OBSERVATION TROISIÈME
Je dois à Tobligeance du docteur Miraglia, médecin de l'asile des aliénés d'Aversa, près de Naples, la relation d'une opération de trépan pour une douleur fixe au vertex, datant de trois ans, ayant succédé à une otite aiguë et accompagnée d'une forme extraordinaire de monomanie qui a la plus grande analogie avec la première observation que j'ai rapportée tout à l'heure. Cette relation a été lue par le docteur Timothée RiboK au congrès de Naples, section de Médecine, dans la séance du 27 septembre 4845 *. Je m'abstiens, et pour cause, de me prononcer sur la rationalité et ^oppo^ tunité d'une opération telle que la trépanation dans un cas semblable. Je laisse au lecteur le soin d'apprfr cier cette indication basée sur des vues phrénologique^
I Storia d'una terebrazione per un dolore fisso al vertice pel cono tre anni consecutivi, in conaeguenza di otiti acuta, con strane forme ^ nomaniache (e per Tautore) incoereuti manifestazioni fisico-morali incompleta potenza di facolta volitiva, pel dottor Timoteo Rtboli Parma) estratto del filiatre Sebezio, diretto dal Cav : Salvatore de ReO anuo XV I, yoI. xxxi, fascicolo 184, aprile 1846.
DANS L'ALIENATION MENTALE 191
et je me borne à extraire de cette relation, dont je remercie d'ailleurs notre confrère le docteur Miraglia, ce qui me parait de nature à éclairer le sujet que je traite*.
ComniémaraUfs. — M™* M. M... d'une famille distinguée, ayant reçu l'éducation la plus brillante au point de vue des beaux-arts, de la littérature et des devoirs sociaux, croissait comme une charmante fleur, chérie de ses parents et de ses amis. Elle se faisait remarquer par la noblesse de son cœur, par l'élévation de son esprit et par une rare moralité. S' étant mariée à seize ans, le sort de son mari parut généralement digne d'envie. Pendant six ans consécutifs, elle eut, chaque année, un fils, sans souffrance et sans travail difficile, jusqu'à ce que son mari, la trouvant trop féconde, résolut qu'elle ne devait plus avoir d'enfant. A cette époque, la voix d'un nouvel amour s'insinua dans son cœur, l'attacha et la préoccupa pendant 5ept autres années consécutives. Au milieu de cette i^ouvelle préoccupation, elle eut à combattre en elleïuême contre ses devoirs envers son mari, ses enfants, la société et ses amis, et elle trouva des épines sous ces fleurs qui embellissaient sa vie. Cette lutte entre le remords et l'amour la rendit circonspecte, emportée 6t s'ingéniant à cacher à tous ses liens illégitimes et à s'étourdir elle-même sur ses remords. On la vit alors, tantôt distraite et mélancolique, tantôt vive et allègre, et tantôt pensive et solitaire ; et bientôt elle se prit peu à peu et comme à son insu, à détester la vie. Elle
* Je me sais efforcé dans cette traduction, de conserveries tournures itiUeimes.
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atteignait alors sa trentième année ; et six ans aprii^s une grossesse inattendue vint mettre le comble à SM souffrances ; elle ne pouvait résister aux atteintes à'rim céphalée intercurrente, qui ne fut peut-être pas com-^ battue avec toute l'insistance qu'exigeait son temptoh^ ment. Les neuf mois se passent cependant, et la ydHi mère sans travail sérieux. De nouveaux soucis ÏBtijsûr daient pour Tallaitement : elle le commence, et le suspend à cause de Tinsuffisance de son lait; elte confie alors son enfant à une nourrice, et jouit pendant trois mois d'une santé et d'un calme assez satisfaisants.
