‹ Des maladies mentales et nerveusesChapitre 2 sur 50 · RELATIVES A LA · texte numérisé non relu

RELATIVES A LA

STIPTOMATOLOGIE DE l'ÉPILEPSIE

Ce Mémoire ouvre la série des travaux que nous avons publiés dans le cours de notre carrière scientifique. Il a paru dans les Annales médiœ-fsychologiques (cahier de novembre 1843) et marque par suite le point de départ de notre collaboration à cet important recueil, en faisant remonter ce point de départ à l'année même de sa fondation.

Travail de premier jet, ce produit de notre jeunesse scientifique laisse l'histoire de l'épilepsie bien en arrière de ce que l'ont faite depuis les applications à son étude des théories modernes sur le système nerveux vaso-moteur, et sur l'action réflexe. Toutefois, si on veut bien le lire avec quelqu'attention, on verra qu'il contient, sous la forme d'hypothèses que l'inexpérience de l'auteur ne lui permettait d'avancer qu'avec réserve, certaines vues que les progrès de la science devaient plus tard confirmer. C'est ainsi, par exemple, qu'après avoir discuté

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

1 opmioa de Beau, relative au cri initial, considéré par ce savant comme une expression.de surprise, comme une interjection d alarme provoquée par l'invasion soudaine du mal épileptique nous avons cru pouvoir émettre celle qui rattache le cri initiai à 1 influence convulsive. Or, cette dernière opinion est celle qui nous semble avoir prévalu dans la science. Je puis, entr'autres auteurs qui Font admise, citer Grisolle, qui, dans les premières éditions de son Traité de pathologie interne, s'exprime ainsi •

« Le cri que beaucoup d'épileptiques poussent au début de 1 attaque est attribué par M. Beau à une expression rapide de surprise qu'éprouverait l'individu en tombant; mais il vaut mieux le regarder, ainsi que l'a fait M. Billod, comme un effet purement mécanique de la convulsion des organes de la voix ,.

Le docteur Brown Séquard, après l'avoir rappelée dans ses leçons sur les nerfs vaso-moteurs , sur l'épilepsie et sur les actions réflexes normales et morbides, fournit une explication qui l'admet et la complète en même temps. {Comptes-rendus de r Académie des sciences, 1849, vol. XXIX, p. 612; etExper,Researches applied to Physiol. and Pathol. New- York, 1853, p. 54, 55.)

Elle est admise également par M. Delasiauve dans son remarquable Traité.

Entr'autres vues émises dans ce Mémoire on a bien voulu relever celle qui tend à établir que la convulsion peut agir sur la sensibilité, et contribuer à son abolition.

N'était-ce pas émettre a priori une idée qui devait être plus tard confirmée et expliquée par M. Brown Séquard, que de dire à la page 28, que, dans les crises violentes « se composant d'accès rapidement croissants en nombre et en intensité, la congestion, d'abord effet, peut à son tour devenir cause d'accès ? » La confirmation par M. Brown Séquard de cette donnée résulte de ce que, d'après ce savant physiologiste, l'injection de sang chargé d'acide carbonique dans les carotides ou dans les artères cérébrales, cause immédiatement des convulsions épileptiformes.

La congestion cérébrale étant, dans l'espèce des épileptiques en période d'accès sub-intrants, de nature asphyxique, puisqu'elle se rattache, ainsi que nous l'avons admis dans le cours de notre travail, à ce qu'on peut appeler une asphyxie par action convulsive des muscles respirateurs, il y a lieu de penser que le sang qui afflue au cerveau de ces épileptiques est chargé d'acide carbonique et qu'il place par suite ces derniers dans les conditions indiquées par M. Brown Séquard, d'un animal dans les carotides ou les artères vertébrales duquel on injecte de ce sang.

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Parmi les faits signalés dans ce Mémoire, on a bien voulu remarquer le phénomène réflexe d'une sensation d'aura epileptica terminant un accès comme elle lui avait servi de prélude, en suivant toutefois le trajet inverse, et que pour ce motif nous avons cru pouvoir appeler aura epileptica de retour.

En terminant ce préambule, nous sommes heureux de nous prévaloir du jugement porté sur notre travail par un des hommes qui ont le mieux étudié l'épilepsie, et qui a écrit sur la matière un livre devenu classique, nous voulons parler de M. Delasiauve.

Après avoir rappelé les vaines tentatives de nos devanciers et par exemple, de Mercurialis, de Sennert, de Boerhaave, d'Herpin (de Genève), de Beau, et après avoir rendu au Mémoire de ce dernier un hommage à coup sûr bien mérité, notre bienveillant confrère s'est exprimé ainsi dans le chapitre de son livre intitulé Théorie des accès.

« Si intéressantes ou judicieuses qu'elles pussent être, ces remarques ne sauraient constituer par leur caractère accidentel, une appréciation méthodique. C'est à M. Billod qu'il était réservé de la tenter et de l'établir.

C'est sans doute un sujet bien digne de l'attention des médecins qu'une maladie aussi foudroyante dans ses symptômes, aussi obscure dans sa pathogénie, et aussi rebelle à toute médication que l'épilepsie. Mais pour se livrer à une exploration fructueuse du sujet, pour concourir aux progrès de la science, l'observateur est obligé de chercher ailleurs que dans l'anatomie pathologique le point d'appui qui convient à sa marche incertaine, l'épilepsie, comme on sait, n'étant point encore comprise dans le rayon lumineux qu'a projeté autour d'elle cette science toute moderne.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

Mais, si l'anatomie pathologique nous fait complètement défaut, nous trouvons dans la physiologie pathologique un très puissant auxiliaire. Nous entendons par physiologie pathologique, une appréciation aussi analytique, aussi physiologique que possible, des symptômes, seuls éléments qui puissent ici être saisis par l'observation.

C'est donc avec une conviction intime de l'importance de la symptomatologie, que nous nous livrons à ces recherches, qui, du reste, ne constituent que la première partie d'un travail que nous espérons étendre à des questions relatives à l'étiologie et aux autres points de l'histoire de l'épilepsie, quand nous serons pourvus de documents plus nombreux, et que nous aurons plus longuement médité sur le sujet.

C'est dans le service de notre excellent maître, M. le docteur Félix Voisin, dans la première section des épileptiques de Bicêtre, que nous avons puisé tous nos faits. Cent épileptiques soumis à notre observation nous ont fourni la base de ce travail. Puisse l'observation avoir eu, dans nos mains, un peu de l'utilité que lui attribue Bacon, celle du « phare qui doit illuminer l'édifice. »

Les symptômes de l'épilepsie se divisent tout naturellement en symptômes précurseurs^ symptômes de Vaccès proprement dit, et symptômes consécutifs. On peut joindre à ces trois groupes un ensemble de signes qui, résultant des diverses modifications à la longue et incessamment imprimées à l'organisme par l'état épileptique, pourraient caractériser et faire admettre une constitution épileptique. Telles sont les quatre divisions de notre travail.

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fo Symptômes précurseurs.

Ces phénomènes manquent assez souvent. Chez un assez grand nombre de malades, en effet, l'attaque est soudaine, éclate sans être annoncée par aucun signe appréciable ; elle surprend l'individu dans toute l'intégrité de ses fonctions et facultés, et l'on observe un développement simultané aussi bien qu'instantané des divers symptômes de l'accès. Mais, chez d'autres malades, qui font l'objet de cette première partie, l'accès, dont l'invasion peut être tout aussi foudroyante que dans le cas précédent, est précédé de phénomènes précurseurs ou prodromes, que nous pouvons tout d'abord diviser en deux séries. La première se composera de prodromes que nous nomm.erons immédiats, parce qu'ils ne précèdent l'accès que d'un temps fort court, à peine appréciable, qu'ils paraissent faire corps, en quelque sorte, avec cet accès qui succède à leur manifestation aussi nécessairement et aussi rapidement que l'éclat du tonnerre au sillonnement de l'éclair, et dont ils constituent en quelque sorte une des phases : le premier degré.

La deuxième série comprendra des prodromes que nous nommerons médiats, parce qu'ils ne précèdent pas l'accès d'un temps aussi court, mais d'un temps variable entre quelques minutes et quelques jours, et qu'ils peuvent paraître indépendants de cet accès Telle serait, par exemple, une épistaxis observée deux heures avant une attaque d'épilepsie. Nous sommes forcés d'admettre- ici cette restriction, qu'un phénomène, pour être réputé précurseur, pour revêtir tous

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les caractères du vrai prodrome, doit avoir précédé et doit précéder ordinairement chaque attaque, sans quoi il serait possible de rattacher à l'épilepsie ce qui en est indépendant, de voir dans une simple coïncidence une relation de cause à effet.

Phénomè7ies précurseurs médiats. — Ceux que nous avons le plus fréquemment observés sont : un trouble des facultés intellectuelles, variable entre le trouble de l'ivresse ou l'aliénation partielle, et Topacité la plus complète, ou l'aliénation générale; une modification dans les facultés sensoriales, dans le cours et le rappel des idées, dans le caractère, qui peut brusquement devenir insolent de poli, irascible et impatient de doux et patient, impudique de réservé, relâché d'austère, léger de grave, grossier d'honnête, audacieux de timide, insouciant d'inquiet, joyeux et loquace de triste et taciturne, et vice versa. Celui-ci présente des hallucinations ou des illusions, ou l'un et l'autre phénomène ; celui-là, une légère excitation maniaque, un autre, de la manie franche.

Tel perçoit une sensation d'amertume, tel autre exhale une odeur particulière sui generis. D'autres fois ce sont des palpitations de cœur, de la constriction ou anxiété épigastrique, des frissons irréguliers. Chez plusieurs épileptiques le visage pâlit ou se colore, les yeux s'injectent, leur pupille se dilate, ils sont agités par un tremblement vibratile, et brillent d'un éclat inaccoutumé, les paupières paraissent plus humectées. Quelques personnes ont une hémorrhagie ou éprouvent de la céphalalgie, des tintements d'oreilles, des éblouissements, des battements de l'artère temporale, etc. ; ces derniers signes se manifestent ordinal-

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

rement chez les épileptiques à tempérament sanguin. Donnons quelques exemples :

Quelques malades, dont les observations ont été publiées par nous dans la Gazette des Hôpitaux, pour servir de base à la distinction d'une variété d'épilepsie que l'on peut nommer hijstéri forme, nous ont présenté des prodromes médiats.

Le premier de ces malades, nommé S , est pris

une demi-heure avant l'accès, d'un fourmillement et d'une faiblesse insolite dans les jambes, d'un trouble intellectuel à peu près semblable à celui que l'on observe dans l'ivresse alcoolique.

Les prodromes du deuxième malade, nommé L ,

consistent en tristesse, avec trouble de la vue et pesanteur de tête, pressentiment et crainte d'accès.

Le troisième, nommé B , est averti deux heures

d'avance, par une épistaxis et des crampes articulaires.

Le quatrième malade sera cité quand il sera question des prodromes immédiats.

Quelques autres malades dont l'épilepsie n'affecte pas la forme hystérique de ceux dont nous venons de parler, nous ont présenté quelques particularités au point de vue des prodromes médiats.

