DEUXIÈME ORDRE
Vouloir à proprement parler (c*est-à-dire mettre rapport le premier ordre avec le troisième).
TROISIÈBfE ORDRE.
Exécution par telle ou telle faculté, par telle oa telle fonction, suivant la nature de l'acte à produire.
Mais, il importe de ne pas oublier, et nous ne saurions trop insister sur ce point, que vouloir, c'est faire que certaines fonctions ou facultés exécutent ce qui a été déterminé par d'autres facultés. Ces trois séries d'opérations sont indispensables pour qu'il y ait exercice effectué de la volonté, quoique la deuxième soit, à vrai dire, la seule essentielle. Elles sont subordonnées l'une à l'autre ; on ne veut, par exemple, que ce qu'on croit pouvoir exécuter, ce qui ne veut pas dire que l'on a voulu tout ce que l'on exécute. Quand, par hasard, il nous arrive de vouloir des choses impossibles, nous ne les voulons que parce que nous les jugeons possibles, et nous verrons la rigueur de ce principe se soutenir jusque dans la folie. Nous citerons, par exemple, un aliéné qui croyait pouvoir amener un nuage sur le soleil, en électrisant en sens inverse deux points de l'espace, et qui, évidemment, ne voulait obscurcir le soleil que parce qu'il croyait le pouvoir; la lésion de l'intelligence avait amené chez
lui une erreur de jugement, qui influait sur la volonté. Nous n'ayons pas voulu tout ce que nous exécutons, disions-nous tout à l'heure, aussi, est-ce bien à tort que la physiologie donne le nom de volontaires à tous les mouvements exécutés dans l'état physiologique par les muscles dont les nerfs émanent du système nerveux de la vie animale; car, parmi ces mouvements, les uns sont bien volontaires, puisqu'ils sont la conséquence d'une détermination; mais, les autres sont indépendants de toute détermination intellectuelle ; le bâillement n'est pas ordinairement volontaire; les mouvements que nous exécutons en cédant à l'impul- ^on immédiate, irréfléchie de certains instincts, de certaines passions à leur dernière limite, les contractions si rapides et si variées des muscles de la face, dont l'infinie variété rappelle le jeu du kaléidoscope, tous ces phénomènes sont-ils voulus la plupart du temps? Nous le demandons. Mais, nous avons déjà dit que nous réservions pour un autre temps tout ce qui n'est pas volontaire quoique produit par des organes de la vie de relation. Nous nous renfermerons donc dans la volonté.
La distinction que nous avons établie entre les trois ordres d'opérations qui constituent l'exercice de la volonté, devant plus tard servir de base à une classification des altérations de cette faculté, nous devons arrêter quelque temps notre attention sur chacun d'eux.
Pour presque tous les actes que nous exécutons pendant la passion ou pendant le sommeil, nous ne savons pas, avant de les produire, que nous allons les produire, et nous ignorons le but que nous poursuivons
leO DES LÉSIONS DE L \ VOLONTÉ
en les exécutant. Il n'en est point ainsi des phénomènes volontaires; l'action que nous exécutons nous est connue d'avance, et, en effet, agir volontairement, c'est agir en connaissance de cause, c'est agir avec la conscience de pouvoir faire le contraire de ce qu'on fait. Or, agir de cette façon suppose qu'on connaît bien d'avance ce qu'on fait; tout acte vraiment volontaire est donc précédé de la perception de cet acte, de la connaissance du but que nous allons atteindre. C'est là un caractère de la volonté que nous avons dû commencer par faire ressortir, pour montrer, d'abord, que l'exercice de la volonté est inséparable de celui de l'intelligence, ce qui nous servira plus tard à faire connaître des troubles importants, résultant de la rupture de ce lien entre ces deux grandes facultés. Mais, ce n'est là qu'un caractère de tout acte volontaire et nous devons faire l'histoire succincte de son développement, son embryologie, en quelque sorte, depuis ses premiers rudiments si l'on peut ainsi dire, depuis sa création jusqu'à son accomplissement. Et d'abord, de même qu'on ne pense pas sans penser à quelque chose, qu'on ne se souvient pas sans se souvenir de quelque chose, il est facile d'admettre qu'on ne veut pas sans vouloir quelque chose. Ce quelque chose , c'est la volilion , que nous pouvons très bien considérer comme une idée , avec ce caractère particulier qu'elle doit ou peut être traduite en action, en d'autres termes, qu'elle doit ou peut être suivie d'un acte. Considérant la volition comme une idée, restant idée jusqu'à son accomplissement, il est tout simple d'admettre que les volitions sont soumises aux mêmes opérations de l'intelligence
que tout ce qui s'appelle idée. Je n'approfondirai pas la question de l'origine des volitions, ce serait renouveler l'interminable discussion de l'origine des idées. Mais, sans vouloir remonter à la source des premières volitions, nous pouvons très bien dire quelles sont les facultés qui les engendrent ou qui les font surgir. La connaissance de ces éléments est de la plus haute importance pour la suite de ce travail. Elle est présentée synoptiquement dans le tableau qui suit, où le mot voliiion a remplacé le mot idée sans que l'exactitude ait été en rien compromise, la volition pouvant être considérée comme une idée destinée à être voulue.
