II. U
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état de lucidité absolument complète ; le malade semble sortir d’un rêve, pour me servir de sa propre expression. Je dois noter, toutefois, qu’il a complètement perdu le souvenir de toutes les circonstances qui se sont passées depuis son entrée dans l’établissement jusqu’à l’accès qu’il vient d’éprouver : il ne se rappelle nullement, par exemple, avoir eu un séton, avoir reçu les visites de sa femme, de ses sœurs et de plusieurs amis, et il ne croit être à l’asile que depuis deux jours.
« En rapprochant les accidents que je viens de décrire de ceux qu’il a présentés à deux reprises différentes, avant son entrée dans l’établissement; en considérant d’ailleurs les intermissions à peu près complètes qui séparent ces divers accès, ainsi que l’oubli absolu des circonstances qui se produisent dans les intervalles, et l’évolution à peu près régulière des phénomènes qui semblent caractériser chaque accès, je n’hésite nullement à rattacher l’affection dont M, B... est atteint à une forme d’épilepsie se manifestant, jusqu’à présent, sous forme intellectuelle et exempte de tout accès convulsif. L’épilepsie, dans ce cas, me paraît être liée à un état de congestion cérébrale manifeste dont elle serait symptomatique, et tout me donne lieu de craindre qu’elle ne soit, dans l’espèce, un prodrome de paralysie générale.
« Appelé, le 22 novembre, auprès de M. B..., je le trouve encore à table, où il venait de déjeuner. Sa figure est sans expression, ses yeux sont égarés, ses lèvres animées de mouvements fibrillaires ; il tourne machinalement un morceau de pain dans ses mains. Quand je lui adresse la parole, il me regarde avec
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étonnement et ne me répond pas. Le pouls est plein; les pupilles sont dilatées ; la face est un peu injectée.
« J’ordonne de faire coucher le malade, et je prescris des révulsifs cutanés et intestinaux.
« Moins d’une heure après, malgré l’emploi immédiat des révulsifs, M. B... est pris d’un véritable accès d’épilepsie. Le globe oculaire est porté en haut et en dedans ; il y a, du côté droit seulement, des contractions toniques dans les muscles du cou; les contractions s’étendent aux muscles des membres supérieurs; les mains sont énergiquement fermées.
(( Cet état persiste quelques secondes, puis les muscles se détendent, la face se colore, surtout du côté droit, et une stupeur plus prononcée s’empare du malade.
(( Il commençait à balbutier quelques mots, lorsque, vers trois heures, il est pris d’un nouvel accès en tout semblable au précédent.
(( Dans la soirée on observe deux nouveaux accès, mais d’intensité moindre; un autre, à peine manifeste, apparaît dans la matinée du 23... »
J’ai fait suivre la relation de ce fait, dans la même communication, d’une autre observation que je crois pouvoir présenter aujourd’hui comme un exemple type d’épilepsie larvée, l’épilepsie, dans l’espèce, ayant bien le caractère idiopathique.
M. Jules Falret l’a citée dans son mémoire sur l’état mental des épileptiques, mais à un autre point de vue que celui de l’épilepsie larvée. Il s’agit d’un ancien notaire de Saumur, qui présentait régulièrement des accès maniaques a la suite de ses accès d’épilepsie.
Les renseignements que j’ai recueillis depuis la pu-
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blication de cette observation, ne me permettent pas de douter un seul instant que le premier accès d’épilepsie survenu chez ce malade n’ait été précédé d’une période de surexcitation nerveuse avec tendance à des paroxysmes de violence et de fureur, et réunissant tous les caractères assignés par M. Morel à l’épilepsie larvée, J ajoute que cette période n’a pas été de moins de trois ans.
Cette observation a cela de remarquable que le diagnostic de l’épilepsie a été confirmé chez le malade par l’explosion des attaques convulsives , et qu’après cette explosion le délire n’a pas cessé de se combiner avec la convulsion dans la manifestation des attaques successives, c’est-à-dire que l’épilepsie a conservé un caractère mixte, mi-partie convulsif et mipartie intellectuel.
En compulsant les nombreuses observations que j’ai recueillies dans ma déjàlongue pratique, je pourrais, sans nul doute, en trouver d’autres aussi caractéristiques.
