‹ Des maladies mentales [electronic resource]Chapitre 45 sur 49 · niON03IAT!îIlî UOMIClDf · texte numérisé non relu

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tie supérieure, un seutiment de froid à l'occiput; élourdissemeiis, éblouissemens. Appétit bon; une selle; elle a dormi la nuit. Ce matin elle se trouve mieux ; son mal de tête n'a plus autant d'intensité; mais elle croit qu'il reviendra dans la journée. »

« a5. La céphalalgie est revenue hier avec les mêmes symptômes; la douleur était très forte dans la région du pariétal gauche. Elle a eu des secousses dans les bras, avec des engourdissemens , des palpitations de cœur. La - malade nous raconte que quand ses maumises pensées viennent, la céphalalgie se porte par derrière, qu'elle a alors de grands battemens dans l'épigastre, et qu'elle est brisée de ses membres. Il lui semble qu'elle va tomber par terre; il lui monte des sueurs. Ces accidens se renouvellent par accès. »

« 26. Mêmes phénomènes. »

cf 27. Le mal de tête a été moindre. Marguerite Mollieris a été moins tourmentée de ses mauvaises pensées. >

« 29. Elle a bien passé la journée d'hier, mais le matin elle a eu un grand mal de tête avec des étourdissemens. Elle se plaint aussi d'une douleur qui occupe la région dorsale de la colonne vertébrale; son sommeil a été agité. Elle est sortie hier deux heures pour aller voir son enfant. »

« 00. Elle a bien dormi la nuit. Sa douleur dorsale existe encore. Elle se lie à une autre douleur dansl'épigastre. »

« 3i Elle est mieux; elle n'est plus poursuivie autant par son idée fixe. Elle a eu hier, tout l'après-midi, son enfant avec elle. »

MONOMANIE IIOMICIUIÎ . OlÇ)

« 5 août. Elle a encore eu hier la même pensée, lo même dessein. Elle ne peut voir un couteau ouvert. Elle dit que quand celte pensée la saisit, elle éprouve des douleurs dans la tête et dans l'épigastre, un état d'angoisse, des palpitations de cœur, et qu'il lui pousse une sueur; elle est comme transie. «

« 6 août. Elle pleure, se désole pendant la visite; elle déclare que depuis quelques jours son penchant renaît plus souvent. Elle ajoute que l'on ne conçoit pas tout ce qu'elle souffre; qu'elle aime son enfant avec passion, que cependant elle éprouve un désir violent de lui faire du mal. Saignée des bras; vésicatoire au bras, bain, potion opiacée , émulsion. »

ce 1 5. Cette femme est mieux depuis quelques jours , elle est plus gaie; elle est sortie pour aller se promener avec son enfant et une de ses parentes. Toujours céphalalgie, toujours douleurs épigastriques: ces accidens n'ont pas constamment la même intensité : ils augmentent comme par accès. Les mauvaises pensées de cette malade paraissent suivre l'état de la tête et des plexus nerveux épigastriques ; elles deviennent plus fortes, elles sont plus entraînantes quand les douleurs encéphaliques et celles de l'épigastre sont plus prononcées. »

« i6. La malade est manifestement mieux: elle a peu de douleurs dans la tête et dans le creux de l'estomac. Elle s'ennuie à l'Hôtel-Dieu et sort. »

« 20, Cette femme est venue à l'Hôtel-Dieu le matin à l'heure de la visite. Son enfant n'est pas avec elle. Elle se trouve bien; elle ressent seulement un peu d'embarras dans l'abdomen. Elle a bien moins souvent

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ses accès de transis sèment et ses mauvaises pensées. »

c( Cette femme s'est peu à peu rétablie: elle a cessé d'être tourmentée par le même penchant ; elle est entrée en condition dans une maison, et paraît jouir d'une bonne santé. »