INTELUGENCE.
1^ Facultés génératrices de volitions :
a. Conscience, réflexion;
b. Conception;
c. Perception, attention.
2" Facultés transformantes de volitiom :
a. Transformation ascendante : abstraction, comparaison, généralisation;
b. Transformation descendante ou raisonnement.
3^ Facultés reproductives de volitions :
a. Association des idées;
b. Réminiscence;
c. Mémoire;
d. Imagination.
4^ Appendice à r intelligence : jugement ^ raison. Toutes les facultés qui engendrent, transforment ou reproduisent des idées, sont aussi des facultés qui
engendrent, transforment et reproduisent des volitions. Ainsi, la .'volition peut être récemment engendrée, transformée ou simplement reproduite; ce sont les facultés génératrices, transformantes ou reproductrices qui font les frais de sa naissance. Évidemment ce peut être aussi bien la conscience ou la réflezioiiy par exemple, que la mémoire, l'imagination, ou que le raisonnement, qui fasse surgir une volition, et Ton comprend déjà que la nature de nos volitions dépend essentiellement de la nature des facultés qui ont présidé à leur formation. En parlant des différences individuelles de volonté, nous verrons quelles différences infinies séparent les hommes au point de vue de la volition suivant les différences des facultés mises en usage pour sa génération. Pour le dire par anticipation, quelle différence n'y a-t-il pas entre un homme qui se sert, pour la production de ses volitions, d'un jugement sûr, et celui chez lequel ces mêmes volitions sont le fruit des inspirations d'une imagination légère.
Les facultés intellectuelles ne sont pas les seules qui concourent à la génération des volitions ; les sensibilités, soit morales, soit physiques, sont bien loin de lui être étrangères; quelques exemples mettront cela hors de doute. Et d'abord, pour la sensibilité spéciale, si les impressions faites sur nos cinq sens nous servent à acquérir des connaissances du monde extérieur, elles concourent aussi à faire nadtre des volitions ; les désirs d'entendre de la musique, de goûter des mets savoureux, de fouler des tapis moelleux, de s'entourer de mille parfums et de récréer sa vue d'images riantes, inspirent à l'homme des volitions
spéciales. L'impression du froid donne l'idée de se couvrir; la chaleur nous porte à nous vêtir légèrement; les sensations attachées à l'exercice de toutes nos fonctions concourent aussi à la génération de nos voUtions. La faim, par exemple, a quelquefois consâllé le vol. Car, si nous sommes passifs dans la sensation, en ce sens que nous ne pouvons pas y échapper quand l'impression est faite, nous sommes actifs également, parce que nous pouvons rechercher les occasions d'éprouver des sensations pénibles. J'en dirai autant des instincts ; soit : par exemple, l'instinct de la conservation; exalté * il donnera à l'hypocondriaque ridée de ces soins exagérés, de ces précautions infinies dont il s'entoure; affaibli, il conduira au suicide; il concourt donc à la génération des vôlitions. Il en est de même de l'instinct de la reproduction, qui, suivant le degré de son excitation, et suivant la nature de ses perversions, inspire évidemment des vôlitions spéciales. Je crois devoir rappeler une fois pour toutes que volition ne veut pas dire ici : ce qui doit être voulu ûécessairement, mais ce qui peut être voulu ; ce n'est qu'une idée d'action, une sorte de projet dont l'adoption ou le rejet sera ultérieurement prononcé. Les penchants nous inspirent aussi des vôlitions spéciales.