Je me borne à en citer une dernière qui, comme la première des deux que je viens de citer, se rapporte à la paralysie générale.
Il s’agit d’un individu qui avait préludé, pendant plusieurs années, à l’épilepsie par des actes d’une violence extrême, auxquels il était entraîné irrésistiblement par intervalles.
Les derniers auxquels il se soit livré ayant occasionné des blessures, il fut arrêté et conduit en prison.
Commis avec le D*" Daviers, à l’effet d’examiner son état mental, nous n’avons constaté tout d’abord que les signes d’une surexcitation nerveuse extrême, sans délire appréciable.
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Bien que, dans notre opinion, l’inculpé ne nous parût pas responsable, son état mental ne nous paraissait pas assez défini pour que nous osions conclure, lorsque survint un accès véritable d’épilepsie.
Conduit à l’asile de Sainte-Gemmes, il y a tout d’abord, avec la continuation de la surexcitation nerveuse compliquée d’hallucinations de l’ouïe, présenté quelques accès isolés d’épilepsie; puis il est survenu un peu d’embarras dans la parole, de l’inégalité pupillaire, et enfin quelques idées de grandeur. A partir de ce moment la paralysie générale s’est de plus en plus accentuée, et la marche en a été assez rapide pour que la mort survînt quelques mois après.
Je note cette particularité que le délire des richesses s’est maintenu jusqu’au dernier moment, et s’est affirmé tout à fait à l’extrémité de la vie par ce fait que le malade, venant de recevoir les derniers secours de la religion, promit plusieurs millions à l’aumônier qui venait de les lui administrer, en disant que toute peine méritait salaire.
J’ajoute que l’autopsie a pleinement confirmé le diagnostic.
La donnée que je viens d’établir, sous réserve d’une étude plus attentive de la question, expliquerait et justifierait parfaitement l’erreur commise par M. Morel, et par cette erreur encore ce savant collègue se trouverait avoir rendu un service réel à la science, si elle devait conduire à fixer le diagnostic différentiel de l’épilepsie larvée et de la paralysie générale, dans quelques-unes de ses formes.
En résumé, j’estime que, dans l’état actuel de la science, le diagnostic de l’épilepsie larvée ne peut
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être fixé, la plupart du temps, que par l’apparition, chez les individus présumés atteints de cette affection, d’une attaque d’épilepsie de forme convulsive.
Cette observation s’applique naturellement aux cas cités par M. Berthier dans son importante communication, quelles que soient les raisons qui me semblent militer en faveur de son diagnostic. La question, dans tous les cas, est du plus haut intérêt et mériterait, suivant moi, d’être proposée pour le concours au prix Aubanel.
L’intérêt que cette question me semble offrir est tel que je ne serais pas éloigné, pour ce qui me concerne, de rattacher à l’épilepsie larvée certains cas de manie intermittente et de folie circulaire ou à double forme.
Je devais borner, à ce que je viens de dire, mon argumentation sur l’épilepsie larvée, lorsque M. Morel, par le discours qu’il a prononcé dans la dernière séance, m’a fait, en quelque sorte, une obligation d’y revenir et de la compléter.
En revenant lui-même, à propos de l’épilepsie larvée, sur l’affaire Chorinski, notre honorable collègue a maintenu, à l’égard de ce personnage, le diagnostic qu’il avait porté, à savoir : celui de l’épilepsie larvée.
Or, comme il nous a dit qu’il admettait également dans ce cas la paralysie générale, je me suis demandé comment il pouvait concilier ces deux diagnostics.
Il nous a dit même, vous vous en souvenez, qu’encore bien qu’il crût à l’épilepsie larvée chez Chorinski, il n’avait parlé à l’audience que de la paralysie générale.
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Je pense que cette déclaration ne vous a pas moins embarrassés que moi-même, et j’aurais certainement prié M. Morel de nous fournir, à cet égard, quelques explications, si j’avais pu rester jusqu’à la fin de sa communication.
