AUTOPSIE (VINGT-NEUF HEURES APRÈS LA MORT
État extérieur. — Roideur cadavérique; érosions légères au sacrum et aux grands trochanters; engorgements phlegmoneux vers l'aile droite du nez. On
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s'est assuré que du pus n'a pas fusé jusque dans l'intérieur du crâne, en suivant le trajet des nerfs olfactifs à travers la lame criblée de l'ethmoïde.
Crâne. — La dure-mère n'est que très faiblement épaissie; les vaisseaux du sinus longitudinal sont gorgés de sang. État légèrement poisseux du feuillet viscéral de l'arachnoïde ; pas d'épanchement intra-arachnoïdien. Les vaisseaux de la pie-mère sont légèrement injectés. Il n'y a pas d'extravasion sanguine, pas d'adhérence. Les enveloppes s'enlèvent et se détachent sans produire d'ulcérations à la surface du cerveau. L'injection est surtout apparente aux plexus choroïdes; dans les ventricules, on ne trouve qu'une très petite quantité de sérosité. La substance grise du cerveau est normale quant à sa couleur et à sa consistance. Il en est de même des couches optiques. La substance blanche présente un léger piqueté dans toute son étendue; les vaisseaux qui la parcourent semblent dilatés. Les enveloppes du cervelet ont le même aspect que celles du cerveau et présentent un engorgement peut-être un peu plus marqué. Dans la substance même du cervelet, l'injection est à peine marquée.
Moelle. — Les enveloppes de la moelle présentent exactement les mêmes caractères que celles du cerveau. Rien à noter dans la dure-mère; un peu d'épanchement dans l'arachnoïde; injection ici très manifeste de la pie-mère; absence de ramollissement, soit de la substance blanche, soit de la substance grise.
Thorax. — Pseudo-membranes sur le feuillet viscéral du médiastin antérieur, autour desquelles on observe une injection par arborisations s'étendant à trois
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centimètres environ; les pseudo-membranes ont une largeur moyenne d'une pièce de deux francs; quelquesunes s'étendent du feuillet pariétal au feuillet viscéral; elles ont une forme allongée et étroite. Epanchement séro-purulent entre les deux feuillets. Les poumons sont sains et ne présentent que quelques adhérences faciles à rompre. Le cœur est normal; ses cavités sont gorgées d'un sang noir et visqueux.
Abdomen. — Les viscères abdominaux n'offrent aucune lésion appréciable.
6e OBSERVATION
ASILE DE SAINTE-GEMMES '
Manie aiguë chez une femme enceinte.
Sommaire. — Antécédents. — - Début de la manie vers le sixième mois de la grossesse. — L'accouchement a lieu à terme et n'apporte d'abord aucune modification dans l'état mental. — Entrée à l'asile un mois après. — Persistance de la manie pendant les sept semaines qui suivent, puis amélioration et guérison au bout d'un mois.
En étudiant les caractères et la marche de l'aliénation mentale chez la malade qui fait le sujet de l'observation suivante, aussi bien que l'ensemble des conditions dans lesquelles elle s'est développée, il me paraît impossible de méconnaître la part qui doit être attribuée à la grossesse dans sa production, d'autant plus que l'influence de ce dernier état sur le dévelopment de la folie n'exclut pas celle d'autres causes de l'ordre physique ou moral, ainsi que l'a très bien établi M. Marcé dans son savant traité sur la folie des femmes enceintes.
Satisfaisant, d'ailleurs, à cette -condition « d'être produite directement par l'action d'un organe de la vie physique, de grandir par elle-même et de diminuer
1 Archives cliniques des maladies mentales et nerveuses, 1862.
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avec elle *, » l'aliénation mentale, dans l'espèce, me semble constituer un exemple irrécusable de cette folie sympathique qui a fourni à M. Loiseau le sujet de son excellente monographie.
Cette observation a été recueillie sous ma direction par M. Salet, un des internes du service.
Adèle S... est née le 4 septembre 1843. D'un tempérament éminemment nerveux, d'une constitution délicate, elle a toujours été très impressionnable. Malgré sa vivacité naturelle, malgré son humeur capricieuse, que ses parents, par excès d'affection, satisfaisaient toujours, elle était cependant douce, bonne et affectueuse. Élevée dans un bon pensionnat de Saumur, elle en sortit pour se marier presque immédiatement et à l'âge de dix-sept ans, à un jeune homme qu'elle affectionnait beaucoup. Elle devint enceinte quelques mois après et se montra très heureuse de cet événement.
