‹ Des maladies mentales et nerveuses (volume 2)Chapitre 30 sur 47 · SUITE · texte numérisé non relu

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A propos de la publication antérieure de plusieurs cas de simulation de folie, dont quelques-uns ont été reproduits par M. le docteur Laurent dans son intéressante monographie, nous avons énoncé ce fait que, dans l’ignorance où ils sont des caractères propres au délire, la plupart des simulateurs de folie se livrent à des manifestations qui témoignent bien plus de l’affaiblissement des facultés intellectuelles que de leur perversion ; d’une diminution, si l’on peut ainsi dire, dans la quantité d’intelligence que d’une altération dans sa qualité. En d’autres termes, et d’après cette donnée, la plupart des simulations de folie ne seraient, à proprement parler, suivant nous, que des simulations d’imbécillité.

Le nouvel exemple que nous publions aujourd’hui, entre plusieurs autres que nous espérons publier égament dans un temps plus ou moins prochain avec l’agrément des honorables rédacteurs de ce recueil *, constitue une véritable exception à la règle ci-dessus établie, et me semble, à ce titre, offrir un certain intérêt.

Il s’agit, en efïet, dans l’espèce, d’un individu qui,

' Annales Médico-Psychologiqués.

mettant à profit une expérience acquise dans plusieurs milieux d’aliénés, a simulé, non pas l’imbécillité, mais bien l’aliénation mentale dans un de ses types les mieux définis. J’ajoute qu’il l’a simulée avec assez d’habileté pour provoquer neuf fois sa séquestration dans des asiles d’aliénés.

La persistance avec laquelle ce simulateur émérite a joué son rôle, pendant l’instruction d’abord, afin d’obtenir l’ordonnance de non-lieu; pendant le jugement, ensuite, afin de prévenir une condamnation, et après cette dernière, enfin, dans le but évident et avoué, au surplus, de se faire transférer dans un asile d’aliénés, d’où l’évasion, l’expérience le lui avait prouvé sept fois, lui semblait devoir être plus facile que d’une prison; cette persistance, ajoutons-nous, jointe aux divers incidents suscités par l’affaire, nous semble constituer pour le rapport ci-après un titre de plus à l’indulgente attention du lecteur.

Quelle que soit l’habileté déployée par l’acteur dans son jeu, hâtons-nous de dire que, s’il a pu tromper quelques personnes étrangères à la spécialité des maladies mentales, et fort excusables, d’ailleurs, de s’être mépris en l’absence des données sur lesquelles elles auraient pu asseoir une appréciation raisonnée, il n’a pu faire la moindre illusion à l’œil exercé des aliénistes qui ont été à même de l’observer.

RAPPORTS MÉDICO-LÉGAUX

Vol avec effraction.

SIMULATION DE FOLIE

Je soussigné, docteur en médecine de la Faculté de Paris, médecin en chef, directeur de l’asile public d’aliénés du département de Maine-et-Loire, commis par ordonnance de M. le juge dhnstruction, à l’effet d’examiner l’état mental du nommé Armand J..., inculpé de vols, et de savoir si cet individu a réellement la conscience de ses actes et s’il doit en encourir la responsabilité; après avoir prêté le serment prescrit par la loi, et après avoir visité le prévenu à la prison aussi souvent que cela m’a été nécessaire, ai consigné, dans le présent rapport, le résultat de mon examen.

J’ajoute que l’obligation de rendre cet examen exceptionnellement minutieux et attentif résultait évidemment pour moi du double considérant ci- après de l’ordonnance par laquelle j’étais commis.

(( Attendu, dit en effet le magistrat instructeur, que l’inculpé ci-dessus dénommé, déjà plusieurs fois condamné, a été renfermé à plusieurs reprises, avant et après ses condamnations, dans plusieurs asiles d’aliénés, mais qu’il ne résulte pas d’une façon certaine des renseignements donnés par MM. les directeurs de ces hospices la preuve que J.,, soit bien réellement aliéné ;

« Attendu qu’il est établi par l’information que l’inculpé n’avait donné aucun signe de folie dans les jours qui ont précédé son arrestation, et qu’à l’hôtel de

RAPPORTS MÉDICO-LÉGAUX

l’Europe, notamment, où il se trouvait en qualité de domestique le 3 septembre dernier, il s’est toujours conduit de manière à éloigner cette hypothèse de l’esprit de ceux qui l’entouraient; qu’il est indispensable, en conséquence, pour fixer l’appréciation des magistrats sur son compte, qu’un examen sérieux de l’état mental de J... (Armand) soit fait par un homme de l’art... »

HISTORIQUE DE l’ AFFAIRE.

La procédure qui m’a été communiquée constate que J... (Armand) a, d’abord, volé une somme de 9 francs dans une malle appartenant à un des autres domestiques de l’hôtel de l’Europe, et dont il a forcé la serrure ; qu’il a volé ensuite à un nommé Delaunay, journalier, demeurant rue d’Orléans, à Angers, chez le même logeur que lui, un pantalon noir, une paire de brodequins neufs et un chapeau qu’il portait sur lui au moment où il a été arrêté ; et qu’enün, après avoir forcé le loquet des contrevents, il s’est introduit par une fenêtre chez un nommé Planchenault, cultivateur à Sainte-Gemmes, et s’est emparé d’une somme de 20 francs environ, d’un gilet, d’un parapluie et d’un porte-monnaie. Ayant ensuite pénétré dans la cave de cette dernière personne, il y aurait bu, parait-il, au point de s’enivrer, et il était, m’assure-t-on, sous l’influence du vin qu’il venait de boire, lorsqu’il a été arrêté sur le territoire de la commune.

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