Il vous semble, sans doute, comme à moi que, des que M. Morel croyait à l’épilepsie larvée, il n’avait aucune raison de passer ce diagnostic sous silence, pour lui substituer celui de la paralysie générale. Ces deux diagnostics devaient naturellement s’exclure, et, du moment où Chorinski était épileptique au type larvé, il ne pouvait être en même temps paralysé général. Je rappelle, d’ailleurs, que la paralysie générale, dans l’espèce, n’était pas, à l’époque du procès, considérée comme existante, mais bien comme imminente. Or, M. Morel n’aurait pas pu baser une appréciation qui tendait à présenter Chorinski comme irresponsable à raison de son état mental, sur la simple imminence d’une affection entraînant la perte du libre arbitre, c’est-à-dire sur une folie qui n’existait pas encore.
Il ne me paraît donc pas douteux que le diagnostic de M. Morel ait été celui de l’épilepsie larvée. Pour dissiper jusqu’au moindre doute à cet égard, je ne puis que reproduire ici le passage qui se rapporte à Chorinski, dans la communication faite par notre collègue dans la séance du 26 octobre 1868 :
« Permettez-moi, Messieurs, de vous citer un dernier exemple du danger que font courir à la famille et à la société ces sortes de malades (épileptiques larvés). Le comte Chorinski, pour lequel j’ai été appelé à Munich, à titre de médecin expert, a été classé
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par moi dans cette catégorie de malades. Outre ses dispositions héréditaires, il s’était signalé dans son enfance, par des convulsions de nature épileptique. Dans les temps d’orage et alors que le ciel était sillonné d’éclairs, il tombait dans des terreurs indicibles. Il était nécessaire de fermer les volets des appartements j il se roulait par terre, criant que le feu était partout. ; Son émotivité était extraordinaire; ses accès d’irrita- I bilité et de colère se résumaient dans des actes agressifs vis-à-vis de ses frères et sœurs. On dut lui donner un précepteur particulier, qui certifia devant le tribunal qu’il n’avait jamais vu un enfant aussi fantasque, aussi extraordinaire. La mère de cet infortuné me raconta qu’il lui est plus d’une fois arrivé, dans le salon de son père, de se précipiter, sans motifs aucuns, sur les personnes présentes et de les mordre cruellement. Ce n’était plus cependant un enfant alors; il avait vingt-cinq ans et son existence tout entière, jusqu’au moment de sa condamnation, se résume, non seulement dans des actes excentriques, insensés, désordonnés, mais dans des actes de violence subite, instantanée, comme cela s’observe chez les épileptiques.
« Dans la prison où j’ai pu l’observer, je l’ai vu avoir des accès de colère à se rouler par terre, à | mordre les draps de son lit. Sa figure était alors vul- j tueuse, congestionnée. Il ne manquait que l’ictus épileptique pour rendre le diagnostic inattaquable. Le gardien de la prison a déposé à l’audience qu’il avait été témoin de nombre d’accès de ce genre, souvent suivis d’un accès syncopal. Des femmes, qui avaient été ses maîtresses, ont déposé qu’elles avaient souvent
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été terrifiées par les colères indicibles du comte, colères furieuses pendant lesquelles il se roulait sur le parquet, mordant les meubles, déchirant ses vêtements, etc.
« Je me crus autorisé à prédire, dans un temps plus ou moins rapproché, un cataclysme final et le D^' Meyer partagea mon opinion en soutenant que l’accusé était atteint d’une affection cérébrale qui se manifesterait un jour avec des caractères indubitables pour tous : la congestion cérébrale et probablement le ramollissement cérébral. »
Il résulte bien de ce que je viens de lire que, de l’aveu même de M. Morel, c’est M. Meyer qui a parlé le premier de la paralysie générale, comme devant se manifester un jour. M. Morel, lui, aurait bien parlé d’un cataclysme final devant survenir dans un temps plus ou moins rapproché (d’après une autre déclaration faite par lui ultérieurement, vous savez qu’il a précisé un délai de trois ans); mais il ne s’est pas expliqué à l’égard de ce cataclysme final, qui peut être de natures diverses chez un individu présumé épileptique, sans que l’on ait besoin de faire intervenir la paralysie générale, laquelle constitue une entité pathologique distincte.
Je ne puis enfin, à propos de ce cataclysme, comprendre comment M. Morel a pu se croire fondé à le prédire avec une telle précision, en se plaçant au point de vue de l’épilepsie larvée.
