‹ Des maladies mentales et des asiles d'aliénés. Leçons cliniques et considérations généralesChapitre 25 sur 45 · DU TRAITEMENT GÉNÉRAL DES ALIÈNES · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT GÉNÉRAL DES ALIÈNES

Leçon faite à l’hospice de la Salpêtrière en 1854:.

Nous n’avons certainement pas l’intention d’étudier en une seule leçon, avec tous les développements qu’il mérite, un sujet aussi vaste que le traitement général des aliénés. Notre but est simplement d’exprimer ici, de la façon la plus brève possible, notre manière de voir sur ce que nous appelons le traitement général de la folie , c’est-à-dire sur l’influence, considérable à nos yeux, qu’exerce sur tous les aliénés l’ensemble des moyens moraux qui se trouvent réunis dans un asile bien organisé.

Nous ne voulons donc parler ici, ni du traitement moral en général, ni des divers agents moraux qui constituent le traitement individuel proprement dit, ni à plus forte raison du traitement physique de l’aliénation mentale. Nous désirons seulement, dans un résumé rapide, nous efforcer de rendre saisissable à tous les yeux l’action bienfaisante qu’exerce sur le moral des aliénés l’organisation actuelle des établissements qui leur sont consacrés, action d’autant plus puissante qu’elle est plus constante et plus continue, quoique souvent inaperçue.

Nous nous proposons, en un mot, de considérer les asiles d’aliénés comme des agents du traitement général de la folie. Mais avant d’aborder le sujet même de cette leçon, exposons d’abord, dans un court préam-

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bule, notre opinion sur le traitement de la folie en général.

Deux doctrines principales se sont produites sur cet objet important, et chacune d’elles est basée sur l’un des éléments de la dualité humaine.

Le traitement des aliénés a été divisé en deux espèces, en apparence bien distinctes, le traitement physique et le traitement moral. Cette distinction a été de tout témps et est encore de nos jours l’objet de discussions nombreuses, que nous ne devons pas aborder en ce moment ; deux écoles rivales se partagent et se partageront longtemps encore les médecins aliénistes : l’école somatiste et l’école psychologique. Les uns soutiennent que la folie étant une maladie physique, il est absurde de chercher à la guérir par d’autres moyens que par des médicaments, et que les moyens moraux peuvent tout au plus avoir quelque valeur comme consolation ou comme adoucissement passager. Les autres, au contraire, ne voyant dans la folie qu’une affection de l’âme, ne considèrent comme efficaces que les moyens moraux, analogues à ceux que l’on peut diriger, à l’état normal, contre une erreur ou une passion, et ils déversent le ridicule, comme l’ont fait Reil et Leuret par exemple, sur F absurdité qui^ consiste à ordonner un purgatif ou un vésicatoire pour chasser une erreur de l’esprit, au lieu d’employer contre elle le seul remède réellement efficace : des objections !

Ces deux écoles nous paraissent aussi exclusives et aussi exagérées l’une que l’autre. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer incidemment dans la discussion d’une question aussi importante, sur laquelle repose en réalité toute la thérapeutique des maladies mentales ; mais nous ne pouvons nous empêcher de vous faire part de

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notre manière de voir à cet égard ; car, selon nous, sans l’interprétation que nous allons vous exposer, il nous paraît impossible de comprendre un seul mot à l’action des moyens physiques ou des moyens moraux sur les maladies mentales.

L’homme est une dualité composée de deux principes, l’âme et le corps, qui représentent deux ordres de faits distincts, les faits de l’ordre moral et ceux de l’ordre physique. Entre l’âme et le corps, l’union est intime ; la nature humaine est la résultante de ces deux puissances, à la fois distinctes et inséparables. Dans l’essence de l’homme ici-bas, ces deux principes sont si intimement unis, qu’aucun phénomène moral ne peut se manifester sans la coopération, du physique, et réciproquement. Par conséquent, vouloir considérer isolément ces deux ordres de phénomènes, c’est scinder l’homme artificiellement et ne pas l’envisager tel qu’il est dans sa nature mixte et complexe. De là résulte ce fait capital : que tout moyen dit moral agit en même temps sur le physique, et que tout moyen dit physique, dirigé sur le système nerveux ou même sur d’autres organes, peut et doit réagir sur le moral. 11 n’est donc pas, d’une manière absolue et rigoureuse, un seul moyen thérapeutique qui puisse être envisagé comme exclusivement moral ou exclusivement physique. Tout se tient et s’enchaîne dans la nature de l’homme; on ne peut agir sur son moral sans réagir en même temps sur son physique et vice versa. Qu’on ne parle donc plus de l’action exclusive des moyens moraux ou des moyens physiques : c’est là une distinction théorique qui ne peut être poursuivie dans le domaine de la pratique. Aucun moyen' ne doit être négligé , mais aucun non plus ne peut être préconisé à l’exclusion