Un jeune homme, nommé B , âgé de dixneuf ans, d'un tempérament sanguin, d'une bonne constitution, d'une mémoire et d'une intelligence médiocres, ayant eu la scarlatine sans complications à l'âge de neuf ans, et une fièvre cérébrale avec délire intense à l'âge de dix, est atteint d'épilepsie depuis trois ans. Cette maladie semble reconnaître pour cause des excès de masturbation et une vive frayeur éprou-

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vée dans une cave huit jours avant l'explosion du premier accès. Chaque paroxysme est précédé deux ou trois jours à l'avance d'un état d'excitation maniaque, avec délire général, tendance à frapper, et hallucinations de la vue et de l'ouïe.

Ce malade voit et entend sa mère et sa sœur, avec qui il s'entretient.

Un malade , nommé P , dont l'observation ne

présente, d'ailleurs, rien de particulier, est averti de l'invasion de ses accès d'épilepsie, qui ont lieu d'ailleurs à une heure variable de la journée, par une envie d'aller à la selle que souvent il ne peut satisfaire, et qui constitue un véritable ténesme ; suivant l'expression du malade, « c'est une envie qui n'est pas ordinaire. »

Un vieillard, nommé L , âgé de soixante-dix

ans, ancien perruquier, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution ordinaire, d'une santé habituellement bonne, du reste, est frappé d'accès d'épilepsie dont la fréquence a été décroissant avec l'âge. Il n'y a qu'une circonstance dont nous puissions tenir compte, comme ayant pu influer sur la production de cette maladie, c'est un exercice prématuré des fonctions génitales : ainsi le premier accès de ce malade a fait invasion pendant le premier acte copulateur auquel il s'est livré, à l'âge de treize ans. Cette cause ou circonstance occasionnelle semble avoir caractérisé les prodromes qu'ont toujours présentés les accès de cet homme, et qui consistent en phénomènes que le malade compare à ceux qui se montrent pendant l'acte copulateur, et qui ne s'en distingueraient que par la sensation agréable et spéciale ordinairement éprouvée.

SYMPTOMAÏOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE. 9

Le malade éprouve ces phénomènes entre cinq et dix minutes avant l'accès parfait ; il le pressent donc, et se prémunit contre les dangers de la chute en s' étendant sur son lit ou par terre.

Un dernier malade, nommé G , sur lequel nous

reviendrons avec plus de détails en nous occupant des prodromes immédiats, est averti de ses accès, deux jours d'avance, par une céphalalgie de la partie antérieure de la tête, avec chaleur de la peau, soif et fréquence du pouls.

Nous bornons là notre énumération. Ces divers phénomènes échappent, dans l'état actuel de la science, à toute explication physiologique, à toute théorie générale, qui aflécterait une autre forme que la forme hypothétique ou dubitative. Le moment n'est point encore venu, en pathologie nerveuse, et dans ce cas particuHer de l'épilepsie, de se livrer à un travail fructueux et sûr de coordination : les matériaux, les éléments nous manquent. Observons encore et gardonsnous des inductions prématurées, leur moindre danger serait d'engager l'esprit dans une fausse voie, qu'il abandonnerait d'autant moins aisément qu'il s'y croirait entré par la force du raisonnement. Le même danger n'est pas attaché à l'hypothèse; l'esprit l'abandonne aisément quand la lumière lui vient ; car il sait après tout, que ce n'est qu'une hypothèse; c'est, d'ailleurs, un point de départ précieux, quand il est retenu dans de sages limites, pour de nouvelles investigations.

Je crois donc pouvoir dire hypothétiquement que je considère les phénomènes précurseurs médiats comme des phénomènes sympathiques éveillés dans divers

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organes par le cerveau qui, semblant pressentir la cause qui doit le frapper, s'ébranle préliminairement, qu'on nous permette ce langage figuré, comme s'il se montrait à la cause qui doit le frapper, idiosyncrasiquement disposé à recevoir son impression. Nous devons dire, pour l'intelligence de ce que nous venons d'avancer, que nous admettons dans toute cause de maladie deux éléments distincts : un élément extérieur, indépendant de l'organe, et se tirant de toutes les circonstances extérieures, que nous voulons bien appeler causes, et qui ne sont tout au plus que les conditions extérieures du développement d'une prédisposition; et un élément intérieur, organique, pourrait-on dire, que l'on nomme vaguement prédisposition ou disposition idiosyncrasique, dont le développement peut s'effectuer avec et quelquefois sans le concours du premier élément admis, la cause extérieure.

Cette distinction de deux éléments dans toute cause agissante repose sur ce fait, que l'on voit souvent une même cause donner lieu à des maladies bien différentes, suivant les individus, ou encore chez un même individu suivant les temps. Il y a là certainement une réaction de l'organe sous l'influence de la condition extérieure, une manière d'être particulière. Soit, en effet, un exemple de dix individus passant brusquement du chaud au froid, tout étant égal, d'ailleurs. Cette cause occasionnelle, dont l'influence ne peut être révoquée en doute, pourra développer chez deux la disposition organique à la pneumonie, il y aura pneumonie; chez deux autres, elle pourra développer la disposition au rhumatisme articulaire, et il y aura rhumatisme articulaire; chez deux autres, il y

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aura angine ; chez les quatre qui restent, il n'y aura

rien.

Qui viendra dire que, dans un pareil état de choses, l'organe est resté étranger à la production de la maladie, n'a pas réagi idiosyncrasiquement sous l'impression de la cause occasionnelle ?

Dans le cas qui nous occupe, les prodromes médiats seraient en quelque sorte des révélations sympathiques de la manière d'être, de l'idiosyncrasie épileptique du cerveau, indépendantes de la cause qui doit le frapper.

Prodromes immédiats. — Ces phénomènes, comme nous l'avons dit, font partie intégrante de l'accès, ils en sont comme le commencement et participent de sa rapidité d'invasion; ils consistent ordinairement en sensations locales, comme l'a très bien fait remarquer M. Beau, tandis que les précédents consistent en modifications de l'état général, à quelques exceptions près. Leur manifestation dans des organes plus ou moins éloignés de l'organe central d'innervation a fait assigner à l'épilepsie plusieurs sièges, et est devenu ainsi une cause d'erreur. L'erreur, erreur de mots sans doute, résulte de ce que l'on ne s'est pas entendu sur le mot siège. Le siège n'est pas la partie d'où part une cause, cette cause venant souvent de l'extérieur, mais bien l'organe vers lequel elle tend quand elle ne le frappe pas d'emblée, et sur lequel elle concentre, en définitive, son action spéciale. De ce que la sensation d'un souffle commence au bout d'un doigt ou d'un orteil, remonte le long du membre et détermine l'invasion de l'accès quand il arrive au cerveau, conclura- t-on que le doigt ou l'orteil est le siège

12 SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

de l'épilepsie? Le véritable siège, ce me semble, est 1 organe qm, par une modification que lui imprime la cause, quel que soit le point de départ de celle-ci donne lieu aux symptômes épileptiques. Les symptômL sont, en quelque sorte, /e.s actes fonctionnels de C organe, en tant qu'organe malade. Tant que le souffle marche,' il n'y a pas encore d'épilepsie : à preuve, point encore de perte de connaissance, point encore de convulsion ; il n'y a épilepsie que quand il est arrivé au cerveau, où tout se passe alors comme s'il s'agissait d'une attaque soudaine sans prodromes. Le cerveau reste toujours le siège de l'épilepsie, quel que soit le point de départ de la cause, qui peut résider dans des organes plus ou moins éloignés, qu'elle quitte à quelques intervalles, pour venir frapper son organe spécifique. Ces organes, éloignés souvent, ne font que l'office de conducteur, c'est en passant par eux que la cause arrive à frapper le cerveau. L'évolution de la cause épileptique, dans l'épilepsie à aura, peut, jusqu'à un certain point, être comparée à l'évolution d'une disposition cancéreuse générale, demeurant latente jusqu'à sa localisation dans certains organes dits spécifiques.

Le cerveau, dans toutes les épilepsies, est aussi nécessaire comme organe ou instrument de l'acte pathologique dit : attaque d'épilepsie, que l'est le poumon pour l'acte physiologique dit : respiration.

Et d'ailleurs, comment, sur le vivant, déterminet-on le siège d'une lésion? Par les symptômes. Du symptôme ou trouble de la fonction, on remonte par le raisonnement à la modification de l'organe. Or, à quel autre organe que le cerveau voudrait-on rapporter les

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symptômes de l'accès, le plus essentiel, par exemple, de ces symptômes, la perte de conscience ?

La transmission de la cause, dans ces sortes de pérégrinations intermittentes, se fait par irradiation nerveuse.

Dans ces derniers temps, M. S. Grantham a publié, dans le London médical Gazette, un travail sur l'épilepsie, travail dans lequel il arrive à diviser l'épilepsie en cérébrale, spinale et cérébro-spinale. Or, de deux choses l'une : ou l'auteur considère, dans certains cas, la moelle épinière, ou la moelle allongée, comme pouvant donner lieu aux symptômes épileptiques sans la participation du cerveau. Gomment alors explique-t-il le caractère involontaire de la convulsion, et la perte de conscience et de sensibilité ? A quel organe les rapporte-t-il ? Tous les symptômes de l'épilepsie tendent plutôt, si nous ne nous abusons, à faire admettre dans l'attaque une solidarité de modification du cerveau, de la moelle allongée et la moelle épinière ; ou bien l'auteur prétend que la moelle allongée et la moelle épinière peuvent être, dans certains cas, le siège d'une lésion, qui, se constituant cause d'épilepsie, transmet par irradiation nerveuse, ou par sympathie au cerveau, une impression qui le frappe d'épilepsie. Nous admettons ce cas avec M. Grantham, mais nous objecterons à sa division d'être nécessairement incomplète. Sous le rapport des points de départ de la cause, ne peut-on pas admettre, en effet, une épilepsie du système nerveux périphérique, et même une épilepsie du système nerveux gangUonnaire?

Qu'on nous permette, à ce propos, d'extraire du travail auquel nous avons fait plus haut allusion, un

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

fait qui tend à nous faire admettre une épilepsie du grand sympathique.

Le sujet de cet observation est un nommé R , âgé

de quarante-cinq ans, atteint d' épilepsie depuis quinze ans ; tempérament bilieux, constitution un peu rachitique. L'étiologie repose sur des abus de masturbation, préludes d'excès vénériens, et sur des chagrins résultant de revers de fortune. État saburral ordinaire de l'estomac.

Les attaques de ce malade étaient assez rares, la moyenne en était d'une par mois, lorsqu'on janvier 1842, il fut pris d'une série d'accès rapidement croissants et portée au nombre de trente au moins dans une nuit. Malgré l'emploi bien dirigé d'une médication antispasmodique et révulsive, la mort survint. Les accès avaient été de cinq minutes de durée, séparés par des intervalles de sporification, et leur invasion avait toujours été annoncée par une sensation d'cmra epilepiica, partant de la région épigastrique, un peu à gauche. Cette circonstance m'avait frappé et me porta à examiner, à l'ouverture du corps, le grand sympathique.