Nous connaissons maintenant les éléments qui concoorent à la génération des vôlitions ; si nous supposons effectué ce premier temps psychologique que nous pouvons appeler temps génératif^ une volition a
* Je partage sur ce point Topinion du docteur Michéa, qui, dan» son livre si remarquable sur Thypocondrie , considère; l'instinct de la couerration comme le point de départ de cette affection.
pris naissance, que va-t-elle devenir? que doit-il arriver? De deux choses l'une : lorsque les facultés transformantes, et surtout le jugement et la raison, ont présidé à la naissance de la volition, celle-ci naît presque toute délibérée, toute jugée, et la détermination suit immédiatement; la volition est aussitôt accomplie que conçue ; la délibération et la génération ont été simultanées; en même temps qu'elle naissait, la volition était jugée nécessaire ou raisonnable et bonne à vouloir; tels sont la plupart des actes que nous exécutons, habituellement, journellement. Qu'on homme, par exemple, en train de courir s'arrête tout à coup devant un précipice ouvert sous ses pas; il ^ jugé du premier coup d'œil qu'il devait s'arrêter, et cela presque aussitôt qu'il s'est arrêté. Ces actions^ pour n'avoir pas été délibérées, n'en sont pas moi0S volontaires ; ce sont les seules dont nous devions nous occuper ici. C'est, à notre avis, une étrange erreur de plusieurs philosophes que de croire que toutes no^ actions volontaires sont délibérées sans exception, ^^ qu'il n'y a, en quelque sorte, entre elles que des diffé^ rences dans le degré de délibération. Est-il doa^ nécessaire d'admettre cette délibération pour noo^ assurer notre libre arbitre? Peut-on dire que nou^ délibérons sur tout ce que nous voulons? Les volition^ conçues sous l'influence des instincts et des passion^ sont-elles donc délibérées? Non, à coup sûr; elle0 sont jugées sans passer par la délibération qui sup^ pose toujours une certaine hésitation entre divers motifs. Le chat qui se garde d'approcher sa patte du feu, après avoir été brûlé une première fois a-t-il délibéré? Non, et cependant cette action est la consé-
DANS L'ALIENATION MENTALE. 165
quence d'un principe. Ce principe, c'est que les lois
de la nature sont stables ; la conséquence c'est que ce
qui l'a brûlé une première fois le brûlera une seconde.
Si cette conséquence est tirée chez cet animal, ce n'est
pas par une intelligence individuelle, mais bien par
cette intelligence générale qui règle l'univers et dont
Tinstinct est, chez tous les animaux, l'homme compris,
un des plus éclatants rayonnements: La volition ayant
pris naissance, il peut donc arriver qu'elle soit en
même temps jugée, quand l'évidence de sa nécessité
ou de sa bonté est frappante; mais, il peut arriver aussi
qu'elle soit l'objet d'une opération intermédiaire à la
génération et à la détermination ; nous voulons parler
de la délibération, qui nous représente un deuxième
temps psychologique de l'exercice de la volonté, le
^emps délibératif. Le but de la délibération est d'arriver
à porter un jugement sur la volition qui se présente à
l'esprit, lorsque cette volition n'est pas jugée dès sa
uaissance.
