstruation est régulière; elle a quitté son père avec indifférence et n'en parle point. Elle voit les hommes avec plaisir, elle n'a point de pudeur, elle est très inté ressée ; en lui montrant quelques pièces de monnaie on lui fait faire tout ce que l'on veut; elle demand( souvent des bijoux , des pendans d'oreilles pour se ma rier toujours le lendemain. Elle articule quelques mot; avec difficulté, mais avec vivacité; elle est colère, mai: craintive, elle rit et pleure pour la moindre chose. Elli a succombé un an après son admission h une affectioi vermineuse. J'ai trouvé 78 vers lombrics dans le cana digestif, jusque dans l'œsophage.
M. Foville ^, médecin de l'asile des aliénés de Roue dans un mémoire plein d'intérêt, signale un vice conformation du crâne qu'il a souvent observé da son hospice. Il a remarqué une dépression circulai
Déformation du crâne, Paris, i834, in-8, fig.
DE l'idiotie.
[le la tète, qui, clu front, passant sur les régions temporales, s étend au-dessous de la protubérance occipitale. Cette dépression est l'effet delà compression d'un bandeau placé sur le front des enfans et maintenu par des cordons qui étreignent circulairement la tête. Cette étreinte, gênant le développement régulier du crâne, le déforme et rend très saillante la région occipitale, tandis que le front est très aplati , Ce vice de conformation s'observe aussi dans le midi de la France et doit nuire au développement de l'intelligence.
Dans les belles recbercbcs de M. le docteur Parrçhappe ', médecin de l'asile des aliénés de Rouen, ce imédecin compare le volume et la forme du crâne modiifiés par la taille, l'âge, le sexe, l'état physiologique etpal thologique de l'intelligence avec la masse et le volume fr de l'encéphale, et conclut que s'il existe un rapport gé-
I néral entre ces deux termes , il manque de faits pour déduire rigoureusement de ce rapport les divers degrés de la capacité intellectuelle et morale. Le docteur Lelut, médecin de la Salpêtrière, qui a publié des mémoires si
II intéressans sur l'aliénation mentale, a aussi recherché quels sont le volume et la forme du crâne chez l'homme sain et chez l'idiot. Il pense que le crâne de ceux-ci est
Il un peu moins développé, mais que cette différence n'est 1 pas aussi grande qu'elle paraît et qu'on le répèle depuis les anciens. Selon cet auteur, plus le volume du crâne diminue, plus on arrive au dernier degré de l'idiotie. La portion frontale du crâne des idiots est rigoureusement
' Recherches sur l'encéphale , Pm-xi, t830,in-8.
348 DE l'idiot TE.
aussi large et aussi relevée que chez les hommes ordinaires, enfin les idiots ont le crâne aussi allongé que les autres hommes. Que de travaux encore ne reste-t-il point à faire, que de recherches avant de pouvoir préciser la coïncidence de volume et de forme avec la capacité intellectuelle !
Avec chaque observation d'idiotie qu'on peut lire dans ce chapitre, je donne les mesures de la tête prises pendant la vie. En les réunissant , on peut comparer les' moyennes, avec les résultats obtenus par mes jeunes confrères : le temps ne me l'a pas permis. Pour ceux qui aiment ce genre d'investigations , j'ajoute ici un tableau des moyennes résultantes de mesures prises sur des femmes bien portantes et sur le plâtre moulé après la mort de 36 femmes aliénées, de l'y femmes irabécilles, de ly idiotes. Les mesures des trois idiotes dont la tête était extrêmement petite , ont été prises sur le crâne.
DE l'idiotie.
Circonférence.
Courhc antéropostérieur.
Diamètre antéropostérieur.
IDiametre transverse.
TOTAUX
Femmes à l'état saiu
lo
Aliénées. . . .
Imbécilles. . .
Idiotes microcéphales. . .
De ce tableau, il résulte 1°, que la circonférence de la tête, mesurée chez des femmes jouissant de la raison, sur des femmes aliénées, imbécilles et idiotes, diminue dans une proportion presque égale de la femme ordinaire là l'idiote privée même d'instinct,
I a° Que la courbe fronto-occipitale diminue singulièrement de la femme saine d'esprit, à la femme aliénée, tandis que cette courbe ne varie point de l'aliénée à limbécille, et qu'elle ne perd que 6 millimètres de celleà l'idiote.
3» Que le diamètre fronto-occipital ne varie point de a femme ordinaire à la femme aliénée, et qu'il ne diminue que de 6 millimètres de l'aliénée à l'idiote, tandis
35o DE l'idiotie.
que la différence est énorme, si on passe au dernier degré de l'idiotie.
4° Que le diamètre bi-temporal est plus considérabh chez la femme aliénée et même chez l'imbécille el l'idiote que chez la femme d'une intelligence ordinaire.
5" Qu'en supposant que la somme de ces quatn mesures exprimât le volume du cerveau, il en résullç rait que le volume decet organe diminuant dans la mêm proportion que la capacité intellectuelle, le volume di crâne serait l'expression de cette capacité.
Morgagni a trouvé le cerveau très dense ; Meckcl di' que la substance cérébrale des idiots est plus sèche, plu légère, plus friable que celle des individus sains d'cs prit.
Malacarne assure que les circonvolutions du cerveai sont d'autant plus nombreuses que l'intelligence es plus grande, et que les feuillets ou lamelles du cervele sont moins nombreuses chez ceux qui sont privés d'in telligence.
Les circonvolutions sont petites, atrophiées, serré et peu profondes. Peut-être a-t-on négligé la capacité d sinus latéi^aux du cervelet. J'ai trouvé chez presque ton les idiots, dont j'ai ouvert le cadavre, les ventricule latéraux très resserrés et d'une très petite capacité.
Les imbécilles et les idiots ont une physionomi toute particulière qui les fait reconnaître dès qu'on le aperçoit. Lavater dit que le front rejeté en arrière c dont la courbure est sphéroïde; que de grandes lèvre proéminentes et ouvertes, dout les commissures son
DE l'idiotie. 35 1
très relevées; que le menton en forme d'anse ou qui se retire en arrière, signalent l'idiotie.
Camper qui, au reste, n'a cherché dans la ligne faciale qu'un caractère de beauté de la face, fixe à quatre-vingt-dix degrés le terme extrême de la ligne faciale. Il est des idiots dont la ligne faciale a plus de quatre-vingt-dix degrés, et des individus très raisonnables dont la ligne faciale n'en a pas quatre-vingts.
On s'attend bien que je n'ai rien à dire sur le traitement d'un |état constitutionnel; néanmoins, on peut jusqu'à un certain point améliorer le sort des imbécilles , en donnant une bonne direction à leurs habitudes, à leurs actions, en les accoutumant à quelque travail qui tourne au profit de l'imbécille pauvre, ou serve de distraction }à l'imbécille riche. Les idiots réclament des soins domestiques très attentifs et très assidus.
Sans imiter l'espèce de culte qu'on rendait aux idiots et aux crétins dans quelques contrées, dans lesquelles on regardait comme une faveur du ciel d'avoir un idiot ou un crétin dans sa famille, on entourera de soins assidus et actifs ces infortunés qui , abandonnés à euxmêmes, sont exposés à toutes les causes de destructions; par l'habitude, on les accoutume à un régime convenable; leur paresse, leur apathie, leur résistance à tout mouvement, sans perdre de vue que leur saleté, leurs infirmités, augmentent cette malpropreté, leur disposition à l'onanisme, exigent une surveillanceéclairee et très active. Rien ne saurait prévenir l'imbécillité et l'idiotie; mais les auteurs qui ont écrit sur le créti-
352 DE l'idiotie.
nisme, particulièrement Fodéré, donnent des conseils précieux pour prévenir la propagation de cette dernière infirmité.
On a classé parmi les idiots, les crétins , les cagots et même les albinos. Le crétinisme est une variété remarquable de l'idiotie. Les crétins sont les idiots des montagnes, quoiqu'il s'en rencontre quelquefois dans les plaines. Ils ne diffèrent point essentiellement de nos idiots, relativement à la faiblesse de la sensibilité et à l'incapacité intellectuelle , mais ils en diffèrent par des symptômes et par des circonstances propres au crétinisme.
On donne le nom de crétins à des idiots et à des imbécilles qui habitent ordinairement les gorges des montagnes. Ce nom vient , dit-on , du mot chrétien , parce que ces malheureux , simples et inoffensifs étaient vénérés comme de saints personnages. Qu'il me soit permis de hasarder une hypothèse. La dénomination de crétin ne viendrait-elle pas du mot crétine^ qui, dans le vieux langage, voulait dire alluvion? N'a-t-on point transporté ce nom à des individus devenus infirmes, pour avoir habité au milieu des terres d'alluvion ? En effet, le crétinisme n'cst-il point endémique dans les gorges des montagnes plus ou moins marécageuses et exposées à l'air humide ?
M. de Maugiron, de la Société des sciences de Lyon, est le premier qui ait observé les crétins avec quelque attention et qui ait fait un mémoire sur le crétinisme. M. de Saussure \ dans son voyage aux Alpes , parle
* Voyage dans les /f/pes,,.
DE l'idiotiiî. 353
longuement des crétins et des causes de leurs infirmilés. Richard Clayton * assure que les crétins ont rarement plus de quatre pieds deux pouces de hauteur , qu'ils sont pour la plupart presque sourds et muets et qu'ils vieillissent promptement; Clayton, sans doute, ne veut parler que des crétins qui sont dans le dernier degré d'abrutissement. L. Ramond * a décrit les crétins des Pyrénées, les a comparés à ceux des Alpes et a démontré que les causes qu'on assigne au crétinisme dans les Alpes, n'existent point dans les Pyrénées. William Cox ^ a signalé les différentes dégradations de l'intelligence des crétins, depuis la raison la plus voisine de l'état normal, jusqu'à cet état dans lequel le crétin n'est plus qu'un être organisé qui végète, Fodéré a publié un excellent ouvrage sur les crétins des Alpes, qu'il avait long-temps vus et qu'il a bien observés. Paw, dans ses recherches sur les Américains , dit avoir observé beaucoup de crétins et des albinos dans l'isthme de Panama. Les crétins offrent les mêmes caractères, les mêmes va- . riétés d'incapacité intellectuelle, d'insensibilité physique ' et morale, qu'on observe chez les idiots; ils se distinguent cependant de ceux-ci, parce qu'ils naissent ordinairement dans les gorges des montagnes et au milieu de circonstances locales et matérielles qui ne se rencon- I >trent point ailleurs , parce qu'ils portent des goitres plus
* Mémoirs of thc Utterary and philosophical society of Manchester... ^ ^"yge oux Pyrénées...