Après n'avoir constaté aucune autre lésion cérébrale qu'une injection des méninges, injection à coup sûr symptomatique , nous trouvâmes le ganglion semi-lunaire gauche au moins doublé de volume et présentant une coloration très vive , presque de he de vin ; sa consistance paraissait plus molle qu'elle ne l'est ordinairement. Cette altération était bornée à cette seule partie, non seulement du système ganglionnaire, mais encore du plexus.

Mais, pour en revenir au sujet, M. S. Grantham attribue les accès ,à une suspension de l'action élec-

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

trique ou nerveuse. Ce n'est pas, tant s'en faut, résoudre la question de pathogénie, c'est attribuer le même au même, le narcotisme de l'opium, par exemple, à son action narcotisante.

Citons quelques faits de prodromes immédiats :

Le nommé S , déjà cité (page 7), a des accès qui

débutent par une céphalalgie, suivie bientôt du trouble de la vue et du cri.

Chez le nommé P , âgé de quinze ans, d'un

tempérament lymphatique, d'une constitution débile, épileptique depuis sept mois, l'accès débute par une céphalalgie de la partie antérieure et par des étourdissements.

B éprouve une constriction abdominale , de

l'anxiété épigastrique, comme à la suite d'une peur.

Nous extrayons de l'observation d'un nommé N...., observation à d'autres égards intéressante, ce fait d'une aura epileptica partant de la région épigastrique et s'accompagnant d'anxiété, de constriction précordiale et d'essoufflement. Ce symptôme coïncide bien remarquablement avec cette circonstance, que la cause occasionnelle présumable de cette maladie est une frayeur dont les premiers effets ont été en tout analogues à ceux qu'éprouve depuis le malade à chaque accès.

^ pâlit, et la pâleur coïncide avec une palpitation de cœur et avec un sentiment de froid général.

^ présente le même symptôme, au frisson prés.

Le nommé B , âgé de cinquante-six ans, ancien

militaire de la Grande Armée, d'un tempérament bilieux et d'une constitution affaiblie par des excès de femmes et de boissons, ainsi que par les vicissitudes qui accidentaient, sous l'Empereur, la vie du soldat ;

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B , disons-nous, à la dernière campagne de Prusse,

aurait été aiïecté, à la suite d'un coup reçu à la tête, d'une fièvre cérébrale, qui aurait laissé une surdité presque complète des deux oreilles. Ce serait trois ans après, que, pendant un acte copulateur, il aurait eu un accès d'épilepsie. Tous les accès de ce malade débutent par un bourdonnement d'oreille très intense, dont nous faisons remarquer la coïncidence avec le fait de la surdité.

Un autre malade, déjà cité, et sur lequel nous avons promis de revenir avec plus de détails, est un nommé

G , ancien marchand des quatre saisons, d'un

tempérament bilieux et lymphatique, d'une constitution assez robuste, et frappé d'épilepsie depuis l'âge de treize ans. Cette maladie semble résulter des influences réunies de masturbation et d'une frayeur occasionnée par l'explosion inopinée d'une bouteille d'éther. Ce malade présente un prodrome très curieux, consistant en bourdonnement d'oreilles et phénomène de double audition. Il lui semble, quand on lui parle, que l'on dit deux fois de suite la même chose, phénomène pour l'ouïe analogue de la diplopie pour la vue.

Le jeune B , âgé de quatorze ans, d'un tempérament lympathique et d'une constitution délicate, est atteint d'épilepsie depuis quatre ans. Pendant ces quatre ans, il y a eu une rémission de huit mois ; du reste, le nombre des accès est de deux ou trois fois par jour. La dentition avait été accompagnée de phénomènes convulsifs. A l'âge de sept ans, méningite avec délire intense de quarante jours de durée. La mère est morte d'un coup de sang. Excès de masturbation, Les accès sont de courte durée, peu violents, et pré-

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

cédés de phénomènes précurseurs bien remarquables. Tantôt, en effet, sous le coup d'une attaque, le malade se met à courir avec une vitesse excessive qu'arrête bientôt l'accès; tantôt la tête se tourne et reste dans cette position jusqu'à l'explosion de l'accès. Dans tous les cas, le malade présente cette hallucination de la sensibilité, qu'en tombant il croit être projeté par un bond à sept ou huit pieds de l'endroit où il tombe en réalité, ce qui cause son étonnement quand il a repris connaissance.

Le nommé P , âgé de vingt ans, présente une

aura epileptica partant de la main gauche. On peut atténuer la violence de l'accès et même le prévenir si l'on arrive assez tôt pour serrer la main gauche, en opérant des flexions et extensions alternatives de cette main sur l' avant-bras.

Il en était de même d'un malade dont M. Moreau (de Tours), médecin à Bicêtre, mon ancien chef de service et ami, a publié l'observation dans le Répertoire des Annales medico - psychologiques ( numéro de mars 1843).

Le nommé D présente le même symptôme, avec

cette différence qu'il est resté hémiplégique de la main gauche d'ailleurs un peu atrophiée, l'hémiplégie poiitant principalement sur les mouvements.

Nous devons terminer ces considérations relatives aux phénomènes précurseurs par l'indication du chiffre des malades qui nous les ont présentés, tant médiats qu'immédiats. Ce chiffre est de vingt sur cinquante épileptiques. Ce résultat se rapproche de celui obtenu par M. Feau à la Salpêtrière, et d'après lequel, dans la moitié des cas environ, les attaques sont annoncées

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

par des prodromes, contrairement à l'opinion de Georget, qui donne le chiffre de cinq sur cent. Notre chiffre nous paraît suffire à motiver une division de l'épilepsie : en épilepsie immédiate ou centrale, dont les accès éclatent soudainement sans phénomènes précurseurs aucuns, et dans laquelle la cause frappe d'emblée le^ cerveau sans traverser d'intermédiaire, et épilepsie médiate ou périphérique, dont les accès sont annoncés par des prodromes, et dans laquelle souvent la cause semble ne frapper le cerveau qu'en passant par des organes intermédiaires faisant l'office de conducteurs. Cette division, reposant sur la forme de l'accès, seul élément connu, et conservant d'ailleurs la spécificité du cerveau dans la production de l'accès, me semble avoir l'avantage de ne pas préjuger des questions restées encore sans solution, comme la question de pathogénie, qui est toute hypothétique.

8° Symptômes de l'attaque proprement dite.

S'il n'est pas dans le cadre nosologique, de maladie dont l'histoire soit plus obscure que l'épilepsie, ce n'est pas, nous devons le dire, au point de vue symptomatologique. Il est, au contraire, peu de maladies dont les symptômes soient dans la grande majorité des cas plus manifestes, et partant dont le diagnostic soit plus nettement établi : aussi, dois-je prévenir que mon but n'est point de décrire l'épilepsie, d'exposer au lecteur un tableau de l'épileptique en accès ; ce serait prétention après les peintures qu'en ont tracées nos maîtres Pinel et Esquirol, et de nos jours le successeur d'Esquirol à Gharenton, M. Foville, etc., mais

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

bien de me livrer à une appréciation, à une analyse physiologique des symptômes de l'épilepsie. S'il ne s'agissait que de leur constatation, ce serait, en effet, un travail fait; mais il s'agit de leur appréciation, qui me paraît encore susceptible d'être élucidée.

Au milieu du chaos pathologique dans lequel est jeté l'organisme de l'épileptique en accès, on arrive assez facilement à démêler, à séparer deux symptômes essentiels dont la concomitance constitue le signe pathognomonique de l'accès. Frappé de ce qu'il y a d'inverse, d'opposé dans ces deux symptômes, l'un, l'abolition des facultés cérébrales résultant d'une suppression de phénomènes, d'une mort des facultés ; l'autre, la convulsion, résultant de la production d'un phénomène nouveau; l'un étant négatif, en quelque sorte, l'autre étant positif, je crois pouvoir diviser tous les symptômes de l'attaque en symptômes positifs et symptômes négatifs, suivant qu'ils se rattachent à l'un ou à l'autre des deux groupes qui auront pour chef l'abolition des facultés cérébrales, ou la convulsion; car nous espérons démontrer que ces deux phénomènes peuvent, à juste titre, être considérés comme deux expressions synthétiques renfermant et résumant tous les autres symptômes. Commençons par la convulsion.

La convulsion, ou contraction spasmodique des muscles est générale ou partielle; générale, quand tous les muscles semblent pris; partielle, quand elle semble bornée aux muscles, d'un seul côté du corps, à ceux d'une seule région, et même à un seul muscle.

La convulsion générale n'est pas toujours égale-

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

ment répartie entre tous les muscles ; elle se partage alternativement entre les muscles antagonistes, d'où résultent des alternatives de mouvement contraires. Gela posé, quels sont les symptômes qui se rattachent à la convulsion? Par quel lien s'y rattachent-ils? Répondre à ces questions ce sera faire l'analyse de la convulsion.

L'accès éclate ordinairement, comme chacun sait, par un cri. Faut-il voir dans ce cri une expression de souffrance et de surprise, une interjection d'alarme, une initiative du langage affectif, en présence du coup qui frappe l'organisme? Non, quoi qu'en pense M. Beau, dont j'accepte, du reste, toutes les autres conclusions du Mémoire qu'il a publié dans les Archives générales de médecine.

Avant de réfuter son opinion, exposons la nôtre. Nous considérons le cri comme un effet purement mécanique de la convulsion portant sur les organes de la voix, organes tout musculaires. Ainsi, d'après nous, quand l'accès éclate, le malade fait une expiration rapide, l'air est chassé avec force et vitesse de la poitrine ; ce courant d'air traverse le larynx, dont les muscles spasmodiquement contractés déterminent soudain le rapprochement des lèvres de la glotte, la tension des cordes vocales, enfin, toutes les modifications d'où résulte le son. Le resserrement de la glotte expliquerait l'acuité presque constante de ce cri, dont le timbre du reste est particulier.

M. Beau étaie son opinion de la seule preuve suivante : « Sur quarante-deux épileptiques qui le proféraient, dit-il, il y en a trente-huit qui n'avaient pas de prodromes prochains, ou d'avertissement instan-

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

tané; on doit donc considérer le cri comme une expression rapide de surprise de la personne qui tombe, j

Ma" première objection est que mon observation particulière dans la division des épileptiques de Bicêtre (l"^" section) m'a fourni un résultat tout différent. En effet, sur trente-trois malades que j'ai vus en accès, treize avaient des prodromes immédiats. Je ne saurais déterminer à quoi tient cette différence dans les résultats que nous avons obtenus.

Mais en supposant même bien établi ce fait, que chez les épileptiques à prodromes prochains ou immédiats, l'accès ne débute pas ordinairement par un cri, nous pourrions encore le faire concorder avec l'opinion qui considère le cri comme un phénomène convulsif ; car, dans ce cas, pourrions -nous dire, l'invasion de l'accès est ordinairement moins brusque; l'expiration préliminaire, condition première du cri, est moins rapide et moins forte; le malade est presque d'emblée secoué par les convulsions, sans passer par cet état tétanique de quelques secondes qui précède ordinairement les convulsions proprement dites. En effet, tous les malades chez lesquels manquait le cri initial, m'ont présenté cette particularité qu'ils étaient d'emblée secoués par les saccades intermittentes de la convulsion.