Un homme âgé de 4^ ans environ , habitant la campagne, ayant une fortune honorable, et jouissant d'une bonne santé, conduit par un jeune médecin, vint me consulter pendant le mois de juillet 1826. Il me donna lui-même les détails qu'on va lire. Rien n'annonçait chez lui le plus léger désordre de la raison; il répondit avec précision à toutes mes questions qui furent nombreuses. Il avait lu l'acte d'accusation de la fille H Cornier sans y faire une trop grande attention. Cependant pendant la nuit il est réveillé en sursaut par la pensée de tuer sa femme couchée à côté de lui. Il déserte son lit , se promène pendant une heure , après quoi, n'éprouvant plus la même inquiétude, il se couche et se rendort ; depuis trois semaines ce même phénomène s'est reproduit trois fois, toujours pendant la nuit. Pendant le jour, ce malade fait beaucoup d'exercice, se livre à des occupations nombreuses habituelles et n'a que le souvenir de ce qu'il a éprouvé dans la nuit. Il est d'une taille élevée, d'un embonpoint ordinaire; sont teint est jaune, un peu coloré; il n'a jamais été malade et a toujours joui d'une très bonne santé. Marié depuis vingt ans, il n'a pas de chagrin domestique, ses affaires ont toujours prospéré; il n'a point de mécontentement, point de sujet de jalousie de la part de sa femme, qu'il aime, avec laquelle il n'a

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jamais eu la moindre discussion, d'est une idée qui s empare de lui pendant le sommeil. Il assure qu'il n'éprouve d'autre douleur physique qu'une légère céphalalgie : il est triste et chagrin d'un pareil état ; il a quitté sa femme, craignant de succomber, et il est très disposé à tout faire pour se délivrer de cette affreuse affection.

« Un paysan, né à Krumbach, en Souabe, et de parens qui ne jouissaient pas de la meilleure santé, âgé de 27 aus et célibataire, était sujet, depuis l'âge de 8 ans, à de fréquens accès d'épilepsie. Depuis deux ans sa mala- Idie a changé de caractère, sans qu'on puisse en alléguer de raison : au lieu d'accès d'épilepsie, cet homme se trouve, depuis cette époque, attaqué d'un penchant irrésistible pour le meurtre. Il sent l'approche de son accès plusieurs heures, quelquefois un jour avant l'invasion. Du moment où il a ce pressentiment, il demande avec instances qu'on le garrotte, qu'on le charge de chaînes pour l'empêcher de commettre un crime. « Lorsque cela me prend, dit-il, il faut que je tue, que j'étrangle, ne fût-ce ({u'un enfant ». Sa mère et son père, que du reste il chérit tendrement, seraient, dans ses accès, les premières victimes de son penchant au meurtre. « Ma mère, s'écriet-il d'une voix terrible, sauve-toi, ou il faut que je t'étouffe! »

«Avant l'accès, il se plaint d'être accablé par le sommeil, sans cependant pouvoir dormir; il se sent très 'ibattu et éprouve de légers mouvemens convulsifs dans les membres. Pendant les accès, il conserve le sentiment de sa propre existence ; il sait parfaitement qu'en com-

mettacl un meurtre, il se rend coupable d'un crime. Lorsqu'on l'a mis hors d'état de nuire, il fait des contorsions ^et des grimaces effrayantes, tantôt chantant et tantôt parlant en vers. L'accès dure d'un à deux jours. L'accès fini, il s'écrie : « Déliez-moi : hélas! j'ai bien souffert; mais je m'en suis tiré heurcusemeni , puisque je n'ai tué personne. » (Gall.) .

f(Un voiturier du baillage de Frunterdadt, qui avait quitté sa famille en parfaite santé, a été subitement saisi i d'un accès de manie homicide sur la roule, entre Aalen i: et Gémunde. Son premier acte de démence fut de se ren- fermer dans une écurie avec ses trois chevaux, auxquels ï il n'avait pas fait donner de fourrage; ensuite, en par- • tant, il n'attela que deux chevaux, et monta sur le troi- • sième pour accompagner sa voiture. A Nogglingen, il t maltraita une femme; à Unterlobengen, il mit pied àt terre, et marcha devant ses chevaux, une hache à lai main. Sur la route de ce dernier endroit à Hussenhofen, , le premier individu qu'il rencontra fut une femme, ài qui il donna quelques coups de hache, et la laissa étep- ■ duc dans un fossé à côté du chemin. Ensuite il ren-contra im garçon de i3 ans, à qui il fendit la lêle d'un: coup de hache. Peu après, il enfonça le crâne à un homme i de 3o ans, dont il répandit la cervelle sur le chemin, et après avoir porté encore plusieurs coups à son ca-' davre, il laissa la hache et la voiture, et continua, ainsi; désarmé, sa route vers Hussenhofen. Il trouva sur lei chemin deux Juifs qu'il attaqua, et qui, après une courte* lutte, lui échappèrent. Près de Hussenhofen, il assailliti un paysan, qui se débattit en poussant des cris jusqu'ài

