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OBSERVATIONS

D'ÉPILEPSIE HYSTÉRIPORME

Dans la même année que le Mémoire qui précède, nous avons publié dans la Gazette des Hôpitaux les quatre observations qui suivent d'épilepsie qualifiée par nous d'hystériforme, à raison des caractères mixtes de l'attaque chez les quatre malades qui les présentaient.

Plusieurs auteurs, Landouzy et M. Briquet entr'autres, ont cité ces observations comme se rapportant à des cas d'hystérie chez l'homme. Il convient plutôt, suivant nous, d'y voir des exemples d'épilepsie avec quelques symptômes d'hystérie; telle est, du moins, l'impression qui nous est restée de l'observation de ces quatre malades.

Il est dans la salle d'infirmerie de la première section des aliénés de Bicêtre, un nommé S..., né à Bruxelles, âgé de vingt-un ans, compositeur en imprimerie, atteint d'épilepsie depuis trois ans ; tempérament lymphatique et même scrofuleux; constitution délicate, intelligence normale, mémoire affaiblie, caractère habituellement triste depuis le premier accès ; ce que le malade expUque par l'horreur trop vivement ressentie de sa position. 11 existe chez lui une prédis-

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position héréditaire aux affections nerveuses, le père étant mort d'un coup de sang, un cousin étant épileptique et la mère, qui, d'ailleurs, a eu un cancer du sein, ayant été trois ans paralysée. Il y a six ans, un des ganglions lymphatiques du cou se tuméfia d'une manière assez indolente ; la tumeur fut enlevée il y a trois ans, et presque immédiatement (trois jours après), il survint un premier accès d'épilepsie. Depuis cette époque, il ne se passe, pour ainsi dire, pas de jour sans que le malade ait des accès ; ce n'en est jamais un seul, c'est une série de deux ou trois. Une demiheure avant l'accès, il est pris de fourmillements, de faiblesse insolite dans les jambes, de trouble intellectuel, d'une sorte d'ivresse, et l'accès débute par une céphalalgie très intense, suivie bientôt de convulsions. Pendant l'accès, le malade a une demi-connaissance, perçoit des douleurs horribles dans la tête et les extrémités, croit étouffer, et sent une boule remontant incessamment de l'épigastre au cou ; tout le reste se passe comme dans les autres formes d'épilepsie; le malade ayant conscience de ses accès, en étant averti, les redoute prodigieusement, et cette crainte en provoque la fréquence; à la suite de l'accès, stupeur, demi-ivresse. J'arrive au fait qui a trait à ma dissertation. M. Moreau expérimentait, en décembre, l'électricité. Le jeune S..., assistant à l'expérimentation, voulut éprouver une secousse. Cette secousse détermina à l'instant même un accès d'épilepsie avec la forme décrite tout à l'heure, et qui, chose remarquable, fut arrêté instantanément par une nouvelle secousse.

Nous rapprochons de l'observation du jeune S..., trois autres faits, précis, concluants, qui nous per-

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mettent d'établir une variété non encore signalée, croyons-nous d'épilepsie. Nous livrons ces faits à l'appréciation éclairée des médecins.

Le sujet de la deuxième observation est un nommé L..., âgé de dix-neuf ans, tailleur, atteint d'épilepsie depuis onze ans; taille petite, constitution ordinaire, face un peu bouffie, tempérament bilioso-sanguin, intelligence et mémoire normales, d'un caractère doux et bienveillant, mais susceptible, un peu sombre et mélancolique ; le malade place lui-même la cause de sa maladie dans la masturbation, jointe à une application extrême et prématurée, avec soucis d'avenir, au travail. Il n'existe pas de prédisposition héréditaire, mais le travail de la dentition a été marqué par des convulsions.

Le malade éprouve ordinairement, deux jours à l'avance, des symptômes précurseurs d'accès, consistant en tristesse insolite, vue trouble, tête pesante, perception craintive et constante d'imminence d'accès, cette imminence étant caractérisée par un fourmillement suivi d'engourdissement dans les membres. Longtemps les accès ont commencé par les yeux, puis, ce qui a lieu encore assez souvent, par les mains, où le malade perçoit une sensation de fourmillement suivie de contracture. Rien de plus variable que la forme de l'accès chez ce jeune malade. Tantôt, en vous parlant, il lui arrive de pâlir et de présenter un léger mouvement convulsif vers la commissure des lèvres du côté droit, tantôt il présente un strabisme droit externe avec tremblement du globe de l'œil et dilatation de la pupille. D'autres fois, sans aucun mouvement convulsif, le malade éprouve une perte momentanée de la cons-

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cience ; tout à coup soustrait au monde extérieur et à la préoccupation du moment, il y revient bientôt.