Agir volontairement, c'est agir avec la conscience de pouvoir faire le contraire de ce qu'on fait; or, agir avec cette conscience suppose qu'on a jugé qu'il fallait faire ce qu'on fait, et non pas s'en abstenir; qu'on a eu des motifs pour et des motifs contre, sur lesquels f esprit a prononcé. Il y a donc dans la délibération le sujet et l'objet, les facultés qui jugent et les motifs sur lesquels elles jugent. Un mot des uns et des autres. Et d'abord? pour les motifs, il faut bien qu'ils soient produits par quelque chose aussi bien que la volition qu'ils accompagnent. Or, nous pouvons leur appliquer une partie de ce, que nous avons dit de la génération des volitions. Les facultés génératrices.
transformantes et reproductives, les instincts, les passions, les penchants, les appétits divers, concourent à la génération des motifs. Les motifs différent donc en force et en nature comme les volitions, suivant les facultés qui les font surgir et suivant les sources où ils sont puisés. On aura ainsi des motifs fournis par la conscience ou la réflexion, par le raisonnement, par la mémoire ou l'imagination, des motifs de -raison ou de passion, etc. Mais étant donnés les motifs, qui jugera? qui prononcera? Chacun répond : Le jugement aidé de la comparaison. Dans ce temps de la volonté, l'esprit tient une balance dont les plateaux sont chargés de motifs divers. D'un côté sont les poids formulés par la raison; de l'autre, les poids bruts, comme la grenaille; ce sont : par exemple, les passions, les instincts, les appétits, etc. Quand ils ne sont pas équilibrés par le poids de la raison, quand leur énergie est extrême, ils entraînent le plateau corres* pondant. Ainsi la volonté est souvent entraînée en dépit de la raison. Nous sentons alors la volonté nous échapper, nous n'y pouvons rien, nous cédons comme à un torrent ; mais, nous avons fait effort, et nos efforts, malgré leur impuissance, ont prouvé la lutte : Vid^ meliora proboqucy détériora sequor. D'autres fois, nous croyons céder à la raison quand nous ne cédons qu'à la passion ou à l'instinct, c'est leur poids qui l'emporte à notre insu.
La volonté cède directement à l'instinct, à la passion, à la sensibilité, ou elle n'y cède qu'indirectement, c'est-à-dire primitivement ou consécutivement à une influence exercée par un mobile sur la faculté qui juge. Dans le premier cas, le juge signe un arrêt
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inique en connaissance de cause; sa main est comme forcée, et il en a conscience. Dans le second cas, il ne voit pas la main qui dirige la sienne. Les sentiments influent, par exemple, de cette façon sur la &colté qui délibère et qui juge. On est dupe alors d'une illusion, on croit avoir bien délibéré. C'est ce qui consacre cette phrase : le cœur emporte Fesprit. Que d'actes l'on exécute sous l'influence de certains sentiments, et que l'on croit dictés par la froide raison et la saine justice 1 Une injure vivement ressentie, Famour-propre froissé, la vanité blessée, un intérêt lésé, influent d'abord sur la délibération; l'intelligence est comme obscurcie, aveuglée; le sentiment qui vous anime vous absorbe ; il devient le motif le plus fort, et domine, annulle tous ceux que la raison essaye timidement de mettre en avant, ou bien l'homme cède â ce sentiment, sachant fort bien qu'il fait bon marché de la raison. Nous sentons parfaitement l'influence de la passion sur notre volonté. Si je ne me retenais ! dit-on souvent. Que de fois encore il arrive d'attendre que les sens soient refroidis, suivant une expression vulgaire, pour répondre à une injure; la colère et les passions sont de mauvaises conseillères; on sent bien qu'elles ne commanderont que des actes blâmables.
Mais, nous supposons la volition, non seulement engendrée, mais encore délibérée, reconnue bonne à vouloir ; reste à la vouloir, reste à faire que la fonctiou ou la faculté dans les attributions de laquelle elle rentre, se mette en exercice. C'est ici que se dessine le rôle essentiel de la volonté ; elle fait que telle fonction ou faculté exécute ce que telle faculté a conçu. C'est le rapport de l'exécution à l'initiative, c'est le
nœud qui unit ces deux opérations. Nous nous sommes déjà expliqué à cet égard; passons à Y exécution. Quelles sont les facultés ou fonctions qui en sont chargées^ ou plutôt quelles sont les facultés ou les fonctions sur lesquelles s'applique la volonté ? Sous ce rapport oo peut établir une distinction importante dans le mode d'exercice de cette faculté. Ainsi, pour les unes, telles que l'intelligence, la mémoire, la musculation, dans lesquelles nous sommes actifs, la volonté représente une force de puissance ; pour d'autres, telles que la sensibilité, les passions, les penchants, les instincts, dans lesquelles nous sommes passifs, elle se révèle comme force de résistance.