* Lettres sur l'état politique civil et naturel de la Suisse, Paris, 178a, a vol. in-8.
* Traité du goitre et du crétinisme, Paris , an vm, in-8. ! II. «3
354 I^'lDIOTIE.
ou moins volumineux, parce qu'ils sont tous éminemment lymphatiques et scrofuleux, etc., etc.
La taille des crétins est petite, leur peau est pale, blafarde, livide, flasque, ridée; leurs muscles sont mous , relâchés, sans force , leurs membres sont gros^ épais ; leur ventre est très volumineux. La tête est plus souvent grosse, tantôt aplatie postérieurement, tantôt déprimée au sommet. Les cheveux sont fins et blonds. Les yeux sont écartés, cachés sous les arcades orbitaires et chassieux ; les paupières sont rouges et larmoyantes; le regard est louche et stupide; le nez est épaté, les lèvres sont épaisses; la langue est pendante; la bouche mi-ouverte est inondée de mucosités, qui coulent sur les vêtemens; la mâchoire inférieure est allongée; la face est bouffie, ce qui la fait paraître carrée, la physionomie sans expression est stupide. Quelques crétins ont le cou court et gros; d'autres l'ont allongé et grêle; tous n'ont pas des goitres. La plupart ont les membres abdominaux, inégaux , courts, infiltrés; leur démarche est lente, gaucbe et mal assurée : ils sont d'une excessive malpropreté. D'ailleurs, les fonctions digestives s'exécutent bien. Les crétins sont gloutons et très lascifs.
Comme les idiots, les crétins peuvent être distribués eja trois degrés : dans le premier, les crétins portent bien leur tête, ont le regard animé, la démarche aisée, les idées sont peu nombreuses et incomplètes, mais ils distinguent les choses les plus usuelles de la vie, le bien du mal, ils ne peuvent suivre un raisonnement, Is questionnent peu, répondentjusle, mais leur parole
DE MDIOTIE. 355
est grimacée et cpflvijlsiye : ,ccs crétins so;^t les plus nombreux.
Les crétins du second dogrc ont la peau livide, les traits difformes, le cou allongé^ les chairs molles et flasques, ils sont goitreux, le,ur tête est niai conformée, leurs membres sont épais ,e,t lou^'ds, ils jie s'expriment que par des gestes ou par des cris convulsifs, ils ont peu de sensibilité, éprouvent des besoins physiques, les expriment; leur intelligence ne va pas au-delà d'un instinct grossier, ils ne s'attachent à personne.
Dans le troisième degré, , les crétins sont muets, sourds, ou aveugles, le regard indique qu'ils voient mal, ils n'ont pas dégoût, mangent tout ce que l'on introduit daps leur bouche; ils sont insensibles aux bons comme aux mauvais traitemens ; il faut les porter, ils sont plongés dans l'engourdissement et la stupeur la plus profonde.
Tous les enfans ne naissent point crétins. Ce n'est que vers la deuxième, troisième, ou quatrième année, que le développement de rinlelligence s'arrête. Cependant, les enfans qui doivent être crélins, naissent avec un petit goitre, tètent difficilcinent, sont bouffis et toujours fussoupis. Ils ne marchent ni ne parlent au même âge que les autres enfans. Ce n'est quç vers rxâge,çl,e dix à douze ans qu'ils peuvent marcher, pron.oii,çer quelques syll^ibes et porter à la boucJie les alini.ens. La pubi;rté est tardive. Ces malheur.eux restent ordinairement as.sis devant leur habitation.; aller de leur lit au foyejr co^i^-: mun, pendant l'hiver, et hors la porte de la maison, pendant l'éfn est pour eux un grand voyage, car ils marchent très peu.
356 DE l'idiotie.
Il serait désirable de pouvoir comparer les différentes formes de crâne des crétins, avec les crânes des idiots des pays de plaine et des villes; je n'ai pu me procurer qu'un seul crâne de crétin, quoique je sois allé en chercher dans les Pyrénées, dans les Alpes, et quoique plusieurs médecins m'en aient promis. Les préjugés du pays ont été sans doute un obstacle insurmontable à l'accomplissement des promesses de ces confrères.
La planche XXIV représente une famille des Pyrénées : c'est une mère goitreuse et deux de ses enfans crétins , debout à côté de leur mère. Ce dessin a été fait par M. Roques, de Toulouse, peintre aussi distingué par ses talens qu'honoré par son caractère. La physionomie de la mère contraste singulièrement avec celle de ses deux enfans; les goitres de ceux-ci, particulièrement celui du jeune homme , sont beaucoup moins volumineux que les goitres de la mère. Le front du jeune homme est beaucoup plus fuyant en arrière que celui de sa sœur ; tous les deux ont les yeux cachés sous l'orbite et leur menton est très en arrière. Ils ont l'un et l'autre, particulièrement la fille , les lèvres saillantes et la bouche entrouverte. Leur physionomie exprime la stupidité îa plus complète. Ils ne parlaient point , mais ils faisaient entendre une sorte de grognement. Ils marchaient mal et lentement ; mangeaient seuls, mais il fallait les habiller. Ils avaient à leur usage quelques signes pour exprimer leur désirs, qui étaient bornés aux premiers besoins de la vie. Ils reconnaissaient leur mère, et aimaient à rester auprès d'elle. Rarement allaient-ils l'un sans l'aulre, Dans leur maison, ils s'as-
DE l'idiotie.
seyaient toujours côte à côte. La fille fut envoyée à l'hôpital de Toulouse, où je l'ai vue en 1828. Elle était d'une taille moyenne, sa tête était petite, aplatie à son sommet, les yeux petits, cachés sous l'orbite , les lèvres épaisses, la bouche béante, pleine de mucosités. Deux petits goitres étaient appendus à son menton. Elle marchait lourdement et en cannetant. Elle ne proférait aucune parole, mais laissait échapperun son grave et sourd pour exprimer sa joie, comme sa peine. Elle avait un goût prononcé pour les substances fortes. Elle prenait du tabac avec avidité. Elle parut contente lorsque je lui en donnai, et le porta aussitôt à son nez. Je lui présentai quelques pièces de monnaie, elle les prit dans ma main, les regarda attentivement, exprima sa reconnaissance en poussant quelques sons étouffés et inarticulés. Cette fille est morte. M. Délaye , médecin en chef de l'hospice des ahénés de Toulouse, m'a envoyé le crâne de cette idiote, dont suivent les dimensions. La moitié gauche du crâne est plus exprimée que la moitié droite.
Circonférence o,5io
Courbe delà racine du nez, à la tu-
bérosité occipitale . . . . . 0,^45
Diamètre antéro-postérieur . . . 0,168
Diamètre bi-temporal 0,1 45
Total. . . 1,068
Le crélinisme est endémique , ai-je dit, dans les gorges des montagnes , dans quelques plaines. On trouve des crétins dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans les
35ë DE IHBi&nt.
Âsturies, en Ecô'Ssè, (iaris îës monts Krapacks, dans la Tartarie, dans lès Co'rdîllèrés, ètc, etc. Les crétins sont en beaucoup plus grand nombre dans les pays où le crétiriisme est endémiqiie, que les idiots ne le sont dans les pays de plaine et dans les villes.
Les crétins sont si nombreux dans ces pays, que dans le seul département des Alpes, on comptait 3,ooo crétins en 1 8 1 2, d'après un mémoire auquel j'aurai beaucoup d'emprunts à faire, tandis que l'idiotie est un pbérioriiène rare cbèznous. En effet, dans les hospices d'aliénés, on compté un trentième d'idiots tout au plus. Dans la table géiiérale des aliéiiées admises à la Salpêtrière, pendant quatre ans moins trois mois , publiée par Pinel, bh troùv« ^ue, sur 1,002 aliénées admises, il n'y avait que 36 idiotes. Les relevés du même hospice, faits dèpiiis l'année i8o4 jusqu'à i8i4, sur 2,804 femmes aliénées, préseiitent 98 idiotes Il en est de mêiilè à Bicêtre: d'après uri métiloire inédit de Pussin, amsi que les relevés faits par le docteur Hébréard , médecin de cet hospice, relevés publiés par M. le comte Pàstoret en 1816^ sur 2,1 54 aliénés hommes admis à Bicêtre pendarit dix ans , 69 étaient idiots de naissaiice.
Le rapprochenient de ces relevés justifie ce que je disais pliis haut, en annonçant que l'idiotie est uri phénomène rare parmi nous puisque, sur 7,950 aliénés des deux sexes, on ne compte que 2o3 idiots.
1 Rapport au conseil gèlerai des hospices. Paris, 1816, iii-4. ^ fraiié de l'aliénation, Paris, i8og, iii-8, pag. 186.
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Pinel dît qu'il y a un quart d'idiots dans les hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière. Il est évident qu'il y a eu ici erreur de rédaction ; les tables statistiques du même ouvrage disent le contraire.
Reil, et les écrivains qui ont écrit après le célèbre professeur français, ont répété la même erreur. L'acception vague du mot idiotisme explique cette apparente contradiction entre ce qu'ont avancé ces deux grands maîtres et les résultats de l'observation.
Les divers auteurs qui ont observé les crétins et qui ont écrit sur le crétinisme , ont émis des opinions différentes et souvent opposées sur les causes de cette infirmité; on rencontre des crétins dans les vallées basses, profondes, étroites, dans les gorges circonscrites par de hautes montagnes. Un célèbre voyageur italien dont le nom me fuit , assure qu'on rencontre beaucoup moins de crétins dans les gorges des montagnes magnésiennes que dans les montagnes calcaires. Saussure a observé qu'il n'y a plus de crétins, au-dessus de 600 toises d'élévation. Il ne partage pas l'opinion des auteurs qui accusent l'eau déneige, ou de glace fondue, et les eaux contenant des sulfates calcaires, d'être la cause du crétinisme; les habitans des hautes montagnes, dit-il, boivent des mêmes eaux et ne sont pas goitreux ; ce savant attache peu d'importance aux émanations marécageuses, à la mauvaise nourriture, à l'ivrognerie, à la débauche, comme cause de cette infirmité, parce que les effets de ces mêmes influences ne se font pas sentir aux habitans desplaines.il attribue le crétinisme à l'air stagnant, échauffé et corrompu que respirent les habitans des vallées, car, ajoute-t-il, les
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villages exposés au midi offrent un plus grand nombre de crétins.