On peut encore faire à l'opinion de M. Beau l'objection suivante : si le cri est une expression rapide de surprise, l'ordre en a été donné par la volonté à un moment où le malade avait encore sa conscience ; il devait donc en avoir souvenir, comme il lui arrive de se souvenir et de rendre compte des phénomènes

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

précurseurs qu'il éprouve. Or, aucun malade ne se souvient d'avoir proféré un cri, il n'en a eu aucunement conscience. Si, disons-nous encore, le cri était une expression de surprise de la personne qui tombe, comme toute réaction suppose une perception et la conscience de cette perception, de même qu'en physique la réflexion de la lumière suppose son incidence, le malade devrait avoir perçu les premières atteintes épileptiques et en avoir conscience, aussi bien que du cri, indice de réaction.

Or, rien de tout cela ne s'observe.

Ce qui tend encore à rattacher le cri à la convulsion, c'est, il nous semble, la simultanéité du développement de ce cri et des autres phénomènes évidemment convulsifs; et même, en supposant qu'il n'y eût pas simultanéité parfaite, et que, par exemple, le cri précédât d'une fraction de seconde la propagation de muscle en muscle de la convulsion, cette différence s'expliquerait par la proximité où se trouvent les organes de la voix, du cerveau, point de départ de l'élément épileptique, et instrument nécessaire de la cause.

L'acuité constante du cri suppose déjà une modification particulière des organes de la voix.

Des cris se font quelquefois entendre avec une intensité variable, mais toujours avec le même caractère d'acuité que le cri initial, pendant l'accès; ces cris, comme le premier, ne sont pas articulés, sont toujours isochrones, d'expirations brusques. et fortes. Il est bien évident pour tout le monde que dans ce cas il n'a pu y avoir initiative du langage effectif, puisque la conscience est abolie. Le cri initial est de la même nature, et il reconnaît la même origine.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE. 23

Nous concluons de ce qui précède que le cri est un phénomène convulsif.

En esl-il de même de la chute? A n'en [pas douter. Quand l'accès fait explosion, la contraction musculaire est tout à coup soustraite à l'influence de la volonté; mais les muscles, avant d'être agités et secoués par la convulsion, dont le mode est tout à fait intermittent, passent par un état de roideur tétanique d'une durée variable, mais ordinairement courte. Le résultat nécessaire et évident de cette contraction, qui saisit brusquement et violemment un certain ordre de muscles, est la chute.

Les muscles n'étant pas également convulsés, on s'explique la production de quelques mouvements de latéralité dans les membres ou dans la tête, et dans la face des contractions irrégulières nuançant horriblement les grimaces du convulsionnaire.

Le strabisme et les mouvements en circumduction du globe de l'œil, aussi bien que le tremblement vibratile de ce globe, résultent évidemment de la contraction spasmodique des muscles de l'œil.

Le plus ordinairement, quand on examine la langue d'un épileptique en accès et que l'état de trismus n'est pas porté au point d'une occlusion complète, cet organe, d'ailleurs gonflé et agité par un tremblement vibratile, apparaît roulé de bas en haut et d'arrière en avant, de manière que sa pointe vient s'apphquer contre la voûte palatine. D'autres fois l'épileptique sort la langue et se la déchire horiblement. Dans le cas où elle sort de la bouche, elle peut prendre diverses attitudes : ou elle reste droite ou elle se dévie successivement à droite et à gauche, en haut et en bas. J'ai vu un malade la

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

promener circumductivement autour de la bouche comme pour se lécher. Tous ces phénomènes se rattachent évidemment à la convulsion. Il en est de même de la traction des commissures, du trismus des mâchoires, du craquement des dents par le rapprochement brusque et saccadé des bords alvéolaires, de leur érosion incessante par leur frottement dans les mouvements en avant de la mâchoire inférieure et dans ses mouvements latéraux.

La convulsion peut concourir directement à la teinte livide de la face et à la tuméfaction des veines. En effet, on sait que toute contraction musculaire entraîne une modification de la circulation, et partant de la coloration. Dans la saignée du bras, par exemple, avant d'ouvrir la veine, on fait fléchir l'avant-bras sur le bras en fermant les poignets, pour déterminer le gonflement, la turgescence de cette veine; et quand elle est ouverte, pour maintenir la continuité de l'écoulement, on donne à rouler dans la main un étui ou tout autre objet. Il est vrai que l'application de ce fait à l'épilepsie, pour expliquer la teinte livide de la face par la contraction spasmodique des muscles du visage, suppose que la modification de circulation porte aussi bien sur les veinules interfibrillaires que sur les veines intermusculaires. Nous nous gardons d'ailleurs d'être exclusif, et nous faisons, pour expliquer la lividité de la face et la tuméfaction des veines, la part d'un autre phénomène dépendant aussi de la convulsion, et dont nous nous entretiendrons dans un instant.

La convulsion ne pourrait-elle pas contribuer , nous ne disons que contribuer, à la modification de la sensibilité générale pendant l'accès d'épilepsie? c'est tout

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

simplement une question que je pose en songeant à ce fait : que quand un muscle est contracté , la sensibilité diminue en lui, sans doute parce que ses filets nerveux se trouvent comprimés pendant la contraction.

La convulsion portant sur les muscles respirateurs, ou plutôt leur contraction spasmodique, amène dans la circulation , dans la respiration , et aussi dans les sécrétions, des modifications qu'il ne faudrait pas considérer com ne ayant été exclusivement et d'emblée déterminées par l'état épileptique. Ces modifications, •suivant nous, se rattachent à la convulsion, et nous allons essayer de le démontrer, en appelant à notre aide la physiologie.

Dans l'état physiologique, il règne entre les muscles respirateurs et les organes respiratoires proprement dits une sorte d'influence réciproque , une véritable solidarité d'action. Les muscles inspirateurs , par exemple, subissent nécessairement l'influence de la dilatation des vésicules par l'air inspiré; ils se contractent, et par cette contraction la poitrine se dilate en raison de l'accroissement de volume des poumons ; les muscles expirateurs, à leur tour, sous l'influence du retrait des vésicules, se contractent, et de cette contraction résulte un resserrement du thorax proportionné à la diminution du volume des poumons. Ainsi, le nombre des respirations et leur étendue sont soumis à l'empire des causes susceptibles de modifier ou la perméabilité des poumons en altérant leur tissu, ou la respirabiUté de l'air en le raréfiant ou en le chargeant d'acide carbonique, en un mot, d'éléments plus ou moins propres à la respiration.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

Si l'on admet sans contestation cette subordination des muscles respirateurs aux organes intrinsèques de la respiration, on peut admettre aussi, incontestablement, la subordination des organes intrinsèques de la respiration aux muscles respirateurs, c'est à dire la proposition réciproque. Ainsi, la perméabilité des poumons subira toutes les modifications s'exerçant primitivement sur les muscles respirateurs. Sous ce rapport, la convulsion doit donc modifier la perméabilité des poumons.

Si cette subordination réciproque des muscles et des poumons n'était pas aussi physiologiquement évidente, elle recevrait sanction de plusieurs faits pathologiques. Ainsi, l'orthopnée est un signe d'obstacle insurmontable à la dilatation pulmonaire, et cet obstacle peut être une pneumonie, une hépatisation, une infiltration tuberculeuse, une extravasation dans les bronches ou la trachée-artère, ou bien une compression extérieure des poumons par la sérosité des épanchements pleurétiques, par le pus de l'empyéme, par des organes voisins accrus de volumes; le poumon droit par exemple, sera comprimé et refoulé en haut par un foie hypertrophié; le poumon gauche sera refoulé par un estomac distendu par des gaz ou par des aliments en excessive quantité. Un cœur hypertrophié produira un refoulement latéraPde dedans en dehors ; des vêtements trop étroits produiront un refoulement latéral de dehors en dedans ; l'hypertrophie de la rate peut médiatement comprimer le poumon , et produire Torthopuée ; enfin , partout et toujours, on voit les phénomènes musculaires de l'inspiration et de l'expiration se modeler, en quelque

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sorte, sur les variétés pathologiques ou simplement accidentelles de perméabilité des poumons, et réciproquement.

Ceci posé, voyons ce qui se passe dans l'épilepsie. Dans l'état d'accès tous les muscles se contractent spasmodiquement, et indépendamment du stimulus normal momentanément aboli; par le fait de cette contraction anormale des muscles respirateurs, la respiration est évidemment difficile.

L'entrée et la sortie de l'air suivant exactement les contractions des muscles inspirateurs et expirateurs, comme ces contractions sont spasmodiques, l'entrée et la sortie de l'air le sont également, la circulation pulmonaire est devenue, en quelque sorte convulsive^ et le sang arrive en moins grande quantité au cœur gauche ; de là résultent deux ordres de phénomènes ; d'abord le sang ne pouvant redescendre de la tête, s'y accumule et détermine l'état soporeux, ce qui nous explique l'injection prononcée des méninges et l'état hypérémique du cerveau que l'on constate toujours aux ouvertures d'épileptiques morts en accès; en second lieu, l'aorte distribue moins de ce liquide dans le corps, d'où la petitesse, la vacuité et l'intermittence du pouls, et le froid des extrémités que l'on observe presque constamment pendant la période convulsive, ce qui constitue un véritable état d'asphyxie, état que M. Piorry désignerait sous le nom d'anhématosie par action convulsive des muscles respirateurs.

Ainsi donc, pendant l'accès, il s'opère une congestion du cerveau, c'est la congestion passive de l'asphyxie. La résolution en est ordinairement prompte; l'accès terminé, le malade renouvelle l'air de sa poitrine par

28 SYMPTOMATOLOGIE DK L'ÉPILEPSIE.

une longue inspiration, et la résolution de la congestion commence immédiatement, mais exige toujours un temps proportionné à la violence des convulsions, à la durée et au nombre des attaques. C'est cette congestion caractérisée par la soporifi cation, le coma, que l'on observe assez fréquemment à la suite de violents accès, et lorsque les attaques sont rapidement réitérées. Dans les cas de crise épileptique, les intervalles sont remplis par cet état soporeux produit par une congestion dont la résolution n'a pu s'opérer avant l'invasion d'un nouvel accès. On conçoit de cette manière comment, dans ces crises violentes, se composant d'accès rapidement croissants en nombre et en intensité, la congestion, d'abord effet, peut à son tour devenir cause d'accès.

La congestion d'ailleurs, comme l'on sait, est un degré de l'apoplexie. Dans le cas qui nous occupe, elle peut être portée à un degré tel que les vaisseaux turgescents deviennent le siège d'une exhalation sano-uine ou séreuse; il y a alors compression du cerveau, et l'on observe tous les symptômes de l'apoplexie : respiration stertoreuse, perceptions obscures et quelquefois abolies, pouls plein, large et développé ; il arrive aussi que des convulsions surviennent dans cette période et paraissent être de la nature de celles qui marquent quelquefois les dernières périodes de la paralysie générale : ainsi les convulsions , après avoir été cause, auront pu devenir effet. La mort, que termine cette période soporeuse portée jusqu'au coma, est donc toute apoplectique. A l'ouverture du corps d'individus morts à la suite d'accès nombreux et violents, on ne trouve qu'une injection prononcée des

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méninges, assez souvent avec épancheraent, un état véritablement sanguin du cerveau, toutes lésions qui n'expliquent pas l'épilepsie, il est vrai, mais qui expliquent la mort de l'épileptique. Cet état de soporification ne doit donc pas constituer un des stades de l'accès, ce n'est que la persistance d'un des effets de la convulsion. Pendant l'accès, le pouls était petit comme dans l'asphyxie ; pendant la période soporeuse, il est devenu plein et développé comme dans la congestion. A l'appui des idées que nous venons d'émettre sur l'influence de la convulsion sur la production de plusieurs phénomènes qui, au premier abord, en paraissent indépendants, nous citerons ces faits que, quand l'accès se borne à la perte de connaissance sans convulsions générales, il y a plutôt retrait du sang et pâleur que lividité; que la face ne devient livide que dans les accès avec convulsion; que cette lividité est en raison directe de l'accès et de la violence des convulsions, et qu'enfin le premier fait de l'accès avant la convulsion est la pâleur.

