AUTRES CAS DE SIMULATION DE FOLIE
Bien que les cas de simulation de folie qui font l’objet des rapports médico-légaux ci-après n’aient pas offert, à proprement parler, de difficultés sérieuses pour le diagnostic, et que, sous ce rapport, ils ne présentent pas le même intérêt que celui dont M. Morel a publié l’observation dans les Annales Médico-Psychologiques (cahier de janvier 1857), et sur lequel notre éminent collègue a porté un jugement qui fait tant d’honneur à sa perspicacité, je pense qu’il n’est pas sans utilité d’en publier la relation. Ils tendent, en efiet, à faire ressortir ce fait dont la connaissance est de nature à guider l’aliéniste expert dans la recherche de la vérité dans certains cas de simulation de folie, et à lui fournir le plus souvent un indice précieux, à savoir : que, dans l’ignorance où ils sont des caractères propres au délire, la plupart des individus qui simulent la folie se livrent à des manifestations qui témoignent bien plus de l’affaiblissement des facultés intellectuelles que de leur déviation, d’une diminution, si l’on peut ainsi dire, dans la quantité d’intelligence que d’une altération dans la qualité, ou enfin, pour donner à l’expression de ce fait un tour vulgaire, qu’ils croient faire les fous en faisant les imbéciles.
A priori, on comprend qu’il ne puisse en être au-
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trGrriGnt. La simulation d’un délirG, c’Gst-à-dirG d’un état mental spécialement caractérisé par une déviation des facultés intellectuelles indépendante de leur affaiblissement, suppose la connaissance des caractères propres à chacun de ces deux états. Or, comment admettre qu’une telle connaissance puisse être acquise à des gens dont l’éducation est le plus ordinairement incomplète, car, on le sait, le crime qui fait naître le besoin de se créer un système de défense se recrute bien plus dans les basses sphères que dans les classes instruites, et qui, dans tous les cas, manquent de cette éducation spéciale qui seule pourrait mettre à la portée de leur intelligence un fait psychologique aussi complexe et aussi obscur encore à tant d’égards pour les spécialistes eux-mêmes que l’aliénation mentale.
Je sais bien que quelques individus, plus intelligents que d’autres et plus instruits aussi, et le sieur Desroziers, qui fait l’objet du mémoire que je citais tout à l’heure, en a offert à M, Morel un exemple remarquable, peuvent avoir puisé dans les livres la connais' sance des symptômes de la folie et s’être conformés, pour celle qu’ils simulent, à un des types qui y sont décrits; mais on conviendra que c’est là une exception et une exception qui vient à l’appui du fait même que nous établissons, car cette connaissance accidentellement acquise des caractères propres à la folie doit conduire à simuler autre chose que l’imbécillité et, par exemple, un type de folie caractérisé par un délire, comme chez Desroziers, qui se disait : roi de Beauvais.
Il y a lieu de faire observer, d’ailleurs, que dans ce
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cas même, si habile que soit le jeu de l’acteur, il péchera toujours par quelque chose aux yeux d’un aliéniste, si la connaissance du rôle est purement théorique et ne s’appuie pas, pour comble de raffinement, sur une étude clinique des maladies mentales.
En limitant, ainsi que je viens de le faire, le nombre des cas dans lesquels la folie simulée doit se rapprocher le plus des types créés par la nature, par rapport à ceux dans lesquels l’ignorance des caractères propres au délire doit conduire à confondre la folie avec l’imbécillité et à choisir ce dernier état comme le plus simple à simuler, je n’ai entendu qu’établir un fait et que constater sa fréquence relative; mais je ne me dissimule pas que le fait contraire est possible et que l’on peut imaginer telle simulation de folie dans laquelle le plus habile de tous les experts pourrait être mis au défi de se prononcer. Quel est, par exemple, celui de nos collègues qui ne se trouverait fort embarrassé si, dans une expertise médico-légale, il se trouvait en présence d’un état mental simulé, exclusivement caractérisé par une hallucination de l’ouïe et par une seule conception délirante? Gomment pourrait-on démontrer, avec la rigueur que l’on exige avec raison des attestations d’un médecin expert, qu’un individu commet un mensonge en soutenant qu’il croit être entouré d’ ennemis contre lesquels il serait excité par une voix à prendre l’offensive et qui n’accuserait aucune autre altération de l’intelligence? Faudrait-il admettre dans ce cas avec M. Falret qui rejette l’existence de la raonomanie que, par cela seul que le délire est aussi limité, il ne doit pas exister, et que, partant, il doit être feint? On peut avoir cette
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opinion, j’incline moi-même à la partager; mais, je le demanderai au plus convaincu de ses adeptes, je le demanderai à M. Falret lui-même, oserait-il baser sur cette manière de voir les conclusions d’un rapport d’où pourrait dépendre la condamnation d’un homme?