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de l’autre. Ce n’est pas à titre de moyen purement moral ou purement physique, qu’un agent thérapeutique doit être accepté dans la médecine mentale ; c’est à titre d’agent efficace "et actif, à la fois physique et moral. Tel est le point de vue que l’on doit, selon nous, avoir sans cesse présent à l’esprit, quand on veut apprécier Faction d’un moyen thérapeutique chez les aliénés. Mais ce n’est pas tout; et ici nous allons plus loin que beaucoup de médecins qui, partagent cependant, comme nous, l’opinion de la dualité humaine et de l’éclectisme thérapeutique.

En effet, la fonction cérébrale (pour parler le langage médical) diffère essentiellement de toutes les autres fonctions de l’économie, non-seulement par la nature spéciale de ses manifestations, mais surtout par des caractères qui lui sont propres et qu’on ne rencontre dans aucune autre fonction. Ces caractères peuvent sé résumer ainsi : avoir conscience de son action ; en conserver le souvenir ; réagir, par la réflexion, sur les produits de cette action, et exercer sur eux un pouvoir de direction. Les produits de la fonction, c’est-à-dire l’idée ou le sentiment, donnent ainsi naissance à de nouveaux produits, c’est-à-dire à de nouvelles idées ou à de nouveaux sentiments, qui s’engendrent les uns les autres, par suite de l’action de la fonction sur elle-même, et une fois formés, ils réagissent à leur tour, soit sur les autres idées, soit sur le travail initial de la fonction elle-même. En un mot, dans l’exercice des facultés intellectuelles et morales (ou, en d’autres termes, dans l’exercice des fonctions cérébrales), il faut distinguer deux choses : le fait initial qui consiste dans la production des idées ou des sentiments, et le fait secondaire, c’est-à-dire la réaction de ces divers produits

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les uns sur les autres. Le premier effet produit devient ainsi cause de nouveaux effets, qui s’engendrent successivement les uns les autres, par suite de la spécialité de la fonction. L’action et la réaction réciproques de ces divers éléments méritent au plus haut point de fixer l’attention, soit pour comprendre la production du délire par le délire (et partant, la pathogénie de l'aliénation), soit pour se rendre compte du mode d’action des moyens moraux, qui concentrent principalement leur influence sur ces produits secondaires de l’activité humaine et réagissent, par leur intermédiaire, sur la fonction elle-même. Par la considération de ce nouvel ordre de faits, la sphère du traitement moral se trouve singulièrement élargie. En effet, en cherchant à agir, par les moyens moraux, sur l’esprit des aliénés, nonseulement on se propose de régler directement la spontanéité primitive de l’organe et de la fonction, mais on agit sur leurs produits secondaires, sur ce que nous appelons les résultantes de la dualité humaine, et l’on arrive ainsi à modifier indirectement l’action spontanée de l’esprit et du cerveau, par l’intermédiaire des idées ou des sentiments qui en ont été le produit.

Ces généralités, pour être bien comprises dans toutes leurs conséquences, exigeraient des développements nombreux dans lesquels nous ne devons pas entrer actuellement ; mais nous avons jugé nécessaire do formuler ici brièvement notre opinion sur le mode d’action des moyens moraux, parce que ces prémisses nous paraissent tout à fait indispensables pour comprendre les principes du traitement moral.

Nous l’avons déjà dit précédemment, notre intention n’est pas de nous occuper ici du traitement physique

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des maladies mentales, ni même de passer en revue les agents variés qui constituent la thérapeutique morale : nous ne voulons envisager qu’un des aspects du traitement moral ; mais cet aspect, par sa généralité et son importance, nous paraît mériter toute votre attention ; il résume à lui seul la plus grande partie du traitement moral, du moins dans l’état actuel de la science.

Le traitement moral peut être divisé en traitement général ou collectif, et en traitement individuel. Si la science était plus avancée, le traitement individuel pourrait occuper le premier rang. Il semblerait naturel, en effet, de procéder dans la médecine mentale, comme dans la médecine ordinaire, de tenir compte, dans le traitement d’un aliéné, de la forme spéciale de sa maladie, des indications particulières résultant de son individualité morbide, en un mot, de varier les moyens employés d’après les mille nuances de l’examen individuel .