Pendant les premiers mois de la gestation, on n'observa rien de particulier, à part les accidents ordinaires à cet état physiologique, tels que nausées, vomissements, etc. L'état mental et le caractère ne subissent aucune fâcheuse modification; mais vers le commencement du septième mois et à la suite d'une contrariété résultant de ce qu'on ne lui avait pas acheté le tilbury qu'on lui avait promis avant son mariage, contrariété qu'une violente odontalgie exagérait encore, on voit la gaieté disparaître, l'affection pour ses parents faiblir, et, chose singulière, cette jeune femme manifesta la crainte de devenir aliénée, sans
1 Bûchez, Société médico-psychologique. Séance du 4 novembre 1854.
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qu'il y ait eu dans sa famille aucun antécédent héréditaire.
Cette crainte ne tarde pas à devenir une triste réalité, et bientôt éclate un délire général, avec excitation, cris, penchant à la fureur et à la violence, et hallucinations de la vue et de l'ouïe.
Le médecin de la famille conseille de garder la malade jusqu'à sa délivrance, faisant espérer que le délire disparaîtrait avec l'état puerpéral.
L'accouchement a lieu à terme; l'enfant, parfaitement conformé, est immédiatement confié aux soins d'une nourrice; quant à la mère, aucun accident ne se montre : les lochies parcourent régulièrement leur période et la fièvre de lait s'établit parfaitement; mais l'état mental ne subit aucune modification heureuse. Il se présente bien quelques rares périodes de calme, mais jamais le délire n'a été suspendu, et les actes et les paroles ont conservé la même incohérence.
La famille se décide enfin, le 16 octobre 1861, un mois après l'accouchement, à conduire la malade à l'asile. A son arrivée, nous constatons une vive excitation, un délire général : la malade est sans cesse en mouvement; elle va, vient, fait toutes sortes de gestes, de contorsions; ses paroles n'ont pas la moindre suite, et elle parle avec une volubilité extrême. L'affection qu'elle avait pour les personnes qu'elle aimait le plus autrefois est remplacée par une antipathie profonde : elle ne peut souffrir la présence de son père, de sa mère, de son mari; jamais elle n'a parlé de sa fille. Presque toujours en proie à la même excitation, elle ne sent plus le besoin de manger, et son sommeil est nul.
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Le même état persiste sans changement appréciable jusque vers le 7 novembre. A cette époque, la malade devient plus tranquille; le délire n'a pas cessé, mais il est moins bruyant; bientôt on parvient à fixer son attention pendant quelques instants, et Ton peut obtenir quelques paroles raisonnables. Peu de jours après, la manière d'être de la malade est complètement modifiée; à ce reste d'excitation, à cette loquacité intarissable, ont succédé une prostration complète, un mutisme presque absolu, et la malade pleure sans cesse. Cet état se maintient jusque vers le 20 du même mois : elle parait enfin se réveiller; elle lève lentement la tête, son visage n'exprime plus l'égarement, ses yeux ne se fixent plus dans le vide ; mais un étonnement profond se reflète dans toute sa personne. Enfin elle se rappelle son accouchement, et « ma fille » est le premier mot qui sort de ses lèvres. Dès ce moment, la convalescence marche avec une grande rapidité, l'intelligence reprend définitivement son intégrité, et quelques jours après, Adèle S... pouvait écrire une lettre à son mari. Environ trois semaines plus tard (le 21 décembre 1861), elle sortait de l'asile parfaitement guérie ; plus d'un mois après, M. Billod recevait une lettre de ses parents qui lui annonçait que la guérison se maintenait et que la jeune femme avait repris toutes ses habitudes.
Avant de terminer, remarquons que les sentiments affectifs, qui s'étaient pervertis les premiers, sont aussi les premiers à reparaître, et que cette jeune femme, accouchée au milieu du plus violent délire, n'ayant jamais pu jouir de la présence de son enfant, reporte cependant vers cet être, cause de ses souffrances, les
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premières lueurs de son intelligence et les premières marques de son amour.
Notons enfin que la présence de l'albumine dans les urines n'a été constatée à aucune époque de la grossesse, non plus qu'après l'accouchement, et que la malade n'a, dans aucun temps, présenté la moindre atteinte d'éclampsie.