Gomme appendice aux phénomènes de la respiration dans l'accès d'épilepsie, nous devons dire que, si l'on examine un épileptique tordu et secoué par des convulsions à leur summum de violence, on constate un gonflement du thorax indiquant un état d'inspiration permanente, qu'entrecoupent, cependant, des expirations saccadées, convulsives. Il nous est arrivé, sur un certain nombre d'épileptiques, d'ausculter la poitrine pendant l'accès (ce qui m'a présenté assez souvent des difficultés) et il m'a été possible d'entendre une respiration vésiculeuse un peu voilée, mais ponctuée, divisée, entrecoupée et saccadée. Ajoutons que quand

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

l'accès se prolonge, la respiration devient obscure et assez souvent stertoreuse, et qu'on entend alors des ronchus. La percussion ne m'a fourni aucun résultat bien évident; je dirai, toutefois, que le bruit plessimétrique m'a paru diminué et tendre vers la matité en raison de la durée de l'attaque,

La lividité de la face et la tuméfaction des veines, que nous avons déjà en partie expliquées, sont des conséquences ordinaires de la congestion, et doivent, avec cette dernière, reconnaître pour cause la convulsion, en tant qu'elle s'exerce sur les muscles respirateurs.

Pour terminer ce qui est relatif à la convulsion, il me reste un mot à dire de l'écume épileptique. Elle résulte, dit-on, de l'agitation de la salive ; or, agiter la salive est un phénomène musculaire, ici il est convulsif.

L'accumulation de cette salive ne saurait-elle concourir à l'état d'asphyxie dont nous avons parlé? M. Piorry ne nomme-t-il pas une sorte d'asphyxie : anhématosie par l'écume bronchique^ Nous ne faisons qu'indiquer ici un travail auquel nous espérons nous livrer, consistant à appliquer aux épiieptiques en accès les expériences récentes de MM. Andral et Gavaret, expériences qui leur ont servi à déterminer les quantités moyennes d'acide carbonique exhalé par le poumon dans l'espèce humaine.

Nous venons d'énumérer tous les symptômes qui nous ont paru reconnaître pour chef la convulsion, phénomène positif. Nous les avons nommés positifs par opposition aux symptômes dont il nous reste à parler, et que nous nommons négatifs^ parce qu'ils résultent d'une abolition de facultés, d'une suppression de phénomènes.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

Les facultés abolies sont les facultés cérébrales. Pour ce deuxième ordre de symptômes, il ne nous est pas permis de sortir des limites d'une constatation, d'une énumération; et tel est l'état actuel de nos connaissances sur l'anatomie et la physiologie du système nerveux, que nous ne pouvons conclure qu'une chose de cette constatation, c'est la spécifité du cerveau comme organe nécessaire à l'action de la cause de l'épilepsie, quelle que soit cette cause, n'importe d'où elle vienne, pour la production des phénomènes épileptiques. En effet, disons-nous, les lésions de l'intelligence, de la sensibilité et de la volonté supposent nécessairement une modification de l'organe qui préside à l'exercice de ces facultés, l'organe central de l'innervation.

Toutes les fonctions du système cérébro-spinal sont abolies, soit dans leurs actes isolés, soit dans leurs influences réciproques comme solidaires les unes des autres.

Ainsi l'intelligence est suspendue dans ses actes. La volonté est également abohe, ainsi que la sensibilité, soit générale, soit spéciale. La rétine, par exemple, est insensible à l'action de la lumière, état que traduit la dilatation de la pupille ; la membrane pituitaire ne perçoit plus d'odeurs, ni l'organe du goût de saveurs, et il n'y a plus ni tact ni toucher. — Un dernier mot sur la contractilité musculaire : dans l'épilepsie elle est soustraite à l'empire de la volonté, mais elle s'exerce sous l'influence d'un stimulant inconnu. La convulsion épileptique est une contraction involontaire, le malade n'en a point conscience. Là se trouve le Uen qui unit les deux ordres de symptômes que nous avons admis.

32 SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

Avant d'en finir avec les symptômes de l'accès proprement dit, nous devons signaler quelques variétés de forme d'accès.

Rien n'est plus variable que cette forme. Ce serait quelquefois à y voir des maladies différentes, si, pour se prémunir contre cette cause d'erreur, on n'avait le soin de remonter au signe pathognomonique, la perte de connaissance. Mais nous ne nous étendrons pas trop longuement sur ces variétés, et nous nous bornerons à énumérer celles qui nous paraissent un peu sortir de la ligne.

Si l'on part de ce fait, que la convulsion peut être éminemment partielle, bornée par exemple à une seule région de muscles et même à un seul muscle, et que l'on songe à la multiplicité des muscles de l'économie, on comprendra que c'est surtout au point de vue de la convulsion que l'épilepsie présentera le plus grand nombre de variétés.

Une des premières variétés se tire de l'absence de mouvements convulsifs; l'accès, dans ce cas, consiste en une pâleur subite, avec suspension momentanée de l'intelligence : cette variété est rare; la plupart du temps, avec un peu d'attention, on arrive à constater le phénomène convulsif, fût-il borné à un muscle. Nous avons maintes fois observé des accès d'épilepsie consistant en un léger tremblement de la lèvre, avec ou sans traction de la commissure, en un strabisme. Inutile de dire que ces phénomènes convulsifs, pour être réputés épileptiques, doivent coïncider avec une perte de connaissance, ne faire qu'alterner avec des accès dont la forme ou le caractère épileptique ne saurait être révoqué en doute.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE. 33

Il arrive quelquefois à certain malade de paraître distrait quand vous lui parlez, de n'être pas à ce que vous lui dites ; son regard est fixe, son air est hébété : c'est un accès qu'il vient d'avoir.

Un autre présente une simple interruption dans le cours de ses idées, sans que son expression de physionomie soit notablement modifiée; il est, comme malgré lui, et sans qu'il en ait conscience, soustrait au monde extérieur et à la préoccupation actuelle. Nous avons vu un malade s'arrêter un instant au milieu d'une phrase qu'il laissa inachevée et qu'il reprit bientôt. Nous n'aurions point songé à voir dans ce fait un accès d'épilepsie de la forme la plus simple, si nous n'avions su que nous avions affaire à un épileptique ayant eu des accès complets.

Chez tel autre malade dont l'accès est caractérisé par une perte de connaissance tout à fait éphémère, on voit tout à coup la volonté cesser d'exercer son stimulus sur les muscles pour leur contraction. Ce malade lâche, par exemple, l'objet qu'il tient à la main.

Un ancien domestique de grande maison, dont la maladie était ignorée, grâce à quelques phénomènes précurseurs qui l'avertissaient et lui permettaient de s'enfermer pendant ses attaques, un jour, en faisant le service de la table, laissa, sans qu'il en eût conscience, tomber une pile d'assiettes ; on le taxa de maladresse, il avait eu un accès.

Le nommé M n'a des accès que la nuit, et ils

consistent en un claquement convulsif des dents. Ce claquement, analogue à celui qui s'observe quelquefois dans le stade de frisson d'une fièvre intermittente, est porté souvent au point de troubler le sommeil de ses

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

voisins, dont les plaintes étonnent ce malade, qui n'a eu aucunement conscience du phénomène.

Il s'est, il y a huit mois, offert à notre observation un jeune malade dont l'accès était caractérisé par des alternatives (dans un même accès) de catalepsie, d'épilepsie franche et d'hystérie, que terminait quelquefois une véritable excitation maniaque; indépendamment de tout autre phénomène convulsif, il faisait entendre tantôt un cri aigu, perçant, continu, auquel la vibration des lèvres donnait un caractère un peu chevrotant, tantôt un hurlement analogue à celui du jaguar. Nous avons vu une fois ce hurlement suivi d'un mouvement de circumduction de la langue autour de la bouche. Les souvenirs d'enfance de ce jeune homme auraient-ils, dans ce cas, imprimé un cachet particulier à la forme des accès, ou n'y aurait-il qu'une coïncidence ? Toujours est-il que ses yeux avaient souvent été frappés de la vue des jaguars dans l'Amérique du Sud, sa patrie, aux premières années de sa vie.

Assez souvent, au lieu d'une contraction spasmodique, c'est l'opposé qu'on observe, c'est une relaxation musculaire. Nous avons vu des malades présenter un prolapsus, soit de la lèvre inférieure, soit de la paupière inférieure, coïncidant avec la suspension de l'inteUigence.

Un épileptique de Bicêtre, que j'avais pour domestique pendant que j'étais attaché au service médical de mon savant maître, le docteur Voisin, m'a présenté des variétés très nombreuses d'accès.

Assez souvent il s'approchait de moi d'un air piteux, la lèvre inférieure un peu abaissée, laissant écouler la salive non agitée en écume, le regard fixe, l'œil

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

humecté, la pupille dilatée et la peau du front plissée ; il me frappait sur l'épaule et s'écriait \ a A la garde! ou de l'eau! de l'eau! » Ces phénomènes coïncidaient toujours avec une perte de connaissance. A cet état, dont la durée était de quelques secondes, succédait un peu d'étonnement. Il n'avait eu conscience de rien; c'était pour lui, suivant son expression, comme s'il avait cessé d'exister un instant.

D'autres fois, ses accès consistaient en un rire convulsif, ou, pour mieux dire, dans les contractions du rire.

Nous nous rappelons qu'un jour, à l'église de Bicêtre, où se trouvaient réunis beaucoup d'amateurs qu'avait attirés l'attrait d'une messe en musique, chantée par des aliénés, ce malade fut vivement impressionné par le son des cloches, par l'air de fête régnant dans l'église, par la vue d'un grand nombre de personnes, dont le bonheur semblait insulter à son triste sort. Ses souvenirs d'enfance lui revinrent en foule ; il compara le passé au présent et à l'avenir, le bonheur de ses premières années à la fatale séquestration à laquelle le condamnait une horrible maladie, et il se mit à pleurer; mais cette effusion de larmes coïncida avec une perte de connaissance. Du reste, toute la convulsion se borna à Fexpression du visage, qui coïncide d'ordinaire avec l'effusion des pleurs. Il avait été obhgé de s'asseoir sur une des chaises de l'église. En revenant à lui, il s'étonna d'avoir pleuré, et se l'expliqua ensuite sans voir se renouveler son émotion. Cette observation nous démontre que la forme de l'accès reçoit quelquefois un cachet particulier de la disposition de cœur et d'esprit dans laquelle se trouve le malade au moment

36 SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

OU il est frappé, cette disposition pouvant être d'ailleurs la cause occasionnelle de l'accès.