Tel doit être, en effet, le but des efforts de la science: arriver un jour à mieux préciser les indications résultant de l’état spécial de chaque malade, et découvrir des moyens physiques et moraux en rapport avec la variété de ces indications : obtenir ce résultat sera certainement un progrès que nous ne cherchons nullement à contester ; mais il faudrait bien se garder cependant d’exagérer les avantages de cette direction de la science; en célébrant ainsi outre mesure les bienfaits du traitement purement individuel, on pourrait arriver à méconnaître les avantages incontestables du traitement que nous appelons général, et qui, dans l’état actuel de la médecine mentale, est notre plus précieuse ressource. Le traitement individuel posé en

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système exclusif conduirait, si l’on n’y prenait garde, à la négation de toute règle générale en thérapeutique, à la négation de toute science ; transformant ainsi la science en art, on abandonnerait le malade à tous les caprices de l’instinct ou de l’inspiration du moment. C’est là un écueil que nous n’avons certainement pas à redouter aujourd’hui ; mais il est bon de le signaler par avance, afin de mieux faire ressortir, par comparaison , les avantages du traitement général dont on serait tout d’abord disposé à contester l’influence.

Le traitement général, au lieu de s’appliquer à un seul aliéné en particulier, est dirigé vers un grand nombre de malades à la fois. Il repose sur des principes généraux, applicables à presque tous les aliénés et mis en pratique dans les établissements qui leur sont consacrés. Pour exposer méthodiquement les principes qui lui servent de base, et en faire comprendre toute la valeur, il importe d’indiquer d’abord brièvement les caractères communs à tous lés aliénés, sur lesquels reposent ces principes communs de traitement, d’énoncer ensuite brièvement ces principes, et de montrer enfin comment l’organisation actuelle des asiles d’aliénés en offre la réalisation.

Depuis que Pinel a apporté une si profonde réforme dans le traitement des aliénés, l’hygiène morale a joué un rôle principal dans le traitement de ces malades, et le principe de l’isolement a été la conséquence la plus généralement admise de cette hygiène bienfaisante. Éloigner les causes qui avaient donné naissance à la maladie ; soustraire l’aliéné à leur fâcheuse influence, en le transportant dans un nouveau milieu, loin des personnes, des lieux et des habitudes qui avaient en-

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gendré et qui tendaient à perpétuer sa maladie; écarter les obstacles qui pouvaient s’opposer à sa solution heureuse, à mesure qu’ils se présentaient ; favoriser, en un mot, par des conditions extérieures, la tendance naturelle de la maladie vers la guérison, et aider, de temps en temps, la nature par des moyens appropriés appliqués à propos : tels sont les principes consacrés par cette médecine hygiénique et expectante, dont Pinel a été parmi nous le plus ardent propagateur, et dont la mesure de l’isolement a été l’expression la pins complète.

Mais on est trop disposé à croire, aujourd’hui, que là se bornent les avantages des principes de traitement moral posés par notre illustre maître, et au développement desquels nous avons assisté depuis le commencement de ce siècle. On s’imagine, en -général, que cette médecine se borne à éviter de nuire, et qu’elle n’a pas d’efficacité directe. On ne se rend pas assez compte du mode d’action de ces conditions extérieures au sein desquelles on: place l’aliéné. Comme elles agissent d’une manière lente et inaperçue, on en conclut qu’elles sont inactives; on ne songe pas que la continuité de leur action supplée à ce qui peut leur manquer d’énergie, et que cette continuité d’action est d’autant plus utile qu’il s’agit de lutter contre une maladie dont la ténacité persistante ne peut être vaincue que par des moyens à action également continue et persistante.

11 en est de ce milieu nouveau, dans lequel on place un aliéné, comme de celui qui coopère si puissamment à l’éducation de l’enfance ou de l’homme en général. On s’étonne de la multitude de choses que l’enfant apprend en si peu de temps, par le contact continuel

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avec les hommes. Cette éducation qu’il reçoit à chaque instant, et à son insu, de tous ceux qui l’entourent, est même cent fois plus utile et plus puissante que celle qu’on cherche à lui donner directement par un enseignement verbal. Tout le monde connaît également l’influence immense qu’exerce sur l’homme, en général, le milieu social dans lequel il vit. L’échange incessant d’idées et de sentiments qui a lieu entre les hommes, les modifie si puissamment les uns par les autres, qu’à peine si quelques hommes d’élite peuvent se soustraire, de temps en temps, à l’influence tyrannique et presque irrésistible des idées régnantes à l’époque ou dans le milieu au sein desquels ils passent leur existence. Eh bien ! il en est absolument de même des aliénés. L’asile, convenablement organisé, constitue pour eux une véritable atmosphère médicale; son action incessante est presque imperceptible, mais ils la respirent par tous les pores et elle les modifie, à la longue, beaucoup plus profondément qu’on ne serait porté à le croire tout d’abord, du moins tant qu’ils sont encore modifiables et que la maladie ne leur a pas encore imprimé une empreinte assez puissante pour qu’aucun modificateur ne puisse plus exercer sur elle la moindre influence. Pour se rendre compte scientifiquement de cette action, il faut chercher à décomposer ce milieu ; il faut mettre les divers éléments dont il sé compose en rapport avec les principes du traitement moral qu’il doit réaliser, et avec les caractères généraux de l’aliéné qu’il doit contribuer à combattre.