Nous n’avons pas la prétention d’avoir, dans ces quelques lignes, traité à fond cette question si importante de la simulation de la folie en médecine légale. Tel n’était point, d’ailleurs, notre but. Nous ne voulions pas davantage faire ressortir les données sur lesquelles reposent nos appréciations dans les cas que nous allons citer; nous voulions seulement insister sur un fait qu ils nous ont semblé mettre en lumière, à savoir : la fréquence des simulations d’imbécillité par rapport aux simulations de folie proprement dite, et cela parce que nous avons cru qu’il y avait là un enseignement particulier à recueillir.
Je rapproche des cas qui me sont propres celui dont M. Auzouy a publié la relation dans les Annales, cahier d’avril 1857, et dans lequel la simulation a dû être surtout reconnue, parce que l’imbécillité affectait un mode qui n’est pas dans sa nature, celui de l’intermittence.
Quant aux cas qui sont l’objet des rapports ciaprès, ils se sont produits dans des conditions différentes. Dans le premier, Timbécillité feinte ou plutôt exagérée ne s’est accompagnée que d’un état de sensibilité évidemment simulée; dans le deuxième, elle s’est empreinte d’un caractère d’exaltation assez bien simulé pour tromper quelques personnes. On verra qu’il a suffi d’une douche pour faire tomber cette exaltation et pour faire jeter le masque au faux imbé-
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cile. Quant au troisième, il ne simulait pas la folie et se défendait même d’être fou, mais il excipait d’une , altération de ses facultés intellectuelles se traduisant I par des absences, par un défaut de mémoire intermittent et consécutif à des accidents de congestion antérieure.
Vol.
SIMULATION DE FOLIE
I Nous soussignés, docteurs en médecine de la Faj culté de Paris, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu I d’Angers et directeur médecin en chef de l’asile public d’aliénés du département de Maine-et-Loire, commis par ordonnance de M. le juge d’instruction près le tribunal civil d’Angers, en date du 18 décembre 1858, à l’effet d’examiner l’état mental d’un nommé D..., inculpé de vol et de faire connaître si cet individu est aliéné et a la conscience de ses actes, nous nous sommes transportés immédiatement à la prison d’An- : gers pour y remplir la mission qui nous était confiée.
I Procédant à un premier examen f)ar le judas de la l porte, nous voyons l’inculpé en proie à une exaltation I qui se traduit par une marche plus ou moins rapide } autour de sa cellule avec des dandinements de corps |et des mouvements de tête et de bras plus ou moins Avariés, mais ne prononçant aucune parole. Nous avons 1 cru remarquer déjà que cet individu jetait de temps
3 en temps vers le judas un regard qui trahissait l’in- < telligence.
' Pénétrant ensuite dans la cellule, nous voyons l’int culpé se tourner vers nous, s’arrêter et imprimer aux
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gestes et mouvements par lesquels se traduisait son exaltation un redoublement sensible d’énergie. Parmi les gestes prédominent visiblement des mouvements de la tête de droite à gauche et vice versd, alternant parfois avec des mouvements de flexion et d’extension. La physionomie est éclairée par un rire que l’inculpé s’efforce de rendre niais; mais un regard scrutateur y découvre comme une arrière-expression d’intelligence et, jusqu’à un certain point, d’astuce. Il est évident encore que le regard trahit un effort pour paraître égaré, et semble éviter de se fixer sur l’interlocuteur. L’inculpé rompt en notre présence le silence dans lequel il paraît se renfermer lorsqu’il est seul; il répond à nos questions en affectant un ton larmoyant et des manières puériles, en traînant sur les mots et en prenant le plus souvent pour le sens de ses paroles le contre-pied des questions qui lui sont adressées. Nous remarquons, en général, que l’attention du prévenu est beaucoup plus facile à fixer qu’on ne l’observe d’ordinaire chez les véritables aliénés.
Dans cette première entrevue nous faisons connaître à l’inculpé que la science possède des moyens à peu près infaillibles de reconnaître les folies simulées, et que si tel est son système il sera immanquablement démasqué. Nous ne lui dissimulons pas non plus que la première impression produite par lui sur nous est qu’il simule la folie, et qu’au surplus il n’a aucun intérêt à continuer cette simulation, puisque, si la folie était admise, comme il faudrait admettre aussi qu’elle l’entraîne à des actes dangereux pour la société, le système n’aboutirait qu’à un changement
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de prison, c’est-à-dire au placement d’office dans un établissement d’aliénés, où la maintenue pourrait être illimitée, tandis que la détention, dans le cas contraire, serait probablement beaucoup plus courte.