L'accès semble aussi quelquefois avorté et ne consister qu'en une crampe. Enfin, quand l'accès est complet, souvent borné au côté gauche, mais dans tous les cas le côté gauche étant plus convulsé que le côté droit, la sensibilité est entièrement abolie dans toutes les parties, mais principalement à gauche. Il y a cécité avec dilatation inégale de la pupille, la pupille gauche étant plus dilatée. Les convulsions ont bien le caractère épileptique ; la face est livide ; la bouche projette de l'écume ; le pouls est petit et serré pendant l'accès. Il y a quelquefois perte de connaissance ; mais le plus souvent le malade conserve une demi-conscience, une demi-mémoire qui lui permet de rapporter quelques mots entendus pendant l'accès, et il perçoit le sentiment de douleurs déchirantes horribles siégeant principalement dans le front et les articulations, et quelquefois il présente la boule hystérique. Le stade de convulsions, dont la durée varie entre deux et dix minutes, est suivi bientôt ordinairement d'un stade soporeux ou apoplectiforme d'une demi-heure environ.

La troisième observation porte sur le nommé B..., âgé de vingt-un ans, tempérament lymphatique, constitution faible. Le malade s'essoufle rapidement en marchant vite ou en montant un escalier. Je fais remarquer, à ce propos, qu'il a eu un rhumatisme articulaire en 1836, peu après une fièvre typhoïde grave. Toute l'étiologie repose sur des excès de masturbation, de femmes et de boissons.

Les accès sont précédés de phénomènes précurseurs consistant en douleurs d'estomac, anxiété épigastrique

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comme à la suite d'une peur. Bientôt la vue se trouble, les convulsions arrivent avec le caractère clonique, la pupille est dilatée; il y a projection d'écume et lividité de la face ; la sensibilité est éteinte dans toutes les parties ; le malade ne voit ni n'entend, mais il ne perd pas connaissance, et, chose remarquable, présente pendant son accès des hallucinations de la vue et de l'ouïe ; il perçoit d'ailleurs la sensation de la boule hystérique. L'état consécutif consiste en une légère stupéfaction. L'épilepsie, chez ce malade, date de trois ans, et a fait son apparition sans cause occasionnelle.

J'arrive à la quatrième observation, dont le sujet est un nommé B..., âgé de vingt-cinq ans, atteint d'épilepsie depuis quatre ans ; tempérament sanguin et lymphatique ; intelhgence ordinaire, mémoire intacte ; caractère éminemment susceptible, haineux, injuste et querelleur; santé habituellement bonne.

L'épilepsie fit invasion chez ce malade en même temps que chez son frère, marchand de produits chimiques, quinze jours après une frayeur produite par une explosion dans des vases fermés : telle est la seule circonstance dont nous puissions tenir compte. Le premier accès a été précédé de la déjection d'une pinte de sang au moins ; les accès sont encore annoncés une heure ou deux à l'avance par un épistaxis et par des crampes articulaires. La forme de l'accès est die^ne de la plus grande attention.

C'est un cas type de l'épilepsie que nous appelons hystériforme ; les convulsions sont mi-toniques, micloniques, avec projection d'écume, dilatation de la pupille, sans perte de conscience. Pendant l'accès, le malade entend ce qu'on dit (en rend compte après) ; il

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■ dit même aux personnes qui le contiennent : « Laissezmoi mes poignets, a^ous me faites souffrir. » Les convulsions sont toujours telles, que le malade peut, jusqu'à un certain point, diriger les contractions sans les modifier. Il éprouve dans toutes les articulations, et surtout dans les orteils, dans le genou, le coude, le poignet, l'épaule, les crampes les plus déchirantes qui lui arrachent des cris. Je le pique avec une épingle : insensibihté générale, si ce n'est à l'abdomen où la sensibilité semble augmentée. Boule hystérique roulant de l'aisselle à l'épigastre et de l'épigastre au cou ; le malade ne voit pas, mais il entend; sa haine contre certaines personnes se fait jour par des imprécations pendant l'accès ; sensation passagère d'amertume ; pouls petit et serré ; respiration convulsive; lividité de la face, l'accès se termine par un accès de manie d'une demiheure de durée. L'état de ce malade est on ne peut plus complexe : il tient de l'épilepsie, de l'hystérie et de la manie. Les accès sont presque toujours amenés par des contrariétés que la susceptibilité du malade rencontre dans l'acte le plus insignifiant. Sorti non guéri, il avait reçu des soins du docteur Charpentier, de la Villette.

Bien que l'état des malades dont je viens de donner l'observation s'éloigne par la perte de conscience, qui, bien plus que la convulsion, caractérise pour tous l'épilepsie, il s'en rapproche par tant d'autres caractères (perte de la vue , insensibilité , convulsions cloniques), que l'on ne rencontre dans aucun autre cas, que je me crois autorisé à la rattacher à l'épilepsie, en prenant un moyen terme, et admettant une variété d'épilepsie que je nommerai hystéri forme.

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