L’aliéné, considéré d’une manière générale, est concentré en lui-même et tout entier à ses préoccupations maladives. Chez lui, le monde intérieur prévaut sur le

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monde extérieur ; il est égoïste et sans sociabilité ; il est entraîné par ses idées et ses sentiments maladifs en dehors du monde réel, et n’exerce qu’un faible contrôle sur ses propres idées; sans empire sur luimême, il ne réagit que très-faiblement contre ses tendances ou ses dispositions maladives, qu’il laisse se manifester sans contre-poids, et qui s’alimentent ainsi parleur propre exercice. Ges caractères généraux, qui appartiennent à presque tous les aliénés, sont la véritable base sur laquelle reposent les principes fondamentaux du traitement général ; il se trouve ainsi applicable à tous ces malades, puisqu’il s’attaque à des dispositions communes à tous. Provoquer la réaction intérieure du malade sur lui-même, tel doit être, en définitive, le but de tous les moyens moraux employés chez les aliénés. On doit sans doute chercher à modifier indirectement la puissance des tendances maladives, en leur enlevant leur principal aliment, qu’elles rencontrent dans leur manifestation par les paroles et les actes; c’est là un autre principe qui sert aussi de base à l’organisation des asiles d’aliénés ; mais la chose la plus importante doit être de créer, dans l’intimité même de l’individu, une lutte contre ces dispositions maladives. Le médecin doit chercher son auxiliaire le plus puissant dans le malade lui-même, parce qu’aiors la lutte est de chaque instant et peut, par cela même, devenir plus efficace; il doit s’efforcer de faire naître chez le malade la réflexion, provoquer l’empire sur lui-même, réveiller son énergie qui sommeille, en un mot, profiter de ce qui reste de normal chez l’aliéné, pour combattre sa maladie.

Ainsi donc, réaction intérieure du malade sur luimême, tel est le but vers lequel doit tendre tout le trai-

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tement moral. Les moyens d’atteindre ce but sont variés et en rapport avec les caractères communs aux aliénés que nous signalions tout à l’heure. L’opposition directe aux idées ou aux sentiments maladifs par le raisonnement, et l’intimidation, est le premier moyen qui se présenté à l’esprit des gens du monde et des médecins, mais on ne tarae pas à se convaincre de son inefficacité absolue. D’ailleurs, ce moyen pourrait tout au plus agir sur les conséquences, ou les manifestations de l idée et du sentiment maladif ; mais que pourrait-il contre les prémisses ? L’expérience a, du reste, prononcé en dernier ressort. L’opposition directe au délire par les syllogismes et la violence n’a jamais produit que l’irritation, les actes violents, ou la dissimulation. C’est par des moyens indirects qu’on doit chercher à obtenir la réaction du malade sur lui-même. Ces moyens peuvent se résumer dans les principes suivants; ils découlent naturellement des caractères propres aux aliénés et servent de base à la constitution des asiles actuels :

1° Opérer une diversion au délire, en provoquant d’autres idées ou d’autres sentiments qui lui fassent contre-poids. Ce principe se trouve réalisé à l’aidé de moyens variés, au premier rang desquels figure l’occupation sous toutes ses formes ;

2° Substituer une autorité étrangère à la volonté maladive;

3° Calmer l’activité exubérante des facultés intellectuelles et morales par le repos du cerveau et la monotonie des sensations, et diriger l’activité qu’on ne peut éteindre vers un but réel et étranger au délire ;

4° Provoquer la réflexion sur soi-même par le contraste entre tout ce qui environne le malade et son ancien entourage.

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Telles sont les indications générales qui dérivent naturellement de la connaissance de l’état intérieur des aliénés et de leurs caractères communs.

Voyons maintenant comment les asiles, tels qu’ils sont aujourd’hui organisés, nous offrent la réalisation de ces principes. Vous comprendrez alors quelle action puissante ces asiles peuvent exercerllur l’esprit des aliénés, et comment Esquirol a pu dire qu’un établissement d’aliénés était par lui-même le plus puissant instrument de guérison.

Le meilleur moyen de comprendre l’influence bienfaisante des asiles actuels, c’est de les opposer au tableau des asiles anciens, tels qu’ils existaient au commencement de ce siècle, et dont on trouve encore malheureusement quelques exemples dans certaines contrées peu civilisées,, ou même dans des points éloignés des grands centres de population.