Pendant que nous présentons ces observations à l’inculpé, il cherche bien à nous interrompre par des paroles plus ou moins incohérentes et en montant son exaltation à un diapason de plus en plus élevé; mais nous croyons lire sur son visage une expression attentive qu’il ne parvient pas à dissimuler complètement.
Dans nos entrevues ultérieures nous retrouvons l’inculpé fidèle à son système et se livrant à peu près invariablement aux mêmes manifestations. Toutefois, à notre seconde visite, nous constatons dans son accoutrement un caractère de désordre qu’il n’avait pas présenté antérieurement et dans lequel perce une évidente affectation. Le prévenu est en chemise, ses vêtements épars, sa tête enveloppée d’un mouchoir dont les bouts se relèvent en avant et y forment une bifurcation visiblement prétentieuse.
Dans toutes nos entrevues nous croyons constater une certaine animation avec rougeur de la face qui ne prouverait certainement pas contre la simulation, car i elle s’expliquerait naturellement par l’effort bien con- I cevable auquel doit se livrer l’intelligence pour suivre I un tel système. La peau, du reste, est fraîche, le pouls I est calme et régulier et le jeu des fonctions physiolo- I giques ne paraît nullement troublé. L’inculpé, nous assure-t-on, mange et dort peu.
Il nous reste à faire connaître quelques-unes des i réponses de l’inculpé.
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D. Quel âge avez-vous?
R. Ouii... Non-on-on... j’ai cinquante-trois ans.
D. Quelle est l’année de votre naissance?
R. Je ne sais pâââs....
D. Quelle est l’effigie de cette pièce de monnaie?
R. Je ne vois pas bien... C’est Louis XVI (la pièce était à l’effigie de Charles X),
L’inculpé assigne à une pièce de cinq centimes la valeur de deux liards; à une pièce d’wn franc, celle de douze sous et à propos d’une pièce de cinq francs, il dit qu’il ne la donnerait pas pour six francs.
Il épelle ensuite tout de travers sur un livre que nous lui présentons, prétendant, du reste, qu’il n’y voit pas. Il nous dit après que sa femme est morte, puis qu’elle va venir.
D. Savez-vous lire?
R. Oh! oui, je crois bien que je sais lire, j’ai été à l’école.
D. Savez-vous écrire?
R. Ah! dame oui. J’ai écrit toute ma vie, etc., etc.
Le détenu prononce, du reste, toutes ses paroles du même ton larmoyant, en traînant sur les mots et comme en psalmodiant.
En même temps que nous nous livrions à l’examen direct de l’état mental du prévenu, nous nous enquérions 'de ses antécédents et nous apprenions que cet homme, qui était âgé de cinquante-trois ans, d’un tempérament bilioso-nerveux, d’une constitution assez forte malgré sa maigreur, avait été pendant plusieurs années à la tête d’une maison assez importante de filasserie*, qu’il avait fait faillite, que son fils ayant pris la suite des affaires, il n’y avait eu depuis qu’une
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part indirecte et qu’il avait été jugé en 1856 pour outrages à la pudeur et excitation à la débauche, mais acquitté probablement à raison de l’état mental attesté par deux médecins dans le certificat ci-après :
(( Nous soussignés, docteurs en médecine de la Faculté de Paris, demeurant à Angers, certifions que, appelés à donner des soins à M. Louis D..., maître filassier, demeurant rue de la Tannerie en cette ville, avons constaté qu’il est atteint d’une altération des facultés mentales (délire) qui le met dans l’impossibilité de vaquer à toute affaire et qui exige un traitement régulier et une surveillance très exacte.
« Angers, le 5 mars 1856. »
Ajoutons que l’accès de folie constaté dans le certificat ci-dessus a cessé immédiatement après l’acquittement, que depuis lors jusqu’à l’affaire qui est actuellement en instruction, le sieur D... a joui de l’intégrité la plus parfaite de ses facultés intellectuelles et qu’il n’a été repris de délire qu’immédiatement après son arrestation, le 3 décembre 1858. Cet individu passe, du reste, pour être intelligent et, de plus, fin et astucieux.
On ne dit pas qu’il y ait eu aucun cas de folie ou d’épilepsie dans sa famille, soit chez les ascendants, soit chez les descendants. Le fils, que nous avons vu et interrogé, nous a paru parfaitement sain d’esprit. On ne signale parmi les collatéraux qü’une sœur à un certain degré imbécile et pensionnaire à l’hospice Sainte-Marie.