Quelques malades se livrent à des actes désordonnés dont ils n'ont ni conscience, ni souvenir; nous en avons vu se déshabiller en pleine cour dans l'établissement de Bicêtre ; et il nous a été parlé d'un autre dont certains accès consistaient en un saut sans chute, coïncidant avec une perte de connaissance.

Il semble résulter de plusieurs des faits que nous venons de citer, que, pendant la période d'accès, la volonté peut exercer encore son action sur un grand nombre de muscles, puisque quelques malades parlent, marchent, sautent ou se livrent à des actes plus ou moins désordonnés, mais que la conscience n'assiste pas à cette action; dans ce fait la volonté est tout à fait isolée des autres facultés, ses solidaires ; elle est, en quelque sorte, disséquée.

M. Falret, notre maître, à qui la science et l'humanité sont redevables des plus honorables initiatives, autant pour les progrès de la médecine mentale que pour l'amélioration de l'état des aliénés, a, dans son cours de clinique et de pathologie générale des maladies mentales et des affections nerveuses, fixé l'attention d'une manière approfondie sur une variété d'épilepsie que nous n'avions vue mentionnée nulle part, et qu'il a eu occasion d'observer un grand nombre de fois dans sa longue pratique. Le signe pathognomonique de cette variété est la concomitance des deux symptômes suivants : suspension de l'intelhgence et phénomènes convulsifs consistant en mouvements successivement répétés de déglutition avec élévation et abaissement alternatifs de la mâchoire inférieure. Ces mouvements

SYMPTOMATOLOGIB DE L'ÉPILEPSIE. 37

résultent de la contraction spasmodique de tous les muscles qui concourent au phénomène de la déglutition à savoir : des muscles abaisseurs et élévateurs de la mâchoire, des muscles des régions hyoïdiennes supérieure et inférieure, pharyngienne, linguale et palatine.

Par le fait de cette contraction spasmodique, les parois osseuses supérieure et inférieure de la cavité buccale se rapprochent et s'appliquent contre les deux faces correspondantes de la langue ; les bords alvéolaires et les deux lèvres se mettent en contact; toutes ces surfaces étant humectées par la salive, liquide plastique, il résulte de leur disjonction un bruit léger auquel concourent, du reste, les vibrations de la colonne d'air emprisonnée entre les deux mâchoires ; les symptômes secondaires sont : la fixité du regard, la dilatation de la pupille, la concentration des traits et une pâleur variable.

La suspension de l'intehigence est presque complète dans le plus grand nombre des cas; toutefois il n'est pas rare, quand l'observateur arrive assez à temps pour fixer fortement l'attention du malade, de faire avorter l'accès.

D'après M. Falret, ces symptômes constituent une variété d'épilepsie dont les paroxysmes auront toujours cette forme, ou arriveront un jour, souvent après plusieurs années, ou à être remplacés par des accès à convulsions générales ou à alterner avec eux. Tantôt, Ms constituent un accès complet, tantôt, ils ne sont que les premiers signes, les signes avant-coureurs d'un accès de forme ordinaire.

Pour prouver que l'on a bien affaire ici à une variété

38 SYMPTOMA.TOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

d'épilepsie, M. Falret invoque d'abord l'analogie des deux caractères essentiels, la perte de connaissance et la convulsion, et ces deux circonstances, que dans les épilepsies intermittentes un accès de cette variété en remplace souvent un de l'espèce ordinaire, et que ces symptômes se lient souvent à un accès complet dont ils constituent les prodromes. Les suites immédiates de cette variété sont rarement fâcheuses ; le malade revient facilement à lui, il montre un peu d'étonnement; mais il n'y a ni céphalalgie, ni brisement des membres, ni affaissement.

M. Falret appelle sur cette variété toute l'attention des praticiens ; car, souvent, pour ne pas dire toujours, méconnue, surtout lorsqu'elle se manifeste la nuit ou chez un enfant, ce qui est fréquent, elle tend à s'aggraver et à devenir rebelle à tout traitement, en raison du long temps écoulé depuis son invasion sous cette forme; tandis que, si elle est reconnue à temps, son pronostic est moins grave que celui de l'épilepsie ordinaire, en ce sens qu'elle résiste moins aux médications diverses qu'on peut lui opposer, et qu'on peut tirer un parti immense de cette circonstance, que l'on peut empêcher un grand nombre d'accès en fixant dès l'origine l'attention du malade. Ne sait-on pas, en effet, tout ce que peut, dans tout état maladif, principalement du système nerveux, la suspension d'une habitude.

M. Falret traite ensuite une question de diagnostic différentiel. Dans plusieurs maladies cérébrales, en effet, on observe un mouvement d'abaissement et d'élévation alternatifs de la mâchoire, mais ce mouvement se borne là; il y a mastication, c'est-à-dire simple rapprochement des mâchoires et non point déglutition,

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE. 39

c'est-à-dire action d'avaler. La confusion devient, d'ailleurs, impossible si l'on remonte au signe pathognomonique : concomitance du phénomène convulsif dont il est question et d'une suspension de l'intelligence. Il est tout aussi impossible, par les mêmes raisons, de confondre le mouvement de déglutition qui nous occupe avec le rapprochement des mâchoires que l'on observe quelquefois dans le stade de frisson de la fièvre intermittente.

On voit encore dans les salles de M. Falret, à la Salpêtrière, une femme qui, le lendemain de son entrée à la section, eut, pendant la visite et au moment où on la questionnait, un accès de la forme que nous signalons. M. Falret n'hésita point à nous déclarer que nous venions d'assister à un accès d'épilepsie et à signer le passage de cette malade dans la section des épileptiques. Mais, quelques jours après, elle fut ramenée dans ses salles comme n'étant point épileptique. Nous avions déjà été étonnés de la hardiesse de ce diagnostic; nous crûmes alors à une erreur de ce praticien, quand il nous fut donné de vérifier son diagnostic par des renseignements pris auprès d'un médecin qui avait donné les premiers soins, et qui assura que cette malade avait eu antérieurement des accès complets. Tous les doutes se dissipèrent, d'ailleurs, quelques jours après; car cette femme, en notre présence, eut, à notre grand étonnement, un accès de forme ordinaire.

Dans le même cours de clinique, M. Falret dit avoir observé un grand nombre de fois, et en particulier chez une femme qu'il nous a montrée dans une de ses visites, des accès de fièvre alternant avec des accès

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

d'épilepsie , de manière à constituer de véritables accès sans convulsion, ni perte de connaissance. Ces accès de fièvre étaient remarquables par la durée et l'intensité de chaque stade, et quelquefois par une sorte de chevauchement d'un stade sur l'autre, c'està-dire que le stade de chaleur succédant au stade de froid, ce dernier reparaissait pendant ce second accès.

D'autre fois l'accès semblait incomplet; la sueur, par exemple, manquait; mais, comme pour compenser, l'intensité du stade précédent s'accroissait d'autant, et la chaleur était mordicante.

Lorsque la sueur paraissait, et c'était le cas le plus ordinaire, elle était d'une abondance extrême. Dans tous les cas, l'œil était vif, animé, la circulation cérébrale très active, le pouls était plein et développé; il y avait indubitablement congestion cérébrale.

M. Falret a signalé comme phénomènes consécutifs de cet accès : l'abattement, le brisement des membres, la faiblesse intellectuelle et le plus souvent des illusions, des hallucinations, et un véritable état de manie avec excitation plus ou moins violente, plus ou moins prolongée, souvent de plusieurs jours de durée.

Nous n'avons jamais observé cet accès de fièvre isolé, et remplaçant en quelque sorte un accès d'épilepsie, mais, nous l'avons vu souvent succéder à un accès véritable. Le stade de chaleur était tel, la pre mière fois que nous l'observâmes, ainsi que la plénitude du pouls, que nous crûmes un instant à une fièvre inflammatoire, et que pour nous édifier à cet effet, nous nous livrâmes à une exploration de tous les organes.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

3° Symptômes consécutifs.

Cette troisième partie de notre travail devant avoir pour objet les symptômes consécutifs, une question se présente tout naturellement : c'est celle de savoir où finissent les symptômes de l'accès proprement dits, et où commencent les symptômes consécutifs. Pour répondre à cette question, nous remontons au signe pathognomonique de l'accès d'épilepsie, et nous disons : l'accès d'épilepsie étant caractérisé par la concomittance des deux symptômes : suspension de l'intelligence et convulsions cloniques, la fin de l'accès sera jugée par la cessation de ces deux symptômes.

Toutefois, cette réponse ne satisfait pas complètement; en effet, l'organisation ne revient pas aussi rapidement qu'elle a été frappée; ce n'est que graduellement, dans un temps variable et en général proportionné à l'intensité et à la durée de l'attaque, que s'opère la recomposition générale des diverses fonctions, et qu'en un mot le chaos pathologique dans lequel avait été jeté le malade arrive à se dissiper. Il reste donc cette question : le point de départ des phénomènes consécutifs est-il là où la cause épileptique ayant épuisé son action, le travail de retour commence, ou bien là où ce travail est complètement et parfaitement effectué? Nous n'hésitons pas, pour nous, à faire commencer les symptômes consécutifs au moment où la cause a épuisé son action, où l'organisme, en quelque sorte saturé, commence à recouvrer l'exercice de ses fonctions et où l'inteUigence reprend celui de ses facultés.

42 SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

C'est à tort, selon nous, que plusieurs pathologistes distinguent dans l'accès d'épilepsie deux périodes, une période convulsive et une période soporeuse. Nous ne nions pas cet état soporeux qui survit à la convulsion, mais nous nions qu'il constitue une période d'accès, sinon une période consécutive, qui, elle-même, ne nous paraît pas plus devoir être admise qu'une période de phénomènes précurseurs ; car il résulte des considérations que nous avons établies dans la deuxième partie de ce travail, sur l'influence de la convulsion sur la respiration, que la soporification est l'expression d'un état de congestion du cerveau qui se développe pendant l'accès sous l'influence de la respiration convulsive et de l'asphyxie qui en résulte ; que, quand la résolution de cette congestion ne s'opère pas immédiatement après la cessation des phénomènes convulsifs, on observe cette soporification, qui n'est après tout que la persistance d'un des effets de la convulsion. Il ne nous paraîtrait guère plus rationnel de voir dans cet état une période d'accès, que dans les suites d'une plaie que se ferait un épileptique en tombant dans une attaque.

Toutefois, cet état se lie à l'accès d'épilepsie, et c'est ce qui motive la mention que nous en faisons en parlant des phénomènes consécutifs.

Quand la résolution de cette congestion passive s'est effectuée, et que les symptômes de l'accès ont disparu, le premier fait, ou le fait le plus apparent qui frappe les entourants, est une expression de physionomie empreinte d'hébétude ou d'un étonnement qui peut être porté jusqu'à la stupéfaction la plus profonde.

