GÉNÉRAL
La monomanie est plus fréquente que les autres variétés de folie; elle est, à la totalité des admissions, comme i est à 2,17 ; elle atteint plus souvent les femmes que les hommes, relativement aux admissions des deux V xes. Les femmes sont plus fréquemment victimes des passions tristes et oppressives, plus exposées à la mélancolie avec délire (lypémanie). La manie, plus fré>luenle chez les hommes, s'est montrée, relativement uix admissions, comme i est à 2,85. La démence est; lu total des admissions, comme i est à 5,54; mais lè lombrc des liommes, dans la démence, est bien supé- "ipur à celui des femmes, surtout si l'on a égard au lombre relatif des adniis.'^ions. Je signalerai plus tard ^ cause de cette grande différence.
L'idiotie est comptée quinze fois seulement sur les i557 admissions; je n'en conclurai pas que l'idiotie est rare : sans doute elle est rare chez nous, pays de civilisation, mais elle est fréquente dans quelques contrées; elle abonde en Norwège, d'après la statistique du docteur Holst. Le docteur Halliday, qui a fait et publié des recherches statistiques très intéressantes sur les fous d'Angleterre, a signalé beaucoup d'idiots en Ecosse; sir G. Tauton a vu beaucoup d'idiots sur les frontières de la Tartarie chinoise; tous les voyageurs n'ont-ils point rencontré dans la Suisse, dans les Alpes, dans les Pyrénées, des crétins, qui ne sont autres que les idiots des montagnes? Si la folie se montre fréquemment chez nous , si l'idiotie est rare , c'est que la folie et l'idiotie sont choses bien différentes. La folie est en l'apport direct avec la civilisation, elle est le produit des influences intellectuelles et morales; l'idiotie, au contraire, dépend du sol et des influences matérielles. Dans l'idiotie, les causes qui la produisent mettant obstacle au développement des organes, l'intelligence ne peut se manifester. Dans la folie, les organes sont bien développés, mais étant surexcités, l'intelligence est bouleversée. Il est si vrai que les influences matérielles sout la cause de l'idiotie, que là où la civilisation a pénétré, elle a modifié ces influences, et les crétins ont diminué, ainsi que Ramond l'a constaté pour les crétins des Pyrénées, ainsi que d'autres Tout observé pour les crétins delà Suisse, ainsi que chacun peut s'en convaincre eu visitant les pays de montagnes et de vallées où la civilisation a augmenté les moyens d'existence et a changé la manière de vivre des Jiabitans.
DE CHARENTOrr.
TABLEAU Des sorties pendxnt les huit années.
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Les sorties, ainsi qu'on le voit par le lableau précëflent, se classent dans l'ordre qui suit : Guérisons 5i8 l'endus aux familles sans être guéris 5i4; morts 5/(6
6gO HISTOIRE ET STATISTIQUE
d'où il résulte que, du i" janvier 1826 au i""^ janvier 1834, la population de Charenton a un peu diminué.
Les guérisons obtenues pendant les huit années dont je rends compte se sont élevées à 5 16; la moyenne pour chaque année est de 64,7. Les admissions ont été de j 557, les guérisons sont donc aux admissions comme 1 est à 3. Si, du total des admissions, on retranche 274 paralytiques, 62 épileptiques et i5 idiots en tout 355 aliénés reconnus incurables par tous les praticiens , il ne restera que i2o5 individus qui ont été mis en traitement. Les guérisons s'étant élevées à 5 16, la proportion est comme i : 2,33. Je pourrais grossir ce chiffre de quelques individus sortis en convalescence, au déclin de la maladie; de cinq individus qui, ayant recouvré la raison, sont morts quelque temps après dans l'établissement; de quatre personnes guéries, restées dans la maison pour y être attachées à divers emplois. Une demoiselle est sous-surveillacte ; deux jeunes gens sont employés dans les bureaux; un ancien militaire remplit plusieurs services. On remarquera encore que je n'exclue point du nombre des aliénés présumés curables, les aliénés qui ont été traités par plusieurs médecins, par moi-même, avant d'entrer dans l'établissement, ni ceux qui étaient en entrant dans la démence ou aliénés depuis plusieurs années. J'ai voulu éviter tout soupçon d'arbitraire dans la désignation des individus présume's incurables et non soumis au traitement. Ce n'est ni par erreur ni par omission, comme l'a prétendu récemment
' L'idiotie étant un vice conyénial ou un arrêt de développement, ne peut être guérie.
DE CHARENTOIÎ. 69 1
un confrère, que, dans la statistique des années 1826, 27 et 28 \ je n'ai point tenu compte des 492 aliénés qui existaient à Charenton au i^"^ janvier 1826, jour où a commencé mon service. Puis-je être responsable des 492 aliénés dont la maladie avait résisté aux soins de mon prédécesseur, dont la plupart habitaient la maison depuis un grand nombre d'années? Cette masse d'incurables pouvait-elle être réunie avec les malades admis, dont le nombre n'était que de 61 7 ? Avec un peu moins de préoccupation d'esprit, et un peu plus de bon vouloir, le même critique aurait aussi reconnu que si, en 1826, il a été guéri quelques aliénés entrés dans la maison en 1826, il y a eu juste compensation avec les guérisons obtenues en 1 829 sur les aliénés admis pendant l'année 1828. Qu'on me pardonne cette explication : l'on peut critiquer mes travaux, nier, altérer leurs résultats, se les approprier même, je ne me plaindrai pas; mais attaquer la sincérité et la bonne foi de mes recbercbes et de mes publications, c'est une injure que je dois repousser.
Les guérisons des femmes , relativement aux admissions, sont plus considérables que celles des hommes. En j83i, 29 femmes sont sorties guéries, tandis qu'il n'est sorti que 22 hommes. Je dois faire remarquer encore que, dans les quatre premières années de mon service, i5g hommes ont été guéris, et 1 14 dans les quatre dernières, tandis que dans les quatre premières années, s guérisons des femmes n'ont dépassé que de deux les
1 Annales d'Hyglhie publique et de Bléducina légale, 1829, tome i"", pag. loï et suiv.
692 HISTOIRE ET STATJSTIQL'E
guél'isons obtenues dans les quatre années suivanles. Cette remarque mérite de fixer l'attention, parce qu'elle fournit une première preuve des avantages incontestables d'un établissement d'aliénés distribué méthodiquement. En effet, pendant l'été de 1829, nos femmes ont pris possession des bâtimens nouvellement construits pour elles. J'aurai à reparler de l'influence heureuse des localités, lorsque je rendrai compte de la mortalité.
TABLEAU
Des gtiérisons relativement aux sexes et aux saisons.