En rapprochant ces antécédents du résultat de l’exa-
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men direct, nous n’avions plus de doute sur une simulation qui nous avait paru évidente à première vue. Notre conviction à cet égard reposait sur les motifs ci-après :
Nous avions été d’abord frappés d’un fait, c’est que l’inculpé, comme beaucoup de ceux qui simulent la folie, se fourvoyait en faisant V imbécile pour paraître aliéné. La folie, en effet, n’est pas un fait psychologique qui soit à la portée de toutes les intelligences étrangères à son étude spéciale. Peu de gens savent, par exemple, qu’elle est caractérisée essentiellement par la déviation des facultés intellectuelles, tandis que l’imbécillité n’est caractérisée que par leur faiblesse et résulte presque toujours d’un arrêt de leur développement. Il est vrai que certains imbéciles s’exaltent parfois et que tel paraît être au premier abord le caractère de l’imbécillité qu’affecte l’inculpé. Mais, on sait que D..., loin d’être imbécile de naissance, a joui jusqu’à son arrestation d’une intelligence généralement reconnue. On ne peut pas dire non plus que l’affaiblissement des facultés intellectuelles soit le fait de la démence, c’est-à-dire de cette forme d’aliénation mentale dans laquelle l’affaiblissement des susdites facultés vient s’ajouter à leur déviation, car, indépendamment de l’absence des caractères spéciaux propres à la démence proprement dite, on sait que cette dernière affection succède généralement à une forme primitive d’aliénation mentale dont elle n’est que la terminaison et qui a manqué chez l’inculpé.
Quant à l’exaltation de D..., si elle s’ajoutait à une imbécillité réelle, elle serait plus limitée dans ses manifestations parlées, et se traduirait plutôt et surtout
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par des impulsions instinctives. Cette exaltation, d’ailleurs, se trouve ici en défaut, car elle ne se traduit par des paroles que lorsqu’on pénètre dans la cellule et qu’on paraît devant l’inculpé, tandis que chez le véritable exalté, l’ordinaire est de voir le flux de paroles accompagner l’agitation dans les gestes pendant la solitude, et que, loin d’être provoqué par l’apparition de quelqu’un, on le voit, au contraire, le plus ordinairement arrêté pour un moment par cette circonstance.
Nous signalerons encore parmi les manifestations qui nous ont paru suspectes chez l’inculpé, ses réponses aux questions que nous lui avons adressées, réponses évidemment empreintes d’un caractère d’inconséquence et de contradiction systématiques, qui -ne sont pas dans la nature de l’aliénation mentale. Il est probable, en effet, que si D... eût été véritablement aliéné, il eût assigné aux pièces de monnaie que nous lui avons présentées leur véritable valeur, et n’eût pas erré aussi grossièrement sur l’effigie de l’une d’elles.
Ajoutons que nous n’avons pas remarqué chez l’inculpé cette sorte d’harmonie entre le trouble de l’intelligence et l’expression du visage, ce reflet enfin du délire sur la physionomie qui distingue les véritables aliénés et trompe rarement les personnes qui ont l’habitude de vivre au milieu d’eux.
Mentionnons encore cette facilité avec laquelle on fixe l’attention de l’inculpé et on en obtient des réponses, contrairement à ce qui s’observe chez les véritables aliénés, sans parler de certains regards suspects vers le judas de la porte lorsque l’inculpé est seul dans sa cellule, de certaines expressions du
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visage qui trahissent parfois, si ce n’est un oubli du rôle, au moins un peu de fatigue et de relâchement dans le jeu.
Observons encore que si le vol avait été la conséquence d’un état de folie réelle, il eût bien fallu admettre que cette folie avait revêtu antérieurement à l’accès actuel le caractère de la monomanie, c’est-àdire d’une aliénation partielle, et partielle à ce point que la tendance à voler l’eût seule caractérisée. Or, on sait que toute monomanie est, à proprement parler, exclusive et absorbante de sa nature; que, s’emparant de l’organisme, elle domine et empreint toutes les manifestations agios ou parlées du malade, au point d’exclure en quelque sorte les autres formes de monomanie. Quand la monomanie se transforme, en effet, ce n’est pas pour prendre le caractère d’une autre monomanie, mais pour se généraliser non dans le sens du développement d’autres tendances aussi exclusives que la première, mais dans celui d’une extension aux facultés intellectuelles du trouble primordial et de son passage à la démence.