L' épileptique tend ses sens vers les impressions du

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

monde extérieur : ainsi, il ouvre les yeux, qui conservent encore quelque temps un certain degré de fixité et une certaine dilatation de la pupille ; l'oreille est tendue; mais pour la vue, comme pour l'ouïe, l'impression semble s'arrêter à l'organe, ou si elle est transmise jusqu'au cerveau, celui-ci ne réagit pas, il n'a pas encore recouvré toute son aptitude à concevoir des idées. Il est inutile de rappeler au lecteur que dans toute perception, deux actes se produisent, une sensation et une idée dans l'intelligence à l'occasion de cette sensation; qu'il y a, en quelque sorte, une réaction de l'intelligence à propos de la sensation, pour concevoir une idée.

Or, dans le cas qui nous occupe, nous pensons que le phénomène se borne d'abord à l'impression, à la sensation; l'intelligence n'est pas encore en état de réagir. Pour l'ouïe, par exemple, si vous parlez à un cpileptique sortant d'accès, il n'entend que le son, absolument comme une personne dont l'oreille serait frappée de paroles d'une langue qu'elle ne connaît pas. Nous avons fait, à cette occasion, assez souvent cette expérience, qui nous paraît assez concluante; nous avons prononcé à l'oreille d'un épileptique qui revenait à lui, trois mots, et par exemple trois fois son nom, d'une voix assez forte, et toujours, quand il avait recouvré l'intégrité de ses facultés, il nous assurait avoir entendu des sons, mais sans pouvoir nous dire quels avaient été les mots et le nombre de ces mots.

Il en est, d'ailleurs, de toutes les sensations comme de celles de l'ouïe et de la vue : la sensibilité générale renaît dans tous les organes, et dans tous presque simultanément; mais le malade n'est pas éclairé sur ses

44 SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

sensations, la sensation n'est pas encore suivie de l'idée.

Ainsi, par exemple, si l'on pique avec une épingle un épileptique sortant d'accès, il éprouve évidemment une sensation douloureuse, dont il se souvient un instant après, mais en déclarant qu'il avait été loin de songer à la cause qui la produisait. Ou bien encore mettez-lui entre les mains un objet rond ou carré, il vous dira un instant après qu'il a senti quelque chose dans sa main, sans avoir la moindre notion de l'objet, de sa forme, par exemple.

Comme on le voit, l'accès terminé, le domaine des perceptions est le premier reconquis, et l'intelligence et la volonté sont presque les dernières à recouvrer leur parfait exercice; elles le recouvrent presque simultanément.

Si le malade était par terre, il s'assied ou se relève, regarde autour de lui d'un air étonné, se replie en lui-même, se retourne dans tous les sens, et fait effort pour se rappeler ce qui lui est arrivé. Cette tension de la mémoire doit nécessairement aboutir au retour de l'esprit vers une des dernières idées conçues ou émises avant l'accès. La première idée qui sillonne l'esprit après un accès est donc ordinairement une idée reproduite, dont le caractère d'ailleurs est dépendant du milieu où se trouve le malade, des objets qui l'entourent. Il y a mieux, on trouve dans les auteurs des exemples, et nous en avons observé un pour notre part, de malades qui achèvent une phrase commencée et interrompue par l'accès ; il est vrai de dire que, dans ce cas, l'accès est borné au vertige, à la seule perte de conscience, sans mouvements convulsifs ou avec des mouvements aussi partiels que possible.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

L'objet du travail qui occupait des malades avant un accès leur rappelle ce travail, et ils le reprennent. Nous avons vu un malade s'enquérir de l'heure de la journée à laquelle on se trouvait.

La période consécutive se composant de toutes les phases du retour des divers organes vers l'exercice parfait de toutes leurs fonctions, quand ils en ont été détournés par la cause épileptique, et cette période étant particulièrement caractérisée par la disparition sucessive des divers symptômes de l'accès, ne doit pas trop longtemps attirer notre attention. Nous aurions pu même nous borner à une énumération : ainsi la sensibilité, renaissant dans presque tous les organes, reste cependant quelque temps encore un peu confuse ; les facultés intellectuelles présentent encore un léger trouble analogue à celui de l'ivresse alcoolique ; la pupille reste quelque temps dilatée, quoique redevenue sensible à l'action de la lumière; toutefois, le malade se plaint d'avoir la vue un peu voilée, et quelquefois il éprouve la sensation de bluettes lumineuses ; la respiration se rétablit par de longues inspirations, d'autres fois elle présente, pendant quelque temps, un certain caractère d'anhélation.

Les malades peuvent présenter à la suite de leurs accès toutes les variétés des maladies mentales, depuis le déhre le plus général avec excitation, jusqu'au délire le plus partiel. Des hallucinations de tous les sens et des illusions figurent au nombre des symptômes consécutifs, ainsi que des accès de fièvre extrêmement intenses, comme nous l'avons mentionné à la fin du chapitre des symptômes proprement dits.

On voit assez souvent des malades accuser de la

46 SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

céphalalgie, des tintements d'oreilles avec battements de l'artère temporale, ce qui s'observe le plus ordinairement chez les épileptiques sanguins; des fourmillements dans les membres, de la fatigue, de l'abattement porté jusqu'à la voussure ; de l'horripilation, des crampes, de la somnolence, et quelquefois un état de contracture de certains muscles, état porté, pour les muscles du cou par exemple, jusqu'au torticolis ; d'autres fois une véritable paralysie.

On conçoit également qu'un épileptique ne puisse se défendre d'un sentiment de tristesse, après un accès, surtout quand il a la notion de son état et de ses fatales conséquences.

Nous signalerons comme un des phénomènes consécutifs les plus intéressants que nous ayons observés, le fait d'une sensation à' aura epileptica, terminant un accès comme elle lui avait servi de prélude, en suivant toutefois le trajet inverse. Ainsi, dans l'invasion de l'attaque, Vaura se portait en remontant de la main gauche au cerveau, tandis qu'à la fin il descendait du cerveau à la main gauche, où il s'éteignait. Ce souffle constituerait, en quelque sorte, une aura epileptica de retour. Nous devons dire, il est vrai, que le malade n'a pu percevoir que quatre fois ce phénomène.

Un autre malade, dont les phénomènes précurseurs consistent en palpitations de cœur et douleurs de cette même région, présente les mêmes phénomènes consécutivement.

Nous avons vu un malade, actuellement encore dans le service de notre savant maître, M. Voisin, présenter à la suite de ses accès d'épilepsie, l'exacerbation d'un état de mélancolie hypocondriaque habituelle, dans

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE. 47

lequel il se croit tourmenté par des humeurs noires qu'il nous supplie de chasser, et contre lesquelles les pilules mica panis ont une efficacité proclamée par le malade. Cette exacerbation se complique souvent d'idées de suicide : ainsi, ce malade s'est blessé une fois le thorax avec un fragment de faïence ; une autre fois, il avança le bras au-dêvant de la lancette, dans le dessein de se faire blesser, au moment où on lui pratiquait la saignée.

Un autre a des idées d'homicide qui ont nécessité son admission au pavillon de Bicêtre, pavillon destiné aux malheureux ayant commis des crimes dont ils n'avaient pas la responsabilité en raison de leur état mental.

Le nommé B..., autre malade du même pavillon, dont les accès sont des types de violence, tombe à la suite dans une sorte d'enfance stupide; il ouvre de grands yeux qui brillent d'un éclat insolite, sourit d'un air hébété, et minaude en passant la main sur des boutons de vêtements, ou en jouant avec tout objet qu'on lui met dans les mains.

Cet état d'enfance stupide contraste avec des accès de fureur dans lesquels tombe souvent le malade, et qui agissent souvent comme cause occasionnelle d'accès, s'ils ne sont Ués à un accès dont ils constitueraient des prodromes.

Il serait difficile d'admettre qu'une maladie dont les ' paroxysmes sont si violents, qui produit dans l'organisation un ébranlement si général et si considérable, dont le siège paraît être l'organe central d'un système qui, par ses irradiations si étendues préside à l'accomplissement de tous les actes vitaux ; il serait, disons-

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

nous, difficile d'admettre qu'une telle maladie ébranlât pendant longtemps l'organisation de l'épileptique sans lui imprimer incessamment des modifications profondes et générales. Ces modifications seront l'objet de la quatrième partie de ce travail.

Il est, sans doute, des exemples d'épileptiques chez lesquels les attaques sont séparées par des intervalles d'une santé physique et morale parfaite. L'attaque terminée, toutes les fonctions se rétablissent et accomplissent leurs actes avec toute la régularité possible. Dans cet état de chose, le malade traverse les divers âges de la vie, arrive à la vieillesse après avoir vu ses accès diminuer de fréquence et d'intensité, etquelquefois môme cesser entièrement, comme si la cause de l'épilepsie perdait sa- spécifité sur l'organisme de cet âge. Mais, si l'heureuse exception dont nous venons de parler se rencontre quelquefois, incontestablement la règle générale est que l'épileptique arrive rarement à un âge avancé, et qu'il n'y arrive jamais sans avoir vu s'affaiblir ses facultés, sans que l'on constate une modification générale de l'organisme. La démence est une des solutions possibles, si déjà une crise violente, se composant d'accès rapidement croissants en nombre et en intensité, n'a frappé d'une mort prompte le malade à la fleur de son âge.

Mais, existe-t-il antérieurement au premier accès, dans l'état ordinaire, une constitution épileptique? Oui et non ; oui, si l'on entend par constitution épileptique un état de l'organisme impliquant une prédisposition à l'épilepsie qui se développe plus tard avec ou sans le concours d'une cause occasionnelle, et la plupart du temps cette prédisposition ne se traduit à nous que par

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE. 49

l'invasion de la maladie ; elle n'est pas plus, elle est moins appréciable encore que les prédispositions aux affections bilieuses, etc. ; non, car avant l'invasion du premier accès, rien dans la constitution générale, dans l'organisation, n'annonce l'explosion de cette maladie; rien, si ce n'est un ensemble de signes tirés des circonstances commémoratives d'hérédité, de convulsions du jeune âge, etc. ; rien, si ce n'est un état de faiblesse native des facultés intellectuelles, car il est de notoriété pratique que l'idiotie, mais l'idiotie générale, l'idiotie résultant de l'oblitération de l'ensemble de nos facultés, se complique souvent d'épilepsie. Si ce n'est cet ensemble de signes, dont la manifestation encore est loin d'être constante, et qui constitueraient tout au plus les signes d'une prédisposition, rien antérieurement au premier accès ne pourrait caractériser une constitution épileptique, comme sont caractérisés les tempéraments sanguins, lymphatiques, etc. C'est donc postérieurement à l'invasion du premier accès que nous devons admettre une constitution épileptique, et elle résulte des modifications lentes et variées produites à la longue par des accès successifs.

