ÉTUDE DES LÉSIONS DE CETTE FACULTÉ
DANS L'ALIÉNATION MENTALE
Publié en 1847 dans les Annales mèdico-psychologiques, le travail qui suit porte le reflet des idées et des tendances qui dominaient alors dans la médecine mentale.
On sait, en effet, que, dans le mouvement des idées qui s'est opéré depuis Pinel et Esquirol, les esprits ont oscillé entre la méthode somatique et la méthode psychologique, pour aboutir à la méthode clinique qui a finalement prévalu.
M. le professeur Lasègue a caractérisé récemment dans les termes aussi justes que pittoresques qui suivent la tendance à laquelle les aliénistes ont obéi en adoptant cette méthode. « Il y a un proverbe qui dit : que toute branche détachée du tronc est destinée à périr. Cela est vrai pour la branche de la médecine mentale , elle a besoin de se rattacher au tronc de la médecine générale, sous peine de ne pas vivre. »
C'est, en effet, par cette méthode que la médecine mentale se rattache à la médecine générale.
Après avoir, au début de nos études, comme la génération médicale qui s'était formée à l'école somatique, cherché dans le cerveau et dans ses membranes les lésions explicatives des désordres mentaux qui caractérisent l'aliénation mentale, nous
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avons, nous aussi, comme nos maîtres, Falret père, F. Voisin et comme Parchappe, abandonné cette voie et nous nous sommes rangé résolument à l'école psychologique que nous devions abandonner plus tard à son tour dans ce qu'elle avait d'exclusif. L'anatomie pathologique réduite aux moyens d'investigation dont elle disposait alors n'ayant pu nous donner la raison première des phénomènes observés, nous avons cherché cette raison première dans une analyse psychologique des facultés de 1 homme aliéné et nous avons été ainsi conduit à étudier les lésions de chacune de ces facultés.
C'est, pour entrer dans cet ordre d'idées, que nous avons conçu et élaboré le travail qui suit, ainsi que nos deux mémoires sur les diverses formes de lypémanie et sur les lésions de l'association des idées.
Sans exclure la psychologie de Fétude des maladies mentales, nous avons cessé, à partir de la publication de ce dernier travail, de lui accorder la prépondérance que nous lui avions d'abord attribuée et, depuis ce moment, nous n'y avons plus vu qu'un élément d'étude qu'il convenait sans doute de ne pas négliger, en vue d'arriver à une symptomatologie complète de la folie, mais, dont il importait de ne pas exagérer l'importance au point de voir dans chacune des lésions observées, autre chose que des symptômes de l'entité générale dite : aliénation mentale, et au point de faire, par exemple, de ces lésions autant d'entités distinctes.
L'évolution, qui s'est faite dans notre esprit sous ce rapport n'est qu'un reflet de celle qui s'est opérée dans l'esprit d'un de nos regrettés maîtres, Falret père, et qui s'est affirmée d'une façon si magistrale dans les passages ci-après que nous empruntons à l'introduction de son livre sur les maladies mentales et les asiles d'aliénés.
« Nous avons montré, » dit ce savant aliéniste, « comment nous avions d'abord attribué une extrême importance aux lésions trouvées à l'autopsie des aliénés, dans le cerveau et dans ses membranes, et recherché dans l'anatomie pathologique la base scientifique de la médecine mentale.
« Nous avons indiqué, ensuite, comment ayant senti l'insuffisance des recherches anatomiques pour rendre compte des phénomènes multiples constatés chez les aliénés, nous nous étions alors adressé à la psychologie normale pour expliquer et classer rationnellement ces symptômes psychiques. Enfin, nous avons fait connaître comment nous avions compris les lacunes
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et môme les dangers de cette méthode psychologique importée dans la médecine mentale, et nous étions, enfin, arrivé à la dernière période de notre vie scientifique, c'est-à-dire, à la période clinique. Assurément, nous accordons encore à Tanatomie pathologique et à la psychologie normale une valeur réelle pour la connaissance complète des affections mentales, mais, au lieu de placer ces deux sciences au premier rang, nous les subordonnons à l'étude des faits, tels que la maladie les présente. »
Sous la réserve de l'interprétation qui fait des lésions de la volonté des symptômes d'une entité générale, au lieu d'en faire des entités partielles, nous croyons pouvoir maintenir l'étude que nous en avons faite, au même titre que celle qui se fait des troubles de l'intelligence, des lésions de la mémoire, des perversions d'instinct et des désordres sensoriaux.
En la reproduisant telle quelle, nous ne pouvons dissimuler que, si nous avions pu la reprendre comme nous en avions eu le projet, nous lui aurions donné une forme moinspsychologique, et plus pratique, si l'on peut ainsi dire.