Contrairement à cette règle, si la monomanie du vol était admise, il faudrait admettre qu'elle a succédé à une monomanie érotique qui avait provoqué le délit antérieur d’outrage à la pudeur, et cela ne paraît pas admissible, ces deux choses s’excluant généralement. De toutes les raisons enfin que nous avions de douter de la réalité du trouble de la raison chez l’inculpé, la principale est que ce trouble ne se rapporte à aucune des formes connues d’aliénation mentale. Pour bien apprécier la valeur de cet argument, il importe de se bien pénétrer d’une chose qu’ignorent presque tous
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les gens qui simulent la folie : c’est que l’aliénation mentale, ce désordre de nos facultés, participe à cet ordre admirable qui règle toutes choses en ce monde, et se prête, partant, à un classement régulier, en vertu duquel toutes les formes de cette affection peuvent être ramenées à un certain nombre de divisions et de subdivisions ayant chacune leur caractère propre. Or, l’état mental présenté par D... ne pouvant se rapporter à aucun des groupes connus, il fallait admettre, ou qu’il était simulé, ou qu’il constituait une forme d’aliénation mentale absolument nouvelle et différente de toutes les autres, par ses caractères essentiels, par son mode d’invasion, par la marche de ses symptômes, par ses phases et ses terminaisons.
Après l’exposé qui précède, il serait oiseux d’insister sur ce qu’il pouvait y avoir, d’ailleurs, de suspect dans une aliénation mentale qui commence avec une première accusation, cesse avec le jugement qui acquitte, reparaît après une nouvelle arrestation, et semble, dans tous les cas, se produire pour les besoins d’une cause.
Par tous les motifs que nous venons d’énumérer, nous étions convaincus que D... simulait l’aliénation mentale, et nous n’aurions nullement hésité à conclure dans ce sens si le désir d’éclairer plus complètement la conscience des juges dans un cas qui pouvait entraîner condamnation, ne nous avait suggéré la pensée de soumettre l’inculpé à l’emploi d’un
moyen qui a souvent réussi en de semblables occurrences.
Suivant l’offre qui nous en avait été faite par M. le procureur impérial, dans sa lettre du 22, D... fut
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transféré de la prison à l’asile de Sainte-Gemmes, où il arriva le 28, à sept heures du matin et où son attitude fut absolument la même qu’à la prison jusqu’à trois heures de l’après-midi. Conduit alors à la salle des bains et placé sous le robinet de la douche, il ne tarde pas à lever le masque et à déclarer quhl n'était pas fou, qu'il ne l'avait jamais été et qu'il avait simulé la folie, bien moins dans le but de se faire acquitter que dans celui de se blanchir aux yeux de tous du crime qui lui est imputé et qu’il nie, du reste, avoir commis. (( En faisant le fou, dit-il, et en étant considéré comme tel, ma réputation restait intacte, »
Nous adressons ensuite à l’inculpé plusieurs questions auxquelles il fait des réponses qui témoignent de l’intégrité parfaite de ses facultés intellectuelles.
Depuis lors, l’expression de la physionomie est redevenue et restée naturelle ; les paroles ont toujours été sensées et ont même dénoté un certain degré d’intelligence,
D... retourne à la prison le 29, à une heure de l’après-midi, après avoir simulé la folie avec une persistance soutenue pendant vingt-cinq jours.
Sainte-Gemmes-sur-Loire, le 31 décembre 1858.
Daviers, E. Billod, rapporteur.
Par suite des conclusions de ce rapport, 1 instruction de l’affaire ayant suivi son cours, le sieur D... fut jugé dans les assises suivantes et condamné à cinq
ans de prison.
Pendant toute la durée de l’audience, comme depuis, l’intéffrité de ses facultés intellectuelles ne s’est pas démentie un instant.
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Vol et attentats à la pudeur.
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Je soussigné, docteur en médecine de la Faculté de Paris, médecin directeur de l’asile public d’aliénés du département de Maine-et-Loire, commis par ordonnance de M. le juge d’instruction de l’arrondissement d’Angers à l’effet d’examiner le nommé G... (Jean), inculpé de vol et d’attentats à la pudeur, et de lui présenter un rapport sur son état mental, après m’être transporté aussi souvent que cela m’a été nécessaire à la prison d’Angers où j’ai été mis chaque fois en la présence de l’inculpé, et après m’y être livré à l’examen attentif de sa personne et de ses facultés intellectuelles, j’ai cru pouvoir me prononcer ainsi qu’il suit sur la question qui m’a été posée, celle de savoir si le dénommé jouit ou ne jouit pas de l’intégrité de ses facultés intellectuelles.
Le prévenu est un homme âgé de cinquante et un ans, né à Montjean près Laval (Mayenne), domicilié à Angers depuis près de trente ans, où il a exercé la profession d’ouvrier d’abord dans la manufacture de toiles de M. J..., puis de contre-maître dans celle de M. M... pendant près de vingt ans et jusqu’à ces derniers temps. Un flagrant délit de vol de fil est présenté comme le motif de sa sortie de cette dernière manufacture, et aurait été précédé, dix-huit mois environ auparavant, d attentats a la pudeur, commis par le même individu sur une jeune fille de onze ans qu’il attirait, dit-on, fréquemment chez lui.