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ce qu'il accourût plusieurs personnes qui le délivrèrent, lièrent le frénétique, et le transportèrent à Gémunde. On le conduisit ensuite auprès des cadavres de ceux qu'il avait tués, et, à leur aspect, il dit : « Ce n'est pas moi, c'est mon mauvais esprit qui a commis' ces meurtres. » * , - i ■

S. Mounin, âgé de 3o ans, était épileptique; il se livra à un petit commerce. Au retour d'une foire, sa mère le gronde sur un marché qu'elle croit désavantageux; Mounin s'irrite, mais ne commet aucun excès. Dès le lendemain matin, après quelques accès de folie, il se sauva dans les champs, sans chapeau et sans chaussures, et en quelques instans, et sans provocation, il tua successivement trois hommes; on le poursuit, il se sauve, s'échappe, et fait tous ses efforts pour se soustraire aux poursuites; enfin on l'arrête, il est conduit devant le magistrat. Mounin répond qu'il se rappelle bien les meurtres qu'il a commis, qu'alors il avait perdu la tête ; que depuis deux jours il était dans un état horrible, ne voyant que des tourbillons de feu et des objets effrayans. Il demande qu'on le fasse mourir, puisqu'il a fait tant de mal. "

Nous nous arrêtons à ces faits , j'en ai rapporté plusieurs, pages 95 et suivantes, tom. 11, on y lira l'ob-. servation de deux enfans chez lesquels le penchant homicide s'est manifesté avant l'âge de six ans; les

* Àristarqnc français du jeudi i3 avril 1820, qui l'a lirô du A/erciire de Souabe^ lequel garautit la réalité de ce fait.

* Journal de Paris, 17 février 1826.

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auteurs de médecine légale, sont riches en faits semblables , etc. 1

Ces observations peuvent se grouper en trois séries qui caractérisent les trois degrés de la monomaniehomicide.

Dans la première, les individus qui ont le désir de tuer sont mus par des motifs plus ou mpins chimériques, plus ou moins contraires à la raison; ils sont reconnus fous par tout le monde.

Dans la seconde série, les aliénés homicides n'ont point de motifs connus; on ne peut leur en supposer ni d'imaginaires ni de réels , et les malheureux, qui font le sujet de ces observations, sont entraînés par une irapulsion aveugle à laquelle ils résistent, et ils échappent à leurs funestes impulsions.

Les faits qui entrent et ceux que nous pourrions faire entrer dans la troisième série sont plus graves; l'impulsion est subite, instantanée, irréfléchie, plus forte que la volonté; le meurtre est commis sans intérêt, sans motif, le plus souvent sur des personnes chéries.

Quelque différence que l'accomplissement du meurtre établisse entre les faits de celte dernière série et ceux qui appartiennent aux deux premières, nous allons voir

» Considérations médico-légales sur la monomanie homicide, par M.Marc (Mémoires de l'Académie royale de Médecine, Taris, i833, lom. ni, pag. 29 ttt suiv.). — La collection des Annales d'Hygiène publiqiie et da Médecine légale de 1829 à i838 , contient un grand nombre de rapports et d'observations propres à éclairer Tbistoire du la monomanie homicide; et M. Leuret, dans ses Fragment psychologiques sur la, folie, a démontré que cette maladie, loin d'ôtie nouvelle comme quelques auteurs l'ont prétendu, se retrouve avec tous ses caiactères daus l'histoire des Possédés aux iG'^et 17* siècle».

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qu'ils n'expriment que le plus haut degré d'une même affection; qu'ils ont les uns et les autres des traits frappans de ressemblance, plusieurs signes communs, et qu'ils ne diffèrent que par la violence et 'instantan éité de l'exécution : de même qu'une inflammation n'en est pas moins une inflammation, qu'elle soit aiguë ou chronique; qu'elle se termine par induration ou par suppuration , qu'elle tue ou qu'elle ne tue pas.

Les observations de raonomaniaques-homicides offrent la plus grande analogie avec ce qu'on observe dans les folies partielles ou les monomanies.

Enfin, on ne peut confondre les individus qui sont les sujets de ces observations avec les criminels. L'homicide qu'ils ont commis n'est pas un crime; car l'acte seul de tuer ne constitue pas une action criminelle.

Tous ou presque tous les individus dont nous venons de rapporter les observations étaient d'une constitution nerveuse, d'une grande susceptibilité; plusieurs avaient quelque chose de singulier dans le caractère, de bizarre dans l'esprit.

Tous, avant la manifestation du désir de tuer, étaient incapables de nuire; ils étaient doux, bons, honnêtes gens et même religieux.