La volonté est donc tantôt puissance, tantôt résistance. Si c'est par elle que l'homme produit tant et de si grandes choses, c'est par elle aussi qu'il résiste à la douleur. C'est elle qui se tendit et résista quand Mucius Scaevola laissa brûler sa main sur des charbons ardents en présence de Porsenna ; c'est elle cjf^ soutenait ce stoïcien torturé par la douleur et s'écriant : 0 douleur, tu ne me feras jamais dire que tu sois un mal ; c'est elle qui, soutenue par le sentiment reli' gieux, faisait la force des martyrs de la religion ; c'est par elle que l'homme résiste à ses passions, à ses instincts, et ne les satisfait pas à l'égal de la brute, qu'il court à tous les dangers et brave tous les écueils ; c'est elle qui le soutient contre lui-même dans les batailles et les combats individuels, et qui subit ce que les hommes de guerre appellent le baptême du canon ; c'est elle enfin qui lança le premier navire sur l'Océan, et poussa le premier aéronaute à s'élever dans les airs. La peur existe à des degrés divers chez tous les
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hommes ; c'est par la volonté qu'on la maîtrise et qu'on devient brave ^ Cette faculté nous représente, enfin, un levier qui d'un côté soulève et de l'autre résiste. Une des fonctions qui nous la montrent le plus manifestement avec le caractère de puissance ou d'activité, nous l'avons déjà dit, c'est la motilité. Le rôle de cette fonction dans les manifestations de la volonté est d'une importance telle, que nous ne pouvons nous dispenser d'en dire quelques mots. Nous serons brefs, d'ailleurs. Le résultat de cette fonction est le mouvement ; or, nous devons rappeler qu'il se produit au sein de notre économie deux ordres distincts de mouvements, les uns relevant du système encéphalorachidien, desservis par des muscles extérieurs, plus oa moins épais et pleins, soumis à l'empire de la volonté et de la conscience ; les autres relevant du système nerveux ganglionnaire, desservis par des muscles intérieurs, creux, totalement soustraits à la conscience et à la volonté. Ce deuxième ordre de mouvements est tout à fait en dehors de notre sujet ; nous l'éliminons. Le premier seul doit nous occuper, et encore devons-nous, à son égard, faire une distinction. Si la volonté peut produire des mouvements dans les muscles dépendant du système nerveux cérébrospinal, tous les mouvements produits par ces muscles, il faut bien le dire, ne l'ont pas été sous cette influence. Nous n'en avons pas toujours conscience. Il est donc des circonstances où nous voulons les mouvements qui se produisent, et des circonstances où nous ne les voulons pas ; et cependant, dans l'un, comme dans l'autre
* Le courage est une de see révélations.