Je ne m’arrête pas sur les contradictions que je viens de relever entre les diverses assertions de M. Morel, relatives à Ghorinski, et je ne les ai fait ressortir que pour bien établir que Ghorinski devait
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être, à l’époque du procès, un paralysé général dans la période prodromique de son affection, période dans laquelle les symptômes moraux se présentent à l’exclusion des symptômes physiques, et que, si Ghorinski a paru à M. Morel être atteint d’épilepsie larvée, c’est qu il a dû en présenter tous les symptômes.
La conclusion à tirer de ceci, c’est que les caractères attribués par M. Morel à l’épilepsie larvée peuvent se rencontrer dans la période prodromique de certaines paralysies générales, et que l’illusion peut être telle, dans certains cas, que les plus compétents puissent s’y tromper.
J avoue, d ailleurs, que la plupart des exemples cités par M. Morel, dans la dernière séance, me semblent porter l’empreinte de la paralysie générale et corroborent par suite, suivant moi, cette opinion que bon nombre des cas cités, comme se rapportant à l’épilepsie larvée, ne sont que des cas de paralysie générale.
Je suis le premier à reconnaître que ces cas diffèrent de la plupart de ceux qu’on est appelé à observer, et que les caractères qui les distinguent sont assez spéciaux pour en faire une classe à part. Ce sont, pour la plupart, des cas dans lesquels la vie presque entière n’est qu’une longue évolution des symptômes qui doivent caractériser un jour la paralysie générale, dans lesquels les malades préludent, pendant un temps indéterminé, par des troubles moraux et névropathiques encore mal définis, aux manifestations qui ne doivent plus laisser aucun doute sur la nature paralytique de l’affection.
Ces malades se rapprocheraient, suivant moi, de
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ceux dont parle M. Jules Falret dans son travail sur la paralysie générale, travail dont la valeur, pour le dire en passant, fait regretter à tous les amis de notre science qu’il ne soit pas complété par un traité ex professa du même auteur sur la matière; je veux parler des paralysés généraux, chez lesquels l’affection n est caractérisée, pendant plusieurs années, que par des symptômes moraux, et à l’exclusion de tout symptôme physique.
La conclusion à tirer de tout ce que je viens de dire est, je le répète, que l’histoire de l’épilepsie larvée est encore à faire et doit être proposée comme but aux investigations de notre science.
Je prie bien instamment M. Morel de ne pas prendre en mauvaise part la discussion à laquelle j’ai cru devoir soumettre son diagnostic dans le cas de Chorinski, et d’être bien convaincu que je n’ai pas eu d’autre mobile, dans cette discussion, que l’amour de notre science et que le désir de la faire progresser, en appelant la lumière sur les obscurités qui l’enveloppent encore.
L’erreur commise par lui, dans le diagnostic de détail de l’affection de Ghorinski, est dans le cas de ces erreurs qui servent aux progrès de la science, et dont on peut tirer un enseignement. Elle n’altère en rien, d’ailleurs, le mérite qu’il a eu de reconnaître la folie là où elle était méconnue et même contestée par d’autres. J’ai trop applaudi, pour ce qui me concerne, au triomphe remporté par la médecine française, dans la personne de notre collègue, pour vouloir chercher à la diminuer en aucune façon.
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Discussion sur l’Épilepsie larvée SÉANCE DU 31 MARS 1873.
Deuxième communication,
J ai demandé la parole pour achever ce que je n’ai pu qu effleurer dans la dernière séance, à la suite de la communication de M. Legrand du Saulle.
A propos du nombre considérable d’épileptiques dont notre collègue admet et signale l’existence suivant lui méconnue, j’ai dit, vous vous en souvenez peut-être, que, sans contester ce fait, qu’en l’admettant même, je croyais qu’il fallait comprendre, parmi ces épileptiques, un certain nombre d’absinthistes et de paralysés généraux.
Pour ce qui est des absinthistes, vous savez. Messieurs, que les recherches de notre collègue, M. Magnan, ont établi que l’intoxication de l’absinthe a pour effet de déterminer des attaques d’épilepsie.
Quant aux paralysés généraux, ils doivent appartenir, suivant moi, à cette catégorie de paralysés généraux à laquelle j’ai fait allusion dans ma première communication relative à l’épilepsie larvée.