Chez tous , comme chez les aliénés , on a remarqué un changement de la sensibilité physique et morale, de caractère, de manière de vivre.

Chez tous il est facile de fixer l'époque du changement dont nous venons de parler, celle de l'explosion du mal, celle de sa cessation.

Des causes physiques ou morales assignables ont pres-

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que toujours déterminé celte affection. Dans deux cas, cette affection est l'effet des efforts de la puberté; dans quatre, elle résulte de la puissance de l'imitation : le désir de tuer s'est manifesté après que ces malheureux ont entendu l'histoire d'une femme qui avait égorgé un enfant et séparé la tête du tronc. Cette puissance de l'imitation est une cause fréquente de folie, particulièrement de suicide. Quelques indmdus, dit M. de Laplace, tiennent leur organisation ou de pernicieux exemples, des penchans funestes qu'excite virement le récit d'une action criminelle devenue V objet de l'attention publique. Sous ce rapport, la publicité des crimes n'est pas sans danger. (Essai sur les probabilités.)

Lorsque cet état persiste assez long-temps, et que les individus, dominés par l'impulsion au meurtre, sont observés avec soin, on constate que cet état, comme le délire chez les fous , est précédé et accompagné do céphalalgie, de maux d'estomac, de douleurs abdominales; et que ces symptômes précèdent l'impulsion au meurtre, et qu'ils s'exaspèrent -lorsque cette funeste impulsion devient plus énergique.

La présence des objets choisis pour victimes, la vue des instrumens propres à accomplir leur horrible dcsir, réveillent et augmentent l'impulsion qui pousse ces malheureux à l'homicide.

Presque tous font avant ou après des tentatives de suicide, tous invoquent la mort, quelques-uns réclament le supplice des criminels.

Aucun des sujets de ces observations n'avait de motifs quelconques pour vouloir la mort de leurs victimes,

MONOMANIE JIGMIC1D£.

préférant ordinairement les objets de leurs plus chères affections.

Pendant rintex'mitteuce, ou lorsque le désir du meurtre a cessé, ces malheureux rendent compte des plus petits détails. Nul motif ne les excitait, ils étaient entraînés, disent-ils, emportés, poussés par une idée, par quelque chose, par une voix intérieure. Plusieurs disent n'avoir pas succombé, parce que leur raison a triomphé , parce qu'ils ont fui, ou parce qu'ils ont éloigné les instrumens et les objets du meurtre.

Chez ces individus, l'idée de tuer est une idée exclusive, tantôt fixe , tantôt intermittente, dont ils ne peuvent pas plus se débarrasser que les aliénés ne peuvent se défaire des idées qui les dominent.

Non-seulement les individus dont nous parlons ont entre eux la plus grande ressemblance et présentent les caractères de la monomanie, ils diffèrent essentiellement des criminels avec lesquels un ks a confondus, dont ils ont subi la peine.

Les monomaniaques-homicides sont isolés, sans complices qui puisbcnt les exciter par leuis conseils ou leurs exemples. Les criminels ont des camarades d'immoralité, de débauche, et ont ordinairement des complices.

Le criminel a toujours un motif; le meurtre n'est pour lui qu'un moyen, pour satisfaire une passion plus ou moins criminelK;. Pres([ue toujours rhoniicido du ci'iminel est compliqué d'un autre acte coupable; le contraire a lieu dans la monomanie-homicide.

Le criminel choisit ses victimes parmi les personnes

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qui peuvent faire obstacle à ses desseins ou qui pouiv raient déposer contre lui.

Le monomaniaque immole des êtres qui lui sont iii' différens, ou qui ont le malheur de se rencontrer sous ses pas au moment où il est saisi par l'idée du meurtre; mais, plus souvent, il choisit ses victimes parmi les objets qui lui sont les plus chers. Une mère tue son enfant, et non l'enfant de l'étrangère ; un mai'i veut tuer sa femme, avec laquelle il a vécu dans la plus douce harmonie pendant vingt ans; une fille veut tuer sa mère qu'elle adore. Cette horrible préférence ne s'observe-t-elle pas chez les aliénés? n'est-elle pas une preuve évidente que ni la raison, ni le sentiment, ni la volonté n'ont dirigé le choix de la victime, et que par conséquent il y a eu perturbation des facultés qui président à leurs déterminations.