Otite y ou commencement de son mal. Description suc* cincte de celui-ci. — A cette époque, trois mois après l'accouchement, une otite se déclare à l'oreille droite; elle est accompagnée de fièvre et de fureur. Lei moyens de l'art (je ne sais s'ils furent d'abord bien proportionnés) restent impuissants à modérer ou a surmonter ses souffrances. La maladie persiste et fait des progrès. Elle se livre à des actes violents envers elle-même et envers ses enfants. Le délire éclate : elle divulgue alors ce qu'elle cachait depuis sept ans. La folie étant reconnue, on la conduit dans son pays natal, à dix milles environ de ses foyers, et elle reçoit inutilement des soins d'une personne qui l'avait vue tout enfant. De là elle passe au Manicomio ' de Reggio» pour être soumise à de nouvelles tortures, à de nouvelles tentatives. Douches, sétons, vésicatoires, saignées, moyens internes, surprise, terreur, rigueurj châtiment, rien ne peut rétablir ses facultés. Cepen-
^ Hôpital des aliéDés.
dant Tacuité de son mal cède : les soufirances qu'elle eadure sont sourdes, profondes, continues, mais différentes des premières. Elle n'est plus furieuse; mais elle est apathique pour tout. Elle raisonne sainement sur toutes choses; mais elle n'a plus de volonté propre, plus de force de vouloir, plus d'amour, et nulle conscience de ce qui lui arrive, de ce qu'elle sent, de ce qu'elle fait, de ce qui frappe ses sens, sa raison, ses sentiments et ses instincts. Mais cependant, tout ce qu'elle assure n'est pas exact, car elle raconte, énumère, et se rappelle dans les plus petits détails ce qu'elle a souffert, les moyens* physiques et moraux, doux, âpres, violenta et cruels qui ont été employés, 'es désapprouve, et se plaint de ce qu'on ne la croie pas malade physiquement. Au milieu de ce vague, de cette variété et de ces étranges contradictions intellectuelles, morales, organiques et instinctives, elle dit et '"edit ses véritables, constantes et invariables souffrances, et les sensations internes qui continuent à la tourmenter, et qui font de sa maladie un état inconcevable et peut-être unique au monde, suivant l'expression de la malade. Elle assure qu'elle n'a point de Sens; et tous ses actes démontrent à l'observateur qu'elle les exerce tous, et que c'est le contraire qui est vrai. Elle ajoute qu'elle est dans l'état d'une personne qui Serait ensevelie vivante, qui entendrait tout, qui sentiï^t tout, sans pouvoir prendre part à ce qui lui arrive. Elle affirme qu'elle éprouve au sommet de la tête la sensation d'une pierre qui la comprime, d'un poids qui la paralyse, d'un clou profond qui la pénètre, d'un coin qui la déchire ; il lui semble qu'elle est prise et serrée par des ongles de fer qui lui oppriment le cœur
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et lui coupent la respiration. Ces souffrances p être les seules réelles. Les mouvements sont d'ailli libres, assurés, spontanés ; la nutrition dans un satisfaisant, bien que la malade prétende abhorrer nourriture. Les nuits et le sommeil sont tranquillo^ sans qu'elle en convienne jamais. La menstruation eA régulière. Les sécrétions sont normales, et la m les satisfait avec propreté et pudeur, tout en ass qu'elle ne sait plus ce que c'est que la propreté et pudeur, et que, s'il est vrai qu'elle s'y conforme, le fait machinalement et sans en avoir conscience, en dit autant de tous ses sentiments et de toutes sensations. On la voit, chez elle , tantôt affectueawi envers ses enfants et son époux, tantôt dans un étal' d'apathie parfaite, tantôt inquiète ou indifférente, tantôt prompte à la répartie, à des réponses dont le boa sens étonne, tantôt au contraire hébétée.
Cette observation est évidemment celle d'une mélancolique, dont l'état est fort complexe. Comme le bit très bien remarquer l'auteur de cette relation, il y a des contradictions à relever dans le compte que rend la malade de tout ce qu'elle éprouve et il faut faire la part du trouble de l'intelligence. Cependant la volonté me paraît manifestement lésée, et quant aux sensations, il importe de faire une distinction. Il n'est point rare que des malades assurent qu'ils n'ont plus de sensation. Prise au pied de la lettre, cette phrase esi inexacte. Les sensations avec leurs trois temps : Impression, transmission et réception au sensorium, se produisent toujours ; mais, il y a quelque chose de vrai dans cette assertion, en ce sens que la réaction qui succède à la réception et qui donne un caractère à la
iDsation en la faisant agréable ou désagréable, ne Bxécute plus normalement, souvent même ne s'exéite plus.