Le père et la mère de l’inculpé sont morts ; il ne sait pas précisément à quelle époque, ni de quelle
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maladie, il sait seulement que son père est mort le dernier. Il a deux frères et deux sœurs, domiciliés à Angers et jouissant, paraît-il, tous quatre, de la plénitude de leur raison. Un troisième frère s’est donné la mort en se noyant dans la Maine^ près de la Baumette, après avoir donné pendant plusieurs années, •vers le printemps, des signes d’aliénation mentale qui ont motivé son placement au quartier des aliénés de Saint-Jacques de Nantes d’abord, puis à Sainte- Gemmes. Cet antécédent héréditaire de folie est le seul qui me soit signalé dans la famille de G... Cet individu est marié; mais sa femme s’est séparée de lui, trois mois après le mariage, en 1843, à la suite de dissentiments, et il n’a plus entendu parler d’elle depuis cette époque.
L’inculpé est un homme de petite taille, d’une constitution assez robuste et d'un tempérament lymphaticosanguin. Son front et le sommet de sa tête, qui est à peu près chauve, présentent un développement assez remarquable. Ses yeux sont bleus et n’ont rien d’égaré. La physionomie est assez intelligente, mais elle semble exprimer un état habituel de mélancolie, et justifie parfaitement les appréciations qui s’accordent à présenter le caractère comme sombre et taciturne ; douce et placide, d’ailleurs, elle semble exclure toute énergie et toute malveillance. Ajoutons que les attestations de M. M..., qui a eu G... à son service pendant plus de vingt ans, lui sont on ne peut plus favorables.
L’examen auquel je me suis livré de l’état physique de l’inculpé a donné lieu aux remarques suivantes :
La peau est fraîche, le pouls est régulier, les fonc-
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tions des organes digestifs et de leurs annexes s’exécutent normalement ; on ne constate aucun tremblement, aucune vacillation dans la démarche, aucune diminution dans les forces, aucune déviation de la langue, aucune dilatation des pupilles, aucun embarras dans la parole, aucune lésion des cinq sens, aucun signe de cette insensibilité de la peau connue sous le nom d’anesthésie et d’analgésie, aucun symptôme enfin d’une lésion, si légère qu’elle soit, des centres nerveux. Les organes génitaux sont très peu développés et le volume du gland ne témoigne pas d’habitudes de masturbation. A en juger, d’ailleurs, par l’état de ces parties comme par l’expression de la physionomie de G..., il ne semble pas que cette individu puisse être habituellement sous l’empire de penchants érotiques très prononcés.
Des réponses qui me sont faites par l’inculpé, pendant les divers interrogatoires que je lui ai fait subir, il résulte évidemment pour moi que ses facultés intellectuelles ne sont sur aucun point ni déviées ni affaiblies. Passant successivement en revue chacune d’elles, je constate, en effet et d’abord, que la mémoire est intacte. L’inculpé manifeste bien parfois de l’hésitation à me répondre et me dit souvent à propos de certaines questions ; « Je ne sais pas; depuis que fai été malade^ je ne suis pas le même; je ne me souviens pas aussi bien. » Mais comme cette impossibilité de répondre s’applique quelquefois à des questions auxquelles il a déjà répondu dans des interrogatoires antérieurs, et que ce fait seul exclue l’existence d’une lésion du cerveau à laquelle on voudrait la rapporter, en vertu de cette loi pathologique que les lésions de l’encéphale qui pro-
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duisent un affaiblissement de la mémoire ne sont pas susceptibles d intermittence, il m’a paru évident tout d abord que cette impossibilité , de même que cette hésitation, ne sont pas réelles, et se rattachent à un système de défense qui paraît être arrêté dans l’esprit de G... Ce qui me confirmerait encore dans cette manière de voir, c’est que ce défaut apparent de mémoire s’est manifesté à un bien moindre degré dans le premier interrogatoire où j’ai laissé ignorer à l’inculpé mon caractère et le but de ma mission, que dans les interrogatoires suivants où je les lui ai fait connaître.
Je reproduis ici certaines parties desdits interrogatoires dans lesquelles le système de l’accusé m’a semblé se révéler le plus clairement.
Après lui avoir posé diverses questions relatives à ses nom, prénom, lieu et date de naissance, domicile, profession, parenté, état civil, etc., et avoir obtenu de lui les réponses les plus précises, je lui demande :
D. Dans quel mois sommes-nous?
R. Le mois d’août est passé; en septembre, je crois.
D. En quelle année?
R. Je ne sais pas, peut-être en 1860.
Sur mon observation que cette réponse contraste avec les précédentes, il me dit : « Depuis que j’ai été malade, il m’arrive quelquefois de ne pas savoir ce que je fais; mais j’ai été bien pire. »
D. Combien de temps y a-t-il que vous avez eu la maladie dont vous parlez ?
R. Trois mois environ. Ça m’a pris un samedi soir ; j’étais seul chez moi quand cela m’est arrivé. Je suis tombé sans connaissance.