cas , c'est toujours la même fonction qui s'exerce, la musculation. Cette fonction peut se décomposer en trois temps : 1<> émission au centre céphalo-rachidien d'un je ne sais quoi, appelé stimulus, fluide nerveux volontaire, influx, que sais-je? 2® transmission ou conduc^ tibilité aux muscles par les nerfs moteurs de ce je ne sais quoi ; 3^ contraction de ceux-ci ^ . Ces trois temps correspondent aux trois éléments anatomiques sui*
> Ces trois temps se succèdent avec une rapidité telle qu*ils paraissent simultanés ; nous ne saisissons pas, dans Tétat physiologique, d*intervalle entre chacun d'eux. Nous agiterons, dans le cours de cette note, la question de savoir s*il n'est pas quelque moyen de rompre cette simultanéité et d'allonger les intervalles qui les séparent. Mais il importe pour le moment, que nous disions deux mots d'une sensation dont il nous semble qu'il n'a pas été fait mention, et qui est relative aux mouvements. Quand nous produisons volontairement un mouvement, les trois temps de tout à l'heure ont lieu successivement et dans cet ordre : émission, transmission, contraction; non seulement nous avons la conscience d'avoir voulu ce mouvement, mais il y a, je crois, une sensation particulière qui nous avertit de son accomplissement : c'est ce que l'on peut appeler une sensation des mouvements. Il faut que le muscle se contractant, une impression se fasse sur les extrémités des nerfs de sensations qui conduisent cette impression au sensorium commune. Il y a également ici trois temps se succédant dans un ordre inverse des précédents : impression, transmission, réception au cerveau. Nous croyons pouvoir expliquer par un trouble de cette sensation (nous livrons cette explication au jugement du savant auteur du Traité sur le Hachisch) certains effets de cette pâte merveilleuse. Il a semblé à M. Moreau qu'il mettait je ne sais combien d'années pour traverser le passage de l'Opéra ; à un autre, qu'il mettait dix ans à faire un pas. Or nous croyons dans les cas de ce genre, d'une part : que les trois temps de la musculation, émission, transmission et contraction, sont ralentis; la contraction, par suite d'une plus lente transmission, n'arrive qu*un certain temps après que nous avons eu la conscience de l'ordonner; d'une autre part, que la contraction ayant eu lieu, la sensation qui va l'annoncer au cerveau est aussi ralentie dans ses trois temps : impression, transmission et réception au cerveau, d'où il résulte que celui-ci n'est instruit qu'assez longtemps après de l'accomplissement du mouvement qu'il lui semble avoir ordonné il y a déjà longtemps. L'intelligence d'ailleurs excitée juge immense cet intervalle, tant les idées se sont succédées, nombreuses, rapides et pressées, pendant ce court laps de temps.
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vants : 1* centre encéphalo-rachidien ; 2° nerfs ; 2p muscles. Cette émission, qui est le point de départ de la musculation, peut être le fait de la volonté, comme elle peut être celui de la passion ou de Tinstinct, sans que la conscience y assiste. Mais, quelle que soit la cause de cette émission, les trois temps que nous venons d'indiquer se succèdent toujours, et c'est toujours la même fonction qui s'exerce ; la cause seule de son exercice varie. N'est-il pas évident que la musculation s'exerce dans une foule de circonstances où la volonté, certainement, ne peut intervenir ? Dans l'épilepsie, dans l'éclampsie, par exemple, n'est-ce P^ toujours la musculation, naguère soumise à la volonté, aujourd'hui livrée à une force aveugle dont le jeu est forcené, désordonné. Qui n'a été frappé de l'énergie, de la fureur aveugle, de Tétrangeté des contractions musculaires dans l'accès d'épilepsie? et û'était-il pas, jusqu'à un certain point, naturel, dans un temps où la science ne jetait encore que de douteuses lueurs, de supposer qu'un dieu se débattait dans le corps d'une sibylle convulsionnaire ? Si nous ue disons pas aujourd'hui que c'est un dieu qui s'agite dans le corps des épileptiques, nous admettons cependant qu'un élément nouveau, inconnu dans son essence, s'empare de l'exercice de la motilité, en détruisant le principe qui, un instant avant, la régularisait. La musculation n'est donc point l'indice irrécusable de l'exercice de la volonté ; c'est une force soumise à d'autres forces, une fonction soumise à d'autres fonctions. Au nombre de ces dernières se trouve la volonté ; mais elle n'est pas la seule. Cette manière d'envisager la musculation s'éloigne beaucoup, on le
voit, de ropinion, qui considérait la volonté comme donnant des ordres aux muscles, lesquels, dociles, obéissaient aussitôt : ce qui ne tendait à rien moins qu'à leur accorder de Tintelligence ; car, s'il y a un abime entre celui qui donne^un ordre et celui qui l'exécute, il faut cependant que ce dernier ait assez d'intelligence pour comprendre l'ordre et l'exécuter. Ajoutons que la musculation est tellement distincte de la volonté, qu'il nous arrive quelquefois de les voir aux prises et luttant Tune contre l'autre. L'hystérique, le choréique, par exemple, peuvent jusqu'à un certain point, à l'aide d'un effort de volonté qui ne peut être prolongé, suspendre ou modifier leurs contractions spasmodiques ; la lutte est ici évidente.