Les crétins des Pyrénées, observés par Ramond, habitent des vallées au nord, respirent un air sec et tempéré, boivent des eaux pures et vives. C'est donc à d'autres causes qu'il faut attribuer le crétinisme, qu'à celles indiquées par Saussure. La paresse , la nonchalance , ne peuvent pas non plus être accusées; les habitans du Bearn et de la Navarre étant très actifs, sont cependant sujets au goitre et au crétinisme; mais peut-on convenir avecRamond, que la misère, l'état d'avilissement, le mépris, dont les crétins sont l'objet , aient produit avec la succession des temps, le crétinisme des habitans des Pyrénées? Non sans doute. Les crétins du Valais sont entourés d'une sorte de considération , assistés avec des soins affectueux et ne sont point misérables.
Fodéré n'admet point que les eaux dont s'abreuvent les habitans des vallées des Alpes soient la cause du crétinisme, les habitans des hautes montagnes n'ayant point d'autres eaux à boire. Ce savant professeur croit que le crétinisme est produit par l'air chaud, humide , concentré et stagnant qu'on respire dans les gorges.
Dans un mémoire inédit que M. le comte de Rarabuteau envoyait au ministre de l'intérieur en 1812,
mémoire que j'ai largement mis à contribution. M ,
l'ancien préfet du Simplon pense que le Rhône, débordant dans la saison de la fonte des neiges, laisse dans les plaines du Valais des eaux marécageuses qui exhalent des vapeurs malfaisantes; que les eaux en descendant de la hauteur des montagnes se chargent de
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muriate et de carbonate de chaux, qui les rendent malsaines; ces circonstances ne sont pas les seules qui contribuent à la production du crétinisme; il rejette l'opinion de ceux qui accusent les eaux provenant des glaciers et de la fonte des neiges. Dans le Valais même, dit M. Rambuteau, les habitations qui sont situées sur les hautes montagnes ou l'on respire un air pur et vif, présentent une population robuste. Dans la vallée du Rhône, plusieurs portions plus larges où l'air est plus agité; la majeure partie des vallées latérales, lorsqu'elles reçoivent les vents rafraîchissans du nord, lorsqu'elles sont éloignées des marais et lorsqu'on y boit I des eaux de bonne qualité, sont exemptes de goitres et de crétinisme. Tandis que les crétins sont plus nombreux dans les villages situés dans des vallées entou- I rées de hautes montagnes, exposées pendant quatre mois aux rayons d'un soleil ardent. La chaleur réfléchie par les roches nues et brûlantes y est tellement concentrée qu'on ne respire qu'un air étouffant et embrasé, et le vent du midi , signalé par Hippocrate pour ses mauvaises influences sur l'inervation , y règne habituellement. Il est remarquable que les vallées où il y a seulement des goitreux, avoisinent les vallées des crétins, qu'en approchant de celles-ci les goitres commencent à paraître d'abord rares, puis plus fréquens; on voit ensuite réunis les goitreux aux crétins. Les habitations du Valais sont basses, étroites et sales. L'air ne s'y renouvelle point, la lumière ne les pénètre pas ; les animaux domestiques y séjournent pêle-mcle avec les I hommes, la nourriture est mauvaise , elle se compose de
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viandes salées , de pommes de terre , de maïs , de châtaignes. L'indolence, la paresse, l'ivrognerie et la débauche, les soins mal entendus qu'on donne aux enfans i nouveau-nés, les accidens qui arrivent de l'abandon de i ces mêmes enfans, sont tout autant de causes secondaires, mais puissantes, qui augmentent l'énergie des .' funestes influences du sol, des eaux et de l'air.
A toutes ces dénégations de l'action malfaisante des i' eaux, le docteur Bailly oppose les résultats contraires;' de son observalion. Le goitre ou le bronchocèle pro--j vient, dit ce médecin, des eaux crues, dures, qui cou-' lent abritées du soleil et de l'action de l'air , comme .! sont les eaux qui sourdent du creux des rochers, des;: montagnes ou des entrailles de la terre, et que l'on boit] peu après leur issue. Il est si vrai, ajoute notre con--! frère, que le goitre est produit par la qualité des eaux:' et non par l'état de l'atmosphère, qu'il y a des fontaines^n dans le Léman dont l'usage de l'eau pendant huit joursUi seulement, produit ou augmente cette tumeur. Ceux des?!! habitans d'un même village qui ne boivent pas des eaux;': de ces fontaines, ne sont nullement affectés de goître i et ne deviennent point idiots, quoiqu'ils ne soient éloi-D gnés que d'une portée de fusil des autres habitans.
M. Vyn, dans son excellent itinéraire en Suisse,^ discute les diverses opinions qui ont été émises sur les:| causes du crétinisme et n'est satisfait d'aucune. Il pensât que cette infirmité est produite par la transition brus-0 que et fréquente de la température chaude à la tempé- ij rature froide. Cette transition est déterminée par desb courans d'air très froid qui s'échappent des gorges:
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îlroites et par le très grand abaissement de la tempéature après le coucher du soleil, comparativement à sa irande élévation pendant le jour.
Les causes immédiates organiques du crétinisme ne ;ont pas mieux connues ni mieux déterminées que les ;auses prédisposantes et éloignées; ainsi l'un accuse la Detitcsse du crâne des crétins , l'aplatissement du vertex ît de l'occipital. Malacarne prétend que le peu de capa- :ité du crâne ou bien son étroitesse ne permettant pas m cerveau de se développer, celui-ci ne peut remplir ■es fonctions. Ackermanu concluait que l'aplatissement le l'occipital observé chez beaucoup de crétins , en déalacant les faisceaux nerveux à leur orisine, nuisait à eur action et par conséquent au développement de 'intelligence. Quelques observateurs ont trouvé le cerveau très dense et quelques autres bydrocéphalé. Quelques autres attribuent le crétinisme à la compression des carotides , exercée par les glandes sous-maxillaires très développées par les scrofules, i Le crétinisme est-il le résultat d'un vice congénial? la difformité du crâne est-elle toujours la cause de cette l'nfirmiié, ou bien ne serait-il pas souvent une maladie I acquise après la naissance? Josias Simler, historien du j Valais, qui écrivait en 1674, prétend que les sagesjfemmcs de son temps connaissaient, au moment de la '"aissance, si l'enfant devait être crétin. S'il en élait 'airlsi^ les crétins naîtraient avec quelque vice de con- 'ormaiion mc-me appréciable , et dès-lors l'habitation p vallées humides et chaudes, l'état de l'atmosphère ,
^ fjiialité des caux ^ le mauvais régime n'exei'Cei'aient
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qu'une influence secondaire. Mais M. de Rarabutea assure qu'il est très rare de pouvoir reconnaître si u enfant qui naît sera crétin ; et , d'ailleurs , comme expliquer l'amélioration qu'éprouvent les habitans d vallées qui se transportent sur les hautes montagnes comment expliquer la diminution considérable dà crétins observée depuis un grand nombre d'années ? est plus vraisemblable de penser que les influenc auxquelles sont soumises les enfans sont les caus productrices de cette maladie; car, comme nous l'avon dit en commençant, les enfans ne naissent pas crétins ils ne le deviennent qu'à la seconde et quelquefois à L quatrième ou cinquième année. Un autre problème intéressant à résoudre est le suivant : le crétinisrae ei le goitre dépendent-ils essentiellement des mêmes eau-, ses? Comme la plupart des crétins sont goitreux, quelques observateurs se sont décidés pour l'affirmative cependant il est des faits qui doivent inspirer quelques doutes sur celte identité d'origine : les crétins naissent en général de parens goitreux, le contraire arrive, et il n'est pas rare de voir dans la même famille des enfans crétins et des enfans d'une intelligence développée , quoique nés du même père et de la même mère. Partout où il y a des goitres il n'y a pas toujours de crétins, et réciproquement; partout oîi il y a des idiots il n'y a pas de crétins ; ainsi le goître n'influe pas nécessairement sur le développement des organes et des facultés intellectuelles, mais il est compliqué d'idiotie dans certains pays. Il est d'observation constante , dit M. de Rambuteau , que des crétins mariés à des in-
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vidus exempts de crétinisme, donnent naissance à ;s êtres sains de corps et d'esprit, tandis que des dividus bien constitués et intelligens engendrent ;s crétins. On ne peut dire ce qui arriverait du maage de deux crétins , car on ne voit pas de pareilles lions. Il est notoire que des pères et des mères qui nt bègues (chose très commune dans le Valais) )nnent souvent le jour à des idiots , et que dans les milles dont le premier-né est idiot, les puînés le sont ;alement. On a encore observé que les Valaïsanes n épousent des Français ou des Savoyards réfués , produisent plutôt des crétins que lorsqu'elles illient avec les gens du pays. On se rend compte de
phénomène si l'on se rappelle que les Français et les >voyards qui se réfugient dans le Valais sont des )rames sans principes, sans éducation, sans ressources, li s'énervent par la chaleur excessive des vallées, par vrognerie, par la débauche ; qui deviennent apathiies, abrutis, et qui, se mariant avant d'être acchmas, produisent [des enfans faibles, scrofuleux, soumis IX funestes influences de toutes les causes qui favorint le goitre et le crétinisme, tandis que si les Valaisaépousent des Français bien élevés, dans une contion aisée , elles donnent le jour , comme avec les abitans des hautes montagnes , à des enfans forts et bbustes.