Les malheureux aliénés, plongés dans des cachots, dans les lieux les plus humides et les plus infects, privés d’air et de lumière, couchant sur la paille, en un mot, au milieu des conditions hygiéniques les plus détestables, étaient toute la journée livrés à eux-mêmes, abandonnés sans contre-poids à la spontanéité de leurs réflexions et à la violence de leurs penchants : rien ne mettait obstacle au libre développement de leur délire et à ses manifestations les plus désordonnées. A cette époque, la plupart des aliénés, transformés en véritables furieux, inspiraient la terreur ou bien servaient de spectacle à un public curieux et ironique, qui éprouvait un barbare plaisir à les irriter encore davantage par ses rires et ses moqueries, à travers les grilles de leurs cachots, absolument comme on le fait pour les animaux de nos ménageries. Aussi,

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chose remarquable, depuis que Pinel a brisé les chaînes de ces infortunés et ouvert leurs cachots, on a vu peu à peu disparaître presque complètement, chez les aliénés, cette agitation furieuse et féroce qui semble avoir été en grande partie le produit de ces conditions extérieures affreuses, au sein desquelles on les avait placés, et dont on ne trouve plus aujourd’hui que de très-rares exemples dans nos asiles.

Un spectacle non moins pénible sous d’autres rapports, frappait le visiteur lorsqu’il parcourait les autres parties de ces établissements où se trouvaient rassemblés les malades moins violents. Réunis pêle-mêle dans des espaces beaucoup trop petits pour les contenir, ils erraient sans but dans les cours, dans l’oisiveté la plus absolue; ils se couchaient par terre, se roulaient dans la fange, ou s’exposaient aux ardeurs du soleil, dans les costumes les plus grotesques et les plus bizarres, et n’échangeaient de temps en temps, avec leurs compagnons d’infortune, que des paroles grossières et injurieuses ou des actes violents. Aucun ordre, aucune règle, ne présidaient à la distribution de leur temps; rien, dans les circonstances extérieures qui les entouraient, n’était coordonné dans le but de les arracher à leurs préoccupations maladives, de provoquer une réaction salutaire sur eux-mêmes, ou d’enlever des aliments à leur délire en donnant un but à leur activité. Complètement abandonnés à eux-mêmes, à la confusion de leurs idées, au désordre de leurs actes, ils ne reconnaissaient d’autre frein que celui de la force physique, des obstacles matériels qui s’opposaient à leur évasion, ou de la brutalité des gardiens, qui, le plus souvent, exerçaient sur eux une tyrannie sans contrôle. •

Falret.

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Combien est différent aujourd’hui l’aspect d’un asile d’aliénés convenablement organisé ! Non-seulement les lois de l’hygiène générale y sont sévèrement respectées, mais l’ordre administratif y règne, et une bienveillance générale préside à tous les règlements et à la conduite du personnel ; la surveillance s’y exerce avec persévérance et efficacité; les malades sont soumis à des règlements tutélaires, coordonnés en vue de leur guérison, et l’asile n’est pas seulement un établissement bien ordonné et bien administré, mais un milieu médical qui réagit favorablement sur l’état mental des malades .

Que voit-on, en effet, dans les asiles de nos jours? On voit un règlement positif, strictement observé, qui fixe l’emploi de toutes les heures de la journée, et force chaque malade à réagir contre l’irrégularité de ses tendances, en se soumettant à la loi générale. Au lieu d’être abandonné à lui-même, de suivre. F impulsion de son caprice, ou' de sa volonté désordonnée, l’aliéné est contraint de fléchir devant une règle, qui a d’autant plus de puissance, qu’elle est établie pour tous et n’est pas spécialement instituée pour chacun. Il est obligé d’abdiquer entre les mains d’une volonté étrangère, et de faire constamment effort sur lui-même, pour ne pas encourir les punitions attachées à l’infraction du règlement. Il peut bien encore, sans doute, continuer intérieurement à suivre le cours de ses idées maladives, et cultiver par la réflexion ses dispositions morbides (aussi la soumission extérieure à la règle n’est-elle pas suffisante, à elle Seule, pour triompher de la ténacité des préoccupations), mais au moins, l’obligation où il se trouvé de s’abstenir des paroles ou des actes en rapport avec son délire, et qui concour-

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raient puissamment à l’entretenir, contribue indirectement à en diminuer l’intensité, par l’absence même des manifestations qui lui servaient d’aliment.

L’ordre et la règle auxquels on soumet la vie de l’aliéné, qui influe incessamment sur tous ses actes et qui exerce sur lui une action de chaque instant, est donc déjà, un puissant moyen de réaction intérieure que fournit l’organisation actuelle des asiles d’aliénés.

Un autre mode d’action, également très-puissant, réside dans ce que nous appelons la vie en commun.