Nous aurions voulu épargner aux lecteurs ces détails psychologiques et physiologiques, sans doute fastidieux ; mais la suite de ce travail nous justifiera, je l'espère, en démontrant qu'ils étaient indispensables. La pathologie de la volonté eût été sans eux, absolument inintelligible.
Pathologie.
Les considérations psycho-physiologiques auxquelles nous nous sommes livré dans la première partie de ce travail, nous permettent de diviser les lésions de la volonté en trois groupes distincts, correspondant aux trois ordres d'éléments que nous avons admis comme constituant physiologiquement cette faculté.
Le premier groupe se composera de lésions de la Tolonté consécutives à des altérations dans les éléments qui concourent à la création, à la délibération, à la détermination et à Taperception de l'acte à vouloir. Ces lésions sont symptomatiques.
Le deuxième groupe comprendra les lésions vraiment essentielles de la volonté proprement dite, en d*autres termes de ce pouvoir en vertu duquel certaines fonctions entrent en exercice pour Taccomplissement des actes conçus, délibérés et déterminés par d'autres fonctions ou facultés.
Le troisième groupe réunira les lésions de la volonté consécutives à des altérations dans les facultés ou les fonctions chargées d'exécuter les actes conçus, délil^rés et déterminés par d'autres facultés. Ces lésions sont symptomatiques comme celles du premier groupe.
Peut-être, enfin, pourrait-on admettre un quatrième groupe composé d'altérations mixtes ou composées, combinaisons véritables des lésions qui entrent dans 'es trois groupes précédents.
De ces diverses catégories, on le voit, la seconde seule se compose d'altérations primitives et essentielles, Wiopathiques enfin, pour parler le langage de l'école. C'est bien la volonté proprement dite qui est ici lésée, et non pas la faculté d'initiative, comme dans le premier groupe, ou la fonction d'exécution, comme dans 'e troisième.
Si nous suivions un sentier déjà battu, si la question qui nous occupe avait déjà attiré l'attention des médecins, nous adopterions dans notre exposition, l'ordre ûaturel dans lequel se succèdent les trois opérations
correspondant aux trois groupes de lésions que nous admettons. Mais nous devons légitimer, en quelque sorte, la tentative à laquelle nous nous livrons, en appelant de suite l'attention sur le fait fondamental qui nous a engagé dans cette voie. Or, ce fait nous montrant la volonté lésée primitivement, essentiellement, et dans ce qui la constitue, à proprement parler, rentre dans le deuxième groupe ; je crois donc devoir intervertir Tordre de succession, sauf à le rétablir dans un travail ultérieur, et je commence par ce groupe, c'està-dire par les lésions de la volonté proprement dite. Il est sous entendu que dans cette étude nous supposerons saines les fonctions ou facultés du premier et du troisième groupe. Nos observations porteront sur des individus dont Fintelligence sera relativement intacte ainsi que la sensibilité ; sur des individus^ voulons-nous dire, en état de bien concevoir, de bien, délibérer, de bien déterminer ce qu'il convient de faire, ayant d'ailleurs parfaitement intactes les fonctions ou facultés d'exécution, telles que la musculation, l'attention par exemple, et ne pouvant s'en servir comme tout le monde. Les sujets de nos observations par exemple, jugeant comme tout le monde, de ce qu'il convient de faire, le désirant même, auront la conscience d'en être empêchés par une puissance intérieure qu'ils ne peuvent définir et comprendre ; car il n'existe, du côté des .fonctions d'exécution, aucun empêchement organique tel : par exemple, qu'une paralysie du mouvement. Ils vérifient, jusqu'à un certain point, cette parole appliquée aux dieux du paganisme : ils ont des pieds et ils ne marchent pas. Mais les faits rendront plus nettement ma pensée. J'ai
pu en réunir cinq sur lesquels deux surtout m*ont paru caractéristiques. Je commence par le plus saillant, qui est en même temps celui sur lequel j'ai pu recueillir le plus de détails, le sujet de cette observation ayant été, pour moi, pendant plus de quatre mois l'objet d'une attention non interrompue.