‹ Des maladies mentales et nerveuses v. 2Chapitre 15 sur 40 · OBSERVATION QUATRIÈME · texte numérisé non relu

OBSERVATION QUATRIÈME

La quatrième observation que je vais produire n'est as aussi concluante que les précédentes, parce que 1 lésion de la volonté n'est pas aussi isolée des autres ^ons, et que l'état du malade est beaucoup plus «mplexe. Cependant j'ai cru devoir la rapporter, Mffce qu'à travers ce désordre extrême, il me semble m bien manifestement une lésion prédominante de la volonté dans le sens qui nous occupe en ce moment. Le lecteur en jugera.

En 1841, M. J. Moreau (de Tours) avait dans sa aile d'infirmerie à Bicêtre un jeune homme de rente ans environ, soldat récemment réformé, nommé '... Ce malade, à son entrée, ne se plaignait que e troubles physiques en quelque sorte. Il accusait urtout une céphalalgie violente ; il lui semblait, disait- , qu'on lui assénait des coups de marteau sur la tête, lelle-ci était baissée, les oreilles étaient le siège d'un coolement ; constipation des plus opiniâtres, résistant des purgatifs assez énergiques ; légère stupeur de la ice; roideur des mouvements ; tendance générale à la )ntracture. Le malade parle lentement, mais ses dis- )urs ne révèlent pas la moindre trace de délire ; il md parfaitement compte de ce qu'il éprouve. Cet état î torpeur, d'inertie commençante, fait de rapides rogrès. Le malade ferme les yeux en contractant forment les paupières et eu rapprochant les sourcils.

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Les yeux restent ainsi fermés huit mois entiers; on ne peut plus le faire sortir du lit, ni en tirer une parole. Le corps amaigri est dans un état général de flexion; décubitus latéral, flexion de la tête sur la poitrine, et flexion des membres sur eux-mêmes et sur le tronc; c'est un véritable accroupissement, un état présentant quelque analogie avec celui dans lequel tombent les animaux hibernants. Il ne répond à aucune question. Écoulement par le nez et les oreilles ; rocclusion des yeux et la contraction permanente des paupières ont eu pour résultat un plissement de ces voiles membraneux, des érosions erythémateuses, et un dépôt assez considérable de la matière sécrétée parles glandes . de Meibomius. L'inertie du malade est complète; te . système musculaire semble comme abandonné à lui- : même, de manière que la prépondérance naturelle des î muscles fléchisseurs sur les extenseurs nous explique cette flexion générale que présente le malade et qw j Ton observe dans les circonstances où la volonté cesse de déterminer Tinflux vital dans les muscles soumis i . son empire, durant le sommeil, par exemple. L'exe^ ^ cice de la volonté paraît suspendu chez ce malade; mais, cet état difiere de celui des précédents en ce qu'il n'est pas prouvé, bien au contraire, que les stimulants ordinaires de la volonté, tels que le désir, paf exemple, soient intacts, comme chez les deux malades ' de tout à l'heure, qui avaient le désir d'agir sans en -. avoir le pouvoir. Ce pouvoir ici n'est, sans doute, psû -j aboli, mais, il n'est plus exercé faute de stimulantSi j et tout porte à croire que, si le malade était mû ptf ^ un instinct énergique ou par un désir véhément 9 il triompherait de cette inertie de la volonté. L*

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irconstance suivante vient, en effet, à l'appui de cette ssertion. Après huit mois passés dans cet accroupisement et dans cette torpeur, nous voyons un jour, à lieure de la distribution des aliments, cette nature norte se ranimer, ce cadavre ouvrir les yeux, s'asseoir lur son séant, et s'écrier avec l'accent méridional : I Madame la meunière un peu de pain. » On lui donne imanger, il dévore. M. Moreau lui demande alors pourç[a(H il tenait les yeux fermés. « A cause de la fumée de la salle, » répondit-il. Il nous rend compte aussi d'un certain délire que lui a occasionné le datura stramooiom auquel il avait été soumis pendant plusieurs jours. Il voyait, disait-il, des fantômes qui lui parlaient. Ce réveil , toutefois , n'est pas définitif. Aussitôt la faim apaisée, L... retombe dans son inertie. Manifestement, le stimulant était devenu assez énergique [K)ur triompher de cette inertie ; mais nous avons m que ce triomphe était nécessairement momentané. Cependant, à partir de ce moment, le même réveil j'opère tous les jours aux heures des distributions. On arut devoir satisfaire cet appétit impérieux, car le naïade était d'une maigreur extrême ; il ne tarda pas i engraisser. On put même le faire lever et marcher. 1 répondit à toutes les questions qu'on lui adressa, ïcrivit même sur nos instances une lettre très convelable à ses parents. Il n'a plus de céphalalgie ; mais es attitudes sont toujours aussi roides et immobiles. Il îst d'une saleté excessive, mange avec ses doigts, et ^mbe dans l'habitude qu'il avait eue quelque temps ïuriner dans son lit, et qu'il avait perdue sur une menace de diète. Deux mois après, nouvelle amélioration : il est un peu plus propre, il ne salit plus sa

couche ; les yeux sont plus nets, mais toujours fennés l'écoulement nasal est moins abondant. Quand y quittai le service, le malade ouvrait un peu plus le yeux : mais la tête était toujours fléchie et comnu rentrée entre les deux épaules, et il passait les journée! à dormir par terre.

Une cinquième et dernière observation m'a éb communiquée par mon honorable et savant confrère le docteur Bayard, à qui elle parut avoir une ceitaini analogie avec les faits que je viens de citer. Cepen dant elle s'en éloigne par quelques caractères parti culiers, qui seront l'objet de mon examen attentii parce qu'ils m'ont paru soulever une question de h plus haute importance.

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