Il s’agit, je le répète, de cette variété de paralysies générales dans la période prodromique desquelles, et avant l’explosion des symptômes vraiment caractéristiques, les malades présentent des atteintes du mal épileptique, sous sa forme larvée ou sous sa forme convulsive.
* Annales Médico-Psychologiques de 1873.
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C’est à des cas de cette nature que se rapportaient, je crois, le plus grand nombre de ceux que Trousseau ! a rattachés à ce qu’il a appelé la congestion apoplectiforme. C’est ainsi que ce savant professeur, sans être spécialiste, aurait eu la prescience de la donnée scien- ^ tifique sur laquelle je m’appesantis ici.
Si l’on se reporte, en effet, à la description faite de , la congestion apoplectiforme par le célèbre clinicien de -1 l’Hôtel-Dieu, dans sa communication à l’Académie de médecine, on voit qu’il s’agit d’un état qui participe à . la fois de l’épilepsie et de la congestion et dans lequel ■i l’épilepsie et la congestion sont unies par un lien q symptomatique.
On sait, d’ailleurs, que ce n’est pas seulement dans ; la période prodromique, non plus que dans la période )j ultime de la paralysie générale que l’on observe ces 1; atteintes du mal épileptique. On les observe aussi dans . la période dite d’état. J’en ai observé, pour ma part, d un assez grand nombre de cas, et je ne compte pas, i| en ce moment, dans mon service moins de huit parab; lysés généraux qui présentent de temps en temps des >1 accès d’épilepsie en tout semblables à des accès d’épij lepsie idiopathique, et alternant quelquefois avec des L' accès de fureur et de délire impulsif.
Il y a là, suivant moi, je le répète, un point de pathologie spéciale dont l’élucidation importe essentielrr lement à l’étude de l’épilepsie larvée, ne fût-ce qu’au i( point de vue de son diagnostic différentiel, t Parmi les autres parties de la communication de • M. Legrand du Saulle, il en est une qui vous a frappés : comme moi sans doute, c’est celle dans laquelle notre collègue, élargissant de beaucoup le cadre de l’épilepsie
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larvée, y fait entrer plusieurs groupes de vésanies qui ont été considérées jusqu’ici comme constituant des entités distinctes et spéciales, à savoir : les folies transitoire, impulsive, homicide, etc.
Si hardie que soit cette opinion, je n’hésite pas à déclarer que j’incline à la partager, et je ne puis que la rapprocher de celle que j’ai émise dans ma précédente communication en déclarant que, tel était l’intérêt que me semblait offrir l’étude de l’épilepsie larvée, je ne serais pas éloigné d’y rattacher certains cas de manie intermittente et de folie circulaire ou à double forme. Je désire seulement indiquer ici dans quelle mesure et sous quelles réserves cette opinion me semble pouvoir être admise.
Il se peut qu’elle soit exacte dans toutes les circonstances où M. Legrand du Saulle l’admet; mais, en attendant que la démonstration s’en dégage des progrès de la science, je ne l’admets que dans les cas où je constate ce que je crois pouvoir considérer, jusqu’à présent, comme le seul critérium irrécusable du mal épileptique. Ce critérium me paraît être la perte du souvenir des manifestations, de même que la perte de connaissance est, comme l’on sait, bien plus que la convulsion, le signe pathognomonique de l’épilepsie proprement dite. Or, je me suis assuré tout récemment encore que ce critérium manquait dans un certain nombre des cas que M. Legrand du Saulle, selon sa théorie, rattacherait à l’épilepsie et où le délire est impulsif à un degré que l’on ne saurait concevoir.
Je reconnais qu’après la perte du souvenir, la disposition impulsive constitue un des signes les plus caractéristiques de l’état épileptique. Telle est même son
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i: importance, à mes yeux, qu’il pourrait bien suffire, en
^ tout état de cause, à l’affirmation de la névrose épileptique. Mais cela ne me paraît pas encore démontré,
. et, en l’absence du critérium dont j’ai parlé plus haut, 6 à savoir de la perte du souvenir des manifestations, je 3 crois devoir rester dans une prudente réserve.