Pendant de longues années, la terreur qu’inspiraient les aliénés avait porté à les isoler tous dans des cellules séparées ; ainsi, le moyen qu’on employait pour calmer leur agitation et modérer la violence de leurs actes, dans l’espoir de diminuer l’intensité de leur maladie, devenait précisément pour celle-ci une cause d’aggravation. Le malade, constamment livré à luimême, à la contemplation de ses propres pensées, privé de rapports avec ses semblables, ne faisait que s’enraciner davantage dans ses dispositions maladives, qui consistent, comme nous l’avons dit précédemment, dans la prédominance de la vie intérieure sur la vie extérieure, et élans l’absence de sociabilité. Aujourd’hui, le principe inverse dirige les médecins dans l’organisation des asiles et produit les plus heureux résultats. On réserve les habitations isolées, les cellules,, pour un très-petit nombre de malades exceptionnels; on ne les y place que temporairement ; dans quelques asiles même, par suite de l’exagération d’un principe juste, exagération que nous ne saurions approuver, on a poussé la réaction contre le système ancien jusqu’à la suppression absolue des cellules.

Quoi qu’il en soit, dans tous les asiles, le principe

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de la réunion des malades en dortoirs pendant la nuit, et dans des salles de réunion, ou dans des ateliers, pendant le jour, est admis sans conteste par tous les médecins. Par cette vie en commun, on réagit puissamment contre la tendance si funeste de la plupart des aliénés à l’isolement et à la concentration en euxmêmes. On les oblige, par un contact incessant avec d’autres hommes, à établir du moins quelques rapports sociaux avec leurs compagnons d’infortune. On rompt la chaîne de leurs préoccupations, en les obligeant à tenir compte de ceux qui les entourent ; à faire attention à eux,' a ne pas les blesser, et à supporter les désagréments que peut causer leur présence; on les force à l’empire sur eux-mêmes, pour contenir l’explosion de sentiments intérieurs dont la manifestation déplairait à ceux qui les entourent, ou provoquerait de leur part des critiques ou des représailles. On incite ainsi les aliénés à la réflexion sur leurs propres idées et sur leur état de maladie, par le spectacle continuel d’idées ou de sentiments analogues qu’ils savent, en général/parfaitement apprécier à leur juste valeur chez leurs compagnons d’infortune. Enfin, on détourne fréquemment leur attention de l’objet de leur délire, par les faits variés qui se passent autour d’eux, par les paroles et les actes dont ils sont à chaque instant les témoins, enfin, par les sentiments variés, de bienveillance ou autres, que font naître chez eux la conduite ou le langage des malades qui les environnent.

Ainsi donc, la réunion des malades dans des salles communes ou dans des dortoirs, en up mot, la substitution du principe de la vie en commun à l’isolement dans des cellules, qui pouvait paraître, au premier abord, une

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mesure purement administrative, exerce, en réalité, sur l’esprit des aliénés, l’influence la plus salutaire; elle contribue puissamment à leur guérison, en réalisant à la fois tous les principes du traitement général que nous avons énoncés précédemment.

Un autre principe, également bien favorable, est actuellement appliqué dans tous les asiles bien organisés ; c’est le principe de X occupation, ou du travail sous toutes ses formes, principe essentiellement bienfaisant, et qui établit une différence si tranchée entre les asiles de notre époque et ceux des époques antérieures.

Pinel avait certainement attaché une grande importance au travail dans le traitement des aliénés; il en avait proclamé les bienfaits dans plusieurs passages de ses ouvrages ; mais il a fallu près d’un demi-siècle pour que ce principe, proclamé par lui, reçût dans tous les asiles l’application étendue que nous constatons de nos jours, grâce à l’impulsion énergique de nos maîtres et au zèle intelligent des médecins aliénistes de tous les pays. Travail manuel dans les champs ou dans des ateliers variés; travail intellectuel sous les formes les plus diverses; instruction primaire, lectures, morceaux choisis de prose ou de poésie, récités en public, chants, musique, danse, etc. , tous les genres d’occupation, en un mot, physique ou intellectuelle, sont en honneur dans les asiles d’aliénés et en ont changé complètement la physionomie, en même temps que l’action bienfaisante. Nous ne pouvons entrer ici dans l’examen du mode d’action spécial de chacun dè ces moyens, et des indications particulières qui réclament l’emploi de l’un de préférence à l’autre ; nous ne pouvons que signaler brièvement les avantages si considérables et si précieux de l’occupation chez les aliénés en général.