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D. Quel est le médecin qui vous a soigné?
R. Je n’ai pas eu de médecin.
Puis se ravisant ; « J’ai vu deux fois M. Gazeau, une fois chez lui, une fois dans la rue. »
D. Que vous a-t-il prescrit?
R. Rien. Seulement de la tisane.
Je note en passant que le prévenu n’a été soumis à aucun des traitements par les émissions sanguines et par les révulsifs, que l’on oppose d’ordinaire aux affections du cerveau entraînant paralysie.
D. Quelques personnes prétendent que vous ne jouissez pas de la plénitude de votre raison?
R. Je ne suis pas fou.
D. Si vous n’êtes pas fou, qu’est-ce que cette maladie qui vous empêche de répondre à quelques-unes de mes questions?
R. C’est le sang. Ça m’oppose (sic) de dormir.
D. Si cette maladie vous met dans l’impossibilité de répondre à mes questions, elle porte donc sur l’intelligence?
R. Je ne sais pas.
D. Les membres de la Société de l’Étoile ont attesté qu’il y avait des moments où vous divaguiez au point de vous attirer un rappel à l’ordre ?
R. Je me suis monté une fois à la Société contre un individu qui me devait de l’argent et qui, au lieu de me payer, me menaçait de me battre. J’étais d’ailleurs un peu animé par le vin.
D. Buviez-vous donc?
R. Rarement. Quelquefois à la Société, mais jamais au point de m’enivrer complètement.
D. Avez- vous fait des excès de femme?
R. Non.
D. Alliez-vous dans de mauvais lieux ?
R. Oui, quelquefois, mais il y a bien longtemps. Cela n’a jamais été beaucoup dans mes goûts.
D. Avez- vous eu quelquefois des maladies?
R. Une fois seulement. C’est M. Mirault qui m’a soigné.
Je présente ensuite à l’inculpé une pièce de cinq francs en argent, une de deux francs, une d’un franc, une de cinq francs en or, auxquelles il assigne leur valeur, mais en affectant de ne le savoir qu’ après avoir lu le chiffre sur la pièce.
D. Combien font quatre fois huit?
R. Trente-deux.
D. Cinq fois huit? ;
R. Quarante.
D. Savez-vous calculer?
R. Je ne sais pas.
D. Comment faisiez- vous pour régler vos comptes ?
R. Je n avais pas de comptes, je payais comptant.
D. Mais pour payer comptant même, vous aviez besoin de savoir compter. Prenons un exemple : Vous achetez chez un marchand un objet de vingt-cinq sous ; vous donnez en paiement une pièce de quarante sous, combien doit-on vous rendre ?
L’inculpé affecte de ne pouvoir répondre en disant encore : « Je ne sais pas, depuis que j’ai été malade je ne suis plus le même. » Après une longue hésita- . tion, cependant, il finit par me répondre : quinze sous.
D. Savez- vous lire ? i
R. L’écriture des livres, pas celle de main. , ^
D. Connaissez-vous les chiffres ? [
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] R. Oui.
] D. Gomment nommez-vous le chef du gouverne-
[t. ment?
d R. Je ne m’occupe pas de politique.
J D. Ce n’est pas s’occuper de politique que de nomic mer le chef de l’État ; répondez donc à ma question ? R R. Je ne sais pas. Depuis que j’ai été malade je n’ai >L' plus la tête à moi.
A Amené à s’expliquer au sujet des accusations porse>tées contre lui, il proteste de son innocence, assurant ij'pour l’une, celle de vol, que s’il a pris des échevaux l l'de fil, ce n’était pas pour se les approprier, mais bien üipour les peser, et pour l’autre, celle d’attentats à la bipudeur, qu’il n’a jamais manqué à la petite G... qui Üvenait souvent chez lui d’elle-même et sans qu’il pût û^s’en débarrasser.
îli Je rapproche de cette dernière dénégation le rapport [ le M. le docteur Daviers qui constate que l’examen jfeles organes sexuels de la fille G... ne démontre rien
il anormal, et que l’intégrité de la membrane hymen prouve que la défloration n’a pas eu lieu.