Quelles que soient les causes éloignées et prochames u crétinisme, il est consolant de savoir que le nombre es crétins, depuis quarante ans, diminue progressive- 'ent dans les Alpes, les Pyrénées. M. l'ancien préfet
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du Siinplon attribue cette diminution aux digues quE préviennent les inondations du Rhône, au dessèchemei;4i des marais, au défrichement des terres, enfin au mei«i leur régime adopté par les habitans des Alpes, qui sot devenus plus laborieux, moins adonnés à la crapiile jsl à l'ivrognerie. Fodéré assure que le soin d'élever h enfans sur les hautes montagnes, que l'industrie, commerce, l'usage du café avaient puissamment coi bué à diminuer le nombre de ces infortunés. Rat partage l'opinion de ces auteurs relativement à la dimî nulion des crétins. Peut-être aussi faut-il tenir compt; des lumières qui ont pénétré dans ces contrées. Le pré] jugé, les égards superstitieux qu'on avait pour ces njiai heureux, les soins mal entendus qui leur étaient prodi' gués, contribuaient à rendre indolens, apathiques, stui pides, crétins en un mot, des malheureux qui, aujour. d'hui, sans manquer des soins dus à ces êtres disgracié ^ela nature , sont élevés avec plus de discernement.
On appelle albinos^ des individus qui, accidentellel ment et par suite d'une maladie ordinairement cong^ niale, ont la peau d'un blanc laiteux, des cheveux et4ei poils d'un blanc éclatant et les yeux rosés.
La peau des albinos est blafarde, d'un blanc de lait i couverte de duvet blanc, les cheveux, les cils, les spurj cils, la barbe et le poil des autres parties du corps, soa») d'un blanc brillant. La cornée privée de pigmeutum laisse apercevoir les vaisseaux sanguins qui iraversenl' le l)ulbe oculaire , ce qui donne aux yeux une couleui rosée; un clignotement continuel agite les paupières;. le! pupilles se contractent et se dilatent fréquemment. Ce^
DE l'idiotie. 3Gy
malades fuient la lumière , dont l'éclat les empêche d'apercevoir les objets, ils ne voient bien que pendant le crépuscule et pendant que la lune éclaire l'horizon.
, Cet état est souvent compliqué d'imbécillité ou d'idiotie.
■ Là où l'on rencontre des albinos se trouvent aussi des "oîtreux et des idiots.
Les albinos ne sont point une race d'hommes comme
t on l'a prétendu. La naissance d'un albinos est un accident. Il naît de parens noirs, olivâtres, ou cuivrés, dans la zone torride ; parmi nous , il naît de parens blancs ordinaires dont les autres enfans sont comme leur père et leur mère. Les albinos sont généralement
. d'une constitution débilitée, d'une capacité intellectuelle
î faible aussi. Les albinos se reproduisent-ils ? C'est ce
i qu'on ignore , manquant d'observations à cet égard ; mais il est certain que, mêlés à des individus sains, ils engendrent des enfans bien portans. Les kakrelaks
P d'Asie passent pour féconds. Le respectable mission-
! naire, M. Dubois, qui pendant 3o ans a prêché le christianisme dans l'Inde , a baptisé l'enfant d'une femme kakrelake et d'un soldat européen.
Cette infirmité de l'espèce humaine est plus fréquente entre les tropiques qu'en Europe. On trouve des albi-
inos dans l'île de Ceylan, sous le nom de bédas, sous celui de kakrelaks, dans l'Amérique ; on appelle dan-
idosy les albinos du midi de l'Afrique.
Les albinos étaient connus des anciens : on lit dans les fragmens de Ctésias, que les Indiens sont noirs naturellement et non par l'influence du soleil; mais j'ai vu, dit cet auteur, deux femmes et cinq hommes qui étaient
blancs. Pline raconte que , dans l'Albanie, au pied du i Caucase, on trouve des individus qui ont les yeux glau- i ques, qui sont blancs dès la naissance et qui voient: mieux la nuit que le jour. Il y a une cinquantaine • d'anne'es que l'on montrait, à Paris , deux albinos ij nés dans les montagnes d'Auvergne. M. Blandin*,, rapporte qu'un de ses amis connaissait une famille ; d'albinos dans les environs de Paris. Nous avons tous ► vu à Paris, il y a une quinzaine d'années, un albinos i venu, disait-on, de la forêt Noire; qui était très bien i conformé quoique d'une taille petite et d'une grêle stature , qui parlait plusieurs langues, qui était marié ■ et avait deux enfans qui ne partageaient pas l'infirmité : de leur père. L'aumônier de l'hospice de*** est albinos. .
M. D., âgé de 5o ans environ, est né deparens très ! sains, mais il est albinos. Il s'est développé comme les i autres enfans, quoique d'une constitution délicate et : d'une intelligence ordinaire. Son caractère est très î bon , facile , mais timide. Jusqu'à l'âge de 7 ans , , M. D... ne voyait pas pendant le jour, mais dès cette épo- ■ que, il s'habitua peu-à-peu à voir; il distingue les 1 objets qui sont à portée de sa vue. Il est myope , est obligé de rapprocher très près de ses yeux les objets qu'il veut considérer et ce qu'il veut lire. Il a reçu une éducation excessivement soignée et en a profité sans acquérir une grande étendue de connaissances. Jusqu'à son entrée dans le monde, vers l'âge de 18 ans, il
• Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. albisie, pag. 454.
DE L IDIOTIÏÏ. 36g
conserva ses cheveux blancs de neige flottaus sur ses épaules; à cet époque, il prit une perruque, mit des bésicles, fréquenta la société, dans laquelle il parut toujours un peu gêné. Cet homme s'est marié et a deux enfans qui sont Irès bruns.
Tous les médecins ont visité Roche , albinos , qui habite Bicêtre depuis un grand nombre d'années. Il avait environ 34 ans lorsque je l'observai en 1821. La taille de Roche est moyenne, son embonpoint considérable, sa peau fine, d'un blanc de lait avec une légère teinte rosée. Sa tête paraît d'un volume proportionné à sa taille, assez bien conformée, quoique le front soit aplati. Mesure de la tête.
Circonférence ....... o,55o
Courbe de la racine du nez . . . o,3o5
Diamètre autéro-postérieur . . . 0,1 84
Diamètre transversal 0,1 55
Total. . . 1,194
Cet albinos a les cheveux et les poils d'un blanc éclatant; ses paupières sont continuellement en mouvement; si le clignotement cesse, elles restent demi fermées , le bulbe de l'œil est rosé. Roche voit mal les objets éclairés, il a la vue très courte, regarde comme un myope ; il voit mieux dans l'ombre , aussi se plait-d dans sa cellule. Sa physionomie est sans expression, même lorsqu'il se fâche; sa démarche est lourde, incertaine, ses mouvemeas sont brusques; il se pro-
DE l'idiotie.
mène en chemise, nu-pieds, court sans bas, chante, crie , brise ce qu'il rencontre. Sa voix est criarde et devient aiguë quand on le contrarie. Cet albinos n'a point d'idées suivies, articule mal les quelques mots qu'il a appris; à peine entend-on ce qu'il veut dire. Il comprend lorsqu'on lui parle des choses relatives à ses habitudes et aux besoins ordinaires de la vie. Il tend la main pour demander du tabac , il soulève sa chemise , sans doute accoutumé à cette pratique par l'appât de quelque argent que lui donnent les curieux qui le visitent. Il mange beaucoup , ramasse ce qu'il rencontre , se fâche, ïnais n'est point méchant : il est très adonné à l'onanisme : depuis quelque temps , Roche perd ses cheveux, reste mieux vêtu et peut vivre dans un dortoir.
Cagots. — On appelle cagots, une race d'homme qui , plongée dans la plus profonde misère, poursuivie par le mépris, l'injure et l'avilissement, se trouve dispersée le long de l'Océan, depuis le nord, jusqu'au midi de la France. «Dans les solitudes de la petite Bre- (ctagne, ditRamond, on les voit dès les temps les plus re- «culés, traités avec barbarie. A peine leur permet-on, dans «un âge plus civilisé, de vaquer aux professions de cor- «donnier et de tonneliers. Le parlement de Rennes «est obligé d'intervenir pour leur faire accorder la séccpulture. On les trouve alors désignés sous le nom de dcacous et de cagneux, et les ducs de Bretagne avaient «ordonné qu'ils ne paraîtraient point sans une marque «distinclive. Vers l'Aunis , on retrouve leurs pareils , «cachés dans l'île de Maillczais. La Rochelle est peuplée
DE l'idiotie.
«de coUherts ou esclaves. Ils reparaissent sous le nom «de cahets en Guienne et en Gascogne, réfugiés dans «les marais , les lagunes et les landes long-temps in- « habitables de ces contrées. Dans les deux Navarre «ils s'appellent quelquefois caffos : c'est ainsi que les ' «nomme l'ancien For, compilé vers 1074. On les dé- «couvre enfin, dans les montagnes du Béarn, delà Bi- «gorre, des quatre vallées et du comté de Comminges. «Là, ce sont ces cagots, ou capots que , dans le onzième «siècle, je vois donner, léguer et vendre comme escla- « ves, réputés ici comme partout, ladres et infects, n'en- «trant à l'église que par une petite porte séparée et y «trouvant leur bénitier parliculicT et leur siège à part; «qu'en plusieurs lieux les prêtres ne voulaient pas recevoir à la confession, auxquels l'ancien i^or de Béarn «croyait faire grâce en prenant sept témoins d'entre «eux pour valoir un témoignage; qui furent en 1460, «l'objet d'une réclamation des Etats de Béarn, voulant «qu'il leur fût défendu de marcher nu-pieds dans les «rues de peur d'infection, et qu'ils portassent sur leurs «habits leur ancienne marque distinctive, le pied d'oie, « ou de canard. »
Les cagots étaient voues de temps immémorial au malheur , à la misère , à l'ignominie , aux infirmités. Infâmes et maudits, rejclés de la population, relégués dans des lieux écartés, ne pouvant s'allier avec les autres habitans , ni exercer d'autres métiers que ceux de bûcheron ou de charpentier, obhgés de marcher les premiers aux incendies, et de
rendre aux communautés les services les plus honteux.