I Qu’il me soit permis de dire à cette occasion que, ! sans méconnaître l’importance du signe que M. Legrand [i du Saulle tire, au point de vue de l’épilepsie, du fait h d’uriner au lit, il me semble que notre collègue exac gère un peu cette importance. Je connais, pour ma L part, nombre d’épileptiques à attaques nocturnes, qui c n’urinent jamais au lit, et, par contre, j’ai connu bien [ des personnes qui urinaient quelquefois au lit, sans I que cette particularité ait pu se rattacher à l’existence j d’une névrose quelconque.
j Je n’apprends rien de nouveau à M. Legrand du Saulle en lui disant que les maniaques et les lypémaniaques urinent souvent au lit.
Je termine par une réflexion qui m’est inspirée par un point de l’argumentation de M. Legrand du Saulle, et qui peut se formuler sous la rubrique du diagnostic par l’emploi du bromure de potassium. Je prie notre collègue de ne pas prendre en mauvaise part les observations que je vais présenter à l’encontre de cet 1 élément de diagnostic. Elles n’incriminent d’ailleurs i en rien sa manière d’agir, que je crois avoir été parj faitement justifiée et correcte dans les cas cités par lui.
Outre que la spécificité du bromure de potassium ne c me semble pas tellement • démontrée qu’elle puisse servir de pierre de touche dans le diagnostic de la i névrose qui en comporte l’emploi, je ne sais pas jus-
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qu’à quel point il est permis de recourir à une médication qui peut n’être pas sans inconvénient dans le but d’éclairer le diagnostic.
Je sais bien qu’il est des cas où l’empirisme est permis en médecine, et parmi ces cas on peut citer ceux où, en présence d’un appareil symptomatique déterminé, on soupçonne l’existence d’un accès de fièvre pernicieuse. Il peut arriver et il arrive quelquefois, dans ces cas, que le sulfate de quinine, empiriquement administré, éclaire le diagnostic, mais, en même temps, il sauve le malade d’une mort imminente, et c’était le but de son administration.
Peut-on conclure de ces cas à ceux où on prescrit le bromure de potassium, pour éclairer le diagnostic d’une névrose épileptique? Je ne le pense pas.
Que si l’on me dit que, tout en éclairant le diagnostic, le bromure de potassium a chance de guérir le malade, je répondrai : oui, mais s’il ne le guérit pas et s’il se trouve que le mal auquel on a appliqué ce remède n’ait rien de commun avec la névrose dont il est considéré comme le spécifique, le médicament n’en aura pas moins été administré, non sans inconvénient peut-être.
Quelques-uns de nos collègues, M. Daily entre autres, ont blâmé l’emploi de la douche, dans lequel ils ont vu un moyen renouvelé de ce qu’on appelait au moyen âge la question, pour rompre la simulation chez les simulateurs.
Ne serait-ce pas tomber dans le même tort que d’employer le bromure de potassium comme moyen d’éclairer le diagnostic, à moins d’avoir d’avance une conviction à l’égard de ce même diagnostic?
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Ce dernier cas était évidemment celui de M. Legrand du Saulle, à en juger par la chaleur avec laquelle nous lui avons vu affirmer le diagnostic de l’épilepsie dans les faits cités par lui. Du moment où il croyait à l’épilepsie, il était dans son droit et il remplissait son devoir de médecin en prescrivant le bromure de potassium et l’efficacité de ce moyen ne devait, lui apporter qu’un complément de lumière, que la confirmation d’un diagnostic qui n’avait déjà rien de douteux. Mon objection ne s’adresse donc pas à lui, mais aux médecins qui emploieraient le bromure de potassium avec plus de doute dans l’esprit à l’endroit de la nature épileptique de la névrose, et qui n’y auraient recours que pour fixer le diagnostic.
Il importe, d’ailleurs, de faire observer que la question d’efficacité se distingue ici de la question de spécificité.
Il ne suffirait pas, en effet, de l’efficacité du bromure de potassium dans un cas donné pour démontrer que ce cas se rapporte à l’épilepsie; encore faudrait-il pour cela que la spécificité de ce médicament dans le traitement de cette névrose fût absolument hors de doute.
Or, il s’en faut encore, suivant moi. Est-il bien démontré, par exemple, que le bromure de potassium soit sans efficacité dans le traitement des accès maniaques, des accès impulsifs supposés sans rapport avec l’épilepsie? Je ne le pense pas, et pour ma part j’ai quelques raisons de croire à l’efficacité de ce moyen de traitement dans des cas autres que l’épilepsie proprement dite.