C'est ainsi, par exemple, que nous aurions distingué les lésions de la volonté suivant qu'elles se rattachent aux quatre états ciaprès désignés : 1° dépression ; 2' excitation ; 3° perversion ou déviation ; 4° abolition ; et dont la caractérisque est :
Pour la dépression, la difficulté d'agir donnant lieu à une diminution dans les actes ;
Pour l'excitation, une impulsion à agir, s'afflrmant à son plus haut degré par de l'irrésistibilité dans les actes ;
Pour la perversion, ce que l'on appelle :1e délire dans les actes;
Pour l'abolition, l'impossibilité d'agir se traduisant par une absence d'actes et constituant une sorte de paralysie de la volonté.
Nous aurions rattaché à chacune de ces quatre divisions, nombre d'observations que nous avons recueillies depuis la publication de ce Mémoire.
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Considérations physiologiques et psychologiques sur la volonté, pour servir de base à l'étude des lésions de cette volonté.
Si l'on consulte tous les traités ou mémoires qui ont paru en pathologie mentale, on ne tarde pas à se convaincre que les troubles de l'intelligence, des sensations et des sentiments sont presque les seuls qui aient eu le privilège d'attirer l'attention des médecins, et qu'une lacune véritable existe relativement aux lésions de la volonté. A peine, en effet, si de loin en loin, dans le cours de quelque ouvrage, il arrive à l'auteur de laisser échapper un mot touchant cette faculté. Disons cependant qu'Esquirol semble avoir pressenti l'importance d'une étude qui aurait pour objet les altérations de la volonté. Nous trouvons, en effet, dans sa note sur la monomanie homicide le passage suivant que je crois devoir reproduire, car non seulement il fait connaître l'état de la science sur le sujet qui m'occupe, mais, j'y trouve encore comme une sanction anticipée de mon travail par ce grand maître : « Mais si, dit-il, l'intelligence peut être pervertie ou abolie, s'il en est de même de la sensibilité morale, pourquoi la volonté, ce complément de l'être intellectuel et moral, ne serait-elle pas troublée ou anéantie ? Est-ce que la volonté, comme l'entendement et les affections, n'éprouve pas des vicissitudes suivant mille circonstances de la vie?- Est-ce que l'enfant et le
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vieillard ont la même force de volonté que l'adulte? Est-ce que la maladie n'affaiblit pas l'énergie de la volonté ? Est-ce que les passions n'amollissent pas ou n'exaltent pas la volonté? Est-ce que l'éducation et mille autres influences ne modifient pas l'exercice de la volonté? S'il en est ainsi pourquoi la volonté ne serait-elle pas soumise à des troubles, à des pertubations, à des faiblesses maladives, quelque incompréhensible que cet état soit pour nous? Comprenonsnous mieux les maladies qui ont pour caractère la perversion de l'intelligence ou celle de la sensibilité morale? »
Ce passage d'Esquirol fait ressortir encore davantage le surprenant de cette lacune en pathologie mentale. Aussi, justement étonné de cet état de choses, et songeant, d'ailleurs, au rôle si important que joue la volonté dans la production de tous les phénomènes de l'ordre moral, dans toutes les manifestations de la personnalité humaine, j'ai dù rechercher les causes de ce silence des auteurs sur les altérations qu'elle peut subir. Aurait-on méconnu ou contesté, me suis-je d'abord demandé, l'importance de cette faculté ? Mais cette exphcation ne pouvait soutenir le moindre examen. Comment, en effet, méconnaître ou contester l'importance d'une faculté sur laquelle reposent toute la morale, toute l'histoire, tous les gouvernements, toutes les institutions politiques ou religieuses, toutes les législations, tous les systèmes d'éducation, de répression, de punition et de récompense ; sans laquelle on ne saurait comprendre les notions du mérite et du démérite, du juste et de l'injuste, les idées de droit, de devoir, de hberté, de libre arbitre, de responsabi-
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lité, de vice, de crime, de vertu ? N'est-ce pas pour régulariser son exercice dans les sociétés qu'a eu lieu la pénible élaboration des lois, ce que démontrent d'un bout à l'autre et le Bulletin des lois et le Code civil ? Et n'est-ce pas avec beaucoup de raison qu'un philosophe éminent de nos jours a pu dire que la volonté était ce qu'il y a de vraiment personnel, de réellement humain dans l'homme ? Je ne pouvais pas davantage, pour me rendre compte de cette lacune, invoquer la rareté des lésions de cette faculté; car, il est bien peu d'aUénés, s'il en est même, qui n'en présentent sous une forme ou sous une autre, et à tel ou tel degré ; c'est du moins ce que démontre l'observation dirigée dans ce sens, et ce que l'on pourrait même concevoir a 'priori.