A-t-il consommé le crime , le criminel se dérobe aux poursuites, se cache; est-il pris, il nie, il a recours à toutes les ruses possibles pour en imposer; s'il avoue son crime, c'est lorsqu'il est accablé sous le poids de la conviction, encore son aveu est-il accompagné de réticences; le plus souvent il nie jusqu'à l'instant de subir la peine, espérant jusque-là échapper au glaive de la loi.

Lorsque le monomaniaque a accompli son désir, il n'a plus rien dans la pensée; il a tué, tout est fini pour lui, le but est atteint. Après le meurtre, il est calme, il ne cherche pas ordinairement à se cacher. Quelquefois satisfait, il proclame ce qu'il vient de faire, et se rend chez le magistrat. Quelquefois , après la consommation du meurtre , il recouvre la raison , ses affections se réveillent; il se désespère, invoque la mort; il veut se la

MONOMAirii; HOMICIDE. bOQ

donner. S'il est livré à la justice, ses souvenirs le rendent morose, sombre; il n'use ni de dissimulation, ni d'artifice; il révèle aussitôt avec calme et candeur les détails les plus secrets du meurtre.

Les différences entre les monomaniaques-homicides et les criminels sont trop tranchées, les ressemblances éfltre ces monomaniaques et les aliénés sont trop prononcées pour qu'on puisse confondre les monomaniaques avec les criminels.

Mais, objecte-t-on , vos mouomaniaques qui résistent à leur impulsion prouvent que ceux qui succombent Sont criminelsj puisqu'ils n'ont pas assez combattu pour triompher. Quoi ! il faudra attendre qu'un maniaque ait tommis des actes de fureur avant de reconnaître qu'il est fou? Est-ce que la folie, comme les autres maladies, n'a pas des degrés différens ? est-ce qu'il n'y a pas des fous qui sont calmes , très innocens , et des fous très impétueux et très dangereux ? N'y a-t-il pas des aliénés qui cèdent, au moins pour quelques instans, auxraisonhemens , aux efforts de l'amitié et à une autorité imposante , et d'autres qui sont inébranlables dans leur conviction et inaccessibles à tout moyen de persuasion ? N'y a-t-il pas des monomaniaques qui luttent pendant plusieurs années contre le désir de se tuer, et d'autres qui 8e tuent dès qu'ils en ont conçu la pensée? J'ai donné des soins à un général âgé de 84 ans, et qui, depuis l'âge de 25, lutte, pour ainsi dire, contre le désir de se tuer. Ce désir ne le quittait pas à l'armée, lorsqu'il Commandait sa brigade. Quoi! un individu est ruiné, aussitôt après il se croit très riche! 11 est fou, dites-vous, parce qu'il

84o mojvomanie homicide.

ue juge pas de sa position comme les autres hommes. Uu éUuliant se persuade qu'avec deux chevaux il déplacera l'église de Sainte-Geneviève pour la porter ailleurs. Vous le prenez pour fou, parce qu'il juge mal des rapports entre la résistance de ce vaste monument et la force de deux chevaux. Un troisième voit des ennemis partout , et vous le croyez fou , parce qu'il apprécie mal les choses; car rien ne manque à son honheur et il n'a point 'd'ennemis. Et vous croyez raisonnable cette mère qui adore son enfant, et qui cependant lui plonge le poignard dans le sein! Il n'y aurait pas chez cette malheureuse quelque altération, non-seulement de la sensibilité, mais aussi de rintelligence, alors que, malgré sa tendresse, malgré l'horreur que lui inspire son désir, elle prépare et donne la mort à sou enfant aimé! Convenez au moins que la volonté est pervertie et subjuguée. Une pareille perversion serait uu élat normal ou naturel! Attendez que la raison soit rétablie, et cette malheureuse mère jugera aussi bien que vous de tou!e l'horreur du meurtre qu'elle a failli commettre ou qu'elle a commis. Cette mère sent-<?lle, raisonne-telle, agit-elle comme elle sentait, comme elle raisonnait, comme elle agissait avant d'être tombée dans cet horrible élat, comme sentent, raisonnent et agissent les autres mèi'ts ? Non , sans doute. Quelle meilleure preuve de folie exigez-vous? Mais, ojoule-t-on, si le meurtre dépend d'une impulsion plus forte que sa volonté, il n'y a plus de libre arbitre. Vraiment oui; puisqu'il y a délire, il n'y a plus de liberté moi'ale, et le meurtrier n'est plus responsable. — Mais ce meurtrier raisonne, est

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prévoyant. — Lisez les traités de la folie, venez dans nos hôpitaux de fous, et vous y verrez des aliénés qui parlent très sensément, qui tiennent des discours très suivis, qui discutent sur des matières très ardues, qui ourdissent un complot avec beaucoup de finesse et de persévérance, mais dont les actions sont toutes désordonnées, dont les affections sont perverties, qui sont dangereux pour les autres et pour eux-mêmes dès qu'ils sont rendus à la liberté.