11 ne me coûte nullement de reconnaître, en termi- 11. 13
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nant, que les faits cités par M. Legrand du Saulle comme constituant des cas d’épilepsie larvée, me semblent, pour la plupart, très probants, d’abord parce qu’ils ne portent pas la marque de la paralysie générale, et ensuite parce que chez plusieurs le diagnostic de l’épilepsie se trouve confirmé par l’apparition, j’allais dire la survenue d’attaques convulsives.
Je fais suivre cette communication d’un relevé de cas observés par moi dans quelques-uns des services dont j’ai été chargé : 1° d’épilepsie survenant, soit sous sa forme larvée, soit sous sa forme convulsive, chez les paralysés généraux, tant dans la forme prodromique ou initiale, que dans la période dite d’état de leur affection; 2° d’épilepsie considérée par moi comme larvée en dehors de la paralysie générale.
Épilepsie confirmée et paralysie générale.
1° Période d’état.
Cinq cas à l’asile de Sainte-Gemmes.
ISIeuf cas à l’asile de Vaucluse (cinq hommes et quatre femmes).
2° Période prodromique.
Deux cas à l’asile de Sainte-Gemmes.
A propos de cette nature d’épilepsie, je ne saurais trop répéter que je ne range pas sous ce chef ces attaques sub-intrantes que l’on observe dans la période ultime de la paralysie générale et auxquelles on a donné le nom di attaques épileptiformes^ mais que j’applique cette dénomination à des accès d’épilepsie survenant à toutes les périodes de la paralysie générale, et surtout dans ses périodes prodromique et initiale, ces
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accès étant identiques de ceux que l’on observe en dehors de toute paralysie générale.
Épilepsie larvée et paralysie générale.
Cinq cas à l’asile de Sainte-Gemmes.
Deux cas à l’asile de Vaucluse.
Épilepsie larvée en dehors de la paralysie générale.
Un cas (homme) à l’asile de Blois.
IS'euf cas à l’asile de Sainte-Gemmes (huit hommes et une femme).
Deux cas à l’asile de Vaucluse.
HOMMES
1° B..., maréchal-ferrant, trente ans, entré le 31 décembre 1872.
État au moment de l’entrée : affaiblissement des facultés intellectuelles, lenteur dans les idées, indifférence, apathie; — faiblesse très marquée du côté droit du corps; perte de la vue à gauche.
Quelques jours après on constate une expression de contentement non justifié; puis quelques idées de grandeurs, de l’amnésie, de l’embarras dans la parole. — Pas d’inégalité pupillaire.
A la perte de la vue, qui reste complète à gauche, s’ajoute un strabisme convergent du même côté, sans paralysie encore de la paupière.
Il n’y a pas de vacillation appréciable dans la démarche, mais le corps paraît comme entraîné en avant, et le malade est obligé de faire des efforts et de se cambrer, en quelque sorte, pour se tenir droit. Cette
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disposition s’accentue de plus en plus. Puis, survient une période d agitation, à la suite de laquelle le malade a présenté plusieurs attaques d’épilepsie relevées dans les notes ci-après :
Du 23 janvier au 30 du même mois : agitation, excrétion involontaire de l’urine.
31 janvier : sept attaques d’épilepsie.
28 février : agitation suivie de deux attaques d’épilepsie.
8 mars ; agitation.
10 mars : attaques d’épilepsie.
Du 15 au 19 mars inclusivement : agitation, attaques le dernier jour.
29 mars : paralysie commençante de la paupière supérieure.
2° C..., monteur en bronze, quarante-trois ans, entré le 15 janvier 1873. — Excès alcooliques : vin, absinthe très rarement.
État au moment de l’entrée : affaiblissement des facultés intellectuelles, sans délire appréciable.
Un mois après, délire de persécutions, lourdeur (sic) de tête à gauche ; constriction à la gorge ; les dents se serrent et le malade attribue ces sensations à l’influence de ses persécuteurs. — Amnésie. — La parole ne tarde pas à s’embarrasser ; la démarche devient vacillante et l’on constate en même temps de l’anesthésie.