Enfin, après avoir tour à tour passé en revue et rejeté plusieurs autres expHcations, j'ai cru voir la raison principale de cette omission dans la manière dont la volonté a été comprise par les uns et par les autres. Pour beaucoup de personnes, par exemple, la volonté ne représente pas une faculté aussi distincte que l'intelligence et la sensibilité ; elle se réduit en quelque sorte à des organes qui obéissent et à des facultés qui ordonnent. Soit, par exemple, une intelligence concevant un acte à accomplir, et une motilité accomplissant cet acte, ces personnes pensent que tout est dit, oubliant que cet acte ne s'accomplirait jamais sans l'intervention d'une troisième faculté qui établit un rapport entre l'intelligence qui conçoit et fixe un acte et la motilité qui l'accomplit ; en d'autres termes, d'une faculté qui fait que la motilité entre en exercice pour l'accomplissement d'un acte conçu , délibéré ,
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et déterminé,, par l'intelligence. Il n'est pas moins nécessaire de tenir compte de cette troisième faculté, que de connaître en anatomie les moyens d'union de deux os dont on veut apprendre l'articulation.
D'autres, plus psychologistes, au rebours des précédents pour qui la volonté consiste plutôt dans la fonction qui accomplit que dans la faculté qui conçoit la volition, la font consister beaucoup plus dans la seconde que dans la première. La volonté, pour eux, est une faculté presque exclusivement intellectuelle ; la motilité vient bien à la suite, il est vrai, mais lorsqu'elle commence, la volonté a déjà prononcé, le muscle ne fait qu'obéir, et sa contraction n'est pas même nécessaire pour qu'il y ait exercice de la volonté. Cette opinion, aussi exclusive que la précédente, méconnaît comme elle le rapport qu'établit la volonté entre l'intelligence et la motilité, entre la faculté qui conçoit et la fonction qui exécute ; en d'autres termes, elle ne tient pas suffisamment compte du rapport qui unit l'agent à l'instrument, rapport dans lequel gît essentiellement la volonté. Un homme par exemple, doué d'une intelligence parfaitement saine et en état de bien concevoir et de bien délibérer, et d'une motilité intacte, serait exactement, sans la volonté, dans la situation d'un pianiste de talent en présence d'un instrument excellent dont il ne pourrait se servir ; le talent de cet artiste et les qualités de cet instrument ne se révéleront que quand le rapport s'établira entre run et l'autre. En méconnaissant ce rapport, les deux opinions dont il vient d'être parlé conduisent à une sorte de négation de la volonté qui nous donne la clef du silence que l'on a gardé sur les altérations de cette
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faculté ; il est clair qu'elles ont presque toutes été rattachées à des lésions, soit de la motilité, soit de l'intelligence. Il est assez remarquable, toutefois, que malgré cette négation et malgré ce silence, l'importance de la volonté n'ait été contestée par personne ; mais, il faut bien le dire, son adoption est le fait d'une sorte d'intuition non raisonnée ; il en est à peu près de ces vérités reconnues par tout le monde, sans cependant être bien comprises, comme de ces lumières dont l'éclat vous frappe sans que vous soupçonniez la nature du foyer d'où émanent les rayons. Pour nous qui entreprenons un travail sur les maladies de la volonté, nous devons d'abord fixer le sens dans lequel nous entendons ce mot, afin de prévenir le reproche peut-être formulé déjà dans l'esprit du lecteur, de bâtir sur le sable, en essayant de résoudre une question dont les termes seraient, sinon absolument inconnus, du moins mal établis. De là résulte clairement la nécessité d'entrer dans quelques considérations de physiologie psychologique, avant d'aborder la partie pathologique de ce travail.
Ce n'est point sans intention que j'ai uni de cette manière la physiologie et la psychologie ; la scission profonde qui trop longtemps a séparé ces deux sciences, disons mieux, ces deux branches d'une même science, nuisait trop à la solution que je cherche pour que je ne dusse m'efforcer de la faire disparaître ; il est temps d'ailleurs que, faisant rentrer la psychologie dans la physiologie, dont elle pouvait être distinguée mais jamais séparée, on n'intercepte plus la lumière que se prêtent mutuellement ces deux points de vue d'une même chose, l'organisation humaine.
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La volonté impliquant nécessairement l'idée d'activité, nous devons commencer par cette dernière.