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Ce n'est guère que vers le milieu du siècle dernier, que le parlement de Bordeaux rendit un arrêt par lequel il est fait inhibition et défense d'injurier aucun particulier prétendu descendant de la race de Giéziet de les traiter d'agots, cagots , gahets , ni ladres. On y ordonne l'exécution des arrêts de la même cour, du 9 juillet 1723, et aa novembre lySô, à peine de 5oo livres d'amende. Le même arrêt ordonne que les gahets soient admis à toutes les assemblées générales et particulières qui se feront par les habitaus, aux charges municipales et aux honneurs de l'église comme les autres. La cour du parlement de Toulouse donna un arrêt semblable, le 11 juillet 1746, en confirmation de deux précédons du mois d'août 1703 et du 11 août 1745. Ramond a fait une savante dissertation sur l'origine de cette race d'hommes, qui présentait les mêmes caractères physiques et le même abrutissement intellectuel et moral, dans les différentes provinces. Ce savant n'a pu donner que des conjectures. Sont-ce des restes d'anciens peuples qui se sont rués successivement sur la Gaule ? Sont-ce des Sarrazins, débris échappés au fer de Charles- Martel ? Sont-ce, enfin, des lépieux bannis de la société, relégués dans des lieux reculés et déserts où ils se sont abâtardis, n'osant quitter leur retraite? Il reste toujours à expliquer comment des êtres aussi avilis, aussi dégradés , vivant hors de la société qui les dédaignait et les outrageait, se sont conservés pendant un si grand nombre de siècles. Au reste, depuis le commencement du siècle dernier, les préjugés ayant cessé de poursuivreces malheureux , le médecin Noguès ayant élevé la voix eu
leur faveur et déclaré qu'ils étalent hommes forts, robustes , intelligens ; l'autorité des parlemens ayant mis un terme à leur état d'ilotisme, on ne retrouve presque plus de cagots, et si j'en ai parlé ici, ce n'est que pour mémoire, comme preuve des déplorables effets, de la misère, du mépris et de l'ignorance, sur l'intelligence humaine.
Ici se placent naturellement quelques considérations relatives aux sauvages. Existe-t-il des hommes sauvages ? Non, sans doute, si l'on veut parler d'un homme doué d'intelligence, vivant seul, isolé, étranger à toute civilisation, sans éducation et n'ayant jamais communiqué avec ces autres hommes. Mais il est des peuples qui mènent une vie errante dans les bois, dans les montagnes, sur les bords des fleuves, qui sont privés des bienfaits de la civilisation , qu'on appelle sauvages. Ces hommes ont peu d'idées. Pour se faire entendre, pour échanger leurs pensées , leurs désirs, ils n'ont qu'un petit nombre de mots à leur usage; mais ils ont des sensations, mais ils ont des passions, mais ils comparent, mais ils prévoient, ils veulent, ils vivent en société. Sans doute ils ont moins de sensations , moins d'idées , moins de besoin, que nous, moins de prévoyance, leur intelligence est moins cultivée. Ils sont moins civilisés que les hommes qui habitent dans nos villes, dans nos capitales; mais les sauvages sont doués des mêmes facultés, il n'y a de différence entre eux et nous, que celle qui existe entre un homme qui a reçu de l'éducation et celui qui n'en a reçu aucune j entre l'homme ignorant et celui qui est instruit, entre l'homme sans expérience et
DE l'idiotie.
celui qui en a beaucoup , entre l'homme qui se livre à ses passions brutales avec celui qui a appris à les dompter.
Et ces hommes trouvés dans les bois, sur lesquels l'éloquence des philosophes du dernier siècle a appelé l'intérêt du monde civilisé, qu'on a montrés, avec affectation, à la curiosité pubhque, comme des hommes parfaits, supérieurs aux Newton et aux Bossuet euxquels il ne manquait que l'éducation; ces infortunés n'étaient point des sauvages , c'étaient des idiots, des imbécilles abondonnés ou fugitifs que l'instinct de leur conservation, et mille circonstances fortuites avaient préservé de la mort.
Une mère coupable, une famille dans la misère abandonne son fds idiot ou imbécille; un imbécille s'échappe de la maison paternelle, et s'égare dans les bois, ne sachant retrouver son habitation; des circonstances favorables protègent son existence; il devient léger à la course, afin d'éviter le danger; il grimpe sur les arbres pour se soustraire aux poursuites de quelque animal, qui le menace; pressé par la faim; il se nourrit de tout ce qui tombe sous sa main ; il est peureux parce qu'il a été effrayé; il est entêté, parce que son intelligence est faible. Ce malheureux est rencontré par des chasseurs, amené dans une ville, conduit dans une capitale, placé dans une école nationale confié aux instituteurs les plus célèbres; la cour, la ville s'intéressent à son sort et à son éducation; les savans font des livres pour prouver que c'est un sauvage, qu'il deviendra un Leibnilz, un Buffon; le médecin observateur et modeste assure que
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c'est un idiot. On appelle de ce jugement; on fait de nouveaux écrits; on discute; les meilleures méthodes, les soins les plus éclairés sont mis en œuvre pour l'éducation du prétendu sauvage; mais, de toutes ces prétentions, de tous ces efforts, de toutes ces promesses, de toutes ces espérances, qu'estil résulté? Que le médecin observateur avait bien jugé; le prétendu sauvage n'était autre qu'un idiot. Tel avait été le jugement de Pinel sur le Sauuage de l'Aveyron Concluons de ceci que les hommes dépourvus d'intelligence, isolés, trouvés dans les montagnes, dans les forêts, sont des imbécilles, des idiots égarés ou abandonnés.
Observations pour servir à Vhisloire de Vidiotie.
Dargent, âgée de 24 ans, entrée à la Salpêtrière le 8 septembre 1820, est d'une taille élevée; sa tête est volumineuse, son front relevé : la bosse frontale, du côté droit, est plus saillante que celle du côté gauche, tandis que la saillie de l'occipital est plus prononcée à gauche. Les yeux sont châtains, le regard louche , les dents sont belles ^, la face est bouffie et colorée, la physionomie slupide, les membres sont bien conformés, la peau est blanche. D... mange seule, mais elle ne sait point aller chercher ses alimens, elle ramasse toutes sortes d ordures; SCS déjections sont involontaires; elle ne parle
< Il est impossil)!.! délire rien de plus iiilcrossaiH (|iic l«-S deux riipport du docleur Ilurd , sur les soins ;Klii.ir;d)lcs iiiio notre confrère iuodit;iia à «'e idiot pour développer son inlelli};ciii:e.
BÉ l'idiotie.
point, ne s'occupe à rien, ou bien joue avec des chiffons roulés en forme de poupée. D'un caractère très doux, elle est rarement en colère, et témoigne, par ses caresses j de la reconnaissance aux personnes qui la soignent.
Au mois de mars 1824, elle fut renversée par une aliénée; elle avait ses règles, qui se supprimèrent. Pendant quelques jours, elle refusa de manger, mais bientôt après elle reprit ses habitudes. Les menstrues n'ont pas reparu. Le 18 mai, il se manifesta une toux continue et de la dyspnée; le 20, la face était fortement colorée, la respiration difficile, le pouls dur et fréquent, l'abdomen souple. On ne put juger les crachats qui étaient avalés. Saignée, gomme, looch; 21, rémission. Sangsues à l'anus. 22, la toux persiste, vésicatoire au bras; 24, oppression très forte, vésicatoirc sur la poitrine; 26, potion huileuse pour combattre la constipation; 27, déjections alvines; 28, abdomen douloureux, quinze sangsues sur l'abdomen; 29, persistance des symptômes pulmonaires, dévoiement; 3i, respiration laborieuse, dévoiement; 2 juin, mort; 3, ouverture du cadavre.
Autopsie. — Tète volumineuse, les os du crâne sont épais et éburnés. Arachnoïde légèrement injectée; circonvolutions moins nombreuses et peu profondes, particulièrement du côté gauche; ventricules latéraux très rétrécis, surtout à droite; cerveau de consistance normale; cervelet moins dense que le cerveau; poumons tuberculeux et caverneux. Sérosité dans le péricarde, cœur petit. L'estomac contient la substance puriforme
DE l'idiotie. 3yi^
des crachats avalés pendant la vie. Muqueuse des intestins rouge dans quelques points. Proportions du plâtre moulé sur la tête :
Circonférence 0,54-3
Courbe de la racine du nez à la
saillie occipitale o,34o
Diamètre antéro-postérieur. . . . 0,1 83
Diamètre bi-temporal 0,142
Total 1,208
Delatre, âgée de 21 ans environ, a un père imbécille. Elle a la taille petite, la tete peu volumineuse, le front bas. A la hauteur de deux travers de doigts, audessus des arcades surcillières , la voûte du crâne s'aplatit, et l'on observe une dépression plus marquée au sommet de la tête. Les yeux sont roux , presque fixes, le regard est louche, la commissure externe des paupières est plus élevée que la commissure interne, la pupille est habituellement dilatée. Dès l'enfance, D... est demi sourde , depuis l'âge de 19 ans, la surdité semble diminuée. Le nez, déprimé à sa racine, se termine en pointe; la lèvre supérieure, plus grosse que l'inférieure, la dépasse de quelques lignes; le menton est bifurqué, retroussé en haut; la physionomie exprime la tristesse. Mesure de la tête sur !e sujet vivant .
Circonférence
Courbe de la racine du nez à la protubérance occipitale.
DE l'idiotie.
Dlam. antëro-postérieur. . ; . 0,1 84 Diam. bi-temporal OjiSy
Total. ... 1,1 53
D... marche pesamment, avec lenteur, et ne peut courir; elle ne saisit pas de ses mains les objets avec: force et ne peut manier un balai. Elle reste isolée de ses compagnes, assise ordinairement par terre, fouillant dans la boue; elle ramasse des chiffons qu'elle effile. Elle: a l'habitude de tendre une corde entre ses dents et une de ses mains, tandis qu'avec l'autre main elle fait vibrer: la corde. S'approche-t-on d'elle, elle regarde d'un air: sauvage. Voit-elle faire quelques signes, elle reste laJ bouche béante. '
D... s'habille et se déshabille seule, mais ne saitti prendre aucun autre soin de sa personne, et se prête volontiers à ceux qu'on lui donne. Elle aime à changer de linge, et voit arriver le dimanche avec plaisir pour mettre des vêtemens plus propres. Elle connaît les heures des repas et mange beaucoup. Pendant la distribution des alinicns, elle s'irrite si on la fait attendre et si on ne la sert point avant les autres; elle flaire les alimeus et les rejette s'ils ne lui conviennent pas. Si elle voit donner quelque chose à manger à ses compagnes, elle fait signe pour qu'on ne l'oublie pas. Elle reconnaît son père et lui fait des caresses; elle est reconnaissante, mais ce sentiment est très fugace; elle témoigne sa satisfaction par une sorte de grognement qui lui est propre. Elle vole, retient cl défend ce qu'elle a pris; elle ne donne jamais rieUj elle n'est entêtée que pour
I DE l'idiotie.