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En occupant les aliénés, on produit une diversion énergique et prolongée à leurs idées délirantes : on calme et on règle l’excitation des uns, en dirigeant leur activité sur un sujet déterminé qui fixe d’une manière continue leurs facultés en désordre, et on détourne les autres de leurs préoccupations maladives, en les contraignant à diriger leur attention sur un sujet intéressant et étranger à leur délire. L’occupation est-elle manuelle ? Elle a l’avantage de calmer l’activité exubérante, de déterminer une déperdition considérable de force nerveuse en excès par l’exercice musculaire, et de provoquer ainsi le repos et même le sommeil. Le travail est-il intellectuel? Il produit une diversion puissante aux préoccupations maladives, en accaparant les forces intellectuelles et morales, et en les déviant de la direction morbide dans laquelle elles ont une tendance constante à s’employer.

On obtient des résultats plus favorables encore, en combinant le principe de la vie en commun avec celui de l’occupation, c’est-à-dire en instituant, dans les asiles d’aliénés, des écoles et des réunions, dans lesquelles les malades apprennent en commun et récitent ou chantent en présence les uns. des autres, les divers morceaux de poésie ou de musique qui ont été choisis avec discernement.

Les avantages de l’occupation se trouvent ainsi centuplés par l’influence de l’exemple^ par le stimulant de l’amour-propre et par les mille mobiles d’action que l’homme puise dans les relations avec ses semblables. La diversion au délire, que produit l’occupation individuelle, devient bien autrement complète par le seul fait de la présence d’un public qui vous écoute et fixe sur vous l’attention; cette diversion se trouve d’ail-

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leurs produite à la fois et sur celui qui devient l’objet de l’attention générale et sur tous ceux qui l’écoutent.

Les avantages nombreux de ces écoles et de ces réunions, pour le traitement général des aliénés dans les asiles, mériteraient certainement de nous arrêter plus longtemps (1), mais, dans une leçon générale, nous ne pouvons que les signaler en passant, comme un des nombreux moyens d’influence des asiles bien organisés sur le moral des aliénés, et nous arrivons à un quatrième mode d’action de ces asiles ; nous voulons parler des effets favorables du classement des aliénés et de la réaction des malades les uns sur les autres.

Dans les anciens asiles, et malheureusement encore dans quelques-uns des asiles actuels, les malades ne sont nullement classés. A l’exception de quelques agités, qui sont placés dans des cellules, les autres aliénés sont mêlés ensemble, sans aucune espèce de distinction. C’est là un vice fondamental, au point de vue administratif; c’en est un également au point de vue médical. Pour favoriser la réaction des aliénés les uns sur les autres, il ne suffit pas, on effet, comme on se contente trop souvent de le faire aujourd’hui, de séparer les aliénés agités des aliénés tranquilles, afin d’éviter qu’ils ne se nuisent ou ne se gênent mutuellement . C’est certainement déjà un bon résultat obtenu, même au point de vue médical, puisque c’est le seul moyen de faire profiter les aliénés des avantages de la vie en commun, sans qu’ils en ressentent les inconvénients ; mais là ne doit pas se restreindre l’action favorable du classement médical des aliénés dans les asiles : un progrès

(i) Voir plus loin (p. 700) un article spécial sur ce sujet.

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véritable consistera à choisir les malades que l’on réunit ensemble, de telle sorte que, non-seulement ils cessent d’exercer une action nuisible les uns sur les autres, mais de façon à ce qu’ils en exercent une favorable et utile.

On se borne généralement, aujourd’hui, à mettre les corps en contact et à procurer aux aliénés, par leur réunion, les avantages qui résultent de l’exercice de la sociabilité, ou qui dérivent du principe de la vie en commun ; eh bien, par le classement méthodique des aliénés, on doit se proposer un but plus élevé encore, qui augmentera considérablement l’action bienfaisante des asiles qui leur sont consacrés. 11 faut s’efforcer de découvrir des catégories d’aliénés qui, par la nature de leur délire, ou par leur caractère personnel, puissent exercer une influence favorable sur d’autres catégories d’aliénés. En les réunissant alors dans les mêmes divisions, on réalisera un véritable traitement mutuel simultané, dans lequel les malades n’agiront plus seulement les uns sur les autres, par le seul fait de leur présence, mais par suite de la nature particulière de leurs dispositions mentales. Malheureusement, ce but est loin d’être encore atteint'dans l’état actuel de la science. Néanmoins, par une séparation tout administrative des aliénés dans les asiles, on obtient déjà, sous ce rapport, des résultats très-favorables, et Ton voit souvent des malades exercer, soit volontairement, soit à leur insu , l’influence la plus heureuse sur leurs compagnons d’infortune.

Les quatre ordres de faits que nous venons de passer en revue, savoir : règle, vie en commun, travail et classement, résument assez bien les influences principales exercées par l’organisation d’un asile d’a-

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liénés sur l’esprit de ces malades; mais les considérations rapides que nous venons de vous présenter, sont bien insuffisantes pour donner une juste idée de l’action considérable qu’exercent ces circonstances par leur continuité et leur persistance non interrompue.