On donne le nom d'activité au pouvoir que nous partageons avec certains êtres de produire des changements en nous-mêmes ou dans les êtres qui nous sont extérieurs, en d'autres termes, de nous modifier ou de modifier ces mêmes êtres.
Tout le monde sait distinguer l'actif du passif ; aussi ancienne que le monde, cette distinction se trouve confirmée dans toutes les langues où il y a des verbes actifs et passifs, exprimant les uns des actes produisant des modifications, les autres des modifications opérées par certains actes.
Si nous jetons les yeux sur le monde extérieur, nous le peuplons d'êtres actifs ; lorsque nous sommes témoins de ces innombrables effets qui se produisent à la surface de la terre, bien que nous n'apercevions que des rapports de succession , nous admettons aussi des rapports de causalité , nous rapportons ces effets à une cause, à un pouvoir propre à certains êtres de les produire. Nous savons très bien, par exemple, que c'est le vent qui agite les feuilles dans les arbres, que c'est lui encore qui fait marcher un vaisseau en enflant ses voiles ; la vapeur possède une activité qui fournit de nos jours les appHcations les plus merveilleuses, et que nous lui attribuons ; l'aimant exerce une action sur le fer ; la chimie nous révèle une infinité d'actions des corps les uns sur les autres ; et l'immortel Newton ne nous a-t-il pas fait connaître, par sa loi de l'attraction, la force qui fait graviter les corps? L'esprit humain, aux premiers âges de la science, a d'abord recherché la cause des effets dont il était
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témoin; puis, entraîné par cette soif de connaître, attaché à l'exercice de l'intelligence comme la faim est attachée à l'exercice des fonctions digestives, il s'est posé pour problème : rechercher la cause de la cause, poursuivant cette recherche jusqu'à ce qu'il arrive à cette limite de la vérité scientifique qu'il ne peut plus dépasser; il n'a pas plus tôt franchi une barrière, qu'une autre se dresse sur ses pas. Malgré les progrès incontestables qu'ont faits les sciences naturelles depuis que Bacon inaugura la méthode d'observation, malgré cela, dis-je, et malgré les travaux immortels de tant de savants, la science ne peut encore être définie avec Pascal « qu'une ignorance savante qui se connaît. » Mais si l'esprit humain est bientôt arrêté dans ses rapports de causalité, il n'en est pas moins vrai que nous pouvons constater une puissante activité se développant de toutes parts à la surface de la terre. Or tout le monde reconnaît aisément les caractères de cette activité ; c'est une activité qui s'ignore ; elle est exercée par des causes aveugles;, elle n'a pas l'initiative de cet exercice ; elle ne se possède pas ; elle ne sait ce qu'elle fait, et ce qu'elle fait, il ne dépend pas d'elle de ne le pas faire ; elle ne se sent pas agissante et elle n'aperçoit ni la fin, ni le but qu'elle va atteindre. Les forces naturelles manquant d'intentionnalité ne peuvent représenter, en définitive, que des instruments, que des ressorts.
Après ce coup d'œil rapide jeté sur les effets que nous voyons se produire autour de nous dans la nature, et sur les caractères de l'activité qui les produit, si nous examinons les actes généraux rapportés à l'homme, nous établissons de suite une grande diffé-
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rence, Les uns relèvent de cette activité aveugle, de cette activité qui s'ignore et qui est propre aux objets et aux êtres dont notre globe est peuplé ; il est, en effet, des actes que nous produisons sans que nous en ayons la responsabilité, des actes qui ne nous appartiennent pas, pour lesquels nous manquons d'intentionnalité, car nous n'avons pas, en les exécutant, la conscience de pouvoir faire le contraire. Tels sont : par exemple, sans parler des phénomènes si nombreux qui se passent dans les liquides et les solides de notre économie, soumis comme tous les autres à l'empire des lois physiques, et sans parler non plus de tous ces phénomènes organiques et fonctionnels à la production desquels est affecté un système nerveux spécial, le système nerveux ganglionnaire, tels sont : dis-je, les actes que nous exécutons à l'aide du système nerveux de la vie de relation ; sous l'influence de l'instinct dans l'enfance et même plus tard, lorsqu'il nous entraîne en dépit que nous en ayons, ou à notre insu ; sous l'influence de certains penchants ou appétits ; dans certaines circonstances où la sensibilité vivement affectée réagit énergiquement à la suite de certaines impressions ; dans certaines maladies ; pendant le sommeil et sous l'influence de l'habitude.