«conserver, soit les chiffons qu'elle a ramassés , soit les alimens, soit ce qu'elle a volé. Est-elle contrariée, elle 1 pousse un cri, mais n'articule aucun son. A certaines époques, particulièrement celles de la menstruation, D... devient méchante et colère, elle saute à la figure, cherche à l'arracher et même à étrangler les personnes qui lui déplaisent. Lorsqu'elle s'est hvrée à un acte de colère et qu'elle a frappé , elle s'enfuit aussitôt. Elle est sans pudeur, aime h rester nue, et paraît occupée a. se considérer. Très adonnée à l'onanisme, la présence des hommes ne paraît avoir aucune influence sur elle. D... dort bien, n'est jamais malade, elle est très régulièrement menstruée.
Grous est âgée de 19 ans. Sa mère, la nourrissant, fut effrayée par une folle, qui voulut arracher de ses bras cette enfant qui avait alors deux mois. Son intelligence ue se manifesta point proportionnellement au développement du corps; à 18 mois. G... eut la petitevérole confhiente. A 2 ans seulement, elle commença à faire quelques pas. A trois ans, elle eut une maladie grave , et depuis lors arrêt complet dans le développement de l'intelligence. A 7 ans, les forces physiques se rétablirent; à i4, éruption spontanée des menstrues.
G... est d'une taille élevée, sa tête est petite, aplatie, peu développée, l'occipital est remarquablement petit. Les cheveux, les sourcils sont châtains, le front est court, les yeux sont bleus, la lèvre inférieure plus grosse est saillante; les dents sont bien conservées; la peau est liulée par le soleil; la physionomie est stupide. Mesures de la lête prises pendant sa vie.
38o DE l'idiotie.
Circonférence ï . o,5o4
Courbe de la racine du nez à l'occipital 0,283
Diamètre occipito-fronlal. . . . 0,178
Diamètre bi-temporal 0,1 46
Total 1,1 II
G... a les membres bien conformés. Sa démarche es gauche, lente et saccadée. En marchant, elle étend se mains comme un enfant qui essaie ses forces; sa têt est penchée vers la terre et son corps fortement port en avant ; elle est habituellement assise par terre oï> sur un banc, tenant à la main une poupée avec laquelle elle joue, ou bien roulant entre ses doigts ses vêtemens et son bonnet. Si elle marche et qu'on l'arrête, elle ue paraît ni contrariée ni impatiente. La nuit, elle quitte son lit et court sans motif dans le dortoir. Depuis l'âge de i4 ans, époque de la première menstruation, G... est devenue méchante, surtout aux époques menstruelles. Elle renverse ses camarades sans provocation aucune. Si elle est fâchée contre une de ses compagnes, elle se déchire la peau et va accuser celle qui l'a contrariée. Dans ses accès de colère, elle jette ses sabots. Elle est extrêmement entêtée, peureuse, et se cache si on la gronde, mais recommence ce qui avait provoqué les gronderies. Jamais elle n'a pu rien apprendre; elle ne connaît que les choses relatives aux premiers besoins de la vie et les personnes qui la soignent habituellement. Il faut l'habiller, faire son lit, lui porter ses alimens, sur lesquels elle se jette avec voracité.
DE l'idiotie. 38 1
Elle ne peut articuler , qu'avec peine, des mono- "yllabes, et s'est créé un jargon que les enfaus com- )renaient mieux que sa mère. Lui présente-t-on des )bjets qui lui plaisent, elle laisse échapper du gosier les ons inarticulés hé, hé, héou, et sourit. Sa voix est enàntine , traînante et grêle. Elle a retenu un air qu'elle se )laît à fredonner.
I Elle arrête son attention sur les objets qui l'entourent; îlle n'a de mémoire que pour se rappeler ce qu'on lui i promis. Si on laisse de l'argent à sa portée, elle s'en empare pour faire acheter des friandises. Elle connaît la valeur de la monnaie, et si on essaie de la tromper, 3lle se fâche, se met en colère, mais n'a point de paroles pour rendre ce sentiment. Quoique paraissant ignorer le chagrin et l'ennui, quoique lors de son entrée dans l'hospice elle n'ait témoigné ni regret ni surprise, elle accueille bien sa mère lorsque celle-ci vient la voir. Elle est reconnaissante pour la fille de service qui la soigne, et même parfois elle est généreuse et donne les choses que sa mère lui apporte. Elle aime particulièrement les enfans.
Quoique G aime la toilette, elle ne peut garder
plusieurs jours un vêtement sans le déchirer pour faire des espèces de poupées. La présence des hommes agit fortement sur elle; son trouble, et même ses désirs se décèlent par le sourire, la rougeur de la face et par des gestes non équivoques qu'elle ne dissimule pas, même en présence de plusieurs personnes. Un homme est-il près d'elle, elle feint d'avoir mal au ventre, se renverse par terre comme le§ épileptiques, et imite leurs
382 DE l'idiotiiî. j
convulsions; mais aussitôt qu'on la menace ou qu'oil lui jette de l'eau au visage, elle cesse le jeu. Les foaci tions de la vie de nutrition s'exécutent bien; les menai trues sont régulières.
Brikton, âgée de 20 ans, est née d'une mère bie> portante et d'un père habituellement dans un état d*i' vresse. Elle a deux frères qui n'ont jamais pu appreudp à lire. Elle est venue au monde cbélive; elle n'a st trouver le sein de sa mère qu'après deux ans d'allaiW f ment. A cet âge, elle a commencé à se traîner sur ' genoux , sur ses mains et sur ses jambes, et à prononeç les mots papa, maman. Elle a eu des convulsions poyi ' faire les premières dents et à la seconde dentition. A ans seulement elle a marché, à 12 ans elle était très pe tite, mais depuis lors sa croissance a été rapide. Elle ni jouait point avec les enfans de son âge, mais elle savai < se défendre. A i5 ans, les menstrues ont paru, pet après elles se sont supprimées pendant 8 mois; depuis elles sont régulières et abondantes.
B... est d'une taille moyenne, d'un très grand env bonpoint, sa lète est petite proportionnellement à l face. Les cheveux sont bruns et abondans, le front es étroit et peu élevé. L'œil droit est bleu, le gauche es roux, le nez grand est aplati à sa racine, la bouche lar gement fendue, les lèvres sont épaisses et saillantes, le dents mauvaises, les joues grosses; le menton est rond le cou court et gros, la face est injectée et hâlée; li physionomie est calme, mais sans expression. Mesurei de la tête :
kl h
DE l'idiotie. 3g3
Circonférence de la tête. .... 0,486 Courbe de la racine du nez à l'occipital 0,3 ri
Diamètre antéro-postérieur. . . . 0,180
Diamètre tran versai 0,1 43
Total. . . . 1,120
liCS membres sont courts et gros , les seins développés; B... se meut lentement ^ sa démarche est lourde, et lelle tend ses bras en marchant.
Elle arrête son attention sur ce qui se passe autour d'elle et paraît s'en occuper; ainsi, voyant chausser une de ses compagnes, elle comprit et dit que les souliers essayés allaient bien. Elle répond assez juste aux questions qu'on lui adresse. Elle n'a pu apprendre que quelques lettres et jamais à lire ni à écrire. Elle a un peu de mémoire, elle se rappelle divers évènemens dont elle a été témoin dans sa famille, mais les confond lorsqu'elle veut en parler. Si on lui demande son âge, elle dit: « Je n'en sais rien , mais ma mère le sait. » Elle connaît la valeur de quelques pièces de monnaie et s'en sert à propos. Quoiqu'elle connaisse le nom de la rue qu'habitent ses parens, elle ne peut la reconnaître. On a eu beaucoup de peine à lui apprendre à s'habiller. Elle u a jamais pu tricoter. Elle va chercher sa nourriture. Elle s'acquitte quelquefois des travaux les plus grossiers d« l'hospice.
Le caractère de B... est doux, elle aime sa mère et les personnes qui la soignent; elle se met en colère lorsqu'elle est provoquée; elle a le sentiment de la honte
384 DK l'idiotie;
et de la pudeur. Elle n'aime point à jouer, vit isolée, sans inquiétude et sans ennui , et répète souvent qu'elle est sans soucis : sa santé physique est bonne.
Barboulax, âgée de 10 ans , évacuée de Thospice des femmes incurables à l'âge de i4 ans, a la taille ordinaire; la tête est volumineuse, le front, d'une hauteur médiocre, est aplati sur les côtés, les bosses frontales sont légèrement prononcées et séparées par une légère dépression ; les cheveux, les sourcils et les cils sont très noirs; on remarque quelques cheveux blancs sur le front; les yeux, cachés sous d'énormes joues, châtains et humides s'ouvrent lentement et sans expression; le nez est large, la bouche fendue, la face colorée, la physionomie timide et enfantine, le cou court.
Circonférence de la tête. . . . 0,5^0
Courbe de la racine du nez à l'occipit. o,3 a 3
Diamètre antéro-postérieur . . . 0,1 83
Diamètre transversal 0,1 5o
Total. . . 1,196
Les membres sont bien développés , mais gros , les mouvemens sont gauches et lourds. B... marche peu, est habituellement accroupie dans un coin du dortoir sans avoir l'idée d'aller dans la cour. Lorsqu'on observe B... elle cache son visage avec Tavant-bras et de la main de l'autre bras elle frotte rapidement ses habits. Si on essaie d'abaisser son bras elle résiste, si on emploie la force elle rougit, pleure et a l'air de mauvaise humeur; quoique habituellement tranquille, elle se met en colère lorsqu'on la contrarie , elle mord , donne des coups de
DE l'idiotie. 385
pieds et lance ses sabots. Si on la frappe elle reste déconcertée et dit battue. Elle est sensible aux louanges ■et aux reproches, elle a le sentiment de la honte et de la pudeur, elle est très accessible à la jalousie. Avant : d'entrer à la Salpêtrière, elle jeta par la fenêtre un enfant I qu'elle voyait avec jalousie comblé de caresses, elle ne i témoigna aucun regret; elle ne connaît ni la tristesse, ni l'ennui, ni la coquetterie. Elle est reconnaissante pour la fille de service qui la soigne et elle affectionne particulièrement une de ses compagnes. Son ' vocabulaire se borne à un très petit nombre de mots, ( elle dit oui et «o/î, souvent mal-à-propos, et battu 'lors- I qu'elle a été frappée. Elle sait s'habiller, mais ne réussit j pas toujours bien. On est obligé de la laver et de la peigner; elle ne sait point aller' chercher les alimens, si on ne les lui apportait pas elle ne les réclamerait point; elle ne demande jamais rien, elle ramasse des chiffons propres ou sales pour faire des espèces de poupées. La santé de B... est d'ailleurs bonne et les menstrues sont régulières.