M étant convaincu enfin par des questions appro-
t priées que le prévenu n’éprouvait aucune hallucination et n accusait aucune aberration ou prédominance ^l’idée ou de penchant qui pût caractériser soit un Ifillélire de persécution, soit un délire religieux, ambi- Süieux, érotique, soit enfin tout autre délire et qui pût e rendre irresponsable en le privant de son libre ti'irbitre, je lui fis connaître que tel était le résultat de fl non appréciation sur son état intellectuel, et que je ' ne disposais à l’exprimer dans mon rapport à M. le euge d instruction. Je lui conseillai en conséquence de
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concentrer désormais tous ses efforts sur le soin de prouver son innocence, si cela lui était possible, lui faisant observer, à ce propos, qu’à le supposer réel, le défaut de mémoire qu’il accusait ne constituait pas une de ces altérations de l’intelligence qui entraînent la perte du libre arbitre et par suite l’irresponsabilité, et que, partant, il ne pourrait pas servir à le faire absoudre.
Un mouvement de sensibilité provoqué par ces dernières déclarations et l’abandon, par suite, du système suivi jusque-là ne pouvant plus me laisser le moindre doute sur l’intégrité des facultés intellectuelles de cet individu, il restait à savoir si ces mêmes facultés, saines aujourd’hui, n’auraient pas subi une altération antérieure. Dans le cas de l’affirmative, il faudrait admettre que l’intégrité actuelle se rattache, soit à une guérison, soit à un intervalle d’accès d’une folie intermittente.
Relativement à l’hypothèse de la guérison, je répondrai : c’est possible, car l’expérience nous apporte chaque jour la preuve consolante de la curabilité d’un grand nombre d’aliénations mentales; mais ce ne serait possible, en tous cas, que d’une altération qui ne porterait pas sur la mémoire, ce genre d’altération se rattachant toujours, en effet, à une lésion du cerveau qui n’est pas susceptible de guérison. J’ajoute, pour ce qui est de l’hypothèse de la manie intermittente, '.que cette même lésion n’étant pas susceptible non pius d’intermittence, il ne peut pas y en avoir dans les effets.
De tout ce qui précède, je crois pouvoir conclure que le nommé G... (Jean) jouit, à nen pas doutei, de
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l’intégrité de ses facultés intellectuelles et de la plénitude de sa raison.
Qu’il me soit permis d’ajouter que, si de l’examen : auquel je me suis livré de l’état moral et intellectuel ) de cet individu, il résultait pour moi la preuve de I cette conclusion, il m’est resté aussi cette impression j que le naturel de G... n’est ni méchant, ni foncièrei ment vicieux et dépravé, et que la faiblesse de volonté qui le distingue surtout doit le rendre aussi incapable de faire naître l’occasion de mal faire, que d’y résister lorsqu’elle se présente naturellement.
Sainte-Gemmes-sur-Loire, le 12 septembre 1859.
E. Billod.
Cette affaire n’ayant pas encore été appelée à la date de la publication de ce rapport nous ne pouvons dire quelle en sera la suite ; mais il est présumable que s’il y a acquittement il ne résultera pas du système de défense qui avait été imaginé par l’inculpé.
Escroquerie.
SIMULATION DE FOLIE
Au moment où ce travail allait être livré à l’impression, nous étions commis, M. le docteur Péon, médecin-adjoint dè l’asile, et moi, à l’effet d’examiner l’état mental d’un individu prévenu d’avoir, à l’aide de manœuvres frauduleuses tendant à faire naître la crainte d’une arrestation pour délits chimériques, escroqué une somme de 140 francs. Cet individu simulait la folie depuis son incarcération, avec une persistance et une habileté assez rares, car parmi les manifestations de son désordre mental, il en était qui tendaient à témoigner d’une déviation de ses facultés. Mais comme le plus grand nombre de ces manifestations témoignaient bien plus de l’affaiblissement de ces mêmes facultés que de leur déviation, c’est-à-dire de l’imbécillité que de l’aliénation mentale, nous fûmes conduits à suspecter la réalité de ce désordre intellectuel, et nous demandâmes le transfèrement de l’inculpé à Sainte-Gemmes, pour le soumettre à une observation prolongée. Cet individu continua à y jouer son rôle de faux imbécile ; mais lui ayant déclaré un jour que son état de folie ne pouvait nous en imposer et que la simulation de cet état n’était pas dans son intérêt, puisqu’elle ne tendait qu’à le faire passer d’une prison où sa détention ne pouvait être que limitée, dans une maison d’aliénés où son séjour pouvait être indéfini, il nous fit l’aveu qu’^7 n’était pas fou^
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qu'il ne l’avait jamais été et qu’il n’avait simulé la folie que pour se faire acquitter^ et il nous remercia môme de l’avoir éclairé sur ses véritables intérêts. Il avait simulé la folie pendant quarante-sept jours.
Ce fait vient donc s’ajouter aux trois que nous venons d’exposer et nous fournit une preuve de plus à l’appui du fait que nous avons voulu faire ressortir dans ce travail.
SIMULATION DE FOLIE