‹ Des maladies mentales [electronic resource]Chapitre 27 sur 49 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

Libertinage , excès de

Abus du mercure. . . .

— des liq. alcooliques.

Coups sur la tête. . . .

Suppression d'évncna-

— de suppuration liab.

Affections cérébrales. .

Chagrins domestiques. .

Excès d'études, de vcil-

Revers de fortune. . . .

Amour contrarié. . . :

Amour-propre blessé. .

Dévotion exaltée. . . .

Excès de joie

Lecture de romans. . .

Evèncmeus politiques. .

L'étude des causes de l'aliénation mentale est aussi importante que difficile. Les malades sont hors d'état d'indiquer les circonstances qui ont précédé le délirej leurs parens et leurs amis ignoreni souvent les causes de la fohe des aliénés qui sont admis dans l'établissement; s ils ne les ignorent pas , ils y attachent peu d'impc rtance et quelquefois ils les dissimulent. Quelques aliénés, vi-

vant isolés dans Paris, sont envoyés à Charenton sans Lk moindre renseignement ; il en est do même des militaires et des marins, qu'ils arrivent de Paris ou d'autres villes. Aussi n'ai-je pas la prétention de donner un tableau bien exact de la folie des malades admis à Charenton pendant les huit années dont je rends compte. Tel qu'il est, ce tableau indique ce qu'on peut faire, et offre des résultats qui ne sont pas sans intérêt.

II ne faut pas perdre de vue que les causes de l'aliénation mentale, prédisposantes et excitantes, physiques let morales, n'agissent pas seules, mais qu'elles se combinent, deux, trois, quatre, et exercent leur action, tanttôt avec lenteur, tantôt avec brusquerie.

De toutes les maladies , l'aliénation mentale est la plus éminemment héréditaire. Quoique notée fois isur iSyS aliénés, je suis persuadé que cette cause préidisposante est encore beaucoup plus fréquente.

Les écarts de régime, les^excès de toutes sortes, soit en affaiblissant lentement les organes de la sensibilité, oit en pervertissant brusquement leurs fonctions, prooquent très fréquemment la folie.

L'épilepsie, et surtout le vertige épilepllque, modi-* ent toujours l'innervation des individus affligés de icette affreuse maladie. Les épileptiques sont tous d'une trême susceptibilité, d'un caractère diflicile, irritable, lemporté; les accès d'épilepsie se terminent quelquefois jgppar la manie la plus furieuse, la plus indomptable, raîrement par la monomanie, souvent par la démence et •par la démence la plus stupide. Mais ce délire consécutif n'est pas de longue durée; ordinairement il cesse

après quelques heures, après quelques jours, pour se reproduire à la suite d'un nouvel accès d'épilepsie, et' lorsque l'épilepsie a persisté pendant plusieurs années; lorsque les accès se rapprochent, surtout lorsque les vertiges sont fréquens, l'intelligence s'altère, s'affaiblit et s'éteint. Dans un mémoire sur l'épilepsie, j'ai constaté par des faits nombreux recueillis à la Salpètrière, que le vertige dont la durée est si courte, tue plus promptement l'intelligence, que les accès complets d'épilepsie. I L'aliénation mentale, pendant les huit années dont je rends compte , ne s'est montrée que 28 fois à la suite des couches et de l'allaitement, c'est-à-dire 36, 12 sur la. totalité des femmes admises. J'avais observé bien plus souvent à la Salpêtrière la folie à la suite des couches parmi les femmes aliénées envoyées dans cet hospice, puisqu'un douzième des aliénées admises avait perdu la raison à la suite de couches ou de la lactation. La misère, le dénûment des femmes aliénées admises dans l'hospice expliquent suffisamment cette différence. Mais pourquoi la folie, à la suite des couches, est-elle plus fréquente dans les classes élevées et riches ? (Voyez 1. 1, pag. 23o.)

Le choléra , soit par la terreur , soit par les perturbations consécutives du canal digestif, a exercé son influence sur la production de la folie. La maison de Charenton a reçu trois aliénés dont la maladie a été causée par le choléra.

Il a été noté un plus grand nombre de causes physiques que de causes morales , contrairement aux obser-

I DE CHAREKTOIf. 685

lîvalions de Piiiel et à celles que j'avais faites précédem- 'ment. Pinel et moi rendions compte des aliénations mentales observées à la Salpêtrière, où l'on ne reçoit que des femmes; or, les femmes sont bien plus dépendantes des influences morales que les hommes. Les renseigncmens sur les causes morales sont plus difficiles \ obtenir. Les passions n'ont pas d'enseigne, elles i^estent :achées. Les pareus ont hâte quelquefois d'indiquer des jauses physiques, espérant donner le change sur la ► raie cause du mal; peut-être aussi la médecine étant îlus positive, l'esprit d'investigation se porte-t-il pkis ictivement sur la recherche des causes apercevables par es sens.

Par chagrins domestiques , il faut entendre toutes les iffcctions morales qui exercent leur action dans l'inérieur de la famille, les contrariétés, les découragenens du ménage, les soucis pour les enfans, la perte l'un mari, d'une sœur, d'un fils ; les mécomptes dans es affaires, les jalousies de profession, etc.; on ne 'étonnera pas si le chiffre des chagrins domestiques est i élevé.

La frayeur produisit en i83o un plus grand nombre l'aliénés que les années précédentes. Avant i83o, la jolitique ne se trouve point dans nos notes. Cette cause .'est rencontrée i3 fois en i83o, i5 fois en i83i, 2 'n i832 et I en i833.

En combinant la fréquence de la folie en i83o et i83i dans quelques positions sociales, ainsi qu'il a été constaté dans le tableau des professions, avec les causes noralcs dont nous parlons, on est conduit à cette conséquence : que les perturbations sociales de cette épo-

,686 HISTOIRR ET STATISTIQUE

que ont exercé leur influence sur la production de la folie, noa-seulement par la frayeur, par l'exaltation politique, mais encore par le bouleversement dans la position sociale de beaucoup d'individus.

Celte conclusion confirme ce que nous avons imprimé pour la première fois en i8o5; savoir, que les idées dominantes de chaque siècle, que l'état de la société, que les commotions politiques exercent une grande action sur la fréquence et le caractère de la folie. Je pourrais donner l'histoire de notre pays depuis i ySg jusqu'à nos jours, par l'observation de quelques aliénés, dont la folie reconnaissait pour cause ou pour carac-! 1ère quelque événement politique remarquable dans Aîclte longue période de notre histoire; et si j'avais à rendre compte du grand nombre des suicides observés xjii 1 834 j des causes de leur fréquence , il me suffirait de l'histoire bien faite de l'état intellectuel et moral de la société en France. Nous verrions que le mal tîst ancien, mais que des circonstances nouvelles l'ont exasjjéré. ^

' Voyez article Suicide, toiii. i"'', ei les Considérations sur les suicides à notre époque, par M. le d( cteiir Brouc (Annales d'Hygiène pub'ique, i836^ tom. XVI, png. 923 et siiiv.).

DE CHA.rxENT01V.

TABLEAU

Des admissions relativement aux 'variétés du délire.

1 ANHEES.

Page 1