Sans doute il est des cas très difficiles, mais cette difficulté augmente, parce qu'on ne s'arrête qu'à une circonstance pour caractériser la criminalité de l'acte. Dans tel cas, dit-on, il y a culpabilité, puisqu'il y a eu préméditation; mais il est des faits innombrables qui prouvent que les fous conservent la conscience de ce qu'ils font, et qu'ils prennent toutes leurs précautions pour réussir; mais ce malheureux dont la préméditation est prouvée par ses aveux, était un homme probe, vertueux; il veut tuer ou bien il a tué sans motif connu ou même supposable, il a tué sa femme qu'il adore; le meurtre accompli, il s'est livré au juge.

Une femme tue un enfant qui lui est étranger; mais depuis long-temps elle était devenue triste, mélancolique, elle avait fait des tentatives de suicide; frappée de stupeur après l'accompUssement du meurtre, elle reste auprès de la victime, dévoile toutes les particularités d'un meurtre commis sans motifs et sans qu'on puisse en soupçonner.

Cet homme n'avait manifesté aucun sentiment pervers, tout-à-coup il lue sans motifs, sans provocations

plusieurs personnes; à peine ces meurtres sont consommés, il sent toute l'horreur des actes qu'il a commis, loin de s'excuser, il reconnaît qu'il est coupable et demande à être délivré de la vie pour échapper à ses remords. Les trois individus, dont je viens de parler, sont évidemment fous. C'est donc de l'ensemble et de l'appréciation des circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi l'homicide que naît la conviction de la non-culpabilité de celui qui l'a commis.

Les faits qui précèdent, la discussion qu'ils ont fait naître, nous enseignent :

1° Qu'il existe une mouomanie-homicide, tantôt avec aberration de l'entendement, tantôt avec perversion des facultés affectives; tantôt avec impuissance de la volonté qui prive l'homme de sa liberté morale.

a° Qu'il existe des signes qui caractérisent cette espèce de folie, et qui font distinguer les raonomaniaques des criminels , au moins dans le plus grand nombre des cas.

A Dieu ne plaise que, fauteurs du matérialisme et du fatalisme , nous voulions créer ou défendre des théories subversives de la morale , de la société et de la religion. Nous ne prétendons pas nous constituer les défenseurs i du crime , et transformer les grands attentats en accès ; de folie; mais nous croyons que la doctrine de la mono--, manie est autre chose que le crime excusé par le crime; même. Ce mot monomanie , nous l'avons déjà dit, n'eâttni un système ni une théorie; c'est l'expression d'uni fait observé par les médecins de tous les temps.

Nous n'avons eu d'autre vue que de présenter quel-

ques observations , quelques réflexions sur un état peu connu , non-seulement des personnes étrangères à la médecine , mais encore des médecins , afin d'appeler l'attention des juges et du législateur sur l'appréciation de quelques actes qui seraient des crimes horribles s'ils n'étaient accomplis par des malheureux dont la raison est pervertie, qui sont dans un état anormal qui les prive de leur libre arbitre.

Ces conséquences peuvent paraître étranges aujourd'hui; un jour, nous l'espérons, elles deviendront des vérités vulgaires. Quel est le juge qui condamnerait au bûcher un insensé ou un fripon conduit devant son tribunal pour cause de magie ou de sorcellerie. H y a long-temps que les magistrats font conduire dans les maisons de fous les sorciers, lorsqu'ils ne les font pas punir comme escrocs.

Au reste, ce n'est pas la première fois que les médecins, plus exercés que les autres honimes à observer les infirmités humaines, ont éclairé la justice sur les altérations de l'esprit et du coeur de prétendus coupables. A la fin du quinzième siècle, Marescot, Riolan et Duret, chargés d'examiner Marthe Brossier, accusée de sorcellerie, terminèrent leur rapport par ces mots méj hiorables : Nihil à demone\ multa ficta^ a niorbo pauca. Cette décision servit depuis de règle aux juges qui curent à prononcer sur le sort des sorciers et des Biagiciens. Nous, nous disons , en caractérisant le meurtre des monomaniaques-homicides : Nihil à divine, nuUa ficta^ a fnorbo toia.

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DEUXIÈME PAKTUB.

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