La foUe semble souvent substituer à la volonté, activité volontaire, une activité de ce genre, c'est-àdire une activité involontaire. Ne pouvant nous étendre ici sur les instincts, les penchants, les passions, le sommeil et les habitudes considérés au point de vue de l'activité et dans leurs rapports avec la volonté, nous passons outre pour le moment, nous réservant de combler plus tard cette lacune. Mais, à côté de ces
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actes qui ne dépendent pas de nous, dont nous ne sommes pas responsables et que nous ne pouvons pas nous attribuer, sont des actes qui ne relèvent que de nous-mêmes, que nous avons la conscience de produire, que nous pouvons commencer ou finir, interrompre ou continuer, dont nous acceptons la responsabilité, dont nous nous attribuons le mérite ou le démérite, et qui nous attirent, par conséquent, le blâme ou la louange. Ces actes peuvent vraiment être dits : nôtres ; nous sentons tous en les exécutant que nous usons de notre libre arbitre, que nous avons le pouvoir de les produire, de les suspendre ou de les continuer; nous avons bien ici la conscience d'être cause et non plus quelque chose comme une force naturelle. C'est à ce pouvoir que l'on donne le nom de volonté, dans le sens psychologique le plus général ; mais, nous ne saurions nous contenter de cette définition pour l'étude à laquelle nous nous livrons ; nous devons préciser davantage. La volonté est une faculté éminemment complexe, composée d'éléments nombreux; mais, on arrive facilement à établir parmi ces éléments une distinction fondamentale.
Donnant le nom de volition à ce qui doit ou peut être voulu, il faut bien admettre des facultés qui engendrent, font naître, préparent et déterminent la volition ; il n'est pas moins nécessaire d'admettre des facultés ou fonctions qui l'exécutent, et enfin un je ne sais quoi d'intermédiaire qui fait que, la volition étant toute préparée et déterminée, une faculté ou fonction entre en exercice aussitôt pour son accomplissement. Or, ce je ne sais quoi constitue ce qu'il y a d'essentiel dans la volonté, c'est même là la volonté proprement dite
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et dans le sens physiologique le plus pur. Cet élément est la partie essentielle de la volonté, avons-nous dit, tandis que les autres ne sont, en quelque sorte, que des accessoires empruntés à d'autres facultés. Presque toutes les facultés et surtout les facultés intellectuelles concourent à la création, à la délibération et à la détermination de la volition; plusieurs de ces mêmes facultés se prescrivent à elles-mêmes l'accomplissement de certains actes, et nous verrons que sous l'influence de la volonté, l'intelligence entre aussi bien en exercice pour l'exécution d'un acte intellectuel, que la motilité pour l'accomplissement d'un acte de son ressort. Parmi les facultés qui concourent à l'exercice de la volonté, les unes, nous l'avons déjà dit, jouent le rôle d'agent et représentent, qu'on nous permette cette comparaison, l'analogue d'un pouvoir législatif, tandis que les autres jouent le rôle d'instrument et représentent l'analogue d'un pouvoir exécutif; la volonté proprement dite établit un rapport entre ces deux pouvoirs.
Nous trouvons à cette manière d'envisager la volonté, outre la clarté, l'immense avantage de concilier la physiologie et la psychologie, suivant notre plus ferme désir. La philosophie, en effet, définit la volonté : ce pouvoir en vertu duquel nous produisons des actes dont nous sommes les causes véritables, des actes que nous avons consentis, dont nous sommes responsables, des actes vraiment nôtres.
La définition physiologique repose principalement sur l'exécution. Or, nous croyons que la meilleure définition est la suivante que nous pouvons donner dès à présent, sans craindre de rester incompris,
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grâce aux détails dans lesquels nous sommes déjà entré : la volonté est ce pouvoir que nous avons de faire entrer en exercice un certain nombre de fonctions et de facultés, en vue de produire des actes qui revêtent les caractères assignés par la philosophie aux actes volontaires. - C'est par ce pouvoir que l'homme a le maniement de son organisme, la haute direction de son activité; c'est par lui qu'il dirige incessamment son esquif vers le but marqué par l'intelligence; c'est lui qui ordonne l'exercice à l'intelligence, à la mémoire, à l'attention aussi bien qu'à la musculation S mais toujours en vue d'un but déterminé et aperçu, et c'est bien ce pouvoir qui justifie cette phrase déjà citée par nous : « La volonté représente ce qu'il y a de vraiment personnel, de réellement humain dans l'homme. »
Bien que les éléments qui constituent la volonté ne soient pas tous essentiels et que plusieurs soient accessoires et empruntés à d'autres facultés ou fonctions, ces accessoires sont assez importants, cependant, pour que nous devions en tenir compte dans les détails qui suivent.
Trois ordres d'éléments constituent la volonté, et correspondent chacun à un certain ordre d'opérations spéciales. Ainsi nous avons :