Il faut vivre dans un asile d’aliénés, constater l’état des malades à leur entrée, voir comment ils s’harmonisent rapidement avec le nouveau milieu dans lequel ils sont introduits, observer l’action produite sur ces nouveaux malades, l’influence de l’exemple et de la discipline qui règne dans l’asile, pour se convaincre de l’énergie et de l’utilité de cette influence. Pour porter la conviction dans votre esprit, il faudrait parcourir avec vous tous les détails qui constituent la vie intérieure d’un asile d’aliénés ; vous montrer le malade entrant puissamment frappé par l’aspect de nouveaux lieux et d’un nouvel entourage, se demandant pourquoi on l’a amené au milieu d’aliénés, faisant quelquefois un retour favorable sur lui-même, retour malheureusement passager en général, et se demandant si les idées qui le préoccupent si fortement ne seraient pas de la même nature que celles des malades qu’il voit autour de lui, et dont la vue le frappe d’étonnement. Vous verriez cet aliéné qui, chez lui, ne connaissait aucun frein à la libre manifestation de ses idées maladives et de sa volonté désordonnée, se soumettre sans effort à la règle générale, dont le poids lui paraît d’autant plus doux qu’elle n’a pas été faite pour lui, et que l’exemple de la soumission générale entraîne naturèllement sa soumission personnelle. Vous verriez alors combien cette soumission extérieure réagit bientôt sur son état intérieur, et jusque sur le cours de ses idées. Vous le verriez, lui, naguère encore si irrégulier dans sa con-

DU TRAITEMENT GÉNÉRAL

duite, si violent dans ses actes et si despotique dans ses désirs, se lever comme tout le monde à l’heure accoutumée, assister régulièrement aux repas, s’adonner plus ou moins rapidement à un travail déterminé, occuper ses loisirs, en un mot s’harmoniser d’une manière vraiment surprenante avec le nouveau milieu, dont l’influence incessante finit par le pénétrer de toutes parts et par modifier profondément tout son être. C’est que tout, dans un asile bien ordonné, les localités, les règlements et les personnes, se trouve comme imprégné de cet esprit général d’ordre et de soumission, et coopère ainsi, à l’insu même de ceux qui en sont l’objet ou l’instrument, à l’accomplissement du but général, la guérison, ou du moins l’amélioration des aliénés.

Pour rendre cette vérité sensible à tous les yeux, il faudrait examiner successivement et avec détails les diverses circonstances de localités ou d’organisation qui entourent le malade, comme d’un réseau auquel il ne peut échapper. Il faudrait montrer comment le personnel administratif et médical doit se conduire pour coopérer à ce résultat général qu’on s’est proposé en organisant les asiles d’aliénés, et comment les autres malades eux-mêmes peuvent être appelés à jouer un rôle à leur insu, dans cette action et réaction des divers éléments de l’asile les uns sur les autres. Une pareille étude serait assurément très-intéressante et très-profitable ; mais nous n’avons pas la prétention d’aborder, en une seule leçon, un travail aussi complexe et qui reposerait sur la connaissance préalable d’un si grand nombre d’éléments. Notre but a été simplement de donner une notion sommaire des principes sur lesquels repose le traitement général des aliénés ; de montrer

DES ALIÉNÉS

brièvement comment l’organisation des établissements d’aliénés, qui semble, au premier abord, une œuvre purement administrative, repose en réalité sur des principes médicaux et doit avoir pour but constant et unique la guérison ou l’amélioration des aliénés.

Nous avons voulu montrer que les faits en apparence les plus insignifiants dans l’administration intérieure de ces établissements, pouvaient avoir et avaient, en effet, une importance majeure ; qu’ils faisaient partie d’un ensemble de moyens coordonnés en vue du traitement des aliénés, et qu’ils étaient la réalisation pratique des principes du traitement général de l’aliénation mentale, lesquels reposent, à leur tour, sur la connaissance des caractères communs à tous les aliénés. Nous avons désiré, que vous emportiez de cette leçon la conviction rassurante que, si la science spéciale que nous cultivons est malheureusement encore peu avancée, surtout sous le rapport du traitement individuel, nous possédons du moins quelques principes bienfaisants de traitement général, appliqués avec succès dans les asiles les mieux dirigés de tous les pays, et que si beaucoup restait encore à faire dans la voie si glorieusement ouverte par nos illustres maîtres, un progrès immense avait cependant été conquis sous leur puissante impulsion, et permettait d’espérer davantage de l’avenir et des progrès ultérieurs de la médecine mentale.

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