Couhnin, âgée de 20 ans, d'une taille petite et rachitique, a l'habitude du corps maigre , la peau hâlée, la tempe gauche est fortement déprimée , le front est élevé et le vertex légèrement aplati.
Circonférence. 0,526
Courbe de la racine du nez à la tu-
bérosité occipitale. o,3io
Diamètre fronto-occipital 0,1 7 J
Diamètre bi- temporal ^i^^^l
Total. . • 1)^58
DE l'idiotie.
Ses cheveux sont blonds , ses paupières sont enflammées et rouges, ses yeux petits et bleus; son nez est court, les lèvres sont épaisses, la bave s'écoule de sa bouche, le menton est rond, le pavillon des oreilles est très grand. Les membres sont très grêles; la tête se porte en avant et le dos est très voûté. La démarche est mal assurée, à peine un pied touche le sol qu'il est brusquement relevé et le corps chemine par saccades. Le regard deC... est hébété; lorsqu'elle rit, elle ouvre largement les lèvres et montre les dents; elle mange beaucoup et se nourrit des choses les plus sales. Si elle a faim , elle frappe du pied et appelle salopes les filles de service lorsqu'elles tardent à lui porter à manger. Les déjections sont involontaires, les règles n'ont point paru.
C... est tranquille et dort pendant la nuit, elle salit son lit. Lorsqu'on l'a levée et habillée, on la porte sur un banc , elle s'y accrroupit le menton posé sur les genoux et se balance continuellement d'avant en arrière; elle marche rarement.
C. ne connaît que la fille de service qui la soigne. Il faut la lever , l'habiller, la laver, la déshabiller avant de la coucher. Les soins de propreté la contrarient , elle répèle souvent les mots bêtCf cochonne pour exprimer soit son mécontentement ou sa colère, soit quelque désir borné toujours au besoin de la nourriture. Elle n'est point sourde, le son de la cloche l'avertit qu'on va distribuer les alimens. Lorsqu'on lui die de marcher elle quitte son banc et fait quelques pas. Elle essaie de chanter, en répétant la la la la^ et lorsqu'elle dit l'un des
deux à trois mots qui forment son vocabulaire, sa voix est rauquc imitant le cri grave d'un chat.
Indifférente à tout, C... paraît sans pudeur, elle rit et pleure , elle est entêtée et colère, alors sa figure se colore, la mucosité qui s'échappe habituellement de la bouche augmente, elle crache à la figure, elle mord les autres et elle-même. Rien ne paraît l'effrayer, elle ne manifeste aucun sentiment de reconnaissance.
On est obligé de tenir cette idiote dans la camisole pour l'empêcher de se laver avec son urine, de se rouler dans les ruisseaux, jusque dans les latrines et de ramasser les ordures les plus sales , etc.
Braull, âgée de 26 ans, entrée à la Salpêtrière le 3 septembre 1812 à l'âge de 16 ans. Brault est d'une taille moyenne; sa tête est petite, particulièrement la portion postérieure. Elle porte sa tête alternativement de gauche à droite. Ses cheveux sont châtains, ses yeux bleus se meuvent convulsivement et ne peuvent rester fixes long-temps. Son front est aplati sur les côtés, court et presque pointu ; les lèvres constamment écartées par un rire convulsif. Les deux dents incisives sont très larges et saillantes, le menton est très volumineux et forme deux plis. La face est grosse, colorée. La physionomie est sans expression, les membres sont gros et courts, les doigts sont petits et effilés. Cette dernière disposition se rencontre fréquemment chez les idiots. Mesure de la tête prise sur le vivant :
Circonférence • 0,622
De la racine du nez à la tubérosité
occipitale o,343
388 DE l'idiotie.
Diamètre antéro - postérieur. . . 0,176 Diamètre bi- temporal 0,1 55
Total. . . 1,195
On est obligé de lever, d'habiller Brault, de la déshabiller, elle ne va point chercher les alimens, cependant elle dit pignon lorsqu'elle veut demander à manger, et agnon lorsqu'elle veut boire. Elle paraît satisfaite lorsqu'on lui apporte ses repas qu'elle prend avec gloutonnerie. Son appétit est très grand. Les déjections sont involontaires. B... passe la journée accroupie sur un banc ou par terre. Elle a souvent entre les doigts une aiguille qu'elle passe et repasse au travers de quelques chiffons. Lorsqu'elle est couchée, elle dit à la fille de service : bonsoir, ma bonne. Elle marche lourdement et agite convulsivement ses mains en marchant; elle ne peut courir, et s'il pleut, elle ne se met pas à l'abri. Quoique ses facultés intellectuelles soient très bornées, elle ne paraît pas tout -à-fait étrangère à ce qui se passe autour d'elle. Elle reconnaît le son de la cloche qui annonce l'heure des repas. Elle articule plus ou moins mal cinq à six mots, les sons qu'elle articule sont très sourds. On l'entend quelquefois chanter les quatre syllabes suivantes : la la la la. Elle est colère , particuhèrement à l'époque de la menstruation ou bien lorsqu'on la provoque, alors elle jette ses sabots à la tête. Elle est très entêtée ; sa mère est morte depuis trois mois ; Brault ne se rappelle plus sa mère quoique elle la reçût avec plaisir et la caressât lorsque celle-ci venait k voir. Elk reconnaît la fiUe de service, mais
i)Ë l'idtôtie.
elle iié lui témoigne nulle reconnaissante. Si on lui fait des menaces elle pleure. Elle n'a aucun sentiment de pudeur; elle ne sait point jouer, elle a quelques chiffons dans la main qu'elle tortille gauchement entre ses doigts.
Laguette, âge'e de 5o ans environ, est d'une taille ordinaire. Sa tête, fortement penchée en avant, est petite, aplatie sur les côtés, l'occiput un peu saillant, le front élevé fuit en arrière; les bosses frontales sont légèrement dessinées. Les cheveux sont bruns mêlés de cheveux blancs, les sourcils sont de même, les yeux petits, roux, louches, le nez est gros et allongé, la bouche est moyenne, les lèvres sont pâles, amincies et plissées. Les dents incisives manquent, I-e menton est rond et retroussé, le teint est brun, la face aplatie et ridée. La physionomie exprime l'étonnement et la stupidité. La mesure de sa tête donne les proportions suivantes.
Circonférence i . o,5rr
Courbe de la racine du nez, à la
lubérosité occipitale o,3a5
Diam. antéro-postérieur. . - . 0,182 Diam. bi-temporal o,i/j4
Total. . . 1,160
Laguette tient ses mains appliquées contre son corps et fait des mouvemens de tête brusques semblables au balancement de la tête qu'exécutent les brebis. Les membres sont développés. L... marche avec lenteur et lourdement, porte son attention sur ce qui se passe au-
3go DJB l'idiotie.
tour d'elle, distingue les objets, entend ce qu'on lui dit. Elle répète plusieurs fois de suite et avec énergie les monosyllabes bê^bê,bê, lorsque quelque chose l'intéresse fortement. Elle sait indiquer à la fille de service où doivent être ses sabots lors même qu'elle les a déposés dans un coin depuis quelque temps. Elle est extrêmement paresseuse, fait quelquefois du tapage pendant la nuit. Les déjections sont involontaires nuit et jour. Elle s'enfuit si ses compagnes veulent la battre, elle n'attaque personne; lorsqu'elle est en colère elle lance ses sabots au-dessus des bâtimens, elle renverse les ustensiles de ménage, déchire ses habits, ses bas, sa chemise, se rend auprès de la fille de service et lui fait signe de réparer ce qu'elle vient de déchirer. Elle exprime son contentement lorsque ses vêtemens sont raccommodés. Pour la mettre hors d'état de déchirer, on est obligé de la fixer dans son lit, ce qui ne l'empêche pas de détruire avec ses dents la camisole pour s'en débarrasser. Elle a le sentiment de la faim, mais il faut lui apporter ses alimens, et avant d'y toucher elle les examine avec soin et les flaire. Elle mange beaucoup. Elle aime à sentir les fleurs. On est obligé de l'habiller, de la laver; j'ai essayé de la faire habiller elle-même. Elle y a réussi tant bien que mal, a mis la camisole de force sans répugnance. Etait-elle arrêtée dans cette opération par quelque obstacle? elle avertissait de l'aider en ftiisant signe, en bêlant, en se grattant vivement plusieurs fois de suite, le front, la tête.
Elle remercie quand on lui donne du linge blanc. Elle aime à voir les personnes bien mises , elle salue et
DE l'idiotie. 3c)I
fait même la révérence sur l'invitation de la fille de service, aux personnes qui lui donnent du tabac qu'elle prend avec avidité et porte rapidement à son nez. Elle n'a point le sentiment de la pudeur et elle est souvent nue, paraissant se regarder avec plaisir. Elle est très livrée à l'onanisme. Elle est sensible aux reproches, pleure, mais ses regrets sont passagers, elle se livre bientôt à la faute qui vient de lui attirer des reproches. Cette idiote a retenu l'air Vive Henri IV qu'elle chante en répétant bébébeeX. en sautant sur elle-même. Les règles ont cessé depuis quelque temps, L... n'a pas paru en éprouver le moindre changement dans sa santé qui est excellente.