Avant l’apparition de ces symptômes de paralysie générale, le malade avait présenté une période d’agitation de deux jours, et avait eu à la suite deux attaques d’épilepsie de dix minutes de durée et séparées par un intervalle de deux heures. État coma-
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teux. Dans cet intervalle le malade n a gardé aucun souvenir.
24 février ; nouvelles attaques.
6 mars : nouvelles attaques.
10 mars : nouvelles attaques.
J’ai appris récemment que le malade avait eu un premier accès dans l’atelier où il travaillait, trois mois avant son entrée dans l’asile.
3° M... (Victor), cinquante et un ans, entré le 17 octobre 1871. — Employé depuis vingt ans aux Tuileries; congédié pendant la guerre. — Privations, misère, préoccupations depuis.
État au moment de l’entrée : affaiblissement très marqué des facultés intellectuelles, avec lésion de la mobilité consécutive à des accidents cérébraux d’une date probablement assez ancienne, mais sans délire alors appréciable.
Quelques mois après, surviennent des symptômes physiques très accusés de paralysie générale, — embarras dans la parole, tremblement fibrillaire, dilatation des pupilles, démarche vacillante. Le malade marche, pendant un certain temps, les jambes écartées et ne tarde pas à ne plus pouvoir se tenir. Il est couché aujourd’hui et paraît être dans la période ultime de la paralysie générale. Anesthésie, amnésie, excrétions involontaires.
Avant l’apparition des premiers symptômes de la paralysie générale et depuis, le malade a présenté des paroxysmes d’agitation maniaque alternant avec des vertiges ou des attaques complètes d’épilepsie. (Perte de connaissance et de souvenir; écume sanguinolente, convulsions spéciales, abduction du pouce.)
EPILEPSIE LARVÉE
Le retour de ces accès était assez fréquent.
4° B... (Jean), maroquinier, trente-neuf ans, entré le 27 décembre l'872. - Excès alcooliques depuis quatorze ans ; a bu pendant quelque temps de l’absinthe.
Etat au moment de l’entrée : délire partiel, avec prédominance d’idées vagues de persécutions; affaiblissement des facultés intellectuelles ; insouciance ; contentement non justifié; lenteur dans les idées; présomptions d’un état plus grave.
Ces présomptions, exprimées dans le certificat immédiat, ne tardent pas a se confirmer ; paroxysme d agitation et de violences; — délire de grandeurs et de persécutions. — Il est Dieu, Jésus-Christ, il est monté au ciel; sa femme l’insultait, le volait et voulait le faire enfermer.
Amnésie, puis apparition de symptômes physiques de paralysie générale dont les progrès sont assez rapides. Embarras dans la parole, dilatation des pupilles; marche tramante et difficile; anesthésie; excrétions involontaires, etc.
Peu de jours après son admission, le malade avait présenté des attaques d’épilepsie. Sa femme fait remonter le début de cette affection au 15 août 1859, au retour de la campagne d’Italie. Les attaques en furent d’abord très fréquentes; il en avait de sept à huit par jour. Pendant un certain temps, elles survinrent principalement la nuit.
B... a été séquestré deux fois à Bicêtre; il buvait alors beaucoup d’absinthe.
Depuis l’âge de six ans, otorrhée abondante qui s’est supprimée au moment de l’invasion des attaques d’épilepsie.
I ÉPILEPSIE LARVÉE. 231
Ce malade a toujours été agité, depuis son entree . jusqu’au milieu de mars; à partir de cette époque, où r il n’a plue la force de se tenir, ses attaques fre- , quentes sont précédées de cris, d’agitation, de pen- » chant à la violence.
En janvier, on compte trois attaques; en février, cinq; en mars, sept, et plusieurs le même jour. Maintenant, fin de mars, l’intervalle entre deux attaques ne dépasse pas cinq jours, et le souvenir de ce qui s’est passé est complètement nul.
' 5° A... (Auguste), trente ans, journalier, entré le
l®*" juillet 1871.
État au moment de l’entrée ; épilepsie dont les attaques sont accompagnées d’alternatives d’excitation et de stupeur (état circulaire ou à double forme).
J’exprimai tout d’abord l’opinion que cette épilepsie pourrait bien être symptomatique de la paralysie générale.