En général, quand l'affection est récente, en dehors des attaques, sauf les accidents auxquels expose la chute, accidents qui peuvent dépendre de toute autre chute, aucune modification ne semble porter sur l'ensemble des organes, pas même sur l'organe spécifique, centre et instrument des phénomènes cpileptiques. La maladie est essentiellement intermittente; hors les paroxysmes, rien n'est appréciable. Ce n'est qu'au bout d'un temps variable que l'on peut constater quelques troubles généraux.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

Les premières atteintes sont les fonctions extérieures de relation : ainsi les facultés se détériorent ; la plupart de ces malheureux accusent, quand on les interroge, un affaiblissement de l'intelligence et de la mémoire; il y a de la lenteur dans les idées et dans les perceptions, si déjà, sous l'influence des ébranlements successifs que subit le cerveau, il ne s'est manifesté d'aliénation mentale dont la forme de démence est souvent la conclusion ; le caractère est devenu inquiet, soupçonneux, susceptible. Mécontent partout ettoujours, haineux, envieux, querelleur, l'épileptique se fait dans les services spéciaux, redresseur de torts, pétitionneur. On voit chaque jour, dans les établissements ouverts à leur infortune , les épileptiques, ensemble ou séparément, adresser au médecin en chef des réclamations ou des plaintes incessantes ; ils se piquent d'insubordination, et ne peuvent, d'ailleurs, dissimuler pour la société un sentiment d'envie et de haine ; la misanthropie est devenue leur fait. Le prisme à travers lequel ils voient les objets, grossit les méfaits, amoindrit les bienfaits. La mémoire, dont l'affaiblissement, d'ailleurs, est notable, semble prendre une nouvelle force pour le souvenir des injures. Du reste, capables d'attachement particulier, ils sont toujours remarquables par leur partialité. Nous devons dire, toutefois, que, lorsqu'un de leurs compagnons d'infortune vient à tomber, ils se réunissent autour de lui, avec la plus vive sollicitude, pour le soutenir, le dégager de tout ce qui peut le comprimer.

Sans doute, cette modification dans le caractère peut se rattacher organiquement et directement à l'épilepsie, mais plusieurs circonstances extérieures semblent y concourir.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.1

En effet, ce n'est pas physiquement que souffre le malade, car rien ne l'avertit qu'il a eu un accès, rien, si ce n'est quelques symptômes ultérieurs, tels que fatigue générale, tête pesante, légers troubles dans les facultés, sensations obscures et qui tendent à éclairer sa conscience renaissante sur les caractères de l'état dans lequel il a été immédiatement et insolemment jeté. La douleur de l'épileptique est toute morale, elle réside hors des paroxysmes. Qui peut, nous le demandons, à la vue d'un accès complet d'épilepsie, retenir un mouvement de pitié et d'horreur ? Pourquoi le nierait-on? est-ce volontaire? On fuit généralement l'épileptique; il lit sur tous les visages sa condamnation à l'isolement. Partout, sur ses pas, s'élèvent menaçants et insurmontables des obstacles à son placement, à son établissement, à ses relations, à sa subsistance; adieu pour lui les rêves de fortune, car les maîtres d'ateliers lui refusent même du travail; adieu les rêves d'époux et de père, adieu les jouissances du foyer domestique. 11 est frappé de mort morale \ Nous demanderons maintenant à qui jette les yeux sur le tableau que nous venons de tracer, s'il serait étonnant que ces circonstances, qui, dans tout autre cas pourraient provoquer l'aliénation mentale, entrassent pour beaucoup en hgne de compte dans la modification du caractère de l'épileptique, en raison d'ailleurs de l'impressionnabilité acquise du cerveau par le fait de l'épilepsie.

1 Est-il besoin de dire qu'il faut éliminer là certains épilepliques dont la position de fortune et d'entourage est exceptionnelle en ce qu'elle aplanit bon nombre des obstacles que nous avons énumérés ; dans ce cas, d'ailleurs, on peut remarquer que la modification du caractère est moins sensible.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

On a signalé comme une des nuances de l'habitude épileptique un certain degré d'érotisme, une propension prononcée pour les plaisirs vénériens. Cela est assez souvent vrai : beaucoup de ces malheureux ont des habitudes d'onanisme, d'excès de femmes et de boissons. Mais, il faut se rappeler que la manifestation de ces habitudes est assez souvent antérieure à l'invasion de la maladie épileptique. On sait, d'ailleurs, que les excès de cette nature constituent les principales causes occasionnelles de cette maladie. Rien d'étonnant donc, que ces habitudes aient persisté. Il paraît, toutefois, que l'orgasme vénérien est chez ces malades généralement plus intense.

A part une prédominance habituelle de la circulation veineuse, un développement plus considérable du système veineux ' et une sorte d'habitude des congestions, nous n'avons pas observé d'influence bien notable sur les organes respiratoires et circulatoires. Pour l'état du pouls, le résultat que nous avons obtenu est à très peu de chose près celui qui a été obtenu par M. Beau à la Salpêtrière. La moyenne nous a paru varier peu, suivant les âges, entre 75 et 90 pulsations.

Nous n'avons pas apprécié d'influence sur les organes digestifs et sur leurs annexes, non plus que sur les organes génito-urinaires ; cependant, pour ces derniers, nous nous rappelons avoir sondé un épileptique dont le col de la vessie était dans un état de contraction spasmodique qui empêchait l'excrétion de l'urine. Ce rétrécissement, qu'on peut appeler spasmodique, céda à un antispasmodique.

' On a souvent observé aux autopsies d'épileptiques les vaisseaux des inéninges dilatés et quelquefois variqueux.

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

Le système musculaire est un des plus modifiés par l'épilepsie. Presque tous les épileptiques sont lents à se mouvoir ; ils présentent d'ailleurs un degré variable de voussure et d'affaissement général. Les fonctions d'expression ont subi une modification toute particulière ; le regard a une expression caractéristique, qu'il doit, sans doute, à une certaine fixité, à une dilatation, souvent inégale, un peu plus que physiologique et devenue habituelle, de la pupille.

Quelques malades conservent un strabisme, plus souvent un tremblement vibratile du globe de l'œil ; ce globe est souvent saillant. Les lèvres sont ordinairement grosses, blanchâtres, un peu sèches et fendillées; la physionomie reste empreinte d'étonnement ; la face est légèrement bouffie. On a vu des épileptiques conserver un tic de la face ; celle-ci présente toujours un certain degré d'irrégularité dans les traits. Les bras et les jambes grossissent assez souvent sans que la force en augmente ; il serait possible que les convulsions, contractions spasmodiques, influassent sur le développement des muscles, à la manière de certains travaux manuels et de l'exercice de la danse sur le développement des bras et des jambes. Malgré ce développement, beaucoup d'épileptiques s'aperçoivent de la diminution de leurs forces ; ils se fatiguent aisément. Quelques-uns conservent un tremblement, d'autres une paralysie partielle. Mais, cette paralysie consiste plutôt dans l'affaibHssement des muscles, et serait mieux désignée par le mot de débilité spasmodique, que M. Falret considère comme plus applicable à la paralysie générale.

La voix de ces malades est, en général, tremblo-

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

tante, chevrotante, comme convulsive; c'est du moins ce qui nous a frappé dans les exercices de chant et de déclamation des sections d'aUénés de Bicêtre.

Résumé des questions traitées ou indiquées dans

ce travail.

Importance de la symptom.atologie : elle constitue une physiologie pathologique, auxiliaire précieux de l'anatomie pathologique, qui fait défaut dans l'histoire de l'épilepsie. Division du travail en quatre parties.

Première partie. — Symptômes précurseurs, divisés en médiats et immédiats. — Enumération, appréciation physiologique de ces deux ordres de prodromes. — La spécifité du cerveau pour la production des phénomènes épileptiques résulte de cette appréciation. — Critique de la division admise par un médecin anglais, sir Grantham, dans le London médical Gazette. — Le cadre de cette division est trop large ou trop étroit. — Exemple d'épilepsie du grand sympathique. — Chiffre des épileptiques dont les accès sont précédés de prodromes soit médiats soit immédiats, 20 sur 50 épileptiques. — Distinction de l'épilepsie en immédiate ou centrale et en médiate ou périphérique, fondée sur l'absence ou la présence des prodromes.

Deuxième partie. — Symptômes de l'accès proprement dit. Le signe pathognomonique est la concomitance de deux symptômes : perte de connaissance et convulsion. — Division des symptômes en négatifs et en positifs, suivant qu'ils appartiennent au groupe qui a pour chef: la perte de connaissance ou à celui qui a pour chef : la convulsion. — On démontre qu'en effet les deux signes pathognomoniques peuvent être considérés

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉFILEPSIE.

comme deux expressions synthétiques résumant tous les symptômes de l'épilepsie.

lo Part de la convulsion : cri. — Réfutation de l'opinion de M. Beau, qui considère le cri comme une expression de surprise de l'individu qui tombe. — Chute, saccades intermittentes, contractions des muscles de la face; grimaces, strabisme, mouvement en circumduction du globe de l'œil, ou tremblement vibratile ; état de la langue, traction des commissures des lèvres, sorte de trismus, craquement des dents, leur érosion. — Teinte livide de la face, tuméfaction des veines. — La convulsion concourt peut-être à la modification de la sensibilité générale ? — Influence de la convulsion sur la respiration ; anhématosie par respiration convulsive. — Résultent de cet état d'asphyxie : l'état soporeux ou apoplectique, l'état hypérémique du cerveau, l'injection des méninges, la teinte livide de la face, l'état du pouls, etc.

2° Abolition des facultés cérébrales. Si/mptômes négatifs, leur énumération.

Variétés d'épilepsie, quant aux symptômes proprement dits. — Deux variétés sur lesquelles M. Falret a appelé l'attention de ses élèves dans son service à la Salpêtrière et dans ses cours.

Troisième partie. — Symptômes consécutifs. Ces symptômes commencent au moment où la cause épileptique a épuisé son action et où l'organisme saturé commence à recouvrer l'exercice de ses fonctions en même temps que l'intelUgence reprend celui de ses facultés. — La période soporeuse admise par les pathologistes n'est qu'une période consécutive; c'est la persistance d'un des effets de la convulsion. — La

56 SYMPTOMATOLOGIE DE L'ÉPILEPSIE.

période consécutive se compose de toutes les phases du retour des divers organes vers l'exercice parfait de leur fonction. — Énumération des principaux symptômes consécutifs. — Aura epileptica de retour.

Quatrième partie. — Signes résultant des modifications à la longue imprimées ci l'organisme par Utat épileptique. — Existe-t-il antérieurement au premier accès une constitution que l'on puisse dire épileptique? Oui et non. — Les diverses fonctions sont nécessairenient passées en revue. Modification du caractère, de l'intelligence, de la mémoire, de la motilité (système musculaire) des fonctions d'expression, voix, attitudes, etc.

Le travail auquel nous venons de nous livrer a eu pour objet, comme on a pu le voir, d'appliquer les lois de la physiologie à l'étude des symptômes de l'épilepsie, de manière à constituer une sorte de physiologie pathologique de l'accès, afin de combler les lacunes de l'anatomie pathologique, dont nous avons tant à regretter l'absence dans ce cas particulier. Nous avons pensé que, pour procéder fructueusement du connu à l'inconnu, il fallait que le connu fût mieux connu, si l'on peut ainsi dire. Sans doute ce travail est incomplet, et à cet égard, nous nous faisons moins que personne illusion ; mais, n'eût-il pour résultat que de fournir des documents à la science et d'ouvrir une voie à de nouvelles recherches sur ce terrain inculte, nous nous estimerions plus qu'heureux. Nous sommes forts d'ailleurs des bienveillants et savants conseils de M. Ferrus, qui a bien voulu nous encourager dans nos recherches.

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