Ferrandier, âgée de 0.1 ans, d'une taille un peu audessus de la moyenne, a la peau hâlée, néanmoins souple et molle, la tête petite, habituellement baissée et penchée de côté Le crâne est peu développé, relativement à la face; le front est étroit, l'occiput aplati, le vertex élevé; les cheveux sont bruns, abondans; les yeux bleus; les paupières épaisses, peu ouvertes; le regard est louche; les joues sont grosses; le nez est petit; les lèvres sont saillantes, retroussées , entr'ouvertes. Elle aspire avec la langue le mucus qui découle continuellement des narines; les dents sont blanches; le menton est rond ; la physionomie slupide; le cou court, gros; les seins sont volumineux et pendans; le bassin est large. Les membres supérieurs sont petits et sans force; les membres abdominaux sont courts et infiltrés pendant l'hiver, le côté droit est plus faible que le gauche. Les mesures de la tête sont prises sur le visage.
DE l'idiotie.
Circonférence ; •. o,4g3
Courbe de la racine du nez à la tu-
bérosité occipitale Oj^gS
Diamètre antéro-postérieur, . . . 0,169
Diamètre bi-temporal. . . . . 0,1 35
Total. . . 1,092
Ferrandîer marche très lentement, ne peut courir, ni monter un escalier sans être aidée. Elle reste accroupie dans la cour et par terre, ordinairement à la même place. Elle est épileptique, les attaques reviennent tous les sept à huit jours; les déjections sont involontaires pendant la nuit. F... comprend ce qu'on lui dit, et répond aux questions qu'on lui adresse. Elle est susceptible d'attention pour les objets qu'on lui présente et pour ce qui se passe autour d'elle. Mais elle est incapable de faire la moindre chose : il faut l'habiller, la peigner, la laver; elle joue avec des poupées; elle compte jusqu'à cent, sauf quelques erreurs; elle couserve l'argent qu'on lui donne et le garde pour acheter des friandises ; elle fredonne quelques airs qu'elle a entendus; elle est affectueuse pour une de ses compagnes qu'elle embrasse tendrement et souvent ; on a remarqué qu'elle s'est brouillée pendant huit jours avec sa compagne, alors elle ne la recherchait plus et ne l'embrassait point; elles se sont raccommodées à en juger par leurs embrassemens. F... est très reconnaissante des soins qu'on lui donne; elle est entêtée et se met facilement en colère, alors elle frappe, mord, déchire tout ce qui tombe sous sa main, on est forcé de lui mettre la cami-
DE l'iBIOTIK.
sole. Elle est insensible aux reproches, inaccessible à la peur, elle n'a point de sentiment de pudeur et paraît se plaire auprès des hommes. La santé de cette idiote est bonne et sa menstruation régulière.
Gaudin, entrée à la Salpêtrière le -y avril iSi^i à l'âge de 20 ans , est scrofuleuse et rachitique , sourde et muette ; îa tête est très petite, le front court et les régions temporales développées. Les yeux sont petits et bleus, le regard est louche et fixe, les cheveux sont châtains, les dents belles, la face est décolorée, la physionomie sans expression , les membres sont très grêles, habituellement ployés et contractés à gauche.
Privée de tout sentiment , G... n'exprimant pas même par ses gestes les premiers besoins de la nutrition, on est obligé d'introduire les alimens dans la bouche et alors elle avale. Les déjections sont involontaires. Habituellement couchée G... reste dans la même position; si on la découvre , ses membres se meuvent convulsivement particulièrement à droite, elle manifeste de l'impatience. On a essayé plusieurs fois de l'asseoir sur une chaise, elle glisse et se laisse tomber. Plusieurs fois on a interrogé sa sensibilité en la pinçant, elle n'a donné aucun signe de douleur; elle n'est point réglée.
Depuis son admission dans l'hospice, la santé de G... s'est chaque joui' dégradée; elle est devenue très maigre, les traits de la face se sont décomposés. Vainement at-on voulu explorer les diverses cavités, vainement at-on voulu saisir quelque signe qui expliquât le dépérissement progressif et rapide, G... a succombé le 26 juin, un mois et demi après son admission dans l'hospice.
3g4 DE l'idiotie.
L'ouverture du corps fut faite le lendemain pendant la clinique. Les os étaient minces et friables à tel point qu'ils se sont détruits par la macération. Le crâne est petit, la dure-mère est saine, les circonvolutions atrophiées, très serrées; l'arachnoïde injectée présente, au niveau des bosses frontales, deux points osseux de trois à quatre lignes de diamètre, et adhère à la substance corticale dans une grande étendue des hémisphères; cette substance est rouge, la substance blanche est injectée et un peu molle; les corps striés et les couches optiques sont fortement injectés. Les ventricules ont peu de capacité, le cervelet est également injecté; la protubérance annulaire est moins dense que de coutume; la moelle épinière est peu consistante, les poumons sont hépatisés, le cœur est petit et flasque, la membrane muqueuse de l'estomac est molle et rouge.
Proportions du plâtre moulé sur la tête après la mort.
Circonférence 0)49^
Courbe antéro-postérieure. . . . 0,290
Diamètre occipito-frontal. . . . 0,1 6y
Diamètre bi-temporal 0,1 43
Total. . . 1,095
Audry, âgée de a3 ans, est d'une taille moyenne. Sa tête est volumineuse, l'occipital développé, le front étroit et aplati; les yeux sont très noirs, quelquefois louches, les paupières sont souvent et fortement fermées; elle les cache souvent; les cheveux sont très noirs et crépus, la peau de la face est olivâtre, tandis que celle du corps est brune, seulement le nez est gros
DE l'idiotie. SgS
8t épaté, les lèvres sont volumineuses, les dents très belles , les oreilles très grandes, les pieds grands et plats, les mamelles fortes, la physionomie est stupide. Les mesures de la tete ont été prises sur le viva^nt :
Circonférence 0,670
Courbe du nez à l'occiput. . . . o,3i8
Diamètre antéro-postérieur. . . . 0,195
Diamètre bi-temporal o,t5i
Total. . . 1,284
Les membres sont bien développés. Audry ne marche point, reste toujours assise sur ses talons, tantôt par terre, tantôt sur un fauteuil, se balançant d'avant en arrière, exposée à toutes jes variations de température, sans autre vêtement qu'une chemise, regardant à droite et à gauche sans qu'elle entende ce qu'on lui demande, et sans rien comprendre vraisemblablement à ce qui se passe autour d'elle; elle est néanmoins très occupée à regarder ses mains qu'elle porte très près de ses yeux. L'instinct de cette idiote est presque nul. Elle ne connaît que la personne qui a l'habitude de lui donner des soins ou de lui donner du tabac. Non-seulement elle ne parle pas, mais elle ne prononce que la syllabe suivante , qu'elle répète sans cesse et avec plus de vivacité lorsque quelque chose l'impressionne d'une manière agréable ou pénible : brou, brou est son unique langage, qu'elle bourdonne presque continuellement, ce qui lui a fait donner dans l'hospice le nom de Bourdon. Il faut la vêtir, la coucher comme un enfant, et lui porter les alimens qu'elle dévore avec vora-
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cité après les aVoir flairés. Elle est très peUreUsc le moindre bruit l'effraie; elle exprime son effroi ramassant, pour ainsi dire, tout son corps sur lui-mêmel l'effroi passé, elle s'essaie à rire. Elle n'a nulle affectic pour personne, ni l'instinct de se défendre si elle es frappée. Elle a un goût excessif pour le tabac. Elle pré] sente non la main, mais son bras à toutes les personnel qui passent auprès d'elle, et lorsqu'on a mis du tabac si son bras, elle le porte avec une sorte d'avidité et de ser sualité au nez d'abord et puis à la boucbe; elle lèchJ sa chemise, le siège sur lequel elle est assise, lorsqu'il reste attaché quelques grains de tabac. Lorsqu'elle n'ei a plus, elle fait sortir de son nez celui qu'elle vient da priser pour l'avaler ensuite. On est parvenu à lui fairt^ comprendre qu'il fallait danser pour avoir du tabacl alors à la moindre parole, et surtout lorsqu'on lui montrd du tabac ou une tabatière, elle saute sur elle-même, leJ pieds en dedans, les bras en l'air. L'ouïe paraît êtr»j dure, car il faut crier plusieurs fois pour attirer sor-j attention et se faire apercevoir, mais la vue du tabad suffît pour la mettre en émoi. Pendant que je la faisais dessiner, je lui donnai des abricots, elle en mangeait la pulpe, et, ne pouvant mordre le noyau, elle l'avalait Elle n'a nul sentiment de pudeur : je l'ai vue plusieursfois, accroupie sur un fauteuil, jouer avec ses mamelles dont elle tortillait les bouts avec ses doigts; je l'ai vu© aussi uriner et regarder avec une sorte de curiosité l'm rine qui coulait sur le carreau. Elle satisfait aux autres be-M soins involontairement et partout où elle se trouve. Audry d'ailleurs se porte très bien, les menstrues sont très^
DE l'idiotie.
jégulières et très abondantes. Elle se livre à l'onanisme l'une manière effréne'e, en plein jour, et en présence de ,out le monde. Plusieurs fois en ma présence et en celle lu dessinateur, elle a essayé de satisfaire à ce penchant lans paraître soupçonner qu'elle fût en présence de quelqu'un. Son insensibilité physique est telle, qu'en la pinçant, qu'en promenant les barbes d'une plume sur ses èvres, sur ses paupières, il m'a été impossible de produire le moindre signe de sensibilité. Depuis son admission, il y a six ans, Audry a fait quelques progrès ; elle sait avertir par signes qu'on ne lui a pas servi ses alimens. Aïe souffre des vêtemens, aide à ce qu'on l'habille, elle met elle-même un bonnet sur sa tête , elle va prendre la même chaise qui est percée, la traîne à la même ^lace, pose dessous un vase de nuit, et s'accroupit sur le siège. Lorsqu'elle ne peut obtenir par ses gestes let par son bourdonnement , qu'on lui donne du tabac, lelle descend de son siège et fait des efforts mimiques pour qu'on lui en donne. En 1826 , Audry fut prise d'une petite-vérole confluente à laquelle elle succomba |de sixième jour. Pendant sa maladie, elle n'a pas accusé la moindre douleur; mise à la diète, elle n'a point témoigné le désir de manger ni de boire, mais elle acceptait tout ce